Outil d'analyse
Les bassins de vie les moins pourvus en milieu rural n'ont qu'une quarantaine d'équipements alors qu'ils dépassent les 140 dans les grandes villes. Dans une étude sur "le nouveau zonage en bassins de vie de 2012", l'Insee met en lumière la "fracture territoriale" dont les sénateurs appellent aujourd'hui le gouvernement à se saisir (voir ici ). Elle rappelle que les trois quarts des bassins de vie sont ruraux, qu'ils concentrent plus des deux tiers des communes pour seulement 31% de la population, avec toutefois une population qui a augmenté ces dix dernières années 1,5 fois plus vite qu'en milieu urbain. Cette inégalité est encore plus criante pour ce que l'Insee appelle les équipements de gamme supérieure : Pôle emploi, hypermarché, lycée, urgences, maternité, médecins spécialistes, cinéma… En milieu rural, on n'a accès qu'à 9 équipements de ce type, contre 24 en milieu urbain. L'Argentière-la-Bessée, une commune des Hautes-Alpes située à l'entrée du massif des Ecrins, ne possède pas un seul équipement de cette gamme. Mais elle dispose en revanche de toute la palette d'équipements dits "de proximité" (poste, banque, épiceries, boulangeries, médecins, pharmacie, taxi, école…) et la quasi-totalité des équipements "intermédiaires" (police-gendarmerie, supermarché, piscine, ambulance, collège…). C'est également le cas dans le périurbain avec Auneau, dans l'Eure-et-Loir, près de Rambouillet.
La moitié des habitants de ces bassins de vie ruraux mettent plus de 25 minutes pour accéder aux services aux particuliers et aux commerces. Pour les équipements de santé et les loisirs, la durée est de trois quarts d'heure aller-retour. Mais le temps de parcours atteint 1h20 aller-retour pour les équipements du domaine de l'éducation, même si l'étude englobe écoles, collèges et lycées...
M.T., Localtis, vendredi 14 décembre 2012
La moitié des habitants de ces bassins de vie ruraux mettent plus de 25 minutes pour accéder aux services aux particuliers et aux commerces. Pour les équipements de santé et les loisirs, la durée est de trois quarts d'heure aller-retour. Mais le temps de parcours atteint 1h20 aller-retour pour les équipements du domaine de l'éducation, même si l'étude englobe écoles, collèges et lycées...
M.T., Localtis, vendredi 14 décembre 2012
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Mardi 8 Janvier 2013 à 10:44
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En matière d'accès aux soins, la distance compte, et encore plus pour les urgences. François Hollande en fait un point fort de son programme sur la santé, en promettant de fixer " un délai maximum d'une demi-heure pour accéder aux soins d'urgence". C'est sur l'inquiétude qui lui remonte, particulièrement des zones rurales, que s'appuie le PS, et non sur des données chiffrées. Le candidat socialiste devait revenir sur cet engagement, mardi 13 mars à Romans, dans la Drôme, lors d'une table ronde organisée avec des professionnels de santé.
" C'est une annonce médiatique, et cela reviendrait à clairsemer les moyens, réagit Philippe Juvin, député européen UMP et médecin. Et c'est une proposition qui n'apporte rien, puisque, selon les chiffres du ministère de la santé, 95 % des Français ont un accès à des soins en moins de 15 minutes. " Il juge qu'une telle annonce mériterait que le PS explique s'il fait référence aux urgences vitales, qui nécessitent des équipements lourds (blocs chirurgicaux...), ou pas seulement. L'UMP elle-même, dans sa convention santé pour la présidentielle, présentée à l'automne, a préconisé un plan national pour les urgences vitales. Le candidat Sarkozy n'a pas, pour l'instant, indiqué ce qu'il retiendrait des propositions du parti sur l'accès aux soins.
MAILLER LE TERRITOIRE
Pour y voir plus clair, Emmanuel Vigneron, professeur d'aménagement sanitaire à l'université de Montpellier et auteur du livre Les Inégalités de santé dans les territoires de français (Elsevier Masson, 2011), vient de réaliser la carte du temps d'accès aux structures d'urgences, soit dans les services dans les hôpitaux, soit à d'arrivée du service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR). Il en ressort que 90,4 % de la population y a accès en moins de 30 minutes."Cela fait plus de 6 millions de Français de métropole qui n'ont pas un accès rapide aux urgences, auquel il faut ajouter des habitants des DOM-TOM ", commente-t-il.
Ces Français qu'il évoque ne vivent pas forcément dans des zones très reculées, mais aussi dans des communes situées dans l'Aube ou le Lot par exemple, ou à la frontière entre plusieurs départements et éloignées des préfectures. Il y voit le signe d'une organisation sanitaire de moins en moins efficace. Ce géographe plaide pour la détermination de normes d'accès, comme ces 30 minutes d'accès pour les urgences, avec inscription dans la loi.
" La République ne peut pas laisser tomber 10 % de la population. Il faut identifier des zones, les définir comme des exceptions territoriales, et apporter des solutions au cas par cas ", avance-t-il. S'il juge qu'il ne doit pas être exclu d'ouvrir des services d'urgence ici ou là, comme au Nord du Cantal par exemple, il pense, plus globalement, que la création d'antennes de SMUR et davantage de recours au transport en hélicoptère peuvent être de bons moyens de mieux mailler le territoire.
Le PS est sur cette logique. Et à l'UMP, on estime aussi qu'il faut aussi faciliter le transport des malades. Reste l'engorgement des services d'urgences, symboles d'un problème d'organisation des lits dans les hôpitaux et de la difficulté de certains patients à avancer les frais médicaux, ce qui les détourne de la médecine de ville. Un autre dysfonctionnement du système pointé par de nombreux candidats.
Laetitia Clavreul, Le Monde.fr | 13.03.12
" C'est une annonce médiatique, et cela reviendrait à clairsemer les moyens, réagit Philippe Juvin, député européen UMP et médecin. Et c'est une proposition qui n'apporte rien, puisque, selon les chiffres du ministère de la santé, 95 % des Français ont un accès à des soins en moins de 15 minutes. " Il juge qu'une telle annonce mériterait que le PS explique s'il fait référence aux urgences vitales, qui nécessitent des équipements lourds (blocs chirurgicaux...), ou pas seulement. L'UMP elle-même, dans sa convention santé pour la présidentielle, présentée à l'automne, a préconisé un plan national pour les urgences vitales. Le candidat Sarkozy n'a pas, pour l'instant, indiqué ce qu'il retiendrait des propositions du parti sur l'accès aux soins.
MAILLER LE TERRITOIRE
Pour y voir plus clair, Emmanuel Vigneron, professeur d'aménagement sanitaire à l'université de Montpellier et auteur du livre Les Inégalités de santé dans les territoires de français (Elsevier Masson, 2011), vient de réaliser la carte du temps d'accès aux structures d'urgences, soit dans les services dans les hôpitaux, soit à d'arrivée du service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR). Il en ressort que 90,4 % de la population y a accès en moins de 30 minutes."Cela fait plus de 6 millions de Français de métropole qui n'ont pas un accès rapide aux urgences, auquel il faut ajouter des habitants des DOM-TOM ", commente-t-il.
Ces Français qu'il évoque ne vivent pas forcément dans des zones très reculées, mais aussi dans des communes situées dans l'Aube ou le Lot par exemple, ou à la frontière entre plusieurs départements et éloignées des préfectures. Il y voit le signe d'une organisation sanitaire de moins en moins efficace. Ce géographe plaide pour la détermination de normes d'accès, comme ces 30 minutes d'accès pour les urgences, avec inscription dans la loi.
" La République ne peut pas laisser tomber 10 % de la population. Il faut identifier des zones, les définir comme des exceptions territoriales, et apporter des solutions au cas par cas ", avance-t-il. S'il juge qu'il ne doit pas être exclu d'ouvrir des services d'urgence ici ou là, comme au Nord du Cantal par exemple, il pense, plus globalement, que la création d'antennes de SMUR et davantage de recours au transport en hélicoptère peuvent être de bons moyens de mieux mailler le territoire.
Le PS est sur cette logique. Et à l'UMP, on estime aussi qu'il faut aussi faciliter le transport des malades. Reste l'engorgement des services d'urgences, symboles d'un problème d'organisation des lits dans les hôpitaux et de la difficulté de certains patients à avancer les frais médicaux, ce qui les détourne de la médecine de ville. Un autre dysfonctionnement du système pointé par de nombreux candidats.
Laetitia Clavreul, Le Monde.fr | 13.03.12
Le Centre d'analyse stratégique vient de publier son rapport : "Les nouvelles mobilités dans les territoires périurbains et ruraux".
Nous sommes aujourd’hui confrontés dans nos déplacements à de multiples enjeux : la congestion dans les grandes villes, le changement climatique, le renchérissement des prix de l’énergie qui pèse sur le budget de ceux qui sont obligés de se déplacer en voiture et les considérations liées à l’équité sociale. Ce constat confirme l’urgence de repenser la place de l’automobile dans notre société.
Si notre système automobile ne peut plus être considéré comme durable sous sa forme actuelle, c’est d’abord parce que le mode d’usage de l’automobile est incompatible avec les exigences énergétiques et environnementales. Les émissions de gaz à effet de serre du transport ont augmenté de près de 20 % depuis 1990 ; notre parc automobile a doublé en une trentaine d’années, de même que nos déplacements en voiture ; notre mode de consommation et d’utilisation de l’automobile n’est pas exportable dans les pays émergents.
En outre, le modèle automobile accentue dans certains cas la fragilisation des populations défavorisées, notamment si l’on prend en compte la perspective d’une croissance des coûts de l’énergie. Nous sommes confrontés à une spirale de la dépendance automobile. Cette spirale tend à exclure certaines catégories de personnes : les handicapés, les personnes âgées, les enfants, les adolescents et, naturellement, les ménages les plus défavorisés. Il faut donc offrir des alternatives aux territoires à faible densité, comme les territoires périurbains et ruraux. Le développement de services de mobilité à un prix raisonnable, peu sensibles aux crises et accessibles au plus grand nombre constitue pour nous tous un défi majeur.
L’organisation de nos territoires et de nos modes de vie ne doit donc plus être déterminée par l’usage exclusif de l’automobile. Il s’agit de penser la mobilité autrement pour faciliter l’organisation de territoires et de modes de vie soutenables, pour trouver de nouvelles marges d’adaptation, pour offrir des solutions de mobilité à tous.
Le système automobile sera confronté dans le futur à plusieurs ruptures, déjà en œuvre pour certaines :
- la voiture ne fait plus autant rêver, notamment les jeunes générations. Aujourd’hui, beaucoup de Français semblent prêts à la louer ou à la partager plutôt qu’à l’acheter.Dès lors, la notion de service et d’usage prendra une place de plus en plus importante et entraînera sans doute un nouveau partage de la chaîne de la valeur dans l’automobile ;
- les applications de la révolution numérique, qui conduit à être connecté à la toile à tout moment, en tout lieu et avec n’importe quel appareil, n’en sont qu’à leurs débuts dans le domaine des des transports ;
- une génération de véhicules entièrement électriques ou hybrides se développe et offre de nouvelles possibilités qui doivent être exploitées en fonction de leurs performances réelles et de leur autonomie, qui devrait progresser dans les prochaines années ;
- enfin, le rôle de l’initiative locale, en particulier issue des collectivités territoriales, sera de plus en plus important à l’avenir.
Notre mobilité future ne proviendra pas d’une seule innovation, mais de la diffusion conjuguée et socialement acceptée de plusieurs d’entre elles. Si le rapport du Centre d’analyse stratégique sur les nouvelles mobilités avait pu envisager un certain nombre de solutions pour la mobilité en ville ou dans l’urbain proche, les solutions sont nettement plus complexes à définir pour les territoires ruraux et périurbains : leur étendue géographique et le manque d’efficacité des transports collectifs qui en résulte conduisent à y privilégier de manière quasi-exclusive le mode automobile.
Envisager le devenir de la mobilité sur ces territoires à faible densité de population méritait donc une attention particulière. C’est pourquoi j’ai souhaité que soit conduite
une réflexion prospective spécifique.
À l’issue de travaux menés par le Département Développement durable du Centre d’analyse stratégique pendant plus d’un an, le présent rapport propose des pistes et modalités d’actions conciliant l’environnement et la mobilité pour tous et tenant compte du prix de l’énergie. Les six recommandations présentées sont réalisables moyennant une dépense publique modeste et un effort important d’information et de concertation avec les habitants.
Lire le rapport
Centre d'analyse stratégique, le 7 février 2012
Si notre système automobile ne peut plus être considéré comme durable sous sa forme actuelle, c’est d’abord parce que le mode d’usage de l’automobile est incompatible avec les exigences énergétiques et environnementales. Les émissions de gaz à effet de serre du transport ont augmenté de près de 20 % depuis 1990 ; notre parc automobile a doublé en une trentaine d’années, de même que nos déplacements en voiture ; notre mode de consommation et d’utilisation de l’automobile n’est pas exportable dans les pays émergents.
En outre, le modèle automobile accentue dans certains cas la fragilisation des populations défavorisées, notamment si l’on prend en compte la perspective d’une croissance des coûts de l’énergie. Nous sommes confrontés à une spirale de la dépendance automobile. Cette spirale tend à exclure certaines catégories de personnes : les handicapés, les personnes âgées, les enfants, les adolescents et, naturellement, les ménages les plus défavorisés. Il faut donc offrir des alternatives aux territoires à faible densité, comme les territoires périurbains et ruraux. Le développement de services de mobilité à un prix raisonnable, peu sensibles aux crises et accessibles au plus grand nombre constitue pour nous tous un défi majeur.
L’organisation de nos territoires et de nos modes de vie ne doit donc plus être déterminée par l’usage exclusif de l’automobile. Il s’agit de penser la mobilité autrement pour faciliter l’organisation de territoires et de modes de vie soutenables, pour trouver de nouvelles marges d’adaptation, pour offrir des solutions de mobilité à tous.
Le système automobile sera confronté dans le futur à plusieurs ruptures, déjà en œuvre pour certaines :
- la voiture ne fait plus autant rêver, notamment les jeunes générations. Aujourd’hui, beaucoup de Français semblent prêts à la louer ou à la partager plutôt qu’à l’acheter.Dès lors, la notion de service et d’usage prendra une place de plus en plus importante et entraînera sans doute un nouveau partage de la chaîne de la valeur dans l’automobile ;
- les applications de la révolution numérique, qui conduit à être connecté à la toile à tout moment, en tout lieu et avec n’importe quel appareil, n’en sont qu’à leurs débuts dans le domaine des des transports ;
- une génération de véhicules entièrement électriques ou hybrides se développe et offre de nouvelles possibilités qui doivent être exploitées en fonction de leurs performances réelles et de leur autonomie, qui devrait progresser dans les prochaines années ;
- enfin, le rôle de l’initiative locale, en particulier issue des collectivités territoriales, sera de plus en plus important à l’avenir.
Notre mobilité future ne proviendra pas d’une seule innovation, mais de la diffusion conjuguée et socialement acceptée de plusieurs d’entre elles. Si le rapport du Centre d’analyse stratégique sur les nouvelles mobilités avait pu envisager un certain nombre de solutions pour la mobilité en ville ou dans l’urbain proche, les solutions sont nettement plus complexes à définir pour les territoires ruraux et périurbains : leur étendue géographique et le manque d’efficacité des transports collectifs qui en résulte conduisent à y privilégier de manière quasi-exclusive le mode automobile.
Envisager le devenir de la mobilité sur ces territoires à faible densité de population méritait donc une attention particulière. C’est pourquoi j’ai souhaité que soit conduite
une réflexion prospective spécifique.
À l’issue de travaux menés par le Département Développement durable du Centre d’analyse stratégique pendant plus d’un an, le présent rapport propose des pistes et modalités d’actions conciliant l’environnement et la mobilité pour tous et tenant compte du prix de l’énergie. Les six recommandations présentées sont réalisables moyennant une dépense publique modeste et un effort important d’information et de concertation avec les habitants.
Lire le rapport
Centre d'analyse stratégique, le 7 février 2012
Outil d'analyse
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Quel citadin n’a jamais rêvé d’aller vivre à la campagne ? De fuir les rythmes oppressants pour retrouver la nature ? Ce fantasme champêtre néglige le fait que la vie en ville devient un luxe. Certains ménages modestes n’ont pas d’autre choix que de s’exiler en milieu rural, où la rareté des emplois et des services publics aggrave la précarité à laquelle ils croyaient échapper
De Montpellier, il faut trois quarts d’heure pour arriver à Ganges, gros bourg de quatre mille habitants situé aux confins de l’Hérault. En direction du nord, après s’être frayé un chemin entre Euromédecine et Agropolis, les deux technopôles symboles du dynamisme de « la ville qui réalise ses rêves », la route tourne définitivement le dos à la métropole, traverse en droite ligne les plaines viticoles, les coteaux du Languedoc, avant de prendre un cours plus sinueux aux premières marches des Cévennes. Loin de Montpellier, de ses emplois et de ses services, la commune attire pourtant de nouveaux habitants : depuis 1992, ils sont près d’un millier à s’y être installés.
Originaires de la banlieue montpelliéraine, Bernard et Christine (1), jeunes retraités, sont arrivés en 2008. Lui travaillait chez Nicollin, l’entreprise de nettoyage urbain. Elle faisait des ménages dans les collèges de la région. Le passage à la retraite a entraîné une diminution brutale des revenus du couple. Ils tentent alors de solder les crédits à la consommation contractés pendant leur vie active, mais n’y parviennent pas. Surendettés, ils ne peuvent plus faire face à l’augmentation de leurs dépenses. La hausse des impôts locaux les contraint finalement au départ. Le reste, diront-ils, « s’est fait par hasard : une maison pas chère à la campagne, des impôts locaux supportables, à pas plus de cinquante kilomètres de Montpellier ». Mais, pour ce couple, le hasard fut l’enfant caché de la nécessité. D’une nécessité faite vertu.
Lire la suite sur le site du Monde diplomatique
Par Gatien Elie, Allan Popelard et Paul Vannier
Le Monde diplomatique, août 2010
Originaires de la banlieue montpelliéraine, Bernard et Christine (1), jeunes retraités, sont arrivés en 2008. Lui travaillait chez Nicollin, l’entreprise de nettoyage urbain. Elle faisait des ménages dans les collèges de la région. Le passage à la retraite a entraîné une diminution brutale des revenus du couple. Ils tentent alors de solder les crédits à la consommation contractés pendant leur vie active, mais n’y parviennent pas. Surendettés, ils ne peuvent plus faire face à l’augmentation de leurs dépenses. La hausse des impôts locaux les contraint finalement au départ. Le reste, diront-ils, « s’est fait par hasard : une maison pas chère à la campagne, des impôts locaux supportables, à pas plus de cinquante kilomètres de Montpellier ». Mais, pour ce couple, le hasard fut l’enfant caché de la nécessité. D’une nécessité faite vertu.
Lire la suite sur le site du Monde diplomatique
Par Gatien Elie, Allan Popelard et Paul Vannier
Le Monde diplomatique, août 2010
Outil d'analyse
Les géographes Allan Popelard, Paul Vannier et Gatien Elie ont enquêté sur une nouvelle facette de précarité à la campagne : les néo-ruraux pauvres, forcés de « s’exiler » à la campagne face à un coût de la vie trop élevé en ville (1). Persuadés que la pauvreté est moins dure à la campagne, ils se retrouvent piégés et éloignés des bassins d’emploi.
La Terre : La pauvreté est plus présente en campagne qu’en ville. Pourquoi ?
Gatien Elie : Plusieurs facteurs font que la pauvreté est proportionnellement plus importante en milieu rural. Il y a d’abord la crise du monde agricole, qui a été occultée pendant longtemps. Ensuite, l’organisation de l’espace dans l’économie libérale fait que l’emploi est concentré en ville. Les ruraux sont confrontés à l’absence d’emplois, en termes qualitatif et quantitatif. Enfin on observe depuis peu des « néo-ruraux pauvres » qui se sont installés à la campagne par manque de revenus et se retrouvent « piégés ». Paul Vannier : De plus en plus de gens vont à la campagne, mais les emplois ne suivent pas.
Comment décrire cette nouvelle forme de précarité ?
G.E. : Elle recouvre des catégories de personnes très hétérogènes : des retraités qui ont vu leurs revenus chuter brutalement, des jeunes installés avec un projet agricole qui se rendent compte que celui-ci n’est pas viable ou encore des salariés qui arrivent à la fin d’un contrat. Allan Popelard : Tous partent à la campagne en espérant trouver des logements moins chers. G.E. : Quand on les écoute, ils revendiquent leur choix. Mais, bien souvent, ils sous-estiment leurs frais, notamment de chauffage et de transport. P.V. : Puis leur situation empire. Ils se retrouvent dans une sorte de piège. Loin des bassins d’emploi, ils ne trouvent pas de travail, enchaînent les petits boulots, souvent à temps partiel...
Pourquoi parlez-vous de piège ?
G.E. : Quand on se rend compte que le choix de « s’exiler » à la campagne n’était pas le bon, il est déjà trop tard. P.V. : C’est un peu comme une centrifugeuse : une fois qu’ils sont expulsés à la campagne, ils ne peuvent pas revenir en arrière. Il y a notamment une carence importante en transports publics. A Ganges, il n’y a qu’un bus par jour pour aller à Montpellier, cela devient très compliqué pour aller travailler, dès que la voiture tombe en panne... A.P. : Plus qu’un piège, ils tombent dans une trappe : ces gens tombent dans l’oubli, car depuis longtemps, la politique sociale a été réduite à la politique de la ville.
Il ne faut donc pas grand-chose pour basculer dans la précarité...
P.V. : Le plus souvent, il s’agit de ménages qui étaient déjà pauvres avant d’arriver à la campagne. Par exemple, pour les retraités, une hausse des impôts locaux d’une cinquantaine d’euros peut suffire à les faire quitter la ville. Mais le trait commun à toutes ces personnes, c’est une très grande précarité. Nous avons rencontré des gens qui n’ont que quelques dizaines d’euros en début de mois. A Ganges, où nous sommes allés enquêter, les travailleurs sociaux ont comptabilisé 15 sans-domicile-fixe pour ce bourg de 4 000 habitants. Il y a des nouveaux pauvres et ils sont de plus en plus pauvres.
Pourtant, d’après l’Insee, les revenus augmentent plus vite dans les zones rurales qu’en ville. Faut-il y voir un recul de la pauvreté ?
G.E. : Une progression du revenu moyen ne signifie pas forcément qu’il y moins de pauvres. Cela peut aussi montrer que les écarts de richesses se creusent. P.V. : D’un côté, il y a des cadres qui ont un certain niveau de vie et qui choisissent de s’installer à la campagne. De l’autre, il y a ce phénomène diffus, caché, de tous ces néo-ruraux précaires. Des inégalités importantes sont en train de se creuser. A Ganges, nous avons vu apparaître des « gated communities », c’est-à-dire des lotissements à l’américaine, fermés et réservés aux personnes aisées. Certains élus font tout pour empêcher l’installation des populations à revenus modestes. A.P. : Le milieu rural est aussi un lieu de ségrégation, de lutte des classes.
Quand cela a-t-il a commencé ?
G.E. : Historiquement, les premiers ont été les « échoués » de la modernisation agricole dans les années 70-80. A.P. : Puis l’apparition des néo-ruraux pauvres a commencé dans les années 90, avec l’embourgeoisement des villes et les premières politiques de « gentryfication ». Il s’agit d’un exode urbain.
Ce rejet des pauvres hors des villes est-il dû aux politiques d’urbanisme ou au système économique ?
A.P. : Clairement, c’est le système capitaliste qui conduit à la concentration des emplois sur le territoire. Ce phénomène est lié à des économies d’échelle : il s’agit de rendre l’espace le plus rentable possible, ce qui fait monter les prix des zones les plus attractives.
Dans l’imaginaire collectif, la pauvreté est moins dure à la campagne...
A.P. : Un certain nombre de discours prétendent que la pauvreté est plus facile à la campagne, mais c’est faux. On a l’habitude d’opposer la ville individualiste et la campagne solidaire, collectiviste. Ces choses-là ne sont pas tout à fait exactes, surtout pour les néo-ruraux qui ne sont pas issus du milieu rural. Il y a des inégalités sociales très importantes et la lutte des classes existe aussi à la campagne. G.E. : Historiquement, la solidarité était plus développée en milieu rural. Mais aujourd’hui elle ne l’est ni plus ni moins qu’ailleurs, elle est juste plus visible. Des solidarités se mettent en place, mais, comme ailleurs, elles sont familiales, amicales, professionnelles... A.P. : On a l’impression que la solidarité villageoise peut pallier cette pauvreté. Mais cette solidarité rurale est surtout présente dans l’imaginaire des citadins. D’ailleurs, beaucoup d’urbains se comportent comme des villageois en ville. C’est une projection dans la ville de leur imaginaire rural.
(1) Exode urbain, exil rural, paru dans Le Monde diplomatique d’août 2010.
par Propos recueillis par Yannick Groult
La Terre, 28 décembre 2010
Gatien Elie : Plusieurs facteurs font que la pauvreté est proportionnellement plus importante en milieu rural. Il y a d’abord la crise du monde agricole, qui a été occultée pendant longtemps. Ensuite, l’organisation de l’espace dans l’économie libérale fait que l’emploi est concentré en ville. Les ruraux sont confrontés à l’absence d’emplois, en termes qualitatif et quantitatif. Enfin on observe depuis peu des « néo-ruraux pauvres » qui se sont installés à la campagne par manque de revenus et se retrouvent « piégés ». Paul Vannier : De plus en plus de gens vont à la campagne, mais les emplois ne suivent pas.
Comment décrire cette nouvelle forme de précarité ?
G.E. : Elle recouvre des catégories de personnes très hétérogènes : des retraités qui ont vu leurs revenus chuter brutalement, des jeunes installés avec un projet agricole qui se rendent compte que celui-ci n’est pas viable ou encore des salariés qui arrivent à la fin d’un contrat. Allan Popelard : Tous partent à la campagne en espérant trouver des logements moins chers. G.E. : Quand on les écoute, ils revendiquent leur choix. Mais, bien souvent, ils sous-estiment leurs frais, notamment de chauffage et de transport. P.V. : Puis leur situation empire. Ils se retrouvent dans une sorte de piège. Loin des bassins d’emploi, ils ne trouvent pas de travail, enchaînent les petits boulots, souvent à temps partiel...
Pourquoi parlez-vous de piège ?
G.E. : Quand on se rend compte que le choix de « s’exiler » à la campagne n’était pas le bon, il est déjà trop tard. P.V. : C’est un peu comme une centrifugeuse : une fois qu’ils sont expulsés à la campagne, ils ne peuvent pas revenir en arrière. Il y a notamment une carence importante en transports publics. A Ganges, il n’y a qu’un bus par jour pour aller à Montpellier, cela devient très compliqué pour aller travailler, dès que la voiture tombe en panne... A.P. : Plus qu’un piège, ils tombent dans une trappe : ces gens tombent dans l’oubli, car depuis longtemps, la politique sociale a été réduite à la politique de la ville.
Il ne faut donc pas grand-chose pour basculer dans la précarité...
P.V. : Le plus souvent, il s’agit de ménages qui étaient déjà pauvres avant d’arriver à la campagne. Par exemple, pour les retraités, une hausse des impôts locaux d’une cinquantaine d’euros peut suffire à les faire quitter la ville. Mais le trait commun à toutes ces personnes, c’est une très grande précarité. Nous avons rencontré des gens qui n’ont que quelques dizaines d’euros en début de mois. A Ganges, où nous sommes allés enquêter, les travailleurs sociaux ont comptabilisé 15 sans-domicile-fixe pour ce bourg de 4 000 habitants. Il y a des nouveaux pauvres et ils sont de plus en plus pauvres.
Pourtant, d’après l’Insee, les revenus augmentent plus vite dans les zones rurales qu’en ville. Faut-il y voir un recul de la pauvreté ?
G.E. : Une progression du revenu moyen ne signifie pas forcément qu’il y moins de pauvres. Cela peut aussi montrer que les écarts de richesses se creusent. P.V. : D’un côté, il y a des cadres qui ont un certain niveau de vie et qui choisissent de s’installer à la campagne. De l’autre, il y a ce phénomène diffus, caché, de tous ces néo-ruraux précaires. Des inégalités importantes sont en train de se creuser. A Ganges, nous avons vu apparaître des « gated communities », c’est-à-dire des lotissements à l’américaine, fermés et réservés aux personnes aisées. Certains élus font tout pour empêcher l’installation des populations à revenus modestes. A.P. : Le milieu rural est aussi un lieu de ségrégation, de lutte des classes.
Quand cela a-t-il a commencé ?
G.E. : Historiquement, les premiers ont été les « échoués » de la modernisation agricole dans les années 70-80. A.P. : Puis l’apparition des néo-ruraux pauvres a commencé dans les années 90, avec l’embourgeoisement des villes et les premières politiques de « gentryfication ». Il s’agit d’un exode urbain.
Ce rejet des pauvres hors des villes est-il dû aux politiques d’urbanisme ou au système économique ?
A.P. : Clairement, c’est le système capitaliste qui conduit à la concentration des emplois sur le territoire. Ce phénomène est lié à des économies d’échelle : il s’agit de rendre l’espace le plus rentable possible, ce qui fait monter les prix des zones les plus attractives.
Dans l’imaginaire collectif, la pauvreté est moins dure à la campagne...
A.P. : Un certain nombre de discours prétendent que la pauvreté est plus facile à la campagne, mais c’est faux. On a l’habitude d’opposer la ville individualiste et la campagne solidaire, collectiviste. Ces choses-là ne sont pas tout à fait exactes, surtout pour les néo-ruraux qui ne sont pas issus du milieu rural. Il y a des inégalités sociales très importantes et la lutte des classes existe aussi à la campagne. G.E. : Historiquement, la solidarité était plus développée en milieu rural. Mais aujourd’hui elle ne l’est ni plus ni moins qu’ailleurs, elle est juste plus visible. Des solidarités se mettent en place, mais, comme ailleurs, elles sont familiales, amicales, professionnelles... A.P. : On a l’impression que la solidarité villageoise peut pallier cette pauvreté. Mais cette solidarité rurale est surtout présente dans l’imaginaire des citadins. D’ailleurs, beaucoup d’urbains se comportent comme des villageois en ville. C’est une projection dans la ville de leur imaginaire rural.
(1) Exode urbain, exil rural, paru dans Le Monde diplomatique d’août 2010.
par Propos recueillis par Yannick Groult
La Terre, 28 décembre 2010
Outil d'analyse
L'auteur, Léonard Naraych, est agriculteur exploitant dans la région Rhône-Alpes. Partant du principe que «le monde rural subit aujourd'hui une crise structurelle», il propose une analyse du phénomène. «Parallèlement à la crise économique du monde agricole, on observe un certain nombre de problèmes culturels entrainés par la péri-urbanisation.»
«L'homme aime tant l'homme que quand il fuit la ville, c'est pour chercher la foule, c'est à dire pour refaire la ville à la campagne.» Charles Baudelaire, Journaux intimes
«Vous aimez la liberté ? Elle habite la campagne.» Andrès Bello
23 juin 2009, la nomination est confirmée. Le sénateur du Rhône, Michel Mercier, ancien trésorier du Modem entre dans le gouvernement Fillon II en tant que ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire. Par-delà l'ouverture au parti de François Bayrou, ce nouveau portefeuille gouvernemental entérine un fait de société balbutiant, dont le politique tente de se saisir : la ruralité est un enjeu d'action publique et par là même de réflexion. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le président de Chasse, pêche, nature et traditions, Frédéric Nihous se félicite de la création d'un «secrétariat d'Etat à l'Espace rural». Pour le dirigeant du parti tendant à représenter les campagnes françaises, «la ruralité devient une priorité nationale, tant mieux, (...)». L'espace rural fait donc l'objet d'une attention toute particulière des pouvoirs publics depuis quelques années. Mu par un objectif d'aménagement du territoire, le gouvernement lance à l'issue du CIACT du 14 octobre 2005 les pôles d'excellence rurale. Sous la houlette de Christian Estrosi, alors ministre délégué à l'aménagement du territoire, cette initiative vise à dynamiser l'activité économique des campagnes françaises tout en y développant les actions en faveur du développement durable et la promotion des innovations technologiques.
La ruralité est ainsi souvent évoquée par les pouvoirs publics et par les médias. Cependant, on observe que cette notion est relativement floue. Dans le dictionnaire de la géographie, «la géographie rurale étudie la campagne et non pas seulement l'agriculture». «La campagne, quant à elle, s'oppose à la ville, les faits de la campagne sont les faits ruraux[1]» L'INSEE estime que «toute agglomération de plus de 2000 personnes est rangée dans la catégorie urbaine ; la campagne se définit à nouveau négativement : c'est le reste [2]». Afin de sortir de cette définition par la négative, nous dirons que la ruralité désigne à la fois le territoire des agglomérations de moins de 2000 personnes et l'identité sociale vécue de ses habitants. Au sein de cet espace, on distingue un ensemble de sociabilités villageoises caractérisées par une relation de proximité interne à chaque agglomération. L'espace rural vit sur l'héritage de l'agriculture qui constitue encore parfois l'activité professionnelle d'une partie de la population. Nous pouvons détacher des degrés de ruralité en fonction de la proximité d'une ville ou d'une agglomération de plus de 2000 habitants[3]. Au cours du XXe siècle, nous pouvons observer une diminution des populations rurales : 19,7 millions en 1936, 14,9 millions en 1968, 14,7 millions en 1990 et 14,3 millions en 1999. À l'inverse, la population urbaine a doublé entre 1936 et 1999, passant de 22,1 à 44,2 millions. Cependant, il faut observer que le phénomène de rurbanisation modifie légèrement la donne. Des populations citadines s'implantent dans les campagnes avoisinant les grands centres urbains. Les espaces périurbains ont en effet subi la plus forte augmentation - 3 millions de personnes - entre 1990 et 1999[4]. Les campagnes françaises ont tendance à être repeuplées par d'anciens citadins. Ces migrations inversent l'exode rural entamé au XXe siècle.
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«Vous aimez la liberté ? Elle habite la campagne.» Andrès Bello
23 juin 2009, la nomination est confirmée. Le sénateur du Rhône, Michel Mercier, ancien trésorier du Modem entre dans le gouvernement Fillon II en tant que ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire. Par-delà l'ouverture au parti de François Bayrou, ce nouveau portefeuille gouvernemental entérine un fait de société balbutiant, dont le politique tente de se saisir : la ruralité est un enjeu d'action publique et par là même de réflexion. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le président de Chasse, pêche, nature et traditions, Frédéric Nihous se félicite de la création d'un «secrétariat d'Etat à l'Espace rural». Pour le dirigeant du parti tendant à représenter les campagnes françaises, «la ruralité devient une priorité nationale, tant mieux, (...)». L'espace rural fait donc l'objet d'une attention toute particulière des pouvoirs publics depuis quelques années. Mu par un objectif d'aménagement du territoire, le gouvernement lance à l'issue du CIACT du 14 octobre 2005 les pôles d'excellence rurale. Sous la houlette de Christian Estrosi, alors ministre délégué à l'aménagement du territoire, cette initiative vise à dynamiser l'activité économique des campagnes françaises tout en y développant les actions en faveur du développement durable et la promotion des innovations technologiques.
La ruralité est ainsi souvent évoquée par les pouvoirs publics et par les médias. Cependant, on observe que cette notion est relativement floue. Dans le dictionnaire de la géographie, «la géographie rurale étudie la campagne et non pas seulement l'agriculture». «La campagne, quant à elle, s'oppose à la ville, les faits de la campagne sont les faits ruraux[1]» L'INSEE estime que «toute agglomération de plus de 2000 personnes est rangée dans la catégorie urbaine ; la campagne se définit à nouveau négativement : c'est le reste [2]». Afin de sortir de cette définition par la négative, nous dirons que la ruralité désigne à la fois le territoire des agglomérations de moins de 2000 personnes et l'identité sociale vécue de ses habitants. Au sein de cet espace, on distingue un ensemble de sociabilités villageoises caractérisées par une relation de proximité interne à chaque agglomération. L'espace rural vit sur l'héritage de l'agriculture qui constitue encore parfois l'activité professionnelle d'une partie de la population. Nous pouvons détacher des degrés de ruralité en fonction de la proximité d'une ville ou d'une agglomération de plus de 2000 habitants[3]. Au cours du XXe siècle, nous pouvons observer une diminution des populations rurales : 19,7 millions en 1936, 14,9 millions en 1968, 14,7 millions en 1990 et 14,3 millions en 1999. À l'inverse, la population urbaine a doublé entre 1936 et 1999, passant de 22,1 à 44,2 millions. Cependant, il faut observer que le phénomène de rurbanisation modifie légèrement la donne. Des populations citadines s'implantent dans les campagnes avoisinant les grands centres urbains. Les espaces périurbains ont en effet subi la plus forte augmentation - 3 millions de personnes - entre 1990 et 1999[4]. Les campagnes françaises ont tendance à être repeuplées par d'anciens citadins. Ces migrations inversent l'exode rural entamé au XXe siècle.
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Outil d'analyse
Un extrait du dossier annuel 2009 de la Mission Régionale d'Information sur l'Exclusion (MRIE) par Emmanuelle Bonerandi (p.52-60).
Depuis l’automne 2007, la MRIE a engagé une réflexion autour des « pauvretés et précarités en milieu rural ». Les rencontres collectives avec un certain nombre de partenaires rhônealpins concernés par cette thématique ont permis de valider l’intérêt de poursuivre la démarche de connaissance. Dans cet objectif, deux directions ont été retenues depuis septembre 2008 : le recueil de données de cadrage et l’analyse plus fine des réalités sur cinq territoires : la Dombes (01), le Beaujolais (69), le Diois (26)65, la région de Lamastre-Vernoux (07) et le Montbrisonnais (42).
1. Un manque de visibilité généralisé
La pauvreté rurale est généralement qualifiée de « masquée »66, parce qu’invisible dans les valeurs absolues des recueils statistiques par rapport à la concentration de la pauvreté dans les espaces urbains. Elle apparaît également moins intense en valeurs relatives, tout du moins à l’échelle nationale. Ainsi, le taux de pauvreté en milieu rural67 s’élève en 2006 à 12%, contre 13,2% en moyenne nationale et 15,4% dans les unités urbaines de plus de 200 000 habitants68. Cependant la pauvreté s’inscrit durablement dans les espaces ruraux (cf. encadré p 53).
La pauvreté rurale est également masquée parce que non-dite, tant par les personnes concernées (notamment dans le milieu agricole, et plus généralement parmi les ruraux de souche) que par certains acteurs locaux ; masquée parce que l’espace rural est encore considéré comme globalement attractif tant en termes de coût du logement ou d’alimentation (possibilité d’auto-production, parfois largement surévaluée) que de qualité de vie (sociabilité locale souvent estimée riche et ouverte à l’autre), autant d’images tendant à réduire la pauvreté de conditions de vie et la pauvreté vécue, sans pour autant que des études rigoureuses l’attestent ; masquée parce que non (ou moins) prise en compte par l’action publique territoriale qui bute sur la complexité de penser une action territorialisée dans des espaces de plus faible densité et auprès de populations géographiquement éclatées ; masquée enfin, parce que moins étudiée.
Une complexification des types de pauvreté-précarité
Cependant, tant les rencontres préparatoires de 2007, que les entretiens réalisés depuis l’automne 2008 auprès des acteurs concernés font valoir une hétérogénéité et une diversification des situations de pauvreté-précarité en milieu rural. Si elles s’expliquent par les spécificités des cinq territoires étudiés, de leur histoire démographique, économique et sociale (y compris sur le plan des plus ou moins fortes mobilisations associatives), de la situation de l’agriculture et des autres secteurs d’emploi, et de leur positionnement par rapport aux zones urbaines, on note des situations partagées par l’ensemble des territoires en termes de profils de personnes concernées.
Sont ainsi particulièrement mis en avant :
- les agriculteurs en difficulté selon deux grandes catégories : les agriculteurs de plus de 50 ans, généralement des hommes célibataires vivant dans des exploitations non rentables et qui cumulent pauvreté économique, précarité culturelle et isolement social (Ardèche, Dombes, Diois) ; les exploitants endettés ou confrontés à des situations de crise, notamment quelques années après leur installation en agriculture (Beaujolais viticole mais également système d’élevage laitier de la Dombes).
- les « néo ruraux » : les ménages qu’ailleurs on nomme « travailleurs pauvres de banlieue » et qui, à la campagne, n’ont plus accès aux services et « réseaux de proximité » dont ils avaient l’habitude quand ils vivaient en ville ; des ménages en situation matérielle médiane au moment de leur emménagement en zone rurale, mais que des « aléas de la vie », couplés avec l’étroitesse de leur cercle de relations dans leur nouveau lieu de résidence, acculent à la pauvreté économique et à l’isolement social (on note une précarité-pauvreté particulièrement intense des femmes à la tête de familles monoparentales); enfin, certaines personnes d’emblée très marginalisées à la recherche d’un introuvable eldorado rural. Même si ce type de situations est plus intense dans les espaces ruraux proches de la métropole régionale lyonnaise (Dombes, Beaujolais), elle marque également des espaces ruraux plus éloignés des aires d’attraction urbaine (Centre Ardèche, zone de Tarare) ;
- les « errants » : les partenaires sociaux notent une forte augmentation de l’errance des jeunes, célibataires ou en couple, dont les situations sont plus fréquemment évoquées dans le Diois, l’Ardèche et la Loire.
L’analyse fine de la diversité des profils de pauvreté et des motivations des populations concernées à rejoindre ou à se maintenir dans l’espace rural permet de dégager cinq fonctions que peut jouer l’espace rural dans l’installation et/ou le maintien de populations pauvres :
- l’espace rural refuge (« vivons cachés », « faisons-nous oublier ») ;
- l’espace rural parachute pour des populations ayant choisi le milieu rural faute de possibilité d’installation pérenne en espace urbain (notamment en raison du coût du foncier et de l’accession à la propriété) ;
- l’espace rural rebond intégrant une dimension de projet personnel souvent à dimension économique (avec des fragilités de viabilité économique du projet) ;
- l’espace rural ancrage (les autochtones en déficit de capital spatial et socioculturel) ;
- l’espace rural contrainte (les captifs du rural, qu’ils soient originaires de la ville ou non).
Des difficultés liées à la faible densité et à l’isolement
Ces difficultés sont doublement exprimées : pour les personnes et pour les intervenants sociaux. L’approche de l’espace rural par les populations pauvres, et plus généralement précaires, interroge l’enjeu de la mobilité. Elle renvoie à l’ambivalence d’un espace rural conçu à la fois comme une contrainte au déplacement et à la mobilité, et comme un espace parcouru de mobilités. Les contraintes sont liées à une complémentarité de facteurs qui relèvent de la sphère de la pauvreté (limites budgétaires, faiblesse, voire absence de, motorisation, difficulté d’appréhension cognitive de l’espace), mais aussi de l’indigence des infrastructures de transports en commun, de la faiblesse (ou de l’éclatement) des outils d’accompagnement à la mobilité dans le cadre de l’aide sociale, et de la distance géographique. Quant à l’augmentation des mobilités des populations rurales, elle est
majoritairement liée à l’élargissement de l’aire d’extension des migrations domicile-travail dans les périphéries éloignées des agglomérations urbaines.
Se pose également la question des capacités d’initiatives locales de l’espace rural. Aux dires des acteurs enquêtés en Rhône-Alpes, il semble que l’espace rural conserve une spécificité propre, celle d’une moindre diversité de potentiels que l’espace urbain, tant en termes d’emplois, que d’activités ou de projets. Cette moindre diversité est associée à la moindre densité d’acteurs, réels ou potentiels, à la lassitude d’acteurs locaux, notamment associatifs, engagés de longue date, et à la difficulté de trouver de « bonnes volontés » locales pour reprendre le flambeau du bénévolat social.
Le champ de la pauvreté rurale interroge frontalement le rôle de l’espace, comme facteur actif des situations de pauvreté. Le rôle de l’espace est ambivalent, à la fois facteur attractif en termes d’avantages comparatifs (notamment pour ce qui concerne le coût du logement et de l’accession à la propriété) et de valeurs hédonistes lié au projet personnel (environnement préservé gage de bien-être familial), et facteur aggravant la précarité par son caractère captif (éloignement, isolement, coût des déplacements, moindre mobilité). La pauvreté en milieu rural renvoie directement aux caractéristiques intrinsèques de l’espace rural moins dense qui induit une lecture de la question sociale en termes d’isolement (à la fois physique et relationnel), de distance, de moindre densité d’équipements et de services.
2. L’obligation d’innover dans la lutte contre la pauvreté en milieu rural
La mise en maille de l’action sociale territorialisée pose question dans l’espace rural. Les modèles d’action conçus dans le cadre de la Politique de la Ville (zonages prioritaires, actions collectives facilitées par la densité et la diversité des publics, maintien d’un certain anonymat) sont peu, voire, inopérants pour l’espace rural, en raison notamment de la moindre densité et de l’éclatement géographique des publics concernés, mais aussi, parfois, de la proximité relationnelle avec ces mêmes publics. En outre, l’action sociale communale est handicapée par la faiblesse budgétaire des communes, qui disposent rarement d’un CCAS, alors même que les élus locaux sont bien souvent en première ligne dans le recueil des demandes d’aide sociale des populations. L’intercommunalité rurale est encore peu mobilisée sur l’action sociale, à quelques exceptions près. Elle interroge également les fondements culturels et les systèmes de représentation des acteurs en charge de l’aide sociale et des acteurs du développement local. Ainsi, les enquêtes réalisées en Rhône-Alpes, notamment dans le Chablais69, font ressortir un hiatus, ou du moins une ignorance mutuelle, entre les acteurs du développement local rural privilégiant une démarche d’entrée territoriale, et les acteurs relevant du champ de l’action sociale optant pour une démarche en direction des individus pour combler leurs difficultés.
Au-delà de l’obligation faite aux institutions publiques (notamment les Conseils Généraux, les CAF et les MSA) d’accompagner les publics bénéficiaires des minima sociaux, l’observation fine des actions et des modalités territoriales d’intervention des acteurs révèle du bricolage, de l’inventivité, des capacités d’innovation territoriale pour imaginer, piloter et animer durablement des actions variées qui touchent des publics hétérogènes dans une configuration spatiale diffuse.
Les enquêtes réalisées dans les territoires ruraux de Rhône-Alpes donnent à voir un espace rural qui foisonne d’initiatives pour lutter contre la pauvreté, ou tout du moins accompagner les publics les plus en difficultés. Ces actions touchent des types de publics d’âge très différents.
Elles oeuvrent dans des domaines très variés, représentatifs de la multidimensionnalité de la pauvreté. Même si la liste ne prétend pas à l’exhaustivité, on peut citer :
- le suivi et l’accompagnement social effectués par les unités territoriales et centres médico-sociaux implantés en milieu rural, qu’ils relèvent des Conseils Généraux ou de la MSA,
- le réseau des missions locales en milieu rural en charge des jeunes de 16 à 25 ans,
- l’accompagnement vers l’emploi et l’activité économique (Maison de l’Emploi et de la Formation du pays Beaujolais, Sites de proximité des Boutières, Cèdre, ou du Diois, associations et entreprises d’insertion telles que Tremplin ou l’Atre, centres de formation comme Cefora),
- le soutien aux agriculteurs en difficulté (SOS Solidarités Paysans dans la Loire et dans le Beaujolais, plateforme PREVI dans le Beaujolais, groupe de parole de la MSA dans le beaujolais),
- l’aide à la mobilité (auto-écoles sociales portées par la mission locale de Tarare et par l’association Tremplin, Mobilité 07-26),
- l’aide alimentaire (Restos du coeur présents à Châtillon-sur-Chalaronne, Lamastre, Montbrison, Die, Beaujeu, Tarare),
- le logement des personnes défavorisés et la lutte contre l’habitat indigne (réseau des PACT en Rhône-Alpes et plus spécifiquement le Centre d’Amélioration du Logement de l’Ardèche -CAL 07- et le CALD de la Drôme),
- l’hébergement d’urgence (Accueil de jour et de nuit de Die, centres d’accueil gérés par le Secours catholique de la Loire –Noirétable),
- l’accompagnement médical et médico-psychologique (hôpital rural de Vernoux, CLIC du Diois, aide aux aidants familiaux, café mémoire itinérant de Mionnay),
- les services d’aide à domicile, qui sont également pourvoyeurs d’emplois, notamment pour les femmes (ADMR sur l’ensemble de la région, ADAPA dans l’Ain, AAD en Ardèche) et les services itinérants (Le Baladou, systèmes d’accueil petite enfance en Beaujolais),
- l’action culturelle (spectacle théâtral La Pause (pose) du Sécateur composé à partir de témoignages rédigés par les membres du groupe de paroles de 15 agriculteurs réunis dans le cadre de l’action" Parler pour rebondir" dans le Beaujolais, association Les Rias, action collective de Thoissey).
Cinq actions représentatives de la diversité des initiatives portées en milieu rural sont ici détaillées: l’action collective de Thoissey (Ain), les Brigades vertes de Tremplin Environnement (Ardèche), la plate-forme PREVI (Beaujolais, Rhône), le café mémoire itinérant de Mionnay (Ain), l’association citoyenne « Le beurre des épinards » (Ardèche).
http://www.mrie.org/docs_transfert/publications/DossierAnnuel2009MRIE.pdf
1. Un manque de visibilité généralisé
La pauvreté rurale est généralement qualifiée de « masquée »66, parce qu’invisible dans les valeurs absolues des recueils statistiques par rapport à la concentration de la pauvreté dans les espaces urbains. Elle apparaît également moins intense en valeurs relatives, tout du moins à l’échelle nationale. Ainsi, le taux de pauvreté en milieu rural67 s’élève en 2006 à 12%, contre 13,2% en moyenne nationale et 15,4% dans les unités urbaines de plus de 200 000 habitants68. Cependant la pauvreté s’inscrit durablement dans les espaces ruraux (cf. encadré p 53).
La pauvreté rurale est également masquée parce que non-dite, tant par les personnes concernées (notamment dans le milieu agricole, et plus généralement parmi les ruraux de souche) que par certains acteurs locaux ; masquée parce que l’espace rural est encore considéré comme globalement attractif tant en termes de coût du logement ou d’alimentation (possibilité d’auto-production, parfois largement surévaluée) que de qualité de vie (sociabilité locale souvent estimée riche et ouverte à l’autre), autant d’images tendant à réduire la pauvreté de conditions de vie et la pauvreté vécue, sans pour autant que des études rigoureuses l’attestent ; masquée parce que non (ou moins) prise en compte par l’action publique territoriale qui bute sur la complexité de penser une action territorialisée dans des espaces de plus faible densité et auprès de populations géographiquement éclatées ; masquée enfin, parce que moins étudiée.
Une complexification des types de pauvreté-précarité
Cependant, tant les rencontres préparatoires de 2007, que les entretiens réalisés depuis l’automne 2008 auprès des acteurs concernés font valoir une hétérogénéité et une diversification des situations de pauvreté-précarité en milieu rural. Si elles s’expliquent par les spécificités des cinq territoires étudiés, de leur histoire démographique, économique et sociale (y compris sur le plan des plus ou moins fortes mobilisations associatives), de la situation de l’agriculture et des autres secteurs d’emploi, et de leur positionnement par rapport aux zones urbaines, on note des situations partagées par l’ensemble des territoires en termes de profils de personnes concernées.
Sont ainsi particulièrement mis en avant :
- les agriculteurs en difficulté selon deux grandes catégories : les agriculteurs de plus de 50 ans, généralement des hommes célibataires vivant dans des exploitations non rentables et qui cumulent pauvreté économique, précarité culturelle et isolement social (Ardèche, Dombes, Diois) ; les exploitants endettés ou confrontés à des situations de crise, notamment quelques années après leur installation en agriculture (Beaujolais viticole mais également système d’élevage laitier de la Dombes).
- les « néo ruraux » : les ménages qu’ailleurs on nomme « travailleurs pauvres de banlieue » et qui, à la campagne, n’ont plus accès aux services et « réseaux de proximité » dont ils avaient l’habitude quand ils vivaient en ville ; des ménages en situation matérielle médiane au moment de leur emménagement en zone rurale, mais que des « aléas de la vie », couplés avec l’étroitesse de leur cercle de relations dans leur nouveau lieu de résidence, acculent à la pauvreté économique et à l’isolement social (on note une précarité-pauvreté particulièrement intense des femmes à la tête de familles monoparentales); enfin, certaines personnes d’emblée très marginalisées à la recherche d’un introuvable eldorado rural. Même si ce type de situations est plus intense dans les espaces ruraux proches de la métropole régionale lyonnaise (Dombes, Beaujolais), elle marque également des espaces ruraux plus éloignés des aires d’attraction urbaine (Centre Ardèche, zone de Tarare) ;
- les « errants » : les partenaires sociaux notent une forte augmentation de l’errance des jeunes, célibataires ou en couple, dont les situations sont plus fréquemment évoquées dans le Diois, l’Ardèche et la Loire.
L’analyse fine de la diversité des profils de pauvreté et des motivations des populations concernées à rejoindre ou à se maintenir dans l’espace rural permet de dégager cinq fonctions que peut jouer l’espace rural dans l’installation et/ou le maintien de populations pauvres :
- l’espace rural refuge (« vivons cachés », « faisons-nous oublier ») ;
- l’espace rural parachute pour des populations ayant choisi le milieu rural faute de possibilité d’installation pérenne en espace urbain (notamment en raison du coût du foncier et de l’accession à la propriété) ;
- l’espace rural rebond intégrant une dimension de projet personnel souvent à dimension économique (avec des fragilités de viabilité économique du projet) ;
- l’espace rural ancrage (les autochtones en déficit de capital spatial et socioculturel) ;
- l’espace rural contrainte (les captifs du rural, qu’ils soient originaires de la ville ou non).
Des difficultés liées à la faible densité et à l’isolement
Ces difficultés sont doublement exprimées : pour les personnes et pour les intervenants sociaux. L’approche de l’espace rural par les populations pauvres, et plus généralement précaires, interroge l’enjeu de la mobilité. Elle renvoie à l’ambivalence d’un espace rural conçu à la fois comme une contrainte au déplacement et à la mobilité, et comme un espace parcouru de mobilités. Les contraintes sont liées à une complémentarité de facteurs qui relèvent de la sphère de la pauvreté (limites budgétaires, faiblesse, voire absence de, motorisation, difficulté d’appréhension cognitive de l’espace), mais aussi de l’indigence des infrastructures de transports en commun, de la faiblesse (ou de l’éclatement) des outils d’accompagnement à la mobilité dans le cadre de l’aide sociale, et de la distance géographique. Quant à l’augmentation des mobilités des populations rurales, elle est
majoritairement liée à l’élargissement de l’aire d’extension des migrations domicile-travail dans les périphéries éloignées des agglomérations urbaines.
Se pose également la question des capacités d’initiatives locales de l’espace rural. Aux dires des acteurs enquêtés en Rhône-Alpes, il semble que l’espace rural conserve une spécificité propre, celle d’une moindre diversité de potentiels que l’espace urbain, tant en termes d’emplois, que d’activités ou de projets. Cette moindre diversité est associée à la moindre densité d’acteurs, réels ou potentiels, à la lassitude d’acteurs locaux, notamment associatifs, engagés de longue date, et à la difficulté de trouver de « bonnes volontés » locales pour reprendre le flambeau du bénévolat social.
Le champ de la pauvreté rurale interroge frontalement le rôle de l’espace, comme facteur actif des situations de pauvreté. Le rôle de l’espace est ambivalent, à la fois facteur attractif en termes d’avantages comparatifs (notamment pour ce qui concerne le coût du logement et de l’accession à la propriété) et de valeurs hédonistes lié au projet personnel (environnement préservé gage de bien-être familial), et facteur aggravant la précarité par son caractère captif (éloignement, isolement, coût des déplacements, moindre mobilité). La pauvreté en milieu rural renvoie directement aux caractéristiques intrinsèques de l’espace rural moins dense qui induit une lecture de la question sociale en termes d’isolement (à la fois physique et relationnel), de distance, de moindre densité d’équipements et de services.
2. L’obligation d’innover dans la lutte contre la pauvreté en milieu rural
La mise en maille de l’action sociale territorialisée pose question dans l’espace rural. Les modèles d’action conçus dans le cadre de la Politique de la Ville (zonages prioritaires, actions collectives facilitées par la densité et la diversité des publics, maintien d’un certain anonymat) sont peu, voire, inopérants pour l’espace rural, en raison notamment de la moindre densité et de l’éclatement géographique des publics concernés, mais aussi, parfois, de la proximité relationnelle avec ces mêmes publics. En outre, l’action sociale communale est handicapée par la faiblesse budgétaire des communes, qui disposent rarement d’un CCAS, alors même que les élus locaux sont bien souvent en première ligne dans le recueil des demandes d’aide sociale des populations. L’intercommunalité rurale est encore peu mobilisée sur l’action sociale, à quelques exceptions près. Elle interroge également les fondements culturels et les systèmes de représentation des acteurs en charge de l’aide sociale et des acteurs du développement local. Ainsi, les enquêtes réalisées en Rhône-Alpes, notamment dans le Chablais69, font ressortir un hiatus, ou du moins une ignorance mutuelle, entre les acteurs du développement local rural privilégiant une démarche d’entrée territoriale, et les acteurs relevant du champ de l’action sociale optant pour une démarche en direction des individus pour combler leurs difficultés.
Au-delà de l’obligation faite aux institutions publiques (notamment les Conseils Généraux, les CAF et les MSA) d’accompagner les publics bénéficiaires des minima sociaux, l’observation fine des actions et des modalités territoriales d’intervention des acteurs révèle du bricolage, de l’inventivité, des capacités d’innovation territoriale pour imaginer, piloter et animer durablement des actions variées qui touchent des publics hétérogènes dans une configuration spatiale diffuse.
Les enquêtes réalisées dans les territoires ruraux de Rhône-Alpes donnent à voir un espace rural qui foisonne d’initiatives pour lutter contre la pauvreté, ou tout du moins accompagner les publics les plus en difficultés. Ces actions touchent des types de publics d’âge très différents.
Elles oeuvrent dans des domaines très variés, représentatifs de la multidimensionnalité de la pauvreté. Même si la liste ne prétend pas à l’exhaustivité, on peut citer :
- le suivi et l’accompagnement social effectués par les unités territoriales et centres médico-sociaux implantés en milieu rural, qu’ils relèvent des Conseils Généraux ou de la MSA,
- le réseau des missions locales en milieu rural en charge des jeunes de 16 à 25 ans,
- l’accompagnement vers l’emploi et l’activité économique (Maison de l’Emploi et de la Formation du pays Beaujolais, Sites de proximité des Boutières, Cèdre, ou du Diois, associations et entreprises d’insertion telles que Tremplin ou l’Atre, centres de formation comme Cefora),
- le soutien aux agriculteurs en difficulté (SOS Solidarités Paysans dans la Loire et dans le Beaujolais, plateforme PREVI dans le Beaujolais, groupe de parole de la MSA dans le beaujolais),
- l’aide à la mobilité (auto-écoles sociales portées par la mission locale de Tarare et par l’association Tremplin, Mobilité 07-26),
- l’aide alimentaire (Restos du coeur présents à Châtillon-sur-Chalaronne, Lamastre, Montbrison, Die, Beaujeu, Tarare),
- le logement des personnes défavorisés et la lutte contre l’habitat indigne (réseau des PACT en Rhône-Alpes et plus spécifiquement le Centre d’Amélioration du Logement de l’Ardèche -CAL 07- et le CALD de la Drôme),
- l’hébergement d’urgence (Accueil de jour et de nuit de Die, centres d’accueil gérés par le Secours catholique de la Loire –Noirétable),
- l’accompagnement médical et médico-psychologique (hôpital rural de Vernoux, CLIC du Diois, aide aux aidants familiaux, café mémoire itinérant de Mionnay),
- les services d’aide à domicile, qui sont également pourvoyeurs d’emplois, notamment pour les femmes (ADMR sur l’ensemble de la région, ADAPA dans l’Ain, AAD en Ardèche) et les services itinérants (Le Baladou, systèmes d’accueil petite enfance en Beaujolais),
- l’action culturelle (spectacle théâtral La Pause (pose) du Sécateur composé à partir de témoignages rédigés par les membres du groupe de paroles de 15 agriculteurs réunis dans le cadre de l’action" Parler pour rebondir" dans le Beaujolais, association Les Rias, action collective de Thoissey).
Cinq actions représentatives de la diversité des initiatives portées en milieu rural sont ici détaillées: l’action collective de Thoissey (Ain), les Brigades vertes de Tremplin Environnement (Ardèche), la plate-forme PREVI (Beaujolais, Rhône), le café mémoire itinérant de Mionnay (Ain), l’association citoyenne « Le beurre des épinards » (Ardèche).
http://www.mrie.org/docs_transfert/publications/DossierAnnuel2009MRIE.pdf
« Les phénomènes de précarité et d’exclusion en milieu rural : quelles réponses possibles sur les territoires ? » : les actes de la rencontre nationale du 21 mai 2010
Comme nous vous le présentions dans nos articles précédents (en janvier et en mai), la Fnars, dans le cadre de son partenariat avec la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole, a réuni un groupe de travail inter associatif pour partager constats et réponses en matière de lutte contre la pauvreté en milieu rural.
Pour partager ces travaux et réflexions, le groupe de travail, composé notamment de la CC MSA et de la FCSF, mais également du Comité National de Liaison des Régies de Quartier, d’Habitat et Développement, de Familles Rurales, du FN CIVAM, de Chantier Ecole, de la Fédération des PACT, et de Solidarités Paysans, a organisé une rencontre nationale de partage et d’échanges.
Nous vous proposons les actes de cette rencontre nationale, qui reprend l’ensemble des interventions et échanges de la journée, avec notamment :
- Le regard de chercheurs sur la montée de la précarité et de l’exclusion en milieu rural (Jean Claude Bontron – démographe, Emmanuelle Bonerandi – géographe, Alexandre Pagès – sociologue) ;
- L’innovation sociale sur les territoires ruraux : la parole aux acteurs associatifs (dont l’intervention de la Fédération des Centres Sociaux du Maine et Loire, autour des politiques publiques d’emploi et d’insertion) ;
- Les politiques de développement local : le regard des élus.
François Soulage, grand témoin de cette rencontre et Ambassadeur pour la France de l’Année Européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, a conclu cette journée en invitant les participants (et les réseaux membres du groupe de travail) a une plus grande ambition autour de ces premiers travaux, d’oser une parole dans le débat publique.
Les centres sociaux et le réseau fédéral était bien représentés lors de cette journée, avec la participation de la Fédération du Maine et Loire lors de la seconde table ronde, et dans la salle, avec les Fédérations de Seine et Marne, de Savoie, de Dordogne, et la FCSF.
Une rencontre en septembre du groupe de travail approfondira ces perspectives, nous vous en tiendrons bien évidemment informé dans un prochain article !
http://www.centres-sociaux.fr/files/2010/09/compte-rendu-journ%C3%A9e-pr%C3%A9carit%C3%A9-ruralit%C3%A9-21-mai-2010-1.pdf
Pour partager ces travaux et réflexions, le groupe de travail, composé notamment de la CC MSA et de la FCSF, mais également du Comité National de Liaison des Régies de Quartier, d’Habitat et Développement, de Familles Rurales, du FN CIVAM, de Chantier Ecole, de la Fédération des PACT, et de Solidarités Paysans, a organisé une rencontre nationale de partage et d’échanges.
Nous vous proposons les actes de cette rencontre nationale, qui reprend l’ensemble des interventions et échanges de la journée, avec notamment :
- Le regard de chercheurs sur la montée de la précarité et de l’exclusion en milieu rural (Jean Claude Bontron – démographe, Emmanuelle Bonerandi – géographe, Alexandre Pagès – sociologue) ;
- L’innovation sociale sur les territoires ruraux : la parole aux acteurs associatifs (dont l’intervention de la Fédération des Centres Sociaux du Maine et Loire, autour des politiques publiques d’emploi et d’insertion) ;
- Les politiques de développement local : le regard des élus.
François Soulage, grand témoin de cette rencontre et Ambassadeur pour la France de l’Année Européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, a conclu cette journée en invitant les participants (et les réseaux membres du groupe de travail) a une plus grande ambition autour de ces premiers travaux, d’oser une parole dans le débat publique.
Les centres sociaux et le réseau fédéral était bien représentés lors de cette journée, avec la participation de la Fédération du Maine et Loire lors de la seconde table ronde, et dans la salle, avec les Fédérations de Seine et Marne, de Savoie, de Dordogne, et la FCSF.
Une rencontre en septembre du groupe de travail approfondira ces perspectives, nous vous en tiendrons bien évidemment informé dans un prochain article !
http://www.centres-sociaux.fr/files/2010/09/compte-rendu-journ%C3%A9e-pr%C3%A9carit%C3%A9-ruralit%C3%A9-21-mai-2010-1.pdf
Entre 1993 et 2008, les services marchands aux particuliers se sont développés sur le territoire métropolitain de façon inégale suivant les secteurs : dans les services personnels (coiffure, soins de beauté...), les établissements se multiplient alors que, dans d’autres secteurs (réparation, débits de boissons...), ils se raréfient.
Le développement des établissements est particulièrement marqué dans l’espace rural. En 2008, les petites agglomérations rurales sont ainsi presque aussi bien équipées que l’espace urbain. Les communes rurales isolées bénéficient aussi de la croissance du nombre des établissements depuis 2000 mais demeurent pour certains services (cinémas, agences de voyages...) nettement moins équipées que le reste du territoire.
Pour lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1307/ip1307.pdf
Le développement des établissements est particulièrement marqué dans l’espace rural. En 2008, les petites agglomérations rurales sont ainsi presque aussi bien équipées que l’espace urbain. Les communes rurales isolées bénéficient aussi de la croissance du nombre des établissements depuis 2000 mais demeurent pour certains services (cinémas, agences de voyages...) nettement moins équipées que le reste du territoire.
Pour lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1307/ip1307.pdf
Outil d'analyse
Voici un dossier qui met en lien différents rapports ou articles sur les maisons rurales de santé
Rapports :
• d’information du Sénat : Offre de soins : comment réduire la fracture territoriale ?
http://www.senat.fr/noticerap/2007/r07-014-notice.html
• interministériel
http://www.gouvernement.fr/gouvernement/de-nouvelles-maisons-de-sante-pour-une-nouvelle-medecine-de-premier-recours
http://www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_maison_de_sante.pdf?
Analyse
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/19/la-maison-de-sante-un-remede-aux-maux-de-la-medecine-rurale_1293727_3224.html
Mutualité
http://www.mutualite.fr/L-actualite/Soins/Medecine-liberale-et-hopital/Mut-echo-visite-les-maisons-de-sante
Maison de santé rurale
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/creer-une-msr
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/tag/sante-en-milieu-rural
Opérateur privé maison de santé
http://www.psconcept.com/
Exemple en Poitou-Charentes
http://www.lepost.fr/article/2009/05/22/1546620_inauguration-de-la-premiere-maison-de-sante-en-milieu-rural.html
Soins à domicile
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=36&num=1504853
• d’information du Sénat : Offre de soins : comment réduire la fracture territoriale ?
http://www.senat.fr/noticerap/2007/r07-014-notice.html
• interministériel
http://www.gouvernement.fr/gouvernement/de-nouvelles-maisons-de-sante-pour-une-nouvelle-medecine-de-premier-recours
http://www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_maison_de_sante.pdf?
Analyse
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/19/la-maison-de-sante-un-remede-aux-maux-de-la-medecine-rurale_1293727_3224.html
Mutualité
http://www.mutualite.fr/L-actualite/Soins/Medecine-liberale-et-hopital/Mut-echo-visite-les-maisons-de-sante
Maison de santé rurale
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/creer-une-msr
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/tag/sante-en-milieu-rural
Opérateur privé maison de santé
http://www.psconcept.com/
Exemple en Poitou-Charentes
http://www.lepost.fr/article/2009/05/22/1546620_inauguration-de-la-premiere-maison-de-sante-en-milieu-rural.html
Soins à domicile
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=36&num=1504853
L'association internationale Ruralité-Environnement-Développement vient de publier une brochure reprenant les contributions à un colloque sur cette question.
Le visage de la ruralité est aujourd’hui profondément transformé. Les fonctions des zones rurales et les besoins des populations qui les habitent ont fortement évolué. De multiples activités d’artisanat et de services sont venues s’intégrer aux côtés de l’agriculture au sein de l’économie rurale. Les néo-ruraux côtoient les natifs et les résidents secondaires. Ces modifications socioéconomiques ont entraîné un changement dans les besoins et les attentes des populations rurales.
Paradoxalement, alors que la démographie des villages est souvent dans une dynamique de croissance, l’offre de services dans les campagnes est en déclin depuis plusieurs décennies. Notre société doit faire face à de multiples défis, plus complexes les uns que les autres que ce soit la hausse du coût de l’énergie, les défis climatiques et environnementaux, les crises financières et économiques, les exclusions sociales... Grâce à ses caractéristiques propres, le monde rural peut trouver un nouveau souffle dans ces défis en s’inscrivant comme un des acteurs essentiels des solutions à apporter à ces problématiques.
Quelles réponses les zones rurales peuvent-elles proposer en matière d’urbanisme durable ? Comment concrétiser une politique des services publics qui tienne compte de la cohésion territoriale autant que des exigences financières ? Comment repenser la mobilité dans les zones rurales en s’inscrivant dans des logiques territoriales et environnementales en phase avec les accords internationaux ?
C’est à l’ensemble de ces questions qu’est consacrée la brochure : « Urbanisme, services et mobilité en milieu rural : un espace-temps à réinventer » coéditée par la Maison de l’urbanisme Lorraine- Ardenne et l’association internationale Ruralité-Environnement-Développement . La brochure s’articule en trois sections : Réinventer l’urbanisme, Réinventer les services et Réinventer la mobilité. Cette publication est basée sur les interventions de la dixième conférence interrégionale coorganisée par les deux associations en novembre 2009. La brochure présente des solutions issues de Lorraine (F), de Rhénanie-Palatinat (D), du Grand-Duché de Luxembourg et de la Région Wallonne (B) qui allient créativité et innovation en réponse aux problématiques majeures de la vie rurale contemporaine que sont un urbanisme inadapté, le déclin de l’offre de services et les carences en matière de mobilité.
Cette brochure est disponible sur demande auprès de la Maison de l’urbanisme Lorraine-Ardenne et de l’association internationale R.E.D. (6 € pour la Belgique et 8 € pour l’étranger, frais de port inclus).
Pour vous procurer la brochure : http://www.ardenneweb.eu/reportages/2010/la_ruralite_se_reinvente
Le site de l'association internationale Ruralité-Environnement-Développement : http://www.ruraleurope.org/
Paradoxalement, alors que la démographie des villages est souvent dans une dynamique de croissance, l’offre de services dans les campagnes est en déclin depuis plusieurs décennies. Notre société doit faire face à de multiples défis, plus complexes les uns que les autres que ce soit la hausse du coût de l’énergie, les défis climatiques et environnementaux, les crises financières et économiques, les exclusions sociales... Grâce à ses caractéristiques propres, le monde rural peut trouver un nouveau souffle dans ces défis en s’inscrivant comme un des acteurs essentiels des solutions à apporter à ces problématiques.
Quelles réponses les zones rurales peuvent-elles proposer en matière d’urbanisme durable ? Comment concrétiser une politique des services publics qui tienne compte de la cohésion territoriale autant que des exigences financières ? Comment repenser la mobilité dans les zones rurales en s’inscrivant dans des logiques territoriales et environnementales en phase avec les accords internationaux ?
C’est à l’ensemble de ces questions qu’est consacrée la brochure : « Urbanisme, services et mobilité en milieu rural : un espace-temps à réinventer » coéditée par la Maison de l’urbanisme Lorraine- Ardenne et l’association internationale Ruralité-Environnement-Développement . La brochure s’articule en trois sections : Réinventer l’urbanisme, Réinventer les services et Réinventer la mobilité. Cette publication est basée sur les interventions de la dixième conférence interrégionale coorganisée par les deux associations en novembre 2009. La brochure présente des solutions issues de Lorraine (F), de Rhénanie-Palatinat (D), du Grand-Duché de Luxembourg et de la Région Wallonne (B) qui allient créativité et innovation en réponse aux problématiques majeures de la vie rurale contemporaine que sont un urbanisme inadapté, le déclin de l’offre de services et les carences en matière de mobilité.
Cette brochure est disponible sur demande auprès de la Maison de l’urbanisme Lorraine-Ardenne et de l’association internationale R.E.D. (6 € pour la Belgique et 8 € pour l’étranger, frais de port inclus).
Pour vous procurer la brochure : http://www.ardenneweb.eu/reportages/2010/la_ruralite_se_reinvente
Le site de l'association internationale Ruralité-Environnement-Développement : http://www.ruraleurope.org/
Une étude régionale de l'INSEE sur le dynamisme démographique de l'espace rural.
L’espace rural au sens large rassemble en Midi-Pyrénées près de 60 % de la population sur des territoires variés : pays excentrés, zones d’influence de villes moyennes ou vaste espace périurbain autour de Toulouse. Ces pays ont en commun un dynamisme démographique soutenu par l’arrivée de nouvelles populations entre 1999 et 2006. Si le niveau d’équipement est bon globalement, la grande dispersion des habitants allonge les temps d’accès dans les zones excentrées, alors que les populations plus nombreuses du périurbain disposent en proportion de moins de commerces et services sur place. De la boulangerie au lycée, état des lieux du plus vaste espace rural métropolitain.
Pour lire la totalité de l'étude : http://www.insee.fr/fr/insee_regions/midi-pyrenees/themes/six_pages/6p_n123/6p_n123.pdf
Pour lire la totalité de l'étude : http://www.insee.fr/fr/insee_regions/midi-pyrenees/themes/six_pages/6p_n123/6p_n123.pdf
Outil d'analyse
L'INRA livre ici la première étape de son étude prospective sur « les Nouvelles ruralités en France à l’horizon 2030 ». Il s'agit de 4 scénarios que voici :
Scénario 1 : Les campagnes de la diffusion métropolitaine.
En 2030, les grandes villes s’étalent et la périurbanisation triomphe. Les zones urbanisées se diffusent dans les espaces ruraux, les aires d’influence des métropoles atteignant parfois la taille de régions entières. Elles sont marquées par d’intenses mobilités quotidiennes des résidents périurbains, qui travaillent pour la plupart dans les métropoles. Ces mobilités se sont maintenues grâce à des innovations dans les transports. Face à une forte polarisation des activités par les métropoles, l’économie des territoires ruraux périurbains est essentiellement résidentielle et peu qualifiée, même si elle bénéficie du desserrement des activités métropolitaines, et se concentre sur des pôles périphériques et le long des axes de transport. L’augmentation et la diffusion des résidences et des zones d’activités a conduit à la formation d’un vaste tissu discontinu de champs, de bois, de pavillons, de zones d’activités et de routes. Les paysages ruraux périurbains se fragmentent et se banalisent. L’agriculture, localisée dans les espaces ouverts de ce tissu métropolitain, s’organise de manière assez concentrique à partir des pôles urbains, répondant à de fortes concurrences sur les usages du sol. Loin de ces enjeux fonciers, hors des aires métropolitaines, des espaces intermédiaires, peu peuplés, sont dévolus à divers types d’agriculture sous faible contrainte environnementale. Des espaces de nature sanctuarisés, gérés selon une logique descendante par la Région, se sont développés ça et là pour répondre aux demandes de nature des urbains.
Scénario 2 : Les campagnes intermittentes des systèmes métropolitains.
En 2030, les individus (qui en ont les moyens) sont très mobiles et alternent des séjours en ville et à la campagne. Par le jeu de cette multi-appartenance, les territoires ruraux qui disposent d’atouts particuliers se sont singularisés et ont développé un patrimoine attractif. Ces territoires sont connectés aux systèmes métropolitains par des réseaux de transports collectifs. Ils forment des archipels capables d’attirer des flux d’urbains, notamment grâce à des équipements et services en technologies de l’information et de la communication. Les économies rurales valorisent les revenus dépensés par les résidents présents sur le territoire, à travers les services aux populations, les commerces, l’agriculture, les secteurs du tourisme et de la construction. La recomposition des territoires ruraux s’accompagne d’une intensification des usages de l’espace rural, parfois génératrice de conflits, qui valorise la nature et la culture. Leur gouvernance est hybride.
Intégrant des acteurs publics et privés, elle peut soit privatiser l’usage des espaces ruraux au bénéfice de certains, soit stimuler l’attractivité du territoire en concertation avec les pouvoirs métropolitains. L’agriculture assure un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes, et répond à un fort appel en produits de terroirs (AOC, Bio etc.) et de marchés de proximité. En dehors des territoires valorisés pour leur singularité, subsistent des espaces ruraux non connectés aux systèmes métropolitains qui sont désormais partagés principalement entre activités agroindustrielles, forêts et espaces de « nature sauvage ».
Scénario 3 : Les campagnes au service de la densification urbaine.
En 2030, les rapports villes-campagnes ont été bouleversés par la forte augmentation du coût de l’énergie fossile et la mise en place de politiques restrictives en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ces bouleversements en l’absence d’innovation technique ont remis en cause le modèle de déplacement individuel basé sur l’automobile et limité drastiquement les mobilités des personnes.
Les villes se sont verticalisées, le développement résidentiel des espaces ruraux observé au début du XXIe siècle a pris fin et les populations se sont concentrées dans les villes. Anticipant ces évolutions, les grandes villes ont inventé de nouvelles relations fonctionnelles avec leurs espaces ruraux environnant en les mettant au service de la métropole (production de matières premières agricoles, d’énergie, de services écologiques et réserves de biodiversité). Les grandes villes ont dans le même temps intégré en leur sein des formes de « microcampagnes » intra-urbaines, sous la forme de parcs, de bois et d’espaces agricoles. De fortes interventions publiques et la mise en place de politiques volontaristes dans les domaines de l’habitat, du transport et des infrastructures écologiques ont été nécessaires à de telles adaptations.
Scénario 4 : Les campagnes dans les mailles des réseaux de villes.
En 2030, les rapports villes-campagnes se sont recomposés autour de réseaux de villes. En effet, la tendance précédente à la périurbanisation des grandes agglomérations s’est infléchie, au bénéfice des villes, petites ou moyennes, et des bourgs ruraux, vers lesquels se sont portées les mobilités résidentielles. Ces territoires attirent de nouveaux résidents pour leur qualité de vie et la variété des paysages. Les équilibres territoriaux reposent sur une répartition équilibrée des populations, des activités et des services, assurant une complémentarité villecampagne. Ils s’appuient sur une gouvernance territoriale par projet, soutenue par des politiques publiques nationales, dont l’enjeu principal est de garantir une coexistence durable entre les différents usages du territoire. L’économie territoriale se fonde sur une diversité d’activités productives et résidentielles. Les technologies de l’information et de la communication ont à ce titre un effet important sur le désenclavement de certains territoires. Diverses agricultures coexistent, associées à différentes formes productives (intensives, conventionnelles, bio etc.) et à diverses organisations de filières ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés. Ces paysages complexes et diversifiés fournissent aux résidents un cadre de vie agréable et favorisent les fonctions écologiques des milieux.
http://www.paris.inra.fr/prospective/projets/nouvelles_ruralites
En 2030, les grandes villes s’étalent et la périurbanisation triomphe. Les zones urbanisées se diffusent dans les espaces ruraux, les aires d’influence des métropoles atteignant parfois la taille de régions entières. Elles sont marquées par d’intenses mobilités quotidiennes des résidents périurbains, qui travaillent pour la plupart dans les métropoles. Ces mobilités se sont maintenues grâce à des innovations dans les transports. Face à une forte polarisation des activités par les métropoles, l’économie des territoires ruraux périurbains est essentiellement résidentielle et peu qualifiée, même si elle bénéficie du desserrement des activités métropolitaines, et se concentre sur des pôles périphériques et le long des axes de transport. L’augmentation et la diffusion des résidences et des zones d’activités a conduit à la formation d’un vaste tissu discontinu de champs, de bois, de pavillons, de zones d’activités et de routes. Les paysages ruraux périurbains se fragmentent et se banalisent. L’agriculture, localisée dans les espaces ouverts de ce tissu métropolitain, s’organise de manière assez concentrique à partir des pôles urbains, répondant à de fortes concurrences sur les usages du sol. Loin de ces enjeux fonciers, hors des aires métropolitaines, des espaces intermédiaires, peu peuplés, sont dévolus à divers types d’agriculture sous faible contrainte environnementale. Des espaces de nature sanctuarisés, gérés selon une logique descendante par la Région, se sont développés ça et là pour répondre aux demandes de nature des urbains.
Scénario 2 : Les campagnes intermittentes des systèmes métropolitains.
En 2030, les individus (qui en ont les moyens) sont très mobiles et alternent des séjours en ville et à la campagne. Par le jeu de cette multi-appartenance, les territoires ruraux qui disposent d’atouts particuliers se sont singularisés et ont développé un patrimoine attractif. Ces territoires sont connectés aux systèmes métropolitains par des réseaux de transports collectifs. Ils forment des archipels capables d’attirer des flux d’urbains, notamment grâce à des équipements et services en technologies de l’information et de la communication. Les économies rurales valorisent les revenus dépensés par les résidents présents sur le territoire, à travers les services aux populations, les commerces, l’agriculture, les secteurs du tourisme et de la construction. La recomposition des territoires ruraux s’accompagne d’une intensification des usages de l’espace rural, parfois génératrice de conflits, qui valorise la nature et la culture. Leur gouvernance est hybride.
Intégrant des acteurs publics et privés, elle peut soit privatiser l’usage des espaces ruraux au bénéfice de certains, soit stimuler l’attractivité du territoire en concertation avec les pouvoirs métropolitains. L’agriculture assure un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes, et répond à un fort appel en produits de terroirs (AOC, Bio etc.) et de marchés de proximité. En dehors des territoires valorisés pour leur singularité, subsistent des espaces ruraux non connectés aux systèmes métropolitains qui sont désormais partagés principalement entre activités agroindustrielles, forêts et espaces de « nature sauvage ».
Scénario 3 : Les campagnes au service de la densification urbaine.
En 2030, les rapports villes-campagnes ont été bouleversés par la forte augmentation du coût de l’énergie fossile et la mise en place de politiques restrictives en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ces bouleversements en l’absence d’innovation technique ont remis en cause le modèle de déplacement individuel basé sur l’automobile et limité drastiquement les mobilités des personnes.
Les villes se sont verticalisées, le développement résidentiel des espaces ruraux observé au début du XXIe siècle a pris fin et les populations se sont concentrées dans les villes. Anticipant ces évolutions, les grandes villes ont inventé de nouvelles relations fonctionnelles avec leurs espaces ruraux environnant en les mettant au service de la métropole (production de matières premières agricoles, d’énergie, de services écologiques et réserves de biodiversité). Les grandes villes ont dans le même temps intégré en leur sein des formes de « microcampagnes » intra-urbaines, sous la forme de parcs, de bois et d’espaces agricoles. De fortes interventions publiques et la mise en place de politiques volontaristes dans les domaines de l’habitat, du transport et des infrastructures écologiques ont été nécessaires à de telles adaptations.
Scénario 4 : Les campagnes dans les mailles des réseaux de villes.
En 2030, les rapports villes-campagnes se sont recomposés autour de réseaux de villes. En effet, la tendance précédente à la périurbanisation des grandes agglomérations s’est infléchie, au bénéfice des villes, petites ou moyennes, et des bourgs ruraux, vers lesquels se sont portées les mobilités résidentielles. Ces territoires attirent de nouveaux résidents pour leur qualité de vie et la variété des paysages. Les équilibres territoriaux reposent sur une répartition équilibrée des populations, des activités et des services, assurant une complémentarité villecampagne. Ils s’appuient sur une gouvernance territoriale par projet, soutenue par des politiques publiques nationales, dont l’enjeu principal est de garantir une coexistence durable entre les différents usages du territoire. L’économie territoriale se fonde sur une diversité d’activités productives et résidentielles. Les technologies de l’information et de la communication ont à ce titre un effet important sur le désenclavement de certains territoires. Diverses agricultures coexistent, associées à différentes formes productives (intensives, conventionnelles, bio etc.) et à diverses organisations de filières ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés. Ces paysages complexes et diversifiés fournissent aux résidents un cadre de vie agréable et favorisent les fonctions écologiques des milieux.
http://www.paris.inra.fr/prospective/projets/nouvelles_ruralites
Outil d'analyse
Dans un rapport rendu au mois de septembre 2009, l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux dressent un bilan précis des conditions de vie en milieu rural. Voici ici les principaux éléments de synthèse ainsi que les recommandations du rapport :
[3] Onze millions d’habitants, soit 18 % de la population de France métropolitaine, résident dans« l’espace rural », tel que le définissent les outils statistiques. La quasi-totalité des indicateurs montrent que les territoires concernés, comme leurs habitants, se situent au-dessous des moyennes nationales tant en termes de participation à l’économie nationale, que de revenus, de qualification ou d’emploi.
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
http://agriculture.gouv.fr/sections/publications/rapports/pauvrete-precarite/view
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
http://agriculture.gouv.fr/sections/publications/rapports/pauvrete-precarite/view
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Un rapport du Sénat de 2008. Rapport d'information de MM. Jean FRANÇOIS-PONCET et Claude BELOT, fait au nom de la délégation à l'aménagement du territoire
La ruralité française est en pleine recomposition. A des territoires en déclin, repliés sur eux-mêmes, s'est substitué un nouvel espace rural, ouvert et dynamique sur le plan démographique et économique. Cette évolution ne pourra que s'amplifier dans les années à venir tant le « désir de campagne » s'appuie sur des ressorts profonds de développement qui paraissent irréversibles : recherche d'aménités positives pour l'implantation d'activités économiques, aspiration à un cadre de vie plus agréable, quête de tranquillité... Après avoir retracé cette nouvelle attractivité de l'espace rural, le rapport du Sénat souligne qu'elle a été accompagnée, voire précédée, par une forte mobilisation, à tous les niveaux, des responsables publics.
Les auteurs du rapport prévoient que «cette évolution ne pourra que s’amplifier dans les années à venir tant le «désir de campagne» s’appuie sur des ressorts profonds de développement qui paraissent irréversibles : recherche d’aménités positives pour l’implantation d’activités économiques, aspiration à un cadre de vie plus agréable, quête de tranquillité »
L’étude note par ailleurs que « cette nouvelle attractivité a été accompagnée, voire précédée, par une forte mobilisation des responsables publics ».
Le rapport formule 10 recommandations classées en 3 catégories :
Répondre au défi de la fracture territoriale
* Créer des territoires de projet atteignant une certaine taille critique ;
* Développer les énergies vertes ;
* Encourager le télétravail ;
* Envisager le renouvellement de l’expérience des pôles d’excellence rurale. ;
* Elargir l’assiette du FISAC;
* Maintenir les ZRR ;
* Engager une politique ambitieuse de péréquation financière. ;
* Mettre en place une véritable politique européenne d’aide au développement rural. ;
Répondre au défi de la fracture numérique
* Compte tenu du rôle structurant joué par les nouvelles technologies en milieu rural, un objectif doit être atteint en 2012 : le haut débit, la téléphonie mobile et la TNT pour tous. ;
Répondre au défi de l’offre de soins
* En développement les maisons de santé pluridisciplinaire.
Lire le rapport : http://www.senat.fr/rap/r07-468/r07-468_mono.html
Les auteurs du rapport prévoient que «cette évolution ne pourra que s’amplifier dans les années à venir tant le «désir de campagne» s’appuie sur des ressorts profonds de développement qui paraissent irréversibles : recherche d’aménités positives pour l’implantation d’activités économiques, aspiration à un cadre de vie plus agréable, quête de tranquillité »
L’étude note par ailleurs que « cette nouvelle attractivité a été accompagnée, voire précédée, par une forte mobilisation des responsables publics ».
Le rapport formule 10 recommandations classées en 3 catégories :
Répondre au défi de la fracture territoriale
* Créer des territoires de projet atteignant une certaine taille critique ;
* Développer les énergies vertes ;
* Encourager le télétravail ;
* Envisager le renouvellement de l’expérience des pôles d’excellence rurale. ;
* Elargir l’assiette du FISAC;
* Maintenir les ZRR ;
* Engager une politique ambitieuse de péréquation financière. ;
* Mettre en place une véritable politique européenne d’aide au développement rural. ;
Répondre au défi de la fracture numérique
* Compte tenu du rôle structurant joué par les nouvelles technologies en milieu rural, un objectif doit être atteint en 2012 : le haut débit, la téléphonie mobile et la TNT pour tous. ;
Répondre au défi de l’offre de soins
* En développement les maisons de santé pluridisciplinaire.
Lire le rapport : http://www.senat.fr/rap/r07-468/r07-468_mono.html
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INSEE Première n°1245 de juin 2009
Depuis le début des années 2000, la baisse du nombre de commerces traditionnels s’atténue. Dans le même temps, l’essor des grandes surfaces alimentaires commence à ralentir.
Pour la plupart des types de commerces, la part des communes pourvues d’un équipement commercial diminue, mais moins rapidement sur la période récente.
Les équipements commerciaux sont généralement plus nombreux dans les communes des espaces urbains que dans les espaces ruraux. Toutefois, l’accès rapide à au moins un magasin alimentaire
est presque généralisé, même en espace rural. Les pharmacies, les boulangeries et les fleuristes sont les commerces dont la répartition est la plus en phase avec celle de la population.
La croissance retrouvée des espaces ruraux et des grandes villes au cours des années récentes pourrait modifier le paysage commercial, même si elle n’a pas encore trouvé d’écho sur le tissu commercial.
Lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1245/ip1245.pdf
Pour la plupart des types de commerces, la part des communes pourvues d’un équipement commercial diminue, mais moins rapidement sur la période récente.
Les équipements commerciaux sont généralement plus nombreux dans les communes des espaces urbains que dans les espaces ruraux. Toutefois, l’accès rapide à au moins un magasin alimentaire
est presque généralisé, même en espace rural. Les pharmacies, les boulangeries et les fleuristes sont les commerces dont la répartition est la plus en phase avec celle de la population.
La croissance retrouvée des espaces ruraux et des grandes villes au cours des années récentes pourrait modifier le paysage commercial, même si elle n’a pas encore trouvé d’écho sur le tissu commercial.
Lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1245/ip1245.pdf
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Extrait d'INSEE Première n° 1218 de janvier 2009
Après une longue période de déclin, puis de stagnation entre 1982 et 1999, la population des espaces ruraux augmente désormais au même rythme (0,7 %l’an) que l’ensemble de la population française.
Ce renouveau démographique de l’espace rural s’appuie sur une double dynamique : la réduction des zones de désertification d’une part et l’extension de territoires dont la population croît rapidement d’autre part.
En effet, les zones de décroissance démographique, c’est-à-dire où la densité décroît d’au-moins 0,2 habitant au km² par an, sont en net recul. Elles tendent désormais à se concentrer au voisinage de villes portuaires, minières ou de tradition industrielle du Nord et de l’Est. Sur la période 1999-2006, les zones de décroissance démographique ne représentent plus que 3,2 % du territoire et 5,6 % de la population en 2006 (contre 7,2 % du territoire sur la période 1982-1999 et 6,8 % de la population en 1999). Ceci traduit à la fois le tassement de l’exode rural et la rémanence de la crise industrielle.
En parallèle, de vastes zones de croissance démographique émergent (Ouest, Sud-Ouest), s’élargissent fortement (grand Sud-Est), ou se consolident (grand bassin parisien) : entre + 0,2 et + 2 habitants au km² par an.
Ainsi de larges territoires, de plus en plus éloignés des villes et du littoral, se densifient significativement. Si l’attractivité des espaces périurbains et du littoral (Ouest et Sud) ne se dément pas, ceci s’accompagne désormais d’une croissance démographique significative de larges espaces ruraux.
http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1218/ip1218.pdf
Ce renouveau démographique de l’espace rural s’appuie sur une double dynamique : la réduction des zones de désertification d’une part et l’extension de territoires dont la population croît rapidement d’autre part.
En effet, les zones de décroissance démographique, c’est-à-dire où la densité décroît d’au-moins 0,2 habitant au km² par an, sont en net recul. Elles tendent désormais à se concentrer au voisinage de villes portuaires, minières ou de tradition industrielle du Nord et de l’Est. Sur la période 1999-2006, les zones de décroissance démographique ne représentent plus que 3,2 % du territoire et 5,6 % de la population en 2006 (contre 7,2 % du territoire sur la période 1982-1999 et 6,8 % de la population en 1999). Ceci traduit à la fois le tassement de l’exode rural et la rémanence de la crise industrielle.
En parallèle, de vastes zones de croissance démographique émergent (Ouest, Sud-Ouest), s’élargissent fortement (grand Sud-Est), ou se consolident (grand bassin parisien) : entre + 0,2 et + 2 habitants au km² par an.
Ainsi de larges territoires, de plus en plus éloignés des villes et du littoral, se densifient significativement. Si l’attractivité des espaces périurbains et du littoral (Ouest et Sud) ne se dément pas, ceci s’accompagne désormais d’une croissance démographique significative de larges espaces ruraux.
http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1218/ip1218.pdf
L’été a été marqué, en France, par une recrudescence inattendue des accidents de la circulation (+ 7% en juillet par rapport à 2004). Fruit d’une prise de conscience collective et d’un certain volontarisme politique, la pacification de la route – tendance de fond depuis trente ans – pourrait désormais se heurter à la montée de l’insécurité sociale. Enquête auprès de jeunes ouvriers ruraux.
Au petit matin d’une nuit d’automne, Hervé, 24 ans, conduit son frère de 18 ans à la gare de la ville la plus proche, afin qu’il se rende en train à sa convocation aux « trois jours (1) ». Tous deux ont passé la nuit dans une « boîte » des environs de Foulange (village de l’est de la France dont nous tairons le nom réel), et le temps de la fête est passé vite. Ils sont à présent en retard, et Hervé roule vite, ce dont il n’a pas l’habitude, lui qui revendique une conduite « cool ». La pluie, un virage mal négocié : la voiture sort de la route départementale et s’encastre brutalement dans un arbre.
Les amis qui suivent dans un second véhicule ne peuvent que constater le drame : les deux frères sont décédés. Six mois plus tôt, une ancienne camarade de classe d’Hervé avait trouvé la mort en se rendant à son travail, victime d’un homme ivre ayant perdu le contrôle de sa voiture.
Ces événements dramatiques en rappellent d’autres, plus anciens : les villageois de Foulange connaissent tous des victimes de la violence routière. Mais, contrairement aux accidents des décennies précédentes, les plus récents concernent presque systématiquement des « jeunes » du village ou des environs. Fatalité ? « Qu’arrive-t-il à notre jeunesse ? », se demandent ces ruraux de milieux populaires.
Voilà des faits qui, en tout cas, contrastent avec les bons chiffres affichés depuis plusieurs années, en matière de sécurité routière, par les gouvernements successifs. Avec la démocratisation de l’automobile et la sécurisation progressive des réseaux routiers, la mortalité due aux accidents de la circulation ne cesse de chuter depuis trente ans dans l’ensemble des pays occidentaux. Comme la Belgique, la France se distingue par la diminution de son taux de tués par nombre de kilomètres parcourus, divisé par 8,4 entre 1970 et 2003.
Lorsque M. Gilles de Robien était ministre de l’équipement, cette évolution s’était même spectaculairement accentuée : le nombre de morts à trente jours (à la suite d’un accident de la route) a diminué de 32 % entre 2001 et 2004 (2). Nul doute que la politique volontariste menée à l’époque a accentué une moralisation spectaculaire des pratiques routières. Nul doute également que cette évolution s’inscrit plus globalement dans le processus de « civilisation des mœurs » que Norbert Elias a analysé (3) : après l’accès massif à l’automobile dans les années 1960 et 1970 avec ses formes de « joyeuse vie », la « pacification des mœurs » de conduite s’impose à travers une « modification de l’économie pulsionnelle » intériorisée par chaque individu.
Une tranche d’âge résiste néanmoins à cette évolution : les 18-24 ans – et eux seuls – ont vu leur nombre de tués sur les routes augmenter en 2004. Or, durant cette même année, plusieurs faits frappent : 93 % des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins ; dans 73 % des cas, ils ont eu lieu en rase campagne ; plus de 30 % des accidents mortels ont été des accidents « avec alcool » ; et 70 % d’entre eux se sont produits la nuit (46 % les nuits de week-end). C’est donc bien la population des hommes jeunes engagés dans des festivités nocturnes qui paraît la plus concernée par la « délinquance routière ».
Les tragédies des vendredis et samedis soir, les « virées en boîte » qui se terminent dans les fossés de routes départementales ne cessent ainsi de remplir les pages de faits divers des quotidiens régionaux. Au-delà du constat de « l’importance de la sous-estimation du risque et/ou de la volonté de prise de risque chez les hommes en général et les jeunes garçons en particulier » fait par l’Observatoire national de la Sécurité routière (ONSR), il s’avère nécessaire de « savoir de quoi l’on parle (4) » lorsque l’on évoque cette forme d’« insécurité ».
Mais établir une sociologie précise de cette exception juvénile est difficile : nulle statistique ne permet de rendre compte de la corrélation entre les risques d’accident de la route et le milieu social d’origine des victimes. L’enquête locale menée à Foulange offre néanmoins un éclairage sur les motifs structurels de cette forme d’hécatombe sociale (5). Lorsque l’on sait que c’est à la campagne que les risques d’accident de la circulation sont les plus élevés, ne doit-on y voir qu’une conséquence de l’état du réseau routier (présence de routes nationales à quatre voies, régulation de la conduite avec un niveau de trafic élevé...) ? Ou ne faut-il pas plutôt relier cette dichotomie urbain/rural à une profonde évolution de la composition sociologique du territoire national ?
« Sauver la face »
Le recensement de 1999, en effet, montre que plus d’un Français de 15 à 24 ans sur trois vit « à la campagne ». A 25 ans, le statut d’ouvrier concerne plus de 60 % des hommes ruraux actifs (contre 44 % des citadins) et 18 % des femmes rurales actives (contre 9 % des urbaines). A cet âge et quel que soit le sexe, la différenciation des professions entre villes et campagnes est donc énorme : 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains. Les jeunes ruraux sont aussi moins diplômés que les urbains : les premiers majoritairement titulaires de BEPC, CAP ou BEP, les seconds davantage titulaires d’un bac général et accédant plus souvent à l’enseignement supérieur.
On mesure ainsi le fort ancrage populaire du monde rural et de sa jeunesse sédentaire. Sans pointer du doigt une population qu’il serait hâtif de juger principalement « responsable » de l’insécurité routière, il faut s’interroger sur l’évolution de l’implantation à la campagne d’un groupe ouvrier que l’on sait en crise. Et, pour comprendre la « délinquance routière » de cette « France périphérique (6) », il importe d’abord de resituer dans ses grandes lignes l’histoire sociale dans laquelle elle se produit.
Petit village industriel structuré tout au long du XXe siècle par la présence d’une usine métallurgique embauchant la majorité des habitants, Foulange a connu une profonde crise de l’emploi dans les années 1980, à la suite de la fermeture de l’entreprise locale. Comme dans l’ensemble des régions industrielles touchées par les « restructurations » et les « délocalisations », l’économie locale s’est depuis fortement reconfigurée. Si de nouvelles PME sont venues s’installer au village, ce dernier a perdu un tiers de ses habitants entre 1975 et 1990, en même temps que se rompait un lien à la fois fort et ténu entre une industrie et un territoire.
« Avant, c’était le paternalisme », témoignent les anciennes générations ouvrières interrogées sur les années des « trente glorieuses » à Foulange. Un patronat bienveillant, des formes d’encadrement des classes populaires organisées autour du souci d’une sédentarisation de la main-d’œuvre, une formation à l’usine « sur le tas » qui intervenait sitôt passé le certificat d’études, des « dynasties ouvrières » qui structuraient la localité autour de quelques noms propres : tous ces éléments permettaient aux lignées d’anciens journaliers de la petite agriculture (mais aussi aux immigrants polonais, portugais ou maghrébins) de s’assurer des lendemains meilleurs.
Par ailleurs, le pouvoir coercitif du patronat était contrebalancé par la présence au village d’une section de la Confédération générale du travail (CGT) et d’une cellule du Parti communiste français (PCF), et plus globalement par des institutions et des lieux d’affirmation d’une sociabilité ouvrière (cafés, jardins attenants au logement en cité loué au patron, club de football, société de chasse, corps des sapeurs-pompiers...). Une honorabilité populaire se développait ainsi, dont la remise en cause est rendue particulièrement visible par les drames de la route : lorsque les accidents touchent les jeunes du village, c’est le cœur même de la reproduction sociale locale qui se trouve atteint.
Car l’ensemble des conditions de vie des jeunes générations se trouvent transformées par cette mutation du contexte industriel. Sortant peu qualifiés de l’école, ceux qui n’ont pas les ressources disponibles pour effectuer une migration urbaine se voient isolés, faisant difficilement front face à la précarisation sociale qui les guette. Les nouveaux entrepreneurs locaux ne cherchent pas, comme leurs prédécesseurs, à former une main-d’œuvre sur place. Ils se tournent vers un réseau géographique de plus en plus étendu, dans lequel ils puisent des personnels qualifiés (issus des villes de la région dont ils restent résidents) et de la main-d’œuvre sans formation industrielle ni syndicale (bien souvent des jeunes femmes de milieux populaires des villages environnants).
Pour les jeunes « autochtones », l’insertion professionnelle en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, avec alternance de périodes de chômage, tranche avec les formes anciennes de formation interne à l’usine, qui donnaient aux locaux un capital de savoir-faire spécifique. Ce sont eux qui paient au prix fort la démonétisation de ce capital d’autochtonie. Dans ce contexte, les relations de bande, nouées dans l’adolescence, ont tendance à se prolonger jusqu’à parfois près de 30 ans, et avec elles l’instabilité matrimoniale et le report de l’accès à l’indépendance. En amont des formes visibles de délinquance (routière, mais aussi consommation d’alcool et de drogues), elles constituent un dernier rempart contre le sentiment de ne pouvoir reproduire le modèle parental qui avait socialisé ces ouvriers ruraux : acquisition rapide d’un savoir-faire professionnel relativement « rentable » économiquement et symboliquement, formation d’un couple et procréation précoces, dès le départ du domicile parental.
Continuer à fréquenter les amis d’enfance qui ont un devenir social similaire, se retrouver dans l’entre-soi familier de la « bande » permet de mettre temporairement à distance la violence rencontrée sur le marché du travail, de se réassurer quant à son appartenance à un monde où l’on est connu et reconnu, de « sauver la face en produisant une alternative à l’indignité (7) ». Le fait de braver la fatigue, l’alcool mais aussi les distances est en soi particulièrement significatif de la volonté de ces jeunes de ne pas rester à l’écart des formes de mobilité géographique – cette mobilité dont font notamment preuve les cadres urbains et ouvriers qualifiés qui viennent tous les jours travailler dans les usines de Foulange.
Passer le permis de conduire dès l’âge requis, avoir un véhicule le plus tôt possible deviennent ainsi les garants d’une autonomie relative pour ces jeunes dont les conditions de l’accès à une réelle indépendance tardent à être réunies (8).
Revenant sur l’accident d’Hervé, l’un de ses amis les plus proches, Sylvain, expliquera après l’enterrement que « c’était un costaud, l’Hervé ! Un gramme cinq [d’alcool dans le sang], c’était rien pour lui. Non, c’est l’boulot qui l’a tué. Fallait voir les semaines qu’il se tapait ! Comme moi... on bosse tous les deux comme des fous ! Il n’en pouvait plus, c’est tout... ». Loin de constituer une « excuse sociologique » (pour reprendre le mot malheureux de Lionel Jospin), l’explication de Sylvain est intéressante en ce qu’elle offre des éléments de compréhension de la genèse sociale de ce type d’« accidents ». Tout d’abord, elle met en avant l’intensité du travail à laquelle sont confrontés ces jeunes ouvriers sortis récemment du système scolaire, leur seul CAP en poche, et qui se doivent de ne pas se montrer « trop difficiles » lors de leur entrée sur le marché du travail. Sylvain est ouvrier du bâtiment, Hervé travaillait comme manœuvre dans une scierie ; l’enquête auprès de ces jeunes ruraux a révélé l’ampleur de l’engagement au travail dont certains d’entre eux font preuve afin d’échapper au chômage et aux formes d’emplois précaires.
Il s’agit également de retrouver leur dignité sociale, de se prouver qu’ils sont capables de faire front face à la « vulnérabilité ouvrière et familiale (9) » que leur groupe d’origine rencontre depuis que leurs parents ont connu le chômage.
En quête de virilité
Rapprochant son propre cas de celui d’Hervé, Sylvain montre aussi qu’il a conscience de partager avec ses pairs une même précarité. « Ça aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous », dira-t-il. Et, effectivement, la voiture de Sylvain finira quelques mois plus tard dans le fossé d’une petite route qui devait le conduire chez son frère afin de « finir la soirée ». Il en est sorti indemne ; mais l’accident mortel d’Hervé ne lui a servi en rien d’« exemple ». Le sort de son véhicule, bon à être vendu à la casse, le préoccupe beaucoup plus que ses quelques égratignures, et même que la « sous-estimation du risque » encouru en conduisant en état d’ivresse.
Alors miné par le décès de son ami, pris dans des conflits conjugaux, dans des relations difficiles avec ses proches et son voisinage, hanté par son incapacité à trouver une voie pour « monter » professionnellement, Sylvain était en effet bien incapable de raisonner sa conduite. Fragilisé, il puisait dans les ressources que son milieu d’origine lui a appris dès l’enfance à mobiliser : la force physique, la résistance à la fatigue, la virilité qui fait qu’à certains moments de la socialisation juvénile « boire beaucoup » doit rimer avec « tenir le coup ». Dans les moments de crise, cette quête de virilité ne peut que prendre des formes exacerbées : elle constitue un réflexe ultime.
Le véritable problème de l’insécurité routière contemporaine est qu’elle ne constitue, sous ses formes les plus persistantes, que l’une des conséquences du développement de l’insécurité sociale.
(1) Journées de sélection auxquelles devaient participer – dans le cadre du service militaire obligatoire, définitivement disparu en 2002 – tous les jeunes conscrits afin d’y subir divers tests psychologiques et médicaux, pour déterminer leur aptitude à effectuer leur service.
(2) Chiffres disponibles sur le site de la Sécurité routière.
(3) Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Pocket Agora, Paris, 1973 (première édition : 1969).
(4) Pour reprendre l’expression de Laurent Mucchielli, « Misère du débat sur “l’insécurité” », Journal du droit des jeunes, Paris, no 217, 2002, p. 16-19. Voir aussi « Obsessions sécuritaires », Manière de voir, no 71, 2003.
(5) Enquête réalisée entre 1993 et 2004, dont nous rendons compte dans le livre Les Gars du coin.
(6) Voir Christophe Guilly et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Autrement, Paris, 2004.
(7) Voir Gérard Mauger et Kamel Ikachamene, Le Monde des bandes et ses transformations. Une enquête ethnographique dans une cité HLM, rapport DIV - Mission « Droit et justice », Centre de sociologie européenne, Paris, février 2004 (disponible en ligne).
(8) Voir Olivier Masclet, « Passer le permis de conduire : la fin de l’adolescence », Agora-Débats jeunesse, no 28, Marly-le-Roi, 2002, p. 46-57.
(9) Voir Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Violences urbaines, violence sociale, Fayard, Paris, 2003 : notamment tout ce qui traite des conséquences du développement de la sous-traitance automobile sur une population ouvrière de jeunes femmes aux emplois précaires et aux conditions de travail éreintantes.
Nicolas Renahy, le Monde diplomatique, septembre 2005
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/RENAHY/12775
Les amis qui suivent dans un second véhicule ne peuvent que constater le drame : les deux frères sont décédés. Six mois plus tôt, une ancienne camarade de classe d’Hervé avait trouvé la mort en se rendant à son travail, victime d’un homme ivre ayant perdu le contrôle de sa voiture.
Ces événements dramatiques en rappellent d’autres, plus anciens : les villageois de Foulange connaissent tous des victimes de la violence routière. Mais, contrairement aux accidents des décennies précédentes, les plus récents concernent presque systématiquement des « jeunes » du village ou des environs. Fatalité ? « Qu’arrive-t-il à notre jeunesse ? », se demandent ces ruraux de milieux populaires.
Voilà des faits qui, en tout cas, contrastent avec les bons chiffres affichés depuis plusieurs années, en matière de sécurité routière, par les gouvernements successifs. Avec la démocratisation de l’automobile et la sécurisation progressive des réseaux routiers, la mortalité due aux accidents de la circulation ne cesse de chuter depuis trente ans dans l’ensemble des pays occidentaux. Comme la Belgique, la France se distingue par la diminution de son taux de tués par nombre de kilomètres parcourus, divisé par 8,4 entre 1970 et 2003.
Lorsque M. Gilles de Robien était ministre de l’équipement, cette évolution s’était même spectaculairement accentuée : le nombre de morts à trente jours (à la suite d’un accident de la route) a diminué de 32 % entre 2001 et 2004 (2). Nul doute que la politique volontariste menée à l’époque a accentué une moralisation spectaculaire des pratiques routières. Nul doute également que cette évolution s’inscrit plus globalement dans le processus de « civilisation des mœurs » que Norbert Elias a analysé (3) : après l’accès massif à l’automobile dans les années 1960 et 1970 avec ses formes de « joyeuse vie », la « pacification des mœurs » de conduite s’impose à travers une « modification de l’économie pulsionnelle » intériorisée par chaque individu.
Une tranche d’âge résiste néanmoins à cette évolution : les 18-24 ans – et eux seuls – ont vu leur nombre de tués sur les routes augmenter en 2004. Or, durant cette même année, plusieurs faits frappent : 93 % des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins ; dans 73 % des cas, ils ont eu lieu en rase campagne ; plus de 30 % des accidents mortels ont été des accidents « avec alcool » ; et 70 % d’entre eux se sont produits la nuit (46 % les nuits de week-end). C’est donc bien la population des hommes jeunes engagés dans des festivités nocturnes qui paraît la plus concernée par la « délinquance routière ».
Les tragédies des vendredis et samedis soir, les « virées en boîte » qui se terminent dans les fossés de routes départementales ne cessent ainsi de remplir les pages de faits divers des quotidiens régionaux. Au-delà du constat de « l’importance de la sous-estimation du risque et/ou de la volonté de prise de risque chez les hommes en général et les jeunes garçons en particulier » fait par l’Observatoire national de la Sécurité routière (ONSR), il s’avère nécessaire de « savoir de quoi l’on parle (4) » lorsque l’on évoque cette forme d’« insécurité ».
Mais établir une sociologie précise de cette exception juvénile est difficile : nulle statistique ne permet de rendre compte de la corrélation entre les risques d’accident de la route et le milieu social d’origine des victimes. L’enquête locale menée à Foulange offre néanmoins un éclairage sur les motifs structurels de cette forme d’hécatombe sociale (5). Lorsque l’on sait que c’est à la campagne que les risques d’accident de la circulation sont les plus élevés, ne doit-on y voir qu’une conséquence de l’état du réseau routier (présence de routes nationales à quatre voies, régulation de la conduite avec un niveau de trafic élevé...) ? Ou ne faut-il pas plutôt relier cette dichotomie urbain/rural à une profonde évolution de la composition sociologique du territoire national ?
« Sauver la face »
Le recensement de 1999, en effet, montre que plus d’un Français de 15 à 24 ans sur trois vit « à la campagne ». A 25 ans, le statut d’ouvrier concerne plus de 60 % des hommes ruraux actifs (contre 44 % des citadins) et 18 % des femmes rurales actives (contre 9 % des urbaines). A cet âge et quel que soit le sexe, la différenciation des professions entre villes et campagnes est donc énorme : 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains. Les jeunes ruraux sont aussi moins diplômés que les urbains : les premiers majoritairement titulaires de BEPC, CAP ou BEP, les seconds davantage titulaires d’un bac général et accédant plus souvent à l’enseignement supérieur.
On mesure ainsi le fort ancrage populaire du monde rural et de sa jeunesse sédentaire. Sans pointer du doigt une population qu’il serait hâtif de juger principalement « responsable » de l’insécurité routière, il faut s’interroger sur l’évolution de l’implantation à la campagne d’un groupe ouvrier que l’on sait en crise. Et, pour comprendre la « délinquance routière » de cette « France périphérique (6) », il importe d’abord de resituer dans ses grandes lignes l’histoire sociale dans laquelle elle se produit.
Petit village industriel structuré tout au long du XXe siècle par la présence d’une usine métallurgique embauchant la majorité des habitants, Foulange a connu une profonde crise de l’emploi dans les années 1980, à la suite de la fermeture de l’entreprise locale. Comme dans l’ensemble des régions industrielles touchées par les « restructurations » et les « délocalisations », l’économie locale s’est depuis fortement reconfigurée. Si de nouvelles PME sont venues s’installer au village, ce dernier a perdu un tiers de ses habitants entre 1975 et 1990, en même temps que se rompait un lien à la fois fort et ténu entre une industrie et un territoire.
« Avant, c’était le paternalisme », témoignent les anciennes générations ouvrières interrogées sur les années des « trente glorieuses » à Foulange. Un patronat bienveillant, des formes d’encadrement des classes populaires organisées autour du souci d’une sédentarisation de la main-d’œuvre, une formation à l’usine « sur le tas » qui intervenait sitôt passé le certificat d’études, des « dynasties ouvrières » qui structuraient la localité autour de quelques noms propres : tous ces éléments permettaient aux lignées d’anciens journaliers de la petite agriculture (mais aussi aux immigrants polonais, portugais ou maghrébins) de s’assurer des lendemains meilleurs.
Par ailleurs, le pouvoir coercitif du patronat était contrebalancé par la présence au village d’une section de la Confédération générale du travail (CGT) et d’une cellule du Parti communiste français (PCF), et plus globalement par des institutions et des lieux d’affirmation d’une sociabilité ouvrière (cafés, jardins attenants au logement en cité loué au patron, club de football, société de chasse, corps des sapeurs-pompiers...). Une honorabilité populaire se développait ainsi, dont la remise en cause est rendue particulièrement visible par les drames de la route : lorsque les accidents touchent les jeunes du village, c’est le cœur même de la reproduction sociale locale qui se trouve atteint.
Car l’ensemble des conditions de vie des jeunes générations se trouvent transformées par cette mutation du contexte industriel. Sortant peu qualifiés de l’école, ceux qui n’ont pas les ressources disponibles pour effectuer une migration urbaine se voient isolés, faisant difficilement front face à la précarisation sociale qui les guette. Les nouveaux entrepreneurs locaux ne cherchent pas, comme leurs prédécesseurs, à former une main-d’œuvre sur place. Ils se tournent vers un réseau géographique de plus en plus étendu, dans lequel ils puisent des personnels qualifiés (issus des villes de la région dont ils restent résidents) et de la main-d’œuvre sans formation industrielle ni syndicale (bien souvent des jeunes femmes de milieux populaires des villages environnants).
Pour les jeunes « autochtones », l’insertion professionnelle en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, avec alternance de périodes de chômage, tranche avec les formes anciennes de formation interne à l’usine, qui donnaient aux locaux un capital de savoir-faire spécifique. Ce sont eux qui paient au prix fort la démonétisation de ce capital d’autochtonie. Dans ce contexte, les relations de bande, nouées dans l’adolescence, ont tendance à se prolonger jusqu’à parfois près de 30 ans, et avec elles l’instabilité matrimoniale et le report de l’accès à l’indépendance. En amont des formes visibles de délinquance (routière, mais aussi consommation d’alcool et de drogues), elles constituent un dernier rempart contre le sentiment de ne pouvoir reproduire le modèle parental qui avait socialisé ces ouvriers ruraux : acquisition rapide d’un savoir-faire professionnel relativement « rentable » économiquement et symboliquement, formation d’un couple et procréation précoces, dès le départ du domicile parental.
Continuer à fréquenter les amis d’enfance qui ont un devenir social similaire, se retrouver dans l’entre-soi familier de la « bande » permet de mettre temporairement à distance la violence rencontrée sur le marché du travail, de se réassurer quant à son appartenance à un monde où l’on est connu et reconnu, de « sauver la face en produisant une alternative à l’indignité (7) ». Le fait de braver la fatigue, l’alcool mais aussi les distances est en soi particulièrement significatif de la volonté de ces jeunes de ne pas rester à l’écart des formes de mobilité géographique – cette mobilité dont font notamment preuve les cadres urbains et ouvriers qualifiés qui viennent tous les jours travailler dans les usines de Foulange.
Passer le permis de conduire dès l’âge requis, avoir un véhicule le plus tôt possible deviennent ainsi les garants d’une autonomie relative pour ces jeunes dont les conditions de l’accès à une réelle indépendance tardent à être réunies (8).
Revenant sur l’accident d’Hervé, l’un de ses amis les plus proches, Sylvain, expliquera après l’enterrement que « c’était un costaud, l’Hervé ! Un gramme cinq [d’alcool dans le sang], c’était rien pour lui. Non, c’est l’boulot qui l’a tué. Fallait voir les semaines qu’il se tapait ! Comme moi... on bosse tous les deux comme des fous ! Il n’en pouvait plus, c’est tout... ». Loin de constituer une « excuse sociologique » (pour reprendre le mot malheureux de Lionel Jospin), l’explication de Sylvain est intéressante en ce qu’elle offre des éléments de compréhension de la genèse sociale de ce type d’« accidents ». Tout d’abord, elle met en avant l’intensité du travail à laquelle sont confrontés ces jeunes ouvriers sortis récemment du système scolaire, leur seul CAP en poche, et qui se doivent de ne pas se montrer « trop difficiles » lors de leur entrée sur le marché du travail. Sylvain est ouvrier du bâtiment, Hervé travaillait comme manœuvre dans une scierie ; l’enquête auprès de ces jeunes ruraux a révélé l’ampleur de l’engagement au travail dont certains d’entre eux font preuve afin d’échapper au chômage et aux formes d’emplois précaires.
Il s’agit également de retrouver leur dignité sociale, de se prouver qu’ils sont capables de faire front face à la « vulnérabilité ouvrière et familiale (9) » que leur groupe d’origine rencontre depuis que leurs parents ont connu le chômage.
En quête de virilité
Rapprochant son propre cas de celui d’Hervé, Sylvain montre aussi qu’il a conscience de partager avec ses pairs une même précarité. « Ça aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous », dira-t-il. Et, effectivement, la voiture de Sylvain finira quelques mois plus tard dans le fossé d’une petite route qui devait le conduire chez son frère afin de « finir la soirée ». Il en est sorti indemne ; mais l’accident mortel d’Hervé ne lui a servi en rien d’« exemple ». Le sort de son véhicule, bon à être vendu à la casse, le préoccupe beaucoup plus que ses quelques égratignures, et même que la « sous-estimation du risque » encouru en conduisant en état d’ivresse.
Alors miné par le décès de son ami, pris dans des conflits conjugaux, dans des relations difficiles avec ses proches et son voisinage, hanté par son incapacité à trouver une voie pour « monter » professionnellement, Sylvain était en effet bien incapable de raisonner sa conduite. Fragilisé, il puisait dans les ressources que son milieu d’origine lui a appris dès l’enfance à mobiliser : la force physique, la résistance à la fatigue, la virilité qui fait qu’à certains moments de la socialisation juvénile « boire beaucoup » doit rimer avec « tenir le coup ». Dans les moments de crise, cette quête de virilité ne peut que prendre des formes exacerbées : elle constitue un réflexe ultime.
Le véritable problème de l’insécurité routière contemporaine est qu’elle ne constitue, sous ses formes les plus persistantes, que l’une des conséquences du développement de l’insécurité sociale.
(1) Journées de sélection auxquelles devaient participer – dans le cadre du service militaire obligatoire, définitivement disparu en 2002 – tous les jeunes conscrits afin d’y subir divers tests psychologiques et médicaux, pour déterminer leur aptitude à effectuer leur service.
(2) Chiffres disponibles sur le site de la Sécurité routière.
(3) Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Pocket Agora, Paris, 1973 (première édition : 1969).
(4) Pour reprendre l’expression de Laurent Mucchielli, « Misère du débat sur “l’insécurité” », Journal du droit des jeunes, Paris, no 217, 2002, p. 16-19. Voir aussi « Obsessions sécuritaires », Manière de voir, no 71, 2003.
(5) Enquête réalisée entre 1993 et 2004, dont nous rendons compte dans le livre Les Gars du coin.
(6) Voir Christophe Guilly et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Autrement, Paris, 2004.
(7) Voir Gérard Mauger et Kamel Ikachamene, Le Monde des bandes et ses transformations. Une enquête ethnographique dans une cité HLM, rapport DIV - Mission « Droit et justice », Centre de sociologie européenne, Paris, février 2004 (disponible en ligne).
(8) Voir Olivier Masclet, « Passer le permis de conduire : la fin de l’adolescence », Agora-Débats jeunesse, no 28, Marly-le-Roi, 2002, p. 46-57.
(9) Voir Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Violences urbaines, violence sociale, Fayard, Paris, 2003 : notamment tout ce qui traite des conséquences du développement de la sous-traitance automobile sur une population ouvrière de jeunes femmes aux emplois précaires et aux conditions de travail éreintantes.
Nicolas Renahy, le Monde diplomatique, septembre 2005
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/RENAHY/12775
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