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Arnaud Montebourg, candidat aux primaires de la gauche, mais aussi Député et Président du Conseil Général de Saône-et-Loire, a bien voulu répondre à nos questions en cette veille d'examen de la proposition de loi relative au bouclier rural.
La rédaction : Vous soutenez la proposition de loi du groupe socialiste en faveur du bouclier rural, pour quelles raisons ?
AM : Il me semble qu'il faut établir un diagnostic de la situation dans laquelle nous nous trouvons. 11 millions de nos concitoyens vivent dans l'espace rural. On ne répétera jamais assez que la « ruralité », ce n'est pas seulement le monde paysan. L'espace rural est peuplé d'environ 35% d'ouvriers. Depuis plusieurs décennies, la France vit un « exode urbain ». Les grandes métropoles ont expulsé nombre de nos concitoyens de leur coeur. Il s'agit le plus souvent d'un exode social. Cette tendance est observable de manière évidente dans la dernière décennie. L'Ile-de-France ou la région lyonnaise en sont les exemples.
Il faut évidemment parler de la détresse sociale qui frappe nos départements. Je parle en connaissance de cause : je suis élu de la Bresse depuis quatorze ans. Je suis aussi Président du Conseil Général de Saône-et-Loire : dans le Charolais, une vache a moins de mal à trouver un vétérinaire la nuit qu'une femme ou un homme à trouver un médecin. Il faut parfois faire 30 km pour trouver une pharmacie de garde. La gestion des urgences par le 15 s'est avérée être une source de dysfonctionnements dans le traitement des urgences médicales. La présence médicale est devenue un problème majeur pour nombre de nos concitoyens qui payent pourtant, comme tous les autres, la CSG, le RDS, les franchises médicales, et tout le prix de la médecine.
Mon expérience d'élu m'a très tôt amené à tirer l'expérience du délaissement des zones rurales et de leurs habitants par les politiques publiques. L'idée du « bouclier rural » est née entre Bourgogne et Franche-Comté, là où nous avons subi durement le recul de l'Etat et la désindustrialisation...
La rédaction : En quoi, jugez vous le « bouclier rural » novateur ?
AM : C'est une nouvelle façon d'aborder les problématiques sociales et territoriales. La question de l'architecture du système de soins me semble primordiale. Des évolutions sociales, ou sociétales, font que les jeunes médecins rechignent à s'installer à la campagne. Lorsque j'étais enfant, nous ne manquions pas de médecins dans le Morvan. Ceux-ci, du reste, ne renâclaient pas à se lever la nuit pour assurer des gardes parfois harassantes. Je constate que la liberté d'installation nuit désormais à l'égalité des Français devant la santé. Il faudra donc que pour assurer des soins aux secteurs en désertification médicale, la corporation des médecins accepte quelques entorses à la liberté d'installation. Il faut en outre cesser de casser l'organisation territoriale hospitalière du pays, comme l'ont fait les gouvernements de droite depuis près de dix ans. C'est aussi la présence des hôpitaux qui détermine aussi la propension des médecins à s'installer dans une région. Tout cela est présent dans le texte de la proposition de loi et me semble fondamental. Je propose, comme cela existe dans les grands pays ruraux (Canada...) que les jeunes médecins sortant de la faculté de médecine soient affectés pendant quelques années dans les régions désertifiées.
Autre point, la prise en compte du temps, du temps qu'il faut pour accéder à ce qui est essentiel dans une vie... C'est moins le kilométrage qui est déterminant dans les zones rurales que le temps d'accès à un service public. Le temps qu'il faut pour aller à l'école ou au lycée, le temps pour accéder à un service public, le temps qu'il faut pour accéder aux soins ou accoucher... Ces aspects ont profondément inspiré l'idée du « bouclier rural »
La rédaction : Vous êtes candidat aux Primaires de la gauche pour l'élection présidentielle, quel complément donneriez vous au bouclier rural?
AM : Le projet de « bouclier rural » répond à la nécessité de redonner du sens à l'égalité dans notre société. Il me semble qu'il faut lui adjoindre une vision industrielle pour notre pays. Pourquoi ? Parce que grand nombre de nos difficultés actuelles viennent de la désindustrialisation de la France. C'est cette raison qui m'a amené à proposer un renouveau productif, une mutation de notre industrie qui répare les ravages infligés par le capitalisme financier... Je ne crois pas qu'un pays comme le notre puisse se passer d'industrie. C'est un projet global que je propose : Il associe protections économiques, contrôle de la finance, innovation, prise en compte de la nécessaire mutation écologique, réforme démocratique... C'est cela le sens d'une gauche de transformation. C'est le sens de ma candidature.
Citation de « Des Idées et des rêves », page 201 :
« Lorsque je suis devenu en 2008 président de mon département de Saône-et-Loire, je ne savais pas que je devrais affronter le risque de faillite de l’institution publique que les électeurs m’avaient confiée. Tout s’était conjugué pour arriver à l’issue fatale. La crise de 2008 et 2009 avait réduit de moitié nos recettes tirées de l’impôt sur les ventes immobilières qui nous fit perdre 30 millions. L’Etat, depuis quelques années, avait décidé de se retirer de nos territoires. Il cessa de faire fonctionner ses anciens services publics, et ferma massivement ses implantations. La France rurale et des petites villes fut désormais abandonnée à elle-même : les tribunaux, les brigades de gendarmerie, les trésoreries, les hôpitaux, les postes de douane, les maternités, les bureaux de poste ferment partout. La résistance des populations, des élus ruraux, des territoires qui ont le cuir dur s’organise, mais n’a réussi à présent qu’à ralentir les visées parisiennes du pouvoir central. »
AM : Il me semble qu'il faut établir un diagnostic de la situation dans laquelle nous nous trouvons. 11 millions de nos concitoyens vivent dans l'espace rural. On ne répétera jamais assez que la « ruralité », ce n'est pas seulement le monde paysan. L'espace rural est peuplé d'environ 35% d'ouvriers. Depuis plusieurs décennies, la France vit un « exode urbain ». Les grandes métropoles ont expulsé nombre de nos concitoyens de leur coeur. Il s'agit le plus souvent d'un exode social. Cette tendance est observable de manière évidente dans la dernière décennie. L'Ile-de-France ou la région lyonnaise en sont les exemples.
Il faut évidemment parler de la détresse sociale qui frappe nos départements. Je parle en connaissance de cause : je suis élu de la Bresse depuis quatorze ans. Je suis aussi Président du Conseil Général de Saône-et-Loire : dans le Charolais, une vache a moins de mal à trouver un vétérinaire la nuit qu'une femme ou un homme à trouver un médecin. Il faut parfois faire 30 km pour trouver une pharmacie de garde. La gestion des urgences par le 15 s'est avérée être une source de dysfonctionnements dans le traitement des urgences médicales. La présence médicale est devenue un problème majeur pour nombre de nos concitoyens qui payent pourtant, comme tous les autres, la CSG, le RDS, les franchises médicales, et tout le prix de la médecine.
Mon expérience d'élu m'a très tôt amené à tirer l'expérience du délaissement des zones rurales et de leurs habitants par les politiques publiques. L'idée du « bouclier rural » est née entre Bourgogne et Franche-Comté, là où nous avons subi durement le recul de l'Etat et la désindustrialisation...
La rédaction : En quoi, jugez vous le « bouclier rural » novateur ?
AM : C'est une nouvelle façon d'aborder les problématiques sociales et territoriales. La question de l'architecture du système de soins me semble primordiale. Des évolutions sociales, ou sociétales, font que les jeunes médecins rechignent à s'installer à la campagne. Lorsque j'étais enfant, nous ne manquions pas de médecins dans le Morvan. Ceux-ci, du reste, ne renâclaient pas à se lever la nuit pour assurer des gardes parfois harassantes. Je constate que la liberté d'installation nuit désormais à l'égalité des Français devant la santé. Il faudra donc que pour assurer des soins aux secteurs en désertification médicale, la corporation des médecins accepte quelques entorses à la liberté d'installation. Il faut en outre cesser de casser l'organisation territoriale hospitalière du pays, comme l'ont fait les gouvernements de droite depuis près de dix ans. C'est aussi la présence des hôpitaux qui détermine aussi la propension des médecins à s'installer dans une région. Tout cela est présent dans le texte de la proposition de loi et me semble fondamental. Je propose, comme cela existe dans les grands pays ruraux (Canada...) que les jeunes médecins sortant de la faculté de médecine soient affectés pendant quelques années dans les régions désertifiées.
Autre point, la prise en compte du temps, du temps qu'il faut pour accéder à ce qui est essentiel dans une vie... C'est moins le kilométrage qui est déterminant dans les zones rurales que le temps d'accès à un service public. Le temps qu'il faut pour aller à l'école ou au lycée, le temps pour accéder à un service public, le temps qu'il faut pour accéder aux soins ou accoucher... Ces aspects ont profondément inspiré l'idée du « bouclier rural »
La rédaction : Vous êtes candidat aux Primaires de la gauche pour l'élection présidentielle, quel complément donneriez vous au bouclier rural?
AM : Le projet de « bouclier rural » répond à la nécessité de redonner du sens à l'égalité dans notre société. Il me semble qu'il faut lui adjoindre une vision industrielle pour notre pays. Pourquoi ? Parce que grand nombre de nos difficultés actuelles viennent de la désindustrialisation de la France. C'est cette raison qui m'a amené à proposer un renouveau productif, une mutation de notre industrie qui répare les ravages infligés par le capitalisme financier... Je ne crois pas qu'un pays comme le notre puisse se passer d'industrie. C'est un projet global que je propose : Il associe protections économiques, contrôle de la finance, innovation, prise en compte de la nécessaire mutation écologique, réforme démocratique... C'est cela le sens d'une gauche de transformation. C'est le sens de ma candidature.
Citation de « Des Idées et des rêves », page 201 :
« Lorsque je suis devenu en 2008 président de mon département de Saône-et-Loire, je ne savais pas que je devrais affronter le risque de faillite de l’institution publique que les électeurs m’avaient confiée. Tout s’était conjugué pour arriver à l’issue fatale. La crise de 2008 et 2009 avait réduit de moitié nos recettes tirées de l’impôt sur les ventes immobilières qui nous fit perdre 30 millions. L’Etat, depuis quelques années, avait décidé de se retirer de nos territoires. Il cessa de faire fonctionner ses anciens services publics, et ferma massivement ses implantations. La France rurale et des petites villes fut désormais abandonnée à elle-même : les tribunaux, les brigades de gendarmerie, les trésoreries, les hôpitaux, les postes de douane, les maternités, les bureaux de poste ferment partout. La résistance des populations, des élus ruraux, des territoires qui ont le cuir dur s’organise, mais n’a réussi à présent qu’à ralentir les visées parisiennes du pouvoir central. »
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Montebourg
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Mardi 22 Mars 2011 à 20:19
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