Revue de presse
Jean-Yves Pineau est directeur du Collectif ville campagne, qui accompagne les territoires souhaitant mettre en place des politiques d’accueil de nouvelles populations, ainsi que les personnes désireuses de s’installer en milieu rural.
Les campagnes attirent-elles les citadins ?
Oui, même s’il s’agit d’abord d’une attractivité résidentielle par choix ou par nécessité. Le logement est devenu un élément vital pour les gens qui vont à la campagne parce qu’ils trouvent à se loger moins cher ou plus grand. Avec les conséquences que l’on sait : le grignotage des terres agricoles, des lotissements sans âme. Il y a vraiment des questions à se poser sur les rapports entre les villes et les territoires ruraux. Il faut changer cette posture.
C’est-à-dire ?
Les campagnes ne sont plus des territoires ringards, tels qu’on les percevait à l’époque de la révolution industrielle. Selon le sondage Ifop que nous avions commandé en 2009, onze millions des personnes habitant en agglomération envisagent un jour de vivre à la campagne, et cela concerne plus d’un jeune sur deux de 18 à 35 ans (53%). Deux tiers des citadins voient dans les espaces ruraux des territoires d’avenir. Mais il y a une forme de paradoxe : au moment où les campagnes retrouvent du carburant avec des gens qui veulent y venir, l’Etat se rétracte. Au lieu de penser les services publics comme des investissements, on pense ratio, vision à court terme. Et puis qu’est-ce qui fait l’aménagement du territoire depuis trente ans ? C’est l’avènement de l’automobile, les hypermarchés, le prix du foncier, les promoteurs immobiliers et l’OMC [Organisation mondiale du commerce, ndlr]. Il nous faut un vrai projet de société capable de prendre la mesure des crises actuelles.
Que faut-il faire ?
Au regard des vrais défis que sont la mobilité, les enjeux énergétique et climatique, il faut une politique claire qui n’envisage plus les territoires ruraux en situation de vassalisation par rapport aux agglomérations. Dans cette vision des années 60, qui persiste encore, la ville était considérée comme l’unique lieu possible d’émancipation et d’enrichissement. L’avenir des campagnes, appelées alors confusément «l’espace rural», était simplement déterminé par la proximité ou l’éloignement des centres urbains : trop proches, les campagnes auxquelles on assignait une fonction purement résidentielle devenaient les vases d’expansion des villes ; trop éloignées, elles étaient consignées dans une fonction de production ou, le cas échéant, dans une fonction de récréation pour les citadins, voire de préservation environnementale. On voit bien que cette perspective ne mène à rien.
Comment sortir de cette impasse ?
Aujourd’hui, il faut une approche offensive faite de mixités. On est plus dans deux mondes séparés. Il y a des territoires qui ont besoin d’être mariés, mis en synergie. Il faut en finir avec une approche «frontière» entre villes et campagnes, alors que nous sommes dans un monde de flux. Il faut penser les transports publics de manière intelligente entre villes et campagnes parce que, à l’heure actuelle, le périmètre de la réflexion s’étend au mieux aux limites de l’agglomération et des premières couronnes.
Que pensez-vous de l’idée d’un bouclier rural ?
Au-delà de la formule, on ne peut que trouver l’idée bonne. Cela fait quinze ans que l’on travaille sur ces questions au sein du Collectif ville campagne et que nous accompagnons l’émergence de ces nouvelles approches de développement territorial que sont les politiques d’accueil et d’attractivité. Dans le sondage réalisé par l’Ifop, on voit que même si la présence de commerce de proximité (36%), de transports (36%) et de services de santé (27%) sont des critères importants pour le choix de la terre d’accueil, c’est plutôt la combinaison et la répartition équilibrée de ces éléments qui importent dans le choix d’installation. L’enjeu pour les campagnes est de pouvoir préserver l’éventail des fonctions et des aménités : production, services, équipements, logements, vies sociale et culturelle, activités économiques…
recueilli par JACKY DURAND
http://www.liberation.fr/societe/0101624501-les-campagnes-ne-sont-plus-des-territoires-ringards
Oui, même s’il s’agit d’abord d’une attractivité résidentielle par choix ou par nécessité. Le logement est devenu un élément vital pour les gens qui vont à la campagne parce qu’ils trouvent à se loger moins cher ou plus grand. Avec les conséquences que l’on sait : le grignotage des terres agricoles, des lotissements sans âme. Il y a vraiment des questions à se poser sur les rapports entre les villes et les territoires ruraux. Il faut changer cette posture.
C’est-à-dire ?
Les campagnes ne sont plus des territoires ringards, tels qu’on les percevait à l’époque de la révolution industrielle. Selon le sondage Ifop que nous avions commandé en 2009, onze millions des personnes habitant en agglomération envisagent un jour de vivre à la campagne, et cela concerne plus d’un jeune sur deux de 18 à 35 ans (53%). Deux tiers des citadins voient dans les espaces ruraux des territoires d’avenir. Mais il y a une forme de paradoxe : au moment où les campagnes retrouvent du carburant avec des gens qui veulent y venir, l’Etat se rétracte. Au lieu de penser les services publics comme des investissements, on pense ratio, vision à court terme. Et puis qu’est-ce qui fait l’aménagement du territoire depuis trente ans ? C’est l’avènement de l’automobile, les hypermarchés, le prix du foncier, les promoteurs immobiliers et l’OMC [Organisation mondiale du commerce, ndlr]. Il nous faut un vrai projet de société capable de prendre la mesure des crises actuelles.
Que faut-il faire ?
Au regard des vrais défis que sont la mobilité, les enjeux énergétique et climatique, il faut une politique claire qui n’envisage plus les territoires ruraux en situation de vassalisation par rapport aux agglomérations. Dans cette vision des années 60, qui persiste encore, la ville était considérée comme l’unique lieu possible d’émancipation et d’enrichissement. L’avenir des campagnes, appelées alors confusément «l’espace rural», était simplement déterminé par la proximité ou l’éloignement des centres urbains : trop proches, les campagnes auxquelles on assignait une fonction purement résidentielle devenaient les vases d’expansion des villes ; trop éloignées, elles étaient consignées dans une fonction de production ou, le cas échéant, dans une fonction de récréation pour les citadins, voire de préservation environnementale. On voit bien que cette perspective ne mène à rien.
Comment sortir de cette impasse ?
Aujourd’hui, il faut une approche offensive faite de mixités. On est plus dans deux mondes séparés. Il y a des territoires qui ont besoin d’être mariés, mis en synergie. Il faut en finir avec une approche «frontière» entre villes et campagnes, alors que nous sommes dans un monde de flux. Il faut penser les transports publics de manière intelligente entre villes et campagnes parce que, à l’heure actuelle, le périmètre de la réflexion s’étend au mieux aux limites de l’agglomération et des premières couronnes.
Que pensez-vous de l’idée d’un bouclier rural ?
Au-delà de la formule, on ne peut que trouver l’idée bonne. Cela fait quinze ans que l’on travaille sur ces questions au sein du Collectif ville campagne et que nous accompagnons l’émergence de ces nouvelles approches de développement territorial que sont les politiques d’accueil et d’attractivité. Dans le sondage réalisé par l’Ifop, on voit que même si la présence de commerce de proximité (36%), de transports (36%) et de services de santé (27%) sont des critères importants pour le choix de la terre d’accueil, c’est plutôt la combinaison et la répartition équilibrée de ces éléments qui importent dans le choix d’installation. L’enjeu pour les campagnes est de pouvoir préserver l’éventail des fonctions et des aménités : production, services, équipements, logements, vies sociale et culturelle, activités économiques…
recueilli par JACKY DURAND
http://www.liberation.fr/societe/0101624501-les-campagnes-ne-sont-plus-des-territoires-ringards
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Mercredi 31 Mars 2010 à 13:24
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