Proposition
Dans une note de veille politique, Alain Bergounioux, secrétaire national du PS, dresse l'état des lieux de la France rurale de 2010.
Près d’un métropolitain sur cinq vit en milieu rural. Un récent rapport de l’Igas montre pourtant que cette « France des champs » est beaucoup plus pauvre que la « France des villes ». Et beaucoup plus discrète aussi.
Il existe en effet une France des invisibles, une France dont personne ne parle. Ou si peu. Cette France-là, c’est celle des campagnes. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) s’est penchée sur ces « inaudibles » à travers un rapport intitulé : « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural ». Publié fin 2009, il n’a pas fait grand bruit….
Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent les rapporteurs dans leur synthèse, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emplois qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture ».
Résultat : « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).
Plus inattendue, la typologie de «ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories
- D’une part, on trouve de façon classique, « les agriculteurs dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social».
Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés des autorités politiques du pays, Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le notent les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes « taiseuses », de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…
Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement tente de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. Des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville. Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale.
Depuis 2007, la Révision générale des politiques publiques a modifié en profondeur la présence des services publics en milieu rural…
Auparavant, la veine des services publics était profonde, irriguée. Elle irradiait jusque dans les coins les plus reculés de France amenant là le facteur, dessinant le périmètre de soins, celui de l'éducation, des zones de sécurité … Sait-on même qu'en 1907 la Fédération internationale des services publics était fondée ? Un siècle plus tard la Révision générale des politiques publiques (RGPP) a fait table rase du passé. Ses 370 mesures ont tranché dans le vif. Régions, départements et communes de France s'en sont trouvé modifiées en profondeur. Depuis 2007, des dizaines de bureaux de poste, gendarmeries, gares, trésors publics, fret, maternités et blocs opératoires, écoles, tribunaux et greffes ont été rayés de la carte. A l’exemple de Midi-Pyrénées, où la perte est plus lourde selon que l'on se trouve dans le Gers plutôt qu'en Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées plutôt qu'en Ariège.
D'autant qu'il faut désormais compter avec la réforme de la carte judiciaire, qui a gommé 178 tribunaux d'instance, au plan national….
La RGPP aura fait de vrais dégâts. Sa version deux, en instance d'application pourrait encore aggraver la donne. « Soyez fiers d'être fonctionnaires » glissait cyniquement , il y a peu, Nicolas Sarkozy dans un discours sur la fonction publique appelant au calme des troupes déstabilisés depuis la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : une « casse » évaluée par les syndicats à 100 000 emplois, qui fait de l'État l'instigateur du plus gros plan social jamais mis en œuvre. Ce constat sera-t-il évoqué dans le rapport sur la qualité des services publics remis par le député UMP François Cornut-Gentille au ministre Woerth ?
Face à cela, nombre d’élus locaux tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. C’est le cas du conseiller général et maire socialiste de Lormes (Nièvre) Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail.
La droite a abandonné de longue date le monde paysan, désormais seul face à ses difficultés, ce qui s’est ressenti lors des dernières élections régionales. Il reste qu’aujourd’hui, c'est l'État tout entier qui déserte de nos campagnes et le pacte territorial s’en trouve affecté dans sa chair républicaine…. Les réformes qui se succèdent ont le goût amer d’une relégation…. Depuis une vingtaine d’années, malgré l’acharnement à impulser sur les territoires des actions de développement, c’est le cercle vicieux de la baisse démographique entraînant la fermeture des services et des activités qui accélère l’exode. …
Ce mouvement, hier honteux et caché, se manifeste aujourd’hui au grand jour. Externalisation des services territoriaux au nom de la réforme de l’Etat, disparition des services publics , appauvrissement des services à la population au nom de la concurrence, mise sous tutelle des territoires , et bientôt perte du poids politique dans le pays avec la réforme territoriale qui va renforcer les grands ensembles urbains (agglomération ou métropole). Si l’on a une vision et l’annonce de moyens importants pour le « Grand Paris », les campagnes, elles, n’inspirent plus personne depuis longtemps au sommet de l’Etat….
Autre sujet tabou : l’égalité entre les territoires. Qui osera dénoncer les discriminations dont sont victimes les habitants des campagnes par rapport à ceux des villes, au regard de l’accès aux services publics bien sûr, mais aussi de l’accès aux soins (déserts médicaux), à l’information (fracture numérique), à la communication (zones blanches), à l’éducation (fermeture des niveaux et classes uniques), à la sécurité (fermeture et regroupement des brigades de gendarmerie), aux transports (enclavement, pas de transports en commun), à la représentation politique (suppression des circonscriptions rurales peu peuplées et demain des cantons), à l’emploi (taux d’emploi plus faibles et taux de chômage plus élevés)… et même aux concours financiers de l’Etat (dotation par habitant plus réduite) ! Notre modèle républicain condamne les « inégalités de traitement » fondées sur le sexe, l’origine, le handicap... Il ne peut non plus tolérer l’existence de citoyens de seconde zone en fonction de leur lieu d’habitation…
La droite d’aujourd’hui fuit le monde agricole. Après en avoir fait l’une de ses clientèles privilégiées pendant quelques décennies, après avoir fait de plusieurs syndicalistes agricoles des ministres, elle semble s’être totalement coupée d’un monde qu’elle ne connaît plus et qui ne la reconnaît plus….
Le président du Sénat, Gérard Larcher percevait déjà un certain danger… en février, avant les régionales. Un « malaise rural qui se situe au-delà des prix agricoles. On a le sentiment qu’on ne s’intéresse qu’à la France urbaine » soulignait-il à l’époque !
« Le territoire est une des composantes de la construction de la France. C’est ce que notre pays a en plus. » Selon Gérard Larcher, l’agriculture est un atout économique. « Croyez-vous que, si la France se transformait en une gigantesque zone commerciale, elle continuerait d’attirer 80 millions de visiteurs étrangers par an ? Vous n’attirez pas les touristes avec Ikea et Auchan ! » On disait « le salaire du lait : l’éleveur et sa femme travaillaient 70 heures par semaine, mais ils pouvaient vivre de leurs 1 500 euros par mois. Aujourd’hui, le couple ne dégage plus 500 euros ! Comment vous faites avec deux enfants ? » …
Ainsi, il n’y a rien d’étonnant à voir le département de la Manche (deuxième de France pour la production de lait) connaître une vague de suicides comparable à celle de France Télécom…. Il faut entendre un de ses élus, ancien secrétaire général de l’Élysée auprès de Jacques Chirac, raconter les soirs où l’on vient le chercher parce qu’un chef d’exploitation agricole s’est pendu dans sa grange…
En attendant, les deux rapporteurs (agriculteurs UMP de Gironde et de Seine-Maritime) du projet de loi de modernisation agricole, dont l’examen par le Sénat commencera le 17 mai, se penchent sur l’établissement de contrats écrits avec les industriels et la grande distribution….
A la veille des régionales, s’inquiétait le président du Sénat : « les ruraux ne risquent ils pas exprimer leur désespoir dans les urnes ? » Pronostic confirmé : La carte de l’abstention 2010 le révèle : 56,88 % dans la Loire (36,21% en 2004), 58,19 % dans l’Ain (37,09 % en 2004), 61,99 % en Moselle (42,39 % en 2004) ! Et combien d’autres ont voté FN ?
Aujourd’hui, les caisses sont vides et l’État se décharge sur les régions et les départements, privés de taxe professionnelle, du poids croissant des dépenses sociales ! Au delà de l’agitation permanente du pouvoir, à coup de grands discours, là sur l’agriculture, là sur la place des fonctionnaires, y a-t-il une vraie prise de conscience de cette situation ? Quand mesurera-t-on sérieusement au gouvernement l’importance de la France rurale ?
Il existe en effet une France des invisibles, une France dont personne ne parle. Ou si peu. Cette France-là, c’est celle des campagnes. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) s’est penchée sur ces « inaudibles » à travers un rapport intitulé : « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural ». Publié fin 2009, il n’a pas fait grand bruit….
Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent les rapporteurs dans leur synthèse, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emplois qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture ».
Résultat : « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).
Plus inattendue, la typologie de «ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories
- D’une part, on trouve de façon classique, « les agriculteurs dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social».
Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés des autorités politiques du pays, Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le notent les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes « taiseuses », de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…
Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement tente de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. Des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville. Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale.
Depuis 2007, la Révision générale des politiques publiques a modifié en profondeur la présence des services publics en milieu rural…
Auparavant, la veine des services publics était profonde, irriguée. Elle irradiait jusque dans les coins les plus reculés de France amenant là le facteur, dessinant le périmètre de soins, celui de l'éducation, des zones de sécurité … Sait-on même qu'en 1907 la Fédération internationale des services publics était fondée ? Un siècle plus tard la Révision générale des politiques publiques (RGPP) a fait table rase du passé. Ses 370 mesures ont tranché dans le vif. Régions, départements et communes de France s'en sont trouvé modifiées en profondeur. Depuis 2007, des dizaines de bureaux de poste, gendarmeries, gares, trésors publics, fret, maternités et blocs opératoires, écoles, tribunaux et greffes ont été rayés de la carte. A l’exemple de Midi-Pyrénées, où la perte est plus lourde selon que l'on se trouve dans le Gers plutôt qu'en Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées plutôt qu'en Ariège.
D'autant qu'il faut désormais compter avec la réforme de la carte judiciaire, qui a gommé 178 tribunaux d'instance, au plan national….
La RGPP aura fait de vrais dégâts. Sa version deux, en instance d'application pourrait encore aggraver la donne. « Soyez fiers d'être fonctionnaires » glissait cyniquement , il y a peu, Nicolas Sarkozy dans un discours sur la fonction publique appelant au calme des troupes déstabilisés depuis la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : une « casse » évaluée par les syndicats à 100 000 emplois, qui fait de l'État l'instigateur du plus gros plan social jamais mis en œuvre. Ce constat sera-t-il évoqué dans le rapport sur la qualité des services publics remis par le député UMP François Cornut-Gentille au ministre Woerth ?
Face à cela, nombre d’élus locaux tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. C’est le cas du conseiller général et maire socialiste de Lormes (Nièvre) Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail.
La droite a abandonné de longue date le monde paysan, désormais seul face à ses difficultés, ce qui s’est ressenti lors des dernières élections régionales. Il reste qu’aujourd’hui, c'est l'État tout entier qui déserte de nos campagnes et le pacte territorial s’en trouve affecté dans sa chair républicaine…. Les réformes qui se succèdent ont le goût amer d’une relégation…. Depuis une vingtaine d’années, malgré l’acharnement à impulser sur les territoires des actions de développement, c’est le cercle vicieux de la baisse démographique entraînant la fermeture des services et des activités qui accélère l’exode. …
Ce mouvement, hier honteux et caché, se manifeste aujourd’hui au grand jour. Externalisation des services territoriaux au nom de la réforme de l’Etat, disparition des services publics , appauvrissement des services à la population au nom de la concurrence, mise sous tutelle des territoires , et bientôt perte du poids politique dans le pays avec la réforme territoriale qui va renforcer les grands ensembles urbains (agglomération ou métropole). Si l’on a une vision et l’annonce de moyens importants pour le « Grand Paris », les campagnes, elles, n’inspirent plus personne depuis longtemps au sommet de l’Etat….
Autre sujet tabou : l’égalité entre les territoires. Qui osera dénoncer les discriminations dont sont victimes les habitants des campagnes par rapport à ceux des villes, au regard de l’accès aux services publics bien sûr, mais aussi de l’accès aux soins (déserts médicaux), à l’information (fracture numérique), à la communication (zones blanches), à l’éducation (fermeture des niveaux et classes uniques), à la sécurité (fermeture et regroupement des brigades de gendarmerie), aux transports (enclavement, pas de transports en commun), à la représentation politique (suppression des circonscriptions rurales peu peuplées et demain des cantons), à l’emploi (taux d’emploi plus faibles et taux de chômage plus élevés)… et même aux concours financiers de l’Etat (dotation par habitant plus réduite) ! Notre modèle républicain condamne les « inégalités de traitement » fondées sur le sexe, l’origine, le handicap... Il ne peut non plus tolérer l’existence de citoyens de seconde zone en fonction de leur lieu d’habitation…
La droite d’aujourd’hui fuit le monde agricole. Après en avoir fait l’une de ses clientèles privilégiées pendant quelques décennies, après avoir fait de plusieurs syndicalistes agricoles des ministres, elle semble s’être totalement coupée d’un monde qu’elle ne connaît plus et qui ne la reconnaît plus….
Le président du Sénat, Gérard Larcher percevait déjà un certain danger… en février, avant les régionales. Un « malaise rural qui se situe au-delà des prix agricoles. On a le sentiment qu’on ne s’intéresse qu’à la France urbaine » soulignait-il à l’époque !
« Le territoire est une des composantes de la construction de la France. C’est ce que notre pays a en plus. » Selon Gérard Larcher, l’agriculture est un atout économique. « Croyez-vous que, si la France se transformait en une gigantesque zone commerciale, elle continuerait d’attirer 80 millions de visiteurs étrangers par an ? Vous n’attirez pas les touristes avec Ikea et Auchan ! » On disait « le salaire du lait : l’éleveur et sa femme travaillaient 70 heures par semaine, mais ils pouvaient vivre de leurs 1 500 euros par mois. Aujourd’hui, le couple ne dégage plus 500 euros ! Comment vous faites avec deux enfants ? » …
Ainsi, il n’y a rien d’étonnant à voir le département de la Manche (deuxième de France pour la production de lait) connaître une vague de suicides comparable à celle de France Télécom…. Il faut entendre un de ses élus, ancien secrétaire général de l’Élysée auprès de Jacques Chirac, raconter les soirs où l’on vient le chercher parce qu’un chef d’exploitation agricole s’est pendu dans sa grange…
En attendant, les deux rapporteurs (agriculteurs UMP de Gironde et de Seine-Maritime) du projet de loi de modernisation agricole, dont l’examen par le Sénat commencera le 17 mai, se penchent sur l’établissement de contrats écrits avec les industriels et la grande distribution….
A la veille des régionales, s’inquiétait le président du Sénat : « les ruraux ne risquent ils pas exprimer leur désespoir dans les urnes ? » Pronostic confirmé : La carte de l’abstention 2010 le révèle : 56,88 % dans la Loire (36,21% en 2004), 58,19 % dans l’Ain (37,09 % en 2004), 61,99 % en Moselle (42,39 % en 2004) ! Et combien d’autres ont voté FN ?
Aujourd’hui, les caisses sont vides et l’État se décharge sur les régions et les départements, privés de taxe professionnelle, du poids croissant des dépenses sociales ! Au delà de l’agitation permanente du pouvoir, à coup de grands discours, là sur l’agriculture, là sur la place des fonctionnaires, y a-t-il une vraie prise de conscience de cette situation ? Quand mesurera-t-on sérieusement au gouvernement l’importance de la France rurale ?
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Contact : jphuelin@voila.fr
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