Revue de presse
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris du 5 mars 2010. L'économiste revient sur les dérives productivistes de l'agriculture française qui se soumet ainsi à une concurrence déloyale sur les marchés mondiaux. L'urgence est de revenir à un modèle plus «paysan» et plus respectueux de l'écologie.
Le salon de l’agriculture a ouvert ses portes, l’occasion de rappeler pourquoi une agriculture dynamique est indispensable à une économie dynamique. La France a des rapports très particuliers avec ses paysans. Souvenons-nous comment la Guerre de 14 avait saluée comme la victoire du paysan français sur l’ouvrier allemand.
Sans remonter aussi loin, en 1986, Jacques Chirac, avait nommé comme Ministre de l’agriculture le chef du puissant syndicat agricole la FNSEA, François Guillaume. On ne peut pas dire que ce monsieur ait laissé une trace immense dans les mémoires, c’est à lui que l’on doit la fameuse phrase sur le nuage de Tchernobyl qui épargnerait la France. Mais sa nomination permet de mesurer la toute puissance des agriculteurs dans un pays où le nombre de communes est le plus élevé d’Europe !
La faute au productivisme
La puissance économique de l’agriculture n’a jamais pénalisé l’industrie. Le décollage économique de la France s’est fait dans un monde rural et en même temps que la modernisation de l’agriculture. Mieux : le grand échec de l’URSS par rapport à la Chine – deux pays communistes, deux pays obsédés par la croissance et le développement, deux pays où les caciques du Parti ne demandaient qu’à s’enrichir – fut certainement l’échec de la politique agricole.
La Russie a détruit sa paysannerie, en remettant en cause la politique de Lénine peu avant sa mort, en axant tout sur l’industrie lourde. Et détruisant sa paysannerie, elle a fini par détruire le fondement de sa croissance. Les Chinois font tout le contraire.
Et la France a toujours protégé ses paysans. L’une des dernières victoires de Jacques Chirac est d’avoir obtenu le terme de 2012 pour la remise en cause de la Pac, la politique agricole commune, 55 milliards par ans - c’est pas rien. La PAC fut extrêmement favorable aux Français. C’est le seul, l’unique budget conséquent de l’Europe depuis des décennies ! Il n’a pas été consacré à la recherche, mais à l’agriculture.
Or le problème de l’agriculture française, c’est qu’elle a été tellement protégée, protégée de toute loi contre la pollution par exemple, qu’elle est devenue une simple industrie, une industrie productiviste, qui, tôt ou tard, devait se heurter à la concurrence de pays aux salaires moins conséquents.
Une agriculture verte
Les paysans sont devenus des industriels, ils sont devenus des industriels, ils se sont éloignés de la terre. L’hypermécanisation, l’utilisation à outrance des engrais, l’utilisation gratuite de l’eau, le déni de la pollution les a fait s’éloigner de la nature, et il est tout à fait frappant de voir les slogans proprement ahurissants qui sont affichés au salon de l’agriculture : « réconcilier les paysans avec la nature » ou encore : « retrouver une agriculture qui respecte la terre » etc.
C'est étonnant. Bien entendu le monde paysan est complexe, tous les paysans ne sont pas logés à la même enseigne, les producteurs de lait ont perdu plus de 50% de leur revenu en 2008, les fruitiers aussi, les céréaliers un peu moins, et sans doute les céréaliers bénéficieront d’un retournement du marché mondial tiré par les pays émergents, ces mêmes pays émergents –qui – comme le Brésil - leur taillent des croupières en cassant les prix.
L’avenir est aux paysans, et non aux industriels, et encore moins à la grande distribution. Vive la « terre aux vrais paysans » a-t-on envie de dire. Et si la France veut s’engager dans une économie verte et durable, on ne voit pas comment elle pourrait le faire sans une agriculture verte.
http://www.marianne2.fr/L-avenir-est-aux-paysans,-pas-aux-industriels_a189654.html
Tags :
agriculture
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Samedi 6 Mars 2010 à 21:56
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