Courtisé durant la campagne présidentielle par l'UMP, le monde rural a massivement voté pour Sarkozy. Depuis, ce secteur est laissé en friche par le parti présidentiel qui tente de renouer avec cet électorat via une droite rurale. La gauche, quant à elle, ne semble pas prendre la mesure de l'enjeu du vote rural. Pour Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, auteurs de « Recherche le peuple désespérément », l'ignorer relève du «suicide politique».
Il est assez cocasse de voir se former à l’Assemblée Nationale un groupe de députés étiqueté « Droite rurale » sous l’impulsion du député UMP de Lozère Pierre Morel-A-L’Hussier. Plus cocasse encore de lire que ce groupe entend défendre, entre autres, les services publics en milieu rural. Ont-ils donc dormi depuis 2002 pour ne constater qu’aujourd’hui que leur propre camp s’est ingénié à détruire les services publics partout et surtout à la campagne ? Cette initiative vise autant à tenter de masquer les effets désastreux de l’action du pouvoir sur le plan économique et social sur le monde rural que de lutter contre le calamiteux bilan symbolique de l’action présidentielle qui heurte les forces traditionnellement conservatrices d’une partie des campagnes. Il révèle surtout que le monde rural représente aujourd’hui un enjeu stratégique essentiel pour 2012, ce que la gauche pourrait enfin comprendre…
Les zones rurales souffrent de l’image que véhiculent un certain nombre de représentations figées. Pour beaucoup de commentateurs, de prétendus analystes politiques, d’hommes politiques de gauche ou de droite (comme Monsieur Copé au soir des élections régionales), la « ruralité », c’est d’abord « vaches + tracteurs + jolis paysages ». Équation fausse qui mène tous ceux qui la suivent au désastre électoral dans ces zones. En vérité, le monde rural compte 11 millions de Français soit 20% de la population métropolitaine et certainement un peu plus de l’électorat potentiel ou de l’électorat qui se déplace effectivement aux urnes. Comme le soulignait un rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) de septembre 2009, les zones rurales concentrent des problèmes sociaux majeurs. En zone rurale, 35% des actifs sont des ouvriers, souvent les plus précaires et les premiers frappés par les délocalisations. Seulement 8% sont des agriculteurs. Il existe une jeunesse ouvrière et une jeunesse précaire en milieux ruraux, ainsi que Nicolas Renahy, sociologue et auteur du lumineux ouvrage « Les gars du coin » (La Découverte, 2005) l’a démontré.
Rappelons que la France périphérique, rurale ou périurbaine, avait voté Nicolas Sarkozy en 2007. Comme l’analysait Jérôme Fourquet : « Le candidat UMP obtient 32,5 % des voix en moyenne nationale, mais 36 % dans les campagnes, alors que Ségolène Royal, qui est à 27 % en moyenne nationale, ne recueille que 21 % dans l'électorat rural. » Le phénomène se retrouve au second tour : Nicolas Sarkozy obtiendrait 58 % du vote rural, contre 52 à 53 % en moyenne nationale. Une ébauche de redressement des scores de la gauche dans ces régions a été opérée en particulier grâce à une hausse du vote ouvrier pour le candidat socialiste entre 2002 et 2007
Ignorer l'électorat rural relève du suicide politique
Le Parti Socialiste, par la voix d’un certain nombre des siens et au premier rang desquels Christian Paul, député de la Nièvre, a œuvré à élaborer un « bouclier rural », thème forgé depuis plusieurs mois par des militants et des élus socialistes ruraux et qui est d’ailleurs repris dans la prochaine Convention programmatique consacrée à « l’Egalité réelle ». Une véritable « Gauche rurale » est en train de s’organiser. Mais aussi pertinent soit-il, ce « bouclier » ne peut être que la première pièce d’un arsenal stratégique destiné à conquérir dans la durée des zones qui ne sont plus dévolues à la seule droite. Cette France périphérique s’exprime de plus en plus, les récents succès des manifestations locales contre la réforme des retraites l’ont prouvé.
Pour l’anecdote, en ce lendemain d’élections de mid-term aux États-Unis, l’intérêt porté par les deux partis américains à la jeunesse rurale s’est concrétisé par une bataille stratégique portée par l’un et par l’autre des camps. Reagan avait fait des suburbs (résidence pavillonnaires entourées de jardins visibles dans les banlieues périphériques des villes aux États-Unis, ndlr) le foyer de sa révolution conservatrice « grassroots », c'est-à-dire « par la base ». Les Démocrates se battent, à l’image d’un de leurs stratèges Ruy Teixeira, depuis plusieurs années pour conquérir l’électorat rural, en particulier dans le Colorado mais aussi dans d’autres États comme la Pennsylvanie (centrale) ou l’Ohio... Ignorer, chez nous, cet enjeu relèverait du suicide politique. Cette discrète initiative de la « droite rurale » peut permettre à la gauche française de ne pas se tromper.
Gaël Brustier & Jean-Philippe Huelin - Tribune | Jeudi 4 Novembre 2010
http://www.marianne2.fr/11-millions-de-ruraux-ont-zappe-Sarkozy-Que-fait-la-gauche_a199260.html
Les zones rurales souffrent de l’image que véhiculent un certain nombre de représentations figées. Pour beaucoup de commentateurs, de prétendus analystes politiques, d’hommes politiques de gauche ou de droite (comme Monsieur Copé au soir des élections régionales), la « ruralité », c’est d’abord « vaches + tracteurs + jolis paysages ». Équation fausse qui mène tous ceux qui la suivent au désastre électoral dans ces zones. En vérité, le monde rural compte 11 millions de Français soit 20% de la population métropolitaine et certainement un peu plus de l’électorat potentiel ou de l’électorat qui se déplace effectivement aux urnes. Comme le soulignait un rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) de septembre 2009, les zones rurales concentrent des problèmes sociaux majeurs. En zone rurale, 35% des actifs sont des ouvriers, souvent les plus précaires et les premiers frappés par les délocalisations. Seulement 8% sont des agriculteurs. Il existe une jeunesse ouvrière et une jeunesse précaire en milieux ruraux, ainsi que Nicolas Renahy, sociologue et auteur du lumineux ouvrage « Les gars du coin » (La Découverte, 2005) l’a démontré.
Rappelons que la France périphérique, rurale ou périurbaine, avait voté Nicolas Sarkozy en 2007. Comme l’analysait Jérôme Fourquet : « Le candidat UMP obtient 32,5 % des voix en moyenne nationale, mais 36 % dans les campagnes, alors que Ségolène Royal, qui est à 27 % en moyenne nationale, ne recueille que 21 % dans l'électorat rural. » Le phénomène se retrouve au second tour : Nicolas Sarkozy obtiendrait 58 % du vote rural, contre 52 à 53 % en moyenne nationale. Une ébauche de redressement des scores de la gauche dans ces régions a été opérée en particulier grâce à une hausse du vote ouvrier pour le candidat socialiste entre 2002 et 2007
Ignorer l'électorat rural relève du suicide politique
Le Parti Socialiste, par la voix d’un certain nombre des siens et au premier rang desquels Christian Paul, député de la Nièvre, a œuvré à élaborer un « bouclier rural », thème forgé depuis plusieurs mois par des militants et des élus socialistes ruraux et qui est d’ailleurs repris dans la prochaine Convention programmatique consacrée à « l’Egalité réelle ». Une véritable « Gauche rurale » est en train de s’organiser. Mais aussi pertinent soit-il, ce « bouclier » ne peut être que la première pièce d’un arsenal stratégique destiné à conquérir dans la durée des zones qui ne sont plus dévolues à la seule droite. Cette France périphérique s’exprime de plus en plus, les récents succès des manifestations locales contre la réforme des retraites l’ont prouvé.
Pour l’anecdote, en ce lendemain d’élections de mid-term aux États-Unis, l’intérêt porté par les deux partis américains à la jeunesse rurale s’est concrétisé par une bataille stratégique portée par l’un et par l’autre des camps. Reagan avait fait des suburbs (résidence pavillonnaires entourées de jardins visibles dans les banlieues périphériques des villes aux États-Unis, ndlr) le foyer de sa révolution conservatrice « grassroots », c'est-à-dire « par la base ». Les Démocrates se battent, à l’image d’un de leurs stratèges Ruy Teixeira, depuis plusieurs années pour conquérir l’électorat rural, en particulier dans le Colorado mais aussi dans d’autres États comme la Pennsylvanie (centrale) ou l’Ohio... Ignorer, chez nous, cet enjeu relèverait du suicide politique. Cette discrète initiative de la « droite rurale » peut permettre à la gauche française de ne pas se tromper.
Gaël Brustier & Jean-Philippe Huelin - Tribune | Jeudi 4 Novembre 2010
http://www.marianne2.fr/11-millions-de-ruraux-ont-zappe-Sarkozy-Que-fait-la-gauche_a199260.html
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Jeudi 4 Novembre 2010 à 13:59
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