Bientôt les douze coups de minuit sonneront la fin de l'année. Marianne2 vous propose une rétrospective à travers les mots qui ont fait l'actualité. Aujourd'hui: retour sur une idée qui malheureusement n’a pas retenu l’attention des médias. Dommage car il s’agit peut-être d’une des meilleures idées que le PS ait pu avoir en 2010: l’instauration d’un «bouclier rural».
Solférino serait une coquille vide d’idées ? Le Parti socialiste en a pourtant parfois de bonnes. Non pas le care de Martine Aubry. Il y eut cette année, par exemple, le « juste échange », sorte de protectionnisme dont on peut regretter qu’il soit un peu light , mais qui représente tout de même un pas de géant pour des dirigeants PS jusque-là quasi entièrement vendus aux thèses libre-échangistes. Il y eut, aussi et surtout, le « bouclier rural », une expression judicieusement choisie puisqu’elle renvoie au détestable et symbolique « bouclier fiscal » voulu par le roitelet de l’Elysée.
Mais le « bouclier rural » n’est pas une mesure-slogan fleurant bon le marketing politique comme on pourrait le croire de prime abord. Bien au contraire. Derrière cette appellation, il y a une prise de conscience. Du moins, un début. Le PS, au cours des vingt dernières années, a pris la fâcheuse habitude de ne s’adresser qu’aux électeurs des grands centres urbains bien éloignés des classes populaires auxquelles il est censé parler. Pour faire court et caricatural : les bobos. L’idée du bouclier rural part d’un constat : la France a connu un exode urbain. Le prolo ne vit désormais plus en ville, mais à la campagne ou dans les zones dites périurbaines (1). Et ces nouveaux habitants des champs sont les grands oubliés des responsables politiques. Selon l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), les anciens et néo-ruraux, que ne veulent surtout pas voir les grands qui nous gouvernent, seraient près de 11 millions, soit tout de même « 18% de la population de France métropolitaine ».
Que propose le « bouclier rural » imaginé par des élus socialistes de la Nièvre et repris, en partie, cette année, par le PS national dans le fameux texte sur l’égalité réelle ? De réduire cette fracture territoriale qui vient se superposer, s'entremêler, à la déjà très connue fracture sociale. Le texte défendu par Benoît Hamon suggère donc de garantir aux habitants de ces zones-là « par des normes adéquates, un temps d’accès maximum aux services essentiels : accueil de médecine générale, école élémentaire et collège, bureau de poste, etc. » « Par exemple, est-il précisé, l’organisation hospitalière pourra être repensée autour des bassins de vie, pour permettre l’accès à un service d’urgence à moins de 30 minutes, à une maternité à moins de 45 minutes. » L’accent est donc mis sur les services publics. Mais pas seulement. Avec son « bouclier rural », le PS assure aussi vouloir réduire les fractures énergétique et numérique que connaissent ces territoires et participer à leur essor par « la création de zones de développement économique rural, accompagnées de nouveaux outils fiscaux, bancaires et réglementaires ».
Le « bouclier rural » est une si riche idée que les socialistes viennent de découvrir que des députés UMP ont décidé sans vergogne de se l’approprier en déposant une proposition de loi le 20 décembre dernier. Un texte qui fleure bon le plagiat. Certes, le PS n’est pas une coquille vide d’idées. Mais il en a si peu de nouvelles et de percutantes. Et voilà qu’il parvient à se faire barboter une des meilleures qu’il ait pu avoir cette année. Sans doute le PS devra-t-il imaginer en 2011 l’instauration d’un « bouclier programmatique »…
(1) Un phénomène parfaitement décrit par Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin dans l’ouvrage Recherche le peuple désespérément paru fin 2009 chez Bourin éditeur.
Gérald Andrieu - Marianne2 - Dimanche 2 Janvier 201
Mais le « bouclier rural » n’est pas une mesure-slogan fleurant bon le marketing politique comme on pourrait le croire de prime abord. Bien au contraire. Derrière cette appellation, il y a une prise de conscience. Du moins, un début. Le PS, au cours des vingt dernières années, a pris la fâcheuse habitude de ne s’adresser qu’aux électeurs des grands centres urbains bien éloignés des classes populaires auxquelles il est censé parler. Pour faire court et caricatural : les bobos. L’idée du bouclier rural part d’un constat : la France a connu un exode urbain. Le prolo ne vit désormais plus en ville, mais à la campagne ou dans les zones dites périurbaines (1). Et ces nouveaux habitants des champs sont les grands oubliés des responsables politiques. Selon l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), les anciens et néo-ruraux, que ne veulent surtout pas voir les grands qui nous gouvernent, seraient près de 11 millions, soit tout de même « 18% de la population de France métropolitaine ».
Que propose le « bouclier rural » imaginé par des élus socialistes de la Nièvre et repris, en partie, cette année, par le PS national dans le fameux texte sur l’égalité réelle ? De réduire cette fracture territoriale qui vient se superposer, s'entremêler, à la déjà très connue fracture sociale. Le texte défendu par Benoît Hamon suggère donc de garantir aux habitants de ces zones-là « par des normes adéquates, un temps d’accès maximum aux services essentiels : accueil de médecine générale, école élémentaire et collège, bureau de poste, etc. » « Par exemple, est-il précisé, l’organisation hospitalière pourra être repensée autour des bassins de vie, pour permettre l’accès à un service d’urgence à moins de 30 minutes, à une maternité à moins de 45 minutes. » L’accent est donc mis sur les services publics. Mais pas seulement. Avec son « bouclier rural », le PS assure aussi vouloir réduire les fractures énergétique et numérique que connaissent ces territoires et participer à leur essor par « la création de zones de développement économique rural, accompagnées de nouveaux outils fiscaux, bancaires et réglementaires ».
Le « bouclier rural » est une si riche idée que les socialistes viennent de découvrir que des députés UMP ont décidé sans vergogne de se l’approprier en déposant une proposition de loi le 20 décembre dernier. Un texte qui fleure bon le plagiat. Certes, le PS n’est pas une coquille vide d’idées. Mais il en a si peu de nouvelles et de percutantes. Et voilà qu’il parvient à se faire barboter une des meilleures qu’il ait pu avoir cette année. Sans doute le PS devra-t-il imaginer en 2011 l’instauration d’un « bouclier programmatique »…
(1) Un phénomène parfaitement décrit par Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin dans l’ouvrage Recherche le peuple désespérément paru fin 2009 chez Bourin éditeur.
Gérald Andrieu - Marianne2 - Dimanche 2 Janvier 201
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