Revue de presse
Un dossier paru dans "La Dépêche du Midi" du 3 mars 2010. Depuis 2007, la Révision générale des politiques publiques a modifié en profondeur la présence des services publics en milieu rural.
La veine était profonde, irriguée. Elle irradiait jusque dans les coins les plus reculés de France amenant le facteur, dessinant le périmètre de soins, celui de la cour de l'éducation, des zones sécurité et voyageurs… Sait-on même qu'en 1907 était fondée la Fédération internationale des services publics ? Un siècle plus tard la Révision générale des politiques publiques (RGPP) a fait table rase du passé. Ses 370 mesures ont tranché dans le vif. Régions, départements et communes de France s'en sont trouvé modifiées en profondeur. Depuis 2007, des dizaines de postes, gendarmeries, gares, trésors publics, fret, maternités et blocs opératoires, écoles, tribunaux et greffes ont été rayés de la carte. En Midi-Pyrénées, la perte est plus lourde selon que l'on se trouve dans le Gers plutôt qu'en Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées plutôt qu'en Ariège. D'autant qu'il faut désormais compter avec la réforme de la carte judiciaire, qui a gommé 178 tribunaux d'instance.
La RGPP a fait des dégâts. Sa version 2 en instance d'application pourrait aggraver la donne. « Soyez fiers d'être fonctionnaires » glissait hier Nicolas Sarkozy dans un discours sur la fonction publique appelant au calme des troupes déstabilisés depuis la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : une « casse » évaluée par les syndicats à 100 000 emplois, qui fait de l'État l'instigateur du plus gros plan social jamais mis en œuvre. Ce constat sera-t-il notifié dans le rapport sur la qualité des services publics remis aujourd'hui par le député François Cornut-Gentille au ministre Woerth ? La question n'est plus là répondent les élus. À l'instar du maire de Marmande (Lot-et-Garonne), Gérard Gouzes, beaucoup pensent qu'il est grand temps que « la résistance s'organise » et militent pour la mise en place d'un bouclier rural.
Tribunaux, gares, hôpitaux
Carte judiciaire. La réforme de la carte judiciaire a prévu la fermeture de 178 tribunaux d'instance sur 473 (fermeture effective depuis début 2010), et de 23 TGI sur 181 (au 1er janvier 2011). Plus du tiers des 201 fermetures prévues ont fait l'objet de requêtes devant le Conseil d'État.
Bureaux de poste. Selon le syndicat Sud, il reste à ce jour sur le territoire français 3600 bureaux de plein exercice et 7000 bureaux de proximité « ouverts une demi-journée ou quelques heures par semaine », contre 12000 il y a une dizaine d'années. Le réseau s'est totalement restructuré en prévision notamment de la perte de monopole du traitement des lettres de moins de 50g le 1er janvier 2011.
Fin 2002, l'État contrôlait 1600 entreprises publiques employant environ 1,1 million de salariés.
Gourdon s'est battu jusqu'au bout
La maternité de l'hôpital ? Fermée. La trésorerie ? À vendre. Le tribunal d'instance ? Oublié et transféré, depuis le 1er janvier à Cahors.
Rajoutez-y des classes qui ferment et des menaces sur la Poste et vous aurez une idée plus précise de l'angoisse des Gourdonnais quant à l'avenir de leur service public. Attaquée de toutes parts, depuis des années, la cité bouriane, près de 4 636 habitants, sous-préfecture du Lot a longtemps fait figure de maudite. C'était jusqu'à l'épisode des gares. Comme un révélateur et sous l'impulsion de l'association « Tous ensemble pour les gares de Gourdon et de Souillac », des militants ont réussi à faire plier la SNCF et à récupérer dix des quinze arrêts supprimés sur le train Paris-Toulouse.
Pendant deux ans et demi, deux fois par semaine, les militants rejoints par les élus ont occupé les quais des deux gares pour réclamer ses arrêts. Un symbole. Une fierté retrouvée.
Interview « C'est le patrimoine des pauvres »
Alain Fauconnier, sénateur-maire PS de Saint-Affrique, co-fondateur de la Coordination nationale de défense des hôpitaux de proximité.
Les menaces qui pesaient en 2007 sur les services publics se concrétisent…
Oui, on vient de perdre notre tribunal et on est très inquiets sur ce qui va se passer pour les autres services publics après les élections. La loi hospitalière qui se met en place, va nous obliger à nous remobiliser comme on l'a fait par le passé. Aujourd'hui avec Millau et Saint-Affrique, on a un hôpital dans sa globalité. Après, on peut réfléchir aux évolutions possibles, jouer des complémentarités. Pour nous dans les cinq-six ans, la priorité, c'est de conserver ces deux structures, mais ça va être très difficile...
Quel est l'impact de la perte d'un service public en milieu rural ?
La perte du tribunal, c'est la disparition d'un service essentiel ; une perte de services rendus à la population la plus fragile, la plus en difficulté, souvent précaire… Ces gens-là sont désormais contraints d'aller à Rodez, soit un déplacement d'une heure sur des routes compliquées…
Quelles réponses avez-vous face à l'argument de la nécessaire réorganisation de l'État ?
On entend la nécessaire réorganisation de l'État, mais pour quelles missions ? Si c'est pour faire une restructuration strictement comptable, on est contre, car elle signe la fin de l'égalité d'accès pour tous aux services publics… Cela va à l'envers du sens de l'Histoire ! C'est le mépris des territoires, la fin d'un modèle à la française. Le service public, c'est le patrimoine des pauvres. On est dans l'obligation du combat pour le défendre.
http://www.ladepeche.fr/article/2010/03/03/788749-Services-publics-les-50-guichets-qui-ferment.html
La RGPP a fait des dégâts. Sa version 2 en instance d'application pourrait aggraver la donne. « Soyez fiers d'être fonctionnaires » glissait hier Nicolas Sarkozy dans un discours sur la fonction publique appelant au calme des troupes déstabilisés depuis la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : une « casse » évaluée par les syndicats à 100 000 emplois, qui fait de l'État l'instigateur du plus gros plan social jamais mis en œuvre. Ce constat sera-t-il notifié dans le rapport sur la qualité des services publics remis aujourd'hui par le député François Cornut-Gentille au ministre Woerth ? La question n'est plus là répondent les élus. À l'instar du maire de Marmande (Lot-et-Garonne), Gérard Gouzes, beaucoup pensent qu'il est grand temps que « la résistance s'organise » et militent pour la mise en place d'un bouclier rural.
Tribunaux, gares, hôpitaux
Carte judiciaire. La réforme de la carte judiciaire a prévu la fermeture de 178 tribunaux d'instance sur 473 (fermeture effective depuis début 2010), et de 23 TGI sur 181 (au 1er janvier 2011). Plus du tiers des 201 fermetures prévues ont fait l'objet de requêtes devant le Conseil d'État.
Bureaux de poste. Selon le syndicat Sud, il reste à ce jour sur le territoire français 3600 bureaux de plein exercice et 7000 bureaux de proximité « ouverts une demi-journée ou quelques heures par semaine », contre 12000 il y a une dizaine d'années. Le réseau s'est totalement restructuré en prévision notamment de la perte de monopole du traitement des lettres de moins de 50g le 1er janvier 2011.
Fin 2002, l'État contrôlait 1600 entreprises publiques employant environ 1,1 million de salariés.
Gourdon s'est battu jusqu'au bout
La maternité de l'hôpital ? Fermée. La trésorerie ? À vendre. Le tribunal d'instance ? Oublié et transféré, depuis le 1er janvier à Cahors.
Rajoutez-y des classes qui ferment et des menaces sur la Poste et vous aurez une idée plus précise de l'angoisse des Gourdonnais quant à l'avenir de leur service public. Attaquée de toutes parts, depuis des années, la cité bouriane, près de 4 636 habitants, sous-préfecture du Lot a longtemps fait figure de maudite. C'était jusqu'à l'épisode des gares. Comme un révélateur et sous l'impulsion de l'association « Tous ensemble pour les gares de Gourdon et de Souillac », des militants ont réussi à faire plier la SNCF et à récupérer dix des quinze arrêts supprimés sur le train Paris-Toulouse.
Pendant deux ans et demi, deux fois par semaine, les militants rejoints par les élus ont occupé les quais des deux gares pour réclamer ses arrêts. Un symbole. Une fierté retrouvée.
Interview « C'est le patrimoine des pauvres »
Alain Fauconnier, sénateur-maire PS de Saint-Affrique, co-fondateur de la Coordination nationale de défense des hôpitaux de proximité.
Les menaces qui pesaient en 2007 sur les services publics se concrétisent…
Oui, on vient de perdre notre tribunal et on est très inquiets sur ce qui va se passer pour les autres services publics après les élections. La loi hospitalière qui se met en place, va nous obliger à nous remobiliser comme on l'a fait par le passé. Aujourd'hui avec Millau et Saint-Affrique, on a un hôpital dans sa globalité. Après, on peut réfléchir aux évolutions possibles, jouer des complémentarités. Pour nous dans les cinq-six ans, la priorité, c'est de conserver ces deux structures, mais ça va être très difficile...
Quel est l'impact de la perte d'un service public en milieu rural ?
La perte du tribunal, c'est la disparition d'un service essentiel ; une perte de services rendus à la population la plus fragile, la plus en difficulté, souvent précaire… Ces gens-là sont désormais contraints d'aller à Rodez, soit un déplacement d'une heure sur des routes compliquées…
Quelles réponses avez-vous face à l'argument de la nécessaire réorganisation de l'État ?
On entend la nécessaire réorganisation de l'État, mais pour quelles missions ? Si c'est pour faire une restructuration strictement comptable, on est contre, car elle signe la fin de l'égalité d'accès pour tous aux services publics… Cela va à l'envers du sens de l'Histoire ! C'est le mépris des territoires, la fin d'un modèle à la française. Le service public, c'est le patrimoine des pauvres. On est dans l'obligation du combat pour le défendre.
http://www.ladepeche.fr/article/2010/03/03/788749-Services-publics-les-50-guichets-qui-ferment.html
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Contact : jphuelin@voila.fr
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