Entre 1993 et 2008, les services marchands aux particuliers se sont développés sur le territoire métropolitain de façon inégale suivant les secteurs : dans les services personnels (coiffure, soins de beauté...), les établissements se multiplient alors que, dans d’autres secteurs (réparation, débits de boissons...), ils se raréfient.
Le développement des établissements est particulièrement marqué dans l’espace rural. En 2008, les petites agglomérations rurales sont ainsi presque aussi bien équipées que l’espace urbain. Les communes rurales isolées bénéficient aussi de la croissance du nombre des établissements depuis 2000 mais demeurent pour certains services (cinémas, agences de voyages...) nettement moins équipées que le reste du territoire.
Pour lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1307/ip1307.pdf
Le développement des établissements est particulièrement marqué dans l’espace rural. En 2008, les petites agglomérations rurales sont ainsi presque aussi bien équipées que l’espace urbain. Les communes rurales isolées bénéficient aussi de la croissance du nombre des établissements depuis 2000 mais demeurent pour certains services (cinémas, agences de voyages...) nettement moins équipées que le reste du territoire.
Pour lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1307/ip1307.pdf
Outil d'analyse
Voici un dossier qui met en lien différents rapports ou articles sur les maisons rurales de santé
Rapports :
• d’information du Sénat : Offre de soins : comment réduire la fracture territoriale ?
http://www.senat.fr/noticerap/2007/r07-014-notice.html
• interministériel
http://www.gouvernement.fr/gouvernement/de-nouvelles-maisons-de-sante-pour-une-nouvelle-medecine-de-premier-recours
http://www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_maison_de_sante.pdf?
Analyse
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/19/la-maison-de-sante-un-remede-aux-maux-de-la-medecine-rurale_1293727_3224.html
Mutualité
http://www.mutualite.fr/L-actualite/Soins/Medecine-liberale-et-hopital/Mut-echo-visite-les-maisons-de-sante
Maison de santé rurale
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/creer-une-msr
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/tag/sante-en-milieu-rural
Opérateur privé maison de santé
http://www.psconcept.com/
Exemple en Poitou-Charentes
http://www.lepost.fr/article/2009/05/22/1546620_inauguration-de-la-premiere-maison-de-sante-en-milieu-rural.html
Soins à domicile
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=36&num=1504853
• d’information du Sénat : Offre de soins : comment réduire la fracture territoriale ?
http://www.senat.fr/noticerap/2007/r07-014-notice.html
• interministériel
http://www.gouvernement.fr/gouvernement/de-nouvelles-maisons-de-sante-pour-une-nouvelle-medecine-de-premier-recours
http://www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_maison_de_sante.pdf?
Analyse
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/01/19/la-maison-de-sante-un-remede-aux-maux-de-la-medecine-rurale_1293727_3224.html
Mutualité
http://www.mutualite.fr/L-actualite/Soins/Medecine-liberale-et-hopital/Mut-echo-visite-les-maisons-de-sante
Maison de santé rurale
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/creer-une-msr
http://maisonsdesanterurales.msa.fr/tag/sante-en-milieu-rural
Opérateur privé maison de santé
http://www.psconcept.com/
Exemple en Poitou-Charentes
http://www.lepost.fr/article/2009/05/22/1546620_inauguration-de-la-premiere-maison-de-sante-en-milieu-rural.html
Soins à domicile
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=36&num=1504853
L'association internationale Ruralité-Environnement-Développement vient de publier une brochure reprenant les contributions à un colloque sur cette question.
Le visage de la ruralité est aujourd’hui profondément transformé. Les fonctions des zones rurales et les besoins des populations qui les habitent ont fortement évolué. De multiples activités d’artisanat et de services sont venues s’intégrer aux côtés de l’agriculture au sein de l’économie rurale. Les néo-ruraux côtoient les natifs et les résidents secondaires. Ces modifications socioéconomiques ont entraîné un changement dans les besoins et les attentes des populations rurales.
Paradoxalement, alors que la démographie des villages est souvent dans une dynamique de croissance, l’offre de services dans les campagnes est en déclin depuis plusieurs décennies. Notre société doit faire face à de multiples défis, plus complexes les uns que les autres que ce soit la hausse du coût de l’énergie, les défis climatiques et environnementaux, les crises financières et économiques, les exclusions sociales... Grâce à ses caractéristiques propres, le monde rural peut trouver un nouveau souffle dans ces défis en s’inscrivant comme un des acteurs essentiels des solutions à apporter à ces problématiques.
Quelles réponses les zones rurales peuvent-elles proposer en matière d’urbanisme durable ? Comment concrétiser une politique des services publics qui tienne compte de la cohésion territoriale autant que des exigences financières ? Comment repenser la mobilité dans les zones rurales en s’inscrivant dans des logiques territoriales et environnementales en phase avec les accords internationaux ?
C’est à l’ensemble de ces questions qu’est consacrée la brochure : « Urbanisme, services et mobilité en milieu rural : un espace-temps à réinventer » coéditée par la Maison de l’urbanisme Lorraine- Ardenne et l’association internationale Ruralité-Environnement-Développement . La brochure s’articule en trois sections : Réinventer l’urbanisme, Réinventer les services et Réinventer la mobilité. Cette publication est basée sur les interventions de la dixième conférence interrégionale coorganisée par les deux associations en novembre 2009. La brochure présente des solutions issues de Lorraine (F), de Rhénanie-Palatinat (D), du Grand-Duché de Luxembourg et de la Région Wallonne (B) qui allient créativité et innovation en réponse aux problématiques majeures de la vie rurale contemporaine que sont un urbanisme inadapté, le déclin de l’offre de services et les carences en matière de mobilité.
Cette brochure est disponible sur demande auprès de la Maison de l’urbanisme Lorraine-Ardenne et de l’association internationale R.E.D. (6 € pour la Belgique et 8 € pour l’étranger, frais de port inclus).
Pour vous procurer la brochure : http://www.ardenneweb.eu/reportages/2010/la_ruralite_se_reinvente
Le site de l'association internationale Ruralité-Environnement-Développement : http://www.ruraleurope.org/
Paradoxalement, alors que la démographie des villages est souvent dans une dynamique de croissance, l’offre de services dans les campagnes est en déclin depuis plusieurs décennies. Notre société doit faire face à de multiples défis, plus complexes les uns que les autres que ce soit la hausse du coût de l’énergie, les défis climatiques et environnementaux, les crises financières et économiques, les exclusions sociales... Grâce à ses caractéristiques propres, le monde rural peut trouver un nouveau souffle dans ces défis en s’inscrivant comme un des acteurs essentiels des solutions à apporter à ces problématiques.
Quelles réponses les zones rurales peuvent-elles proposer en matière d’urbanisme durable ? Comment concrétiser une politique des services publics qui tienne compte de la cohésion territoriale autant que des exigences financières ? Comment repenser la mobilité dans les zones rurales en s’inscrivant dans des logiques territoriales et environnementales en phase avec les accords internationaux ?
C’est à l’ensemble de ces questions qu’est consacrée la brochure : « Urbanisme, services et mobilité en milieu rural : un espace-temps à réinventer » coéditée par la Maison de l’urbanisme Lorraine- Ardenne et l’association internationale Ruralité-Environnement-Développement . La brochure s’articule en trois sections : Réinventer l’urbanisme, Réinventer les services et Réinventer la mobilité. Cette publication est basée sur les interventions de la dixième conférence interrégionale coorganisée par les deux associations en novembre 2009. La brochure présente des solutions issues de Lorraine (F), de Rhénanie-Palatinat (D), du Grand-Duché de Luxembourg et de la Région Wallonne (B) qui allient créativité et innovation en réponse aux problématiques majeures de la vie rurale contemporaine que sont un urbanisme inadapté, le déclin de l’offre de services et les carences en matière de mobilité.
Cette brochure est disponible sur demande auprès de la Maison de l’urbanisme Lorraine-Ardenne et de l’association internationale R.E.D. (6 € pour la Belgique et 8 € pour l’étranger, frais de port inclus).
Pour vous procurer la brochure : http://www.ardenneweb.eu/reportages/2010/la_ruralite_se_reinvente
Le site de l'association internationale Ruralité-Environnement-Développement : http://www.ruraleurope.org/
Une étude régionale de l'INSEE sur le dynamisme démographique de l'espace rural.
L’espace rural au sens large rassemble en Midi-Pyrénées près de 60 % de la population sur des territoires variés : pays excentrés, zones d’influence de villes moyennes ou vaste espace périurbain autour de Toulouse. Ces pays ont en commun un dynamisme démographique soutenu par l’arrivée de nouvelles populations entre 1999 et 2006. Si le niveau d’équipement est bon globalement, la grande dispersion des habitants allonge les temps d’accès dans les zones excentrées, alors que les populations plus nombreuses du périurbain disposent en proportion de moins de commerces et services sur place. De la boulangerie au lycée, état des lieux du plus vaste espace rural métropolitain.
Pour lire la totalité de l'étude : http://www.insee.fr/fr/insee_regions/midi-pyrenees/themes/six_pages/6p_n123/6p_n123.pdf
Pour lire la totalité de l'étude : http://www.insee.fr/fr/insee_regions/midi-pyrenees/themes/six_pages/6p_n123/6p_n123.pdf
Outil d'analyse
L'INRA livre ici la première étape de son étude prospective sur « les Nouvelles ruralités en France à l’horizon 2030 ». Il s'agit de 4 scénarios que voici :
Scénario 1 : Les campagnes de la diffusion métropolitaine.
En 2030, les grandes villes s’étalent et la périurbanisation triomphe. Les zones urbanisées se diffusent dans les espaces ruraux, les aires d’influence des métropoles atteignant parfois la taille de régions entières. Elles sont marquées par d’intenses mobilités quotidiennes des résidents périurbains, qui travaillent pour la plupart dans les métropoles. Ces mobilités se sont maintenues grâce à des innovations dans les transports. Face à une forte polarisation des activités par les métropoles, l’économie des territoires ruraux périurbains est essentiellement résidentielle et peu qualifiée, même si elle bénéficie du desserrement des activités métropolitaines, et se concentre sur des pôles périphériques et le long des axes de transport. L’augmentation et la diffusion des résidences et des zones d’activités a conduit à la formation d’un vaste tissu discontinu de champs, de bois, de pavillons, de zones d’activités et de routes. Les paysages ruraux périurbains se fragmentent et se banalisent. L’agriculture, localisée dans les espaces ouverts de ce tissu métropolitain, s’organise de manière assez concentrique à partir des pôles urbains, répondant à de fortes concurrences sur les usages du sol. Loin de ces enjeux fonciers, hors des aires métropolitaines, des espaces intermédiaires, peu peuplés, sont dévolus à divers types d’agriculture sous faible contrainte environnementale. Des espaces de nature sanctuarisés, gérés selon une logique descendante par la Région, se sont développés ça et là pour répondre aux demandes de nature des urbains.
Scénario 2 : Les campagnes intermittentes des systèmes métropolitains.
En 2030, les individus (qui en ont les moyens) sont très mobiles et alternent des séjours en ville et à la campagne. Par le jeu de cette multi-appartenance, les territoires ruraux qui disposent d’atouts particuliers se sont singularisés et ont développé un patrimoine attractif. Ces territoires sont connectés aux systèmes métropolitains par des réseaux de transports collectifs. Ils forment des archipels capables d’attirer des flux d’urbains, notamment grâce à des équipements et services en technologies de l’information et de la communication. Les économies rurales valorisent les revenus dépensés par les résidents présents sur le territoire, à travers les services aux populations, les commerces, l’agriculture, les secteurs du tourisme et de la construction. La recomposition des territoires ruraux s’accompagne d’une intensification des usages de l’espace rural, parfois génératrice de conflits, qui valorise la nature et la culture. Leur gouvernance est hybride.
Intégrant des acteurs publics et privés, elle peut soit privatiser l’usage des espaces ruraux au bénéfice de certains, soit stimuler l’attractivité du territoire en concertation avec les pouvoirs métropolitains. L’agriculture assure un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes, et répond à un fort appel en produits de terroirs (AOC, Bio etc.) et de marchés de proximité. En dehors des territoires valorisés pour leur singularité, subsistent des espaces ruraux non connectés aux systèmes métropolitains qui sont désormais partagés principalement entre activités agroindustrielles, forêts et espaces de « nature sauvage ».
Scénario 3 : Les campagnes au service de la densification urbaine.
En 2030, les rapports villes-campagnes ont été bouleversés par la forte augmentation du coût de l’énergie fossile et la mise en place de politiques restrictives en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ces bouleversements en l’absence d’innovation technique ont remis en cause le modèle de déplacement individuel basé sur l’automobile et limité drastiquement les mobilités des personnes.
Les villes se sont verticalisées, le développement résidentiel des espaces ruraux observé au début du XXIe siècle a pris fin et les populations se sont concentrées dans les villes. Anticipant ces évolutions, les grandes villes ont inventé de nouvelles relations fonctionnelles avec leurs espaces ruraux environnant en les mettant au service de la métropole (production de matières premières agricoles, d’énergie, de services écologiques et réserves de biodiversité). Les grandes villes ont dans le même temps intégré en leur sein des formes de « microcampagnes » intra-urbaines, sous la forme de parcs, de bois et d’espaces agricoles. De fortes interventions publiques et la mise en place de politiques volontaristes dans les domaines de l’habitat, du transport et des infrastructures écologiques ont été nécessaires à de telles adaptations.
Scénario 4 : Les campagnes dans les mailles des réseaux de villes.
En 2030, les rapports villes-campagnes se sont recomposés autour de réseaux de villes. En effet, la tendance précédente à la périurbanisation des grandes agglomérations s’est infléchie, au bénéfice des villes, petites ou moyennes, et des bourgs ruraux, vers lesquels se sont portées les mobilités résidentielles. Ces territoires attirent de nouveaux résidents pour leur qualité de vie et la variété des paysages. Les équilibres territoriaux reposent sur une répartition équilibrée des populations, des activités et des services, assurant une complémentarité villecampagne. Ils s’appuient sur une gouvernance territoriale par projet, soutenue par des politiques publiques nationales, dont l’enjeu principal est de garantir une coexistence durable entre les différents usages du territoire. L’économie territoriale se fonde sur une diversité d’activités productives et résidentielles. Les technologies de l’information et de la communication ont à ce titre un effet important sur le désenclavement de certains territoires. Diverses agricultures coexistent, associées à différentes formes productives (intensives, conventionnelles, bio etc.) et à diverses organisations de filières ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés. Ces paysages complexes et diversifiés fournissent aux résidents un cadre de vie agréable et favorisent les fonctions écologiques des milieux.
http://www.paris.inra.fr/prospective/projets/nouvelles_ruralites
En 2030, les grandes villes s’étalent et la périurbanisation triomphe. Les zones urbanisées se diffusent dans les espaces ruraux, les aires d’influence des métropoles atteignant parfois la taille de régions entières. Elles sont marquées par d’intenses mobilités quotidiennes des résidents périurbains, qui travaillent pour la plupart dans les métropoles. Ces mobilités se sont maintenues grâce à des innovations dans les transports. Face à une forte polarisation des activités par les métropoles, l’économie des territoires ruraux périurbains est essentiellement résidentielle et peu qualifiée, même si elle bénéficie du desserrement des activités métropolitaines, et se concentre sur des pôles périphériques et le long des axes de transport. L’augmentation et la diffusion des résidences et des zones d’activités a conduit à la formation d’un vaste tissu discontinu de champs, de bois, de pavillons, de zones d’activités et de routes. Les paysages ruraux périurbains se fragmentent et se banalisent. L’agriculture, localisée dans les espaces ouverts de ce tissu métropolitain, s’organise de manière assez concentrique à partir des pôles urbains, répondant à de fortes concurrences sur les usages du sol. Loin de ces enjeux fonciers, hors des aires métropolitaines, des espaces intermédiaires, peu peuplés, sont dévolus à divers types d’agriculture sous faible contrainte environnementale. Des espaces de nature sanctuarisés, gérés selon une logique descendante par la Région, se sont développés ça et là pour répondre aux demandes de nature des urbains.
Scénario 2 : Les campagnes intermittentes des systèmes métropolitains.
En 2030, les individus (qui en ont les moyens) sont très mobiles et alternent des séjours en ville et à la campagne. Par le jeu de cette multi-appartenance, les territoires ruraux qui disposent d’atouts particuliers se sont singularisés et ont développé un patrimoine attractif. Ces territoires sont connectés aux systèmes métropolitains par des réseaux de transports collectifs. Ils forment des archipels capables d’attirer des flux d’urbains, notamment grâce à des équipements et services en technologies de l’information et de la communication. Les économies rurales valorisent les revenus dépensés par les résidents présents sur le territoire, à travers les services aux populations, les commerces, l’agriculture, les secteurs du tourisme et de la construction. La recomposition des territoires ruraux s’accompagne d’une intensification des usages de l’espace rural, parfois génératrice de conflits, qui valorise la nature et la culture. Leur gouvernance est hybride.
Intégrant des acteurs publics et privés, elle peut soit privatiser l’usage des espaces ruraux au bénéfice de certains, soit stimuler l’attractivité du territoire en concertation avec les pouvoirs métropolitains. L’agriculture assure un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes, et répond à un fort appel en produits de terroirs (AOC, Bio etc.) et de marchés de proximité. En dehors des territoires valorisés pour leur singularité, subsistent des espaces ruraux non connectés aux systèmes métropolitains qui sont désormais partagés principalement entre activités agroindustrielles, forêts et espaces de « nature sauvage ».
Scénario 3 : Les campagnes au service de la densification urbaine.
En 2030, les rapports villes-campagnes ont été bouleversés par la forte augmentation du coût de l’énergie fossile et la mise en place de politiques restrictives en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ces bouleversements en l’absence d’innovation technique ont remis en cause le modèle de déplacement individuel basé sur l’automobile et limité drastiquement les mobilités des personnes.
Les villes se sont verticalisées, le développement résidentiel des espaces ruraux observé au début du XXIe siècle a pris fin et les populations se sont concentrées dans les villes. Anticipant ces évolutions, les grandes villes ont inventé de nouvelles relations fonctionnelles avec leurs espaces ruraux environnant en les mettant au service de la métropole (production de matières premières agricoles, d’énergie, de services écologiques et réserves de biodiversité). Les grandes villes ont dans le même temps intégré en leur sein des formes de « microcampagnes » intra-urbaines, sous la forme de parcs, de bois et d’espaces agricoles. De fortes interventions publiques et la mise en place de politiques volontaristes dans les domaines de l’habitat, du transport et des infrastructures écologiques ont été nécessaires à de telles adaptations.
Scénario 4 : Les campagnes dans les mailles des réseaux de villes.
En 2030, les rapports villes-campagnes se sont recomposés autour de réseaux de villes. En effet, la tendance précédente à la périurbanisation des grandes agglomérations s’est infléchie, au bénéfice des villes, petites ou moyennes, et des bourgs ruraux, vers lesquels se sont portées les mobilités résidentielles. Ces territoires attirent de nouveaux résidents pour leur qualité de vie et la variété des paysages. Les équilibres territoriaux reposent sur une répartition équilibrée des populations, des activités et des services, assurant une complémentarité villecampagne. Ils s’appuient sur une gouvernance territoriale par projet, soutenue par des politiques publiques nationales, dont l’enjeu principal est de garantir une coexistence durable entre les différents usages du territoire. L’économie territoriale se fonde sur une diversité d’activités productives et résidentielles. Les technologies de l’information et de la communication ont à ce titre un effet important sur le désenclavement de certains territoires. Diverses agricultures coexistent, associées à différentes formes productives (intensives, conventionnelles, bio etc.) et à diverses organisations de filières ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés. Ces paysages complexes et diversifiés fournissent aux résidents un cadre de vie agréable et favorisent les fonctions écologiques des milieux.
http://www.paris.inra.fr/prospective/projets/nouvelles_ruralites
Outil d'analyse
Dans un rapport rendu au mois de septembre 2009, l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux dressent un bilan précis des conditions de vie en milieu rural. Voici ici les principaux éléments de synthèse ainsi que les recommandations du rapport :
[3] Onze millions d’habitants, soit 18 % de la population de France métropolitaine, résident dans« l’espace rural », tel que le définissent les outils statistiques. La quasi-totalité des indicateurs montrent que les territoires concernés, comme leurs habitants, se situent au-dessous des moyennes nationales tant en termes de participation à l’économie nationale, que de revenus, de qualification ou d’emploi.
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
http://agriculture.gouv.fr/sections/publications/rapports/pauvrete-precarite/view
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
http://agriculture.gouv.fr/sections/publications/rapports/pauvrete-precarite/view
Outil d'analyse
Outil d'analyse
Un rapport du Sénat de 2008. Rapport d'information de MM. Jean FRANÇOIS-PONCET et Claude BELOT, fait au nom de la délégation à l'aménagement du territoire
La ruralité française est en pleine recomposition. A des territoires en déclin, repliés sur eux-mêmes, s'est substitué un nouvel espace rural, ouvert et dynamique sur le plan démographique et économique. Cette évolution ne pourra que s'amplifier dans les années à venir tant le « désir de campagne » s'appuie sur des ressorts profonds de développement qui paraissent irréversibles : recherche d'aménités positives pour l'implantation d'activités économiques, aspiration à un cadre de vie plus agréable, quête de tranquillité... Après avoir retracé cette nouvelle attractivité de l'espace rural, le rapport du Sénat souligne qu'elle a été accompagnée, voire précédée, par une forte mobilisation, à tous les niveaux, des responsables publics. Il formule de nombreuses recommandations pour poursuivre ce mouvement, essentiel pour le développement local et la correction des inégalités territoriales.
Lire le rapport : http://www.senat.fr/rap/r07-468/r07-468_mono.html
Lire le rapport : http://www.senat.fr/rap/r07-468/r07-468_mono.html
Outil d'analyse
INSEE Première n°1245 de juin 2009
Depuis le début des années 2000, la baisse du nombre de commerces traditionnels s’atténue. Dans le même temps, l’essor des grandes surfaces alimentaires commence à ralentir.
Pour la plupart des types de commerces, la part des communes pourvues d’un équipement commercial diminue, mais moins rapidement sur la période récente.
Les équipements commerciaux sont généralement plus nombreux dans les communes des espaces urbains que dans les espaces ruraux. Toutefois, l’accès rapide à au moins un magasin alimentaire
est presque généralisé, même en espace rural. Les pharmacies, les boulangeries et les fleuristes sont les commerces dont la répartition est la plus en phase avec celle de la population.
La croissance retrouvée des espaces ruraux et des grandes villes au cours des années récentes pourrait modifier le paysage commercial, même si elle n’a pas encore trouvé d’écho sur le tissu commercial.
Lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1245/ip1245.pdf
Pour la plupart des types de commerces, la part des communes pourvues d’un équipement commercial diminue, mais moins rapidement sur la période récente.
Les équipements commerciaux sont généralement plus nombreux dans les communes des espaces urbains que dans les espaces ruraux. Toutefois, l’accès rapide à au moins un magasin alimentaire
est presque généralisé, même en espace rural. Les pharmacies, les boulangeries et les fleuristes sont les commerces dont la répartition est la plus en phase avec celle de la population.
La croissance retrouvée des espaces ruraux et des grandes villes au cours des années récentes pourrait modifier le paysage commercial, même si elle n’a pas encore trouvé d’écho sur le tissu commercial.
Lire la suite : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1245/ip1245.pdf
Outil d'analyse
Extrait d'INSEE Première n° 1218 de janvier 2009
Après une longue période de déclin, puis de stagnation entre 1982 et 1999, la population des espaces ruraux augmente désormais au même rythme (0,7 %l’an) que l’ensemble de la population française.
Ce renouveau démographique de l’espace rural s’appuie sur une double dynamique : la réduction des zones de désertification d’une part et l’extension de territoires dont la population croît rapidement d’autre part.
En effet, les zones de décroissance démographique, c’est-à-dire où la densité décroît d’au-moins 0,2 habitant au km² par an, sont en net recul. Elles tendent désormais à se concentrer au voisinage de villes portuaires, minières ou de tradition industrielle du Nord et de l’Est. Sur la période 1999-2006, les zones de décroissance démographique ne représentent plus que 3,2 % du territoire et 5,6 % de la population en 2006 (contre 7,2 % du territoire sur la période 1982-1999 et 6,8 % de la population en 1999). Ceci traduit à la fois le tassement de l’exode rural et la rémanence de la crise industrielle.
En parallèle, de vastes zones de croissance démographique émergent (Ouest, Sud-Ouest), s’élargissent fortement (grand Sud-Est), ou se consolident (grand bassin parisien) : entre + 0,2 et + 2 habitants au km² par an.
Ainsi de larges territoires, de plus en plus éloignés des villes et du littoral, se densifient significativement. Si l’attractivité des espaces périurbains et du littoral (Ouest et Sud) ne se dément pas, ceci s’accompagne désormais d’une croissance démographique significative de larges espaces ruraux.
http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1218/ip1218.pdf
Ce renouveau démographique de l’espace rural s’appuie sur une double dynamique : la réduction des zones de désertification d’une part et l’extension de territoires dont la population croît rapidement d’autre part.
En effet, les zones de décroissance démographique, c’est-à-dire où la densité décroît d’au-moins 0,2 habitant au km² par an, sont en net recul. Elles tendent désormais à se concentrer au voisinage de villes portuaires, minières ou de tradition industrielle du Nord et de l’Est. Sur la période 1999-2006, les zones de décroissance démographique ne représentent plus que 3,2 % du territoire et 5,6 % de la population en 2006 (contre 7,2 % du territoire sur la période 1982-1999 et 6,8 % de la population en 1999). Ceci traduit à la fois le tassement de l’exode rural et la rémanence de la crise industrielle.
En parallèle, de vastes zones de croissance démographique émergent (Ouest, Sud-Ouest), s’élargissent fortement (grand Sud-Est), ou se consolident (grand bassin parisien) : entre + 0,2 et + 2 habitants au km² par an.
Ainsi de larges territoires, de plus en plus éloignés des villes et du littoral, se densifient significativement. Si l’attractivité des espaces périurbains et du littoral (Ouest et Sud) ne se dément pas, ceci s’accompagne désormais d’une croissance démographique significative de larges espaces ruraux.
http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1218/ip1218.pdf
L’été a été marqué, en France, par une recrudescence inattendue des accidents de la circulation (+ 7% en juillet par rapport à 2004). Fruit d’une prise de conscience collective et d’un certain volontarisme politique, la pacification de la route – tendance de fond depuis trente ans – pourrait désormais se heurter à la montée de l’insécurité sociale. Enquête auprès de jeunes ouvriers ruraux.
Au petit matin d’une nuit d’automne, Hervé, 24 ans, conduit son frère de 18 ans à la gare de la ville la plus proche, afin qu’il se rende en train à sa convocation aux « trois jours (1) ». Tous deux ont passé la nuit dans une « boîte » des environs de Foulange (village de l’est de la France dont nous tairons le nom réel), et le temps de la fête est passé vite. Ils sont à présent en retard, et Hervé roule vite, ce dont il n’a pas l’habitude, lui qui revendique une conduite « cool ». La pluie, un virage mal négocié : la voiture sort de la route départementale et s’encastre brutalement dans un arbre.
Les amis qui suivent dans un second véhicule ne peuvent que constater le drame : les deux frères sont décédés. Six mois plus tôt, une ancienne camarade de classe d’Hervé avait trouvé la mort en se rendant à son travail, victime d’un homme ivre ayant perdu le contrôle de sa voiture.
Ces événements dramatiques en rappellent d’autres, plus anciens : les villageois de Foulange connaissent tous des victimes de la violence routière. Mais, contrairement aux accidents des décennies précédentes, les plus récents concernent presque systématiquement des « jeunes » du village ou des environs. Fatalité ? « Qu’arrive-t-il à notre jeunesse ? », se demandent ces ruraux de milieux populaires.
Voilà des faits qui, en tout cas, contrastent avec les bons chiffres affichés depuis plusieurs années, en matière de sécurité routière, par les gouvernements successifs. Avec la démocratisation de l’automobile et la sécurisation progressive des réseaux routiers, la mortalité due aux accidents de la circulation ne cesse de chuter depuis trente ans dans l’ensemble des pays occidentaux. Comme la Belgique, la France se distingue par la diminution de son taux de tués par nombre de kilomètres parcourus, divisé par 8,4 entre 1970 et 2003.
Lorsque M. Gilles de Robien était ministre de l’équipement, cette évolution s’était même spectaculairement accentuée : le nombre de morts à trente jours (à la suite d’un accident de la route) a diminué de 32 % entre 2001 et 2004 (2). Nul doute que la politique volontariste menée à l’époque a accentué une moralisation spectaculaire des pratiques routières. Nul doute également que cette évolution s’inscrit plus globalement dans le processus de « civilisation des mœurs » que Norbert Elias a analysé (3) : après l’accès massif à l’automobile dans les années 1960 et 1970 avec ses formes de « joyeuse vie », la « pacification des mœurs » de conduite s’impose à travers une « modification de l’économie pulsionnelle » intériorisée par chaque individu.
Une tranche d’âge résiste néanmoins à cette évolution : les 18-24 ans – et eux seuls – ont vu leur nombre de tués sur les routes augmenter en 2004. Or, durant cette même année, plusieurs faits frappent : 93 % des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins ; dans 73 % des cas, ils ont eu lieu en rase campagne ; plus de 30 % des accidents mortels ont été des accidents « avec alcool » ; et 70 % d’entre eux se sont produits la nuit (46 % les nuits de week-end). C’est donc bien la population des hommes jeunes engagés dans des festivités nocturnes qui paraît la plus concernée par la « délinquance routière ».
Les tragédies des vendredis et samedis soir, les « virées en boîte » qui se terminent dans les fossés de routes départementales ne cessent ainsi de remplir les pages de faits divers des quotidiens régionaux. Au-delà du constat de « l’importance de la sous-estimation du risque et/ou de la volonté de prise de risque chez les hommes en général et les jeunes garçons en particulier » fait par l’Observatoire national de la Sécurité routière (ONSR), il s’avère nécessaire de « savoir de quoi l’on parle (4) » lorsque l’on évoque cette forme d’« insécurité ».
Mais établir une sociologie précise de cette exception juvénile est difficile : nulle statistique ne permet de rendre compte de la corrélation entre les risques d’accident de la route et le milieu social d’origine des victimes. L’enquête locale menée à Foulange offre néanmoins un éclairage sur les motifs structurels de cette forme d’hécatombe sociale (5). Lorsque l’on sait que c’est à la campagne que les risques d’accident de la circulation sont les plus élevés, ne doit-on y voir qu’une conséquence de l’état du réseau routier (présence de routes nationales à quatre voies, régulation de la conduite avec un niveau de trafic élevé...) ? Ou ne faut-il pas plutôt relier cette dichotomie urbain/rural à une profonde évolution de la composition sociologique du territoire national ?
« Sauver la face »
Le recensement de 1999, en effet, montre que plus d’un Français de 15 à 24 ans sur trois vit « à la campagne ». A 25 ans, le statut d’ouvrier concerne plus de 60 % des hommes ruraux actifs (contre 44 % des citadins) et 18 % des femmes rurales actives (contre 9 % des urbaines). A cet âge et quel que soit le sexe, la différenciation des professions entre villes et campagnes est donc énorme : 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains. Les jeunes ruraux sont aussi moins diplômés que les urbains : les premiers majoritairement titulaires de BEPC, CAP ou BEP, les seconds davantage titulaires d’un bac général et accédant plus souvent à l’enseignement supérieur.
On mesure ainsi le fort ancrage populaire du monde rural et de sa jeunesse sédentaire. Sans pointer du doigt une population qu’il serait hâtif de juger principalement « responsable » de l’insécurité routière, il faut s’interroger sur l’évolution de l’implantation à la campagne d’un groupe ouvrier que l’on sait en crise. Et, pour comprendre la « délinquance routière » de cette « France périphérique (6) », il importe d’abord de resituer dans ses grandes lignes l’histoire sociale dans laquelle elle se produit.
Petit village industriel structuré tout au long du XXe siècle par la présence d’une usine métallurgique embauchant la majorité des habitants, Foulange a connu une profonde crise de l’emploi dans les années 1980, à la suite de la fermeture de l’entreprise locale. Comme dans l’ensemble des régions industrielles touchées par les « restructurations » et les « délocalisations », l’économie locale s’est depuis fortement reconfigurée. Si de nouvelles PME sont venues s’installer au village, ce dernier a perdu un tiers de ses habitants entre 1975 et 1990, en même temps que se rompait un lien à la fois fort et ténu entre une industrie et un territoire.
« Avant, c’était le paternalisme », témoignent les anciennes générations ouvrières interrogées sur les années des « trente glorieuses » à Foulange. Un patronat bienveillant, des formes d’encadrement des classes populaires organisées autour du souci d’une sédentarisation de la main-d’œuvre, une formation à l’usine « sur le tas » qui intervenait sitôt passé le certificat d’études, des « dynasties ouvrières » qui structuraient la localité autour de quelques noms propres : tous ces éléments permettaient aux lignées d’anciens journaliers de la petite agriculture (mais aussi aux immigrants polonais, portugais ou maghrébins) de s’assurer des lendemains meilleurs.
Par ailleurs, le pouvoir coercitif du patronat était contrebalancé par la présence au village d’une section de la Confédération générale du travail (CGT) et d’une cellule du Parti communiste français (PCF), et plus globalement par des institutions et des lieux d’affirmation d’une sociabilité ouvrière (cafés, jardins attenants au logement en cité loué au patron, club de football, société de chasse, corps des sapeurs-pompiers...). Une honorabilité populaire se développait ainsi, dont la remise en cause est rendue particulièrement visible par les drames de la route : lorsque les accidents touchent les jeunes du village, c’est le cœur même de la reproduction sociale locale qui se trouve atteint.
Car l’ensemble des conditions de vie des jeunes générations se trouvent transformées par cette mutation du contexte industriel. Sortant peu qualifiés de l’école, ceux qui n’ont pas les ressources disponibles pour effectuer une migration urbaine se voient isolés, faisant difficilement front face à la précarisation sociale qui les guette. Les nouveaux entrepreneurs locaux ne cherchent pas, comme leurs prédécesseurs, à former une main-d’œuvre sur place. Ils se tournent vers un réseau géographique de plus en plus étendu, dans lequel ils puisent des personnels qualifiés (issus des villes de la région dont ils restent résidents) et de la main-d’œuvre sans formation industrielle ni syndicale (bien souvent des jeunes femmes de milieux populaires des villages environnants).
Pour les jeunes « autochtones », l’insertion professionnelle en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, avec alternance de périodes de chômage, tranche avec les formes anciennes de formation interne à l’usine, qui donnaient aux locaux un capital de savoir-faire spécifique. Ce sont eux qui paient au prix fort la démonétisation de ce capital d’autochtonie. Dans ce contexte, les relations de bande, nouées dans l’adolescence, ont tendance à se prolonger jusqu’à parfois près de 30 ans, et avec elles l’instabilité matrimoniale et le report de l’accès à l’indépendance. En amont des formes visibles de délinquance (routière, mais aussi consommation d’alcool et de drogues), elles constituent un dernier rempart contre le sentiment de ne pouvoir reproduire le modèle parental qui avait socialisé ces ouvriers ruraux : acquisition rapide d’un savoir-faire professionnel relativement « rentable » économiquement et symboliquement, formation d’un couple et procréation précoces, dès le départ du domicile parental.
Continuer à fréquenter les amis d’enfance qui ont un devenir social similaire, se retrouver dans l’entre-soi familier de la « bande » permet de mettre temporairement à distance la violence rencontrée sur le marché du travail, de se réassurer quant à son appartenance à un monde où l’on est connu et reconnu, de « sauver la face en produisant une alternative à l’indignité (7) ». Le fait de braver la fatigue, l’alcool mais aussi les distances est en soi particulièrement significatif de la volonté de ces jeunes de ne pas rester à l’écart des formes de mobilité géographique – cette mobilité dont font notamment preuve les cadres urbains et ouvriers qualifiés qui viennent tous les jours travailler dans les usines de Foulange.
Passer le permis de conduire dès l’âge requis, avoir un véhicule le plus tôt possible deviennent ainsi les garants d’une autonomie relative pour ces jeunes dont les conditions de l’accès à une réelle indépendance tardent à être réunies (8).
Revenant sur l’accident d’Hervé, l’un de ses amis les plus proches, Sylvain, expliquera après l’enterrement que « c’était un costaud, l’Hervé ! Un gramme cinq [d’alcool dans le sang], c’était rien pour lui. Non, c’est l’boulot qui l’a tué. Fallait voir les semaines qu’il se tapait ! Comme moi... on bosse tous les deux comme des fous ! Il n’en pouvait plus, c’est tout... ». Loin de constituer une « excuse sociologique » (pour reprendre le mot malheureux de Lionel Jospin), l’explication de Sylvain est intéressante en ce qu’elle offre des éléments de compréhension de la genèse sociale de ce type d’« accidents ». Tout d’abord, elle met en avant l’intensité du travail à laquelle sont confrontés ces jeunes ouvriers sortis récemment du système scolaire, leur seul CAP en poche, et qui se doivent de ne pas se montrer « trop difficiles » lors de leur entrée sur le marché du travail. Sylvain est ouvrier du bâtiment, Hervé travaillait comme manœuvre dans une scierie ; l’enquête auprès de ces jeunes ruraux a révélé l’ampleur de l’engagement au travail dont certains d’entre eux font preuve afin d’échapper au chômage et aux formes d’emplois précaires.
Il s’agit également de retrouver leur dignité sociale, de se prouver qu’ils sont capables de faire front face à la « vulnérabilité ouvrière et familiale (9) » que leur groupe d’origine rencontre depuis que leurs parents ont connu le chômage.
En quête de virilité
Rapprochant son propre cas de celui d’Hervé, Sylvain montre aussi qu’il a conscience de partager avec ses pairs une même précarité. « Ça aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous », dira-t-il. Et, effectivement, la voiture de Sylvain finira quelques mois plus tard dans le fossé d’une petite route qui devait le conduire chez son frère afin de « finir la soirée ». Il en est sorti indemne ; mais l’accident mortel d’Hervé ne lui a servi en rien d’« exemple ». Le sort de son véhicule, bon à être vendu à la casse, le préoccupe beaucoup plus que ses quelques égratignures, et même que la « sous-estimation du risque » encouru en conduisant en état d’ivresse.
Alors miné par le décès de son ami, pris dans des conflits conjugaux, dans des relations difficiles avec ses proches et son voisinage, hanté par son incapacité à trouver une voie pour « monter » professionnellement, Sylvain était en effet bien incapable de raisonner sa conduite. Fragilisé, il puisait dans les ressources que son milieu d’origine lui a appris dès l’enfance à mobiliser : la force physique, la résistance à la fatigue, la virilité qui fait qu’à certains moments de la socialisation juvénile « boire beaucoup » doit rimer avec « tenir le coup ». Dans les moments de crise, cette quête de virilité ne peut que prendre des formes exacerbées : elle constitue un réflexe ultime.
Le véritable problème de l’insécurité routière contemporaine est qu’elle ne constitue, sous ses formes les plus persistantes, que l’une des conséquences du développement de l’insécurité sociale.
(1) Journées de sélection auxquelles devaient participer – dans le cadre du service militaire obligatoire, définitivement disparu en 2002 – tous les jeunes conscrits afin d’y subir divers tests psychologiques et médicaux, pour déterminer leur aptitude à effectuer leur service.
(2) Chiffres disponibles sur le site de la Sécurité routière.
(3) Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Pocket Agora, Paris, 1973 (première édition : 1969).
(4) Pour reprendre l’expression de Laurent Mucchielli, « Misère du débat sur “l’insécurité” », Journal du droit des jeunes, Paris, no 217, 2002, p. 16-19. Voir aussi « Obsessions sécuritaires », Manière de voir, no 71, 2003.
(5) Enquête réalisée entre 1993 et 2004, dont nous rendons compte dans le livre Les Gars du coin.
(6) Voir Christophe Guilly et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Autrement, Paris, 2004.
(7) Voir Gérard Mauger et Kamel Ikachamene, Le Monde des bandes et ses transformations. Une enquête ethnographique dans une cité HLM, rapport DIV - Mission « Droit et justice », Centre de sociologie européenne, Paris, février 2004 (disponible en ligne).
(8) Voir Olivier Masclet, « Passer le permis de conduire : la fin de l’adolescence », Agora-Débats jeunesse, no 28, Marly-le-Roi, 2002, p. 46-57.
(9) Voir Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Violences urbaines, violence sociale, Fayard, Paris, 2003 : notamment tout ce qui traite des conséquences du développement de la sous-traitance automobile sur une population ouvrière de jeunes femmes aux emplois précaires et aux conditions de travail éreintantes.
Nicolas Renahy, le Monde diplomatique, septembre 2005
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/RENAHY/12775
Les amis qui suivent dans un second véhicule ne peuvent que constater le drame : les deux frères sont décédés. Six mois plus tôt, une ancienne camarade de classe d’Hervé avait trouvé la mort en se rendant à son travail, victime d’un homme ivre ayant perdu le contrôle de sa voiture.
Ces événements dramatiques en rappellent d’autres, plus anciens : les villageois de Foulange connaissent tous des victimes de la violence routière. Mais, contrairement aux accidents des décennies précédentes, les plus récents concernent presque systématiquement des « jeunes » du village ou des environs. Fatalité ? « Qu’arrive-t-il à notre jeunesse ? », se demandent ces ruraux de milieux populaires.
Voilà des faits qui, en tout cas, contrastent avec les bons chiffres affichés depuis plusieurs années, en matière de sécurité routière, par les gouvernements successifs. Avec la démocratisation de l’automobile et la sécurisation progressive des réseaux routiers, la mortalité due aux accidents de la circulation ne cesse de chuter depuis trente ans dans l’ensemble des pays occidentaux. Comme la Belgique, la France se distingue par la diminution de son taux de tués par nombre de kilomètres parcourus, divisé par 8,4 entre 1970 et 2003.
Lorsque M. Gilles de Robien était ministre de l’équipement, cette évolution s’était même spectaculairement accentuée : le nombre de morts à trente jours (à la suite d’un accident de la route) a diminué de 32 % entre 2001 et 2004 (2). Nul doute que la politique volontariste menée à l’époque a accentué une moralisation spectaculaire des pratiques routières. Nul doute également que cette évolution s’inscrit plus globalement dans le processus de « civilisation des mœurs » que Norbert Elias a analysé (3) : après l’accès massif à l’automobile dans les années 1960 et 1970 avec ses formes de « joyeuse vie », la « pacification des mœurs » de conduite s’impose à travers une « modification de l’économie pulsionnelle » intériorisée par chaque individu.
Une tranche d’âge résiste néanmoins à cette évolution : les 18-24 ans – et eux seuls – ont vu leur nombre de tués sur les routes augmenter en 2004. Or, durant cette même année, plusieurs faits frappent : 93 % des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins ; dans 73 % des cas, ils ont eu lieu en rase campagne ; plus de 30 % des accidents mortels ont été des accidents « avec alcool » ; et 70 % d’entre eux se sont produits la nuit (46 % les nuits de week-end). C’est donc bien la population des hommes jeunes engagés dans des festivités nocturnes qui paraît la plus concernée par la « délinquance routière ».
Les tragédies des vendredis et samedis soir, les « virées en boîte » qui se terminent dans les fossés de routes départementales ne cessent ainsi de remplir les pages de faits divers des quotidiens régionaux. Au-delà du constat de « l’importance de la sous-estimation du risque et/ou de la volonté de prise de risque chez les hommes en général et les jeunes garçons en particulier » fait par l’Observatoire national de la Sécurité routière (ONSR), il s’avère nécessaire de « savoir de quoi l’on parle (4) » lorsque l’on évoque cette forme d’« insécurité ».
Mais établir une sociologie précise de cette exception juvénile est difficile : nulle statistique ne permet de rendre compte de la corrélation entre les risques d’accident de la route et le milieu social d’origine des victimes. L’enquête locale menée à Foulange offre néanmoins un éclairage sur les motifs structurels de cette forme d’hécatombe sociale (5). Lorsque l’on sait que c’est à la campagne que les risques d’accident de la circulation sont les plus élevés, ne doit-on y voir qu’une conséquence de l’état du réseau routier (présence de routes nationales à quatre voies, régulation de la conduite avec un niveau de trafic élevé...) ? Ou ne faut-il pas plutôt relier cette dichotomie urbain/rural à une profonde évolution de la composition sociologique du territoire national ?
« Sauver la face »
Le recensement de 1999, en effet, montre que plus d’un Français de 15 à 24 ans sur trois vit « à la campagne ». A 25 ans, le statut d’ouvrier concerne plus de 60 % des hommes ruraux actifs (contre 44 % des citadins) et 18 % des femmes rurales actives (contre 9 % des urbaines). A cet âge et quel que soit le sexe, la différenciation des professions entre villes et campagnes est donc énorme : 42 % des actifs ruraux sont ouvriers, contre 27 % des urbains. Les jeunes ruraux sont aussi moins diplômés que les urbains : les premiers majoritairement titulaires de BEPC, CAP ou BEP, les seconds davantage titulaires d’un bac général et accédant plus souvent à l’enseignement supérieur.
On mesure ainsi le fort ancrage populaire du monde rural et de sa jeunesse sédentaire. Sans pointer du doigt une population qu’il serait hâtif de juger principalement « responsable » de l’insécurité routière, il faut s’interroger sur l’évolution de l’implantation à la campagne d’un groupe ouvrier que l’on sait en crise. Et, pour comprendre la « délinquance routière » de cette « France périphérique (6) », il importe d’abord de resituer dans ses grandes lignes l’histoire sociale dans laquelle elle se produit.
Petit village industriel structuré tout au long du XXe siècle par la présence d’une usine métallurgique embauchant la majorité des habitants, Foulange a connu une profonde crise de l’emploi dans les années 1980, à la suite de la fermeture de l’entreprise locale. Comme dans l’ensemble des régions industrielles touchées par les « restructurations » et les « délocalisations », l’économie locale s’est depuis fortement reconfigurée. Si de nouvelles PME sont venues s’installer au village, ce dernier a perdu un tiers de ses habitants entre 1975 et 1990, en même temps que se rompait un lien à la fois fort et ténu entre une industrie et un territoire.
« Avant, c’était le paternalisme », témoignent les anciennes générations ouvrières interrogées sur les années des « trente glorieuses » à Foulange. Un patronat bienveillant, des formes d’encadrement des classes populaires organisées autour du souci d’une sédentarisation de la main-d’œuvre, une formation à l’usine « sur le tas » qui intervenait sitôt passé le certificat d’études, des « dynasties ouvrières » qui structuraient la localité autour de quelques noms propres : tous ces éléments permettaient aux lignées d’anciens journaliers de la petite agriculture (mais aussi aux immigrants polonais, portugais ou maghrébins) de s’assurer des lendemains meilleurs.
Par ailleurs, le pouvoir coercitif du patronat était contrebalancé par la présence au village d’une section de la Confédération générale du travail (CGT) et d’une cellule du Parti communiste français (PCF), et plus globalement par des institutions et des lieux d’affirmation d’une sociabilité ouvrière (cafés, jardins attenants au logement en cité loué au patron, club de football, société de chasse, corps des sapeurs-pompiers...). Une honorabilité populaire se développait ainsi, dont la remise en cause est rendue particulièrement visible par les drames de la route : lorsque les accidents touchent les jeunes du village, c’est le cœur même de la reproduction sociale locale qui se trouve atteint.
Car l’ensemble des conditions de vie des jeunes générations se trouvent transformées par cette mutation du contexte industriel. Sortant peu qualifiés de l’école, ceux qui n’ont pas les ressources disponibles pour effectuer une migration urbaine se voient isolés, faisant difficilement front face à la précarisation sociale qui les guette. Les nouveaux entrepreneurs locaux ne cherchent pas, comme leurs prédécesseurs, à former une main-d’œuvre sur place. Ils se tournent vers un réseau géographique de plus en plus étendu, dans lequel ils puisent des personnels qualifiés (issus des villes de la région dont ils restent résidents) et de la main-d’œuvre sans formation industrielle ni syndicale (bien souvent des jeunes femmes de milieux populaires des villages environnants).
Pour les jeunes « autochtones », l’insertion professionnelle en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim, avec alternance de périodes de chômage, tranche avec les formes anciennes de formation interne à l’usine, qui donnaient aux locaux un capital de savoir-faire spécifique. Ce sont eux qui paient au prix fort la démonétisation de ce capital d’autochtonie. Dans ce contexte, les relations de bande, nouées dans l’adolescence, ont tendance à se prolonger jusqu’à parfois près de 30 ans, et avec elles l’instabilité matrimoniale et le report de l’accès à l’indépendance. En amont des formes visibles de délinquance (routière, mais aussi consommation d’alcool et de drogues), elles constituent un dernier rempart contre le sentiment de ne pouvoir reproduire le modèle parental qui avait socialisé ces ouvriers ruraux : acquisition rapide d’un savoir-faire professionnel relativement « rentable » économiquement et symboliquement, formation d’un couple et procréation précoces, dès le départ du domicile parental.
Continuer à fréquenter les amis d’enfance qui ont un devenir social similaire, se retrouver dans l’entre-soi familier de la « bande » permet de mettre temporairement à distance la violence rencontrée sur le marché du travail, de se réassurer quant à son appartenance à un monde où l’on est connu et reconnu, de « sauver la face en produisant une alternative à l’indignité (7) ». Le fait de braver la fatigue, l’alcool mais aussi les distances est en soi particulièrement significatif de la volonté de ces jeunes de ne pas rester à l’écart des formes de mobilité géographique – cette mobilité dont font notamment preuve les cadres urbains et ouvriers qualifiés qui viennent tous les jours travailler dans les usines de Foulange.
Passer le permis de conduire dès l’âge requis, avoir un véhicule le plus tôt possible deviennent ainsi les garants d’une autonomie relative pour ces jeunes dont les conditions de l’accès à une réelle indépendance tardent à être réunies (8).
Revenant sur l’accident d’Hervé, l’un de ses amis les plus proches, Sylvain, expliquera après l’enterrement que « c’était un costaud, l’Hervé ! Un gramme cinq [d’alcool dans le sang], c’était rien pour lui. Non, c’est l’boulot qui l’a tué. Fallait voir les semaines qu’il se tapait ! Comme moi... on bosse tous les deux comme des fous ! Il n’en pouvait plus, c’est tout... ». Loin de constituer une « excuse sociologique » (pour reprendre le mot malheureux de Lionel Jospin), l’explication de Sylvain est intéressante en ce qu’elle offre des éléments de compréhension de la genèse sociale de ce type d’« accidents ». Tout d’abord, elle met en avant l’intensité du travail à laquelle sont confrontés ces jeunes ouvriers sortis récemment du système scolaire, leur seul CAP en poche, et qui se doivent de ne pas se montrer « trop difficiles » lors de leur entrée sur le marché du travail. Sylvain est ouvrier du bâtiment, Hervé travaillait comme manœuvre dans une scierie ; l’enquête auprès de ces jeunes ruraux a révélé l’ampleur de l’engagement au travail dont certains d’entre eux font preuve afin d’échapper au chômage et aux formes d’emplois précaires.
Il s’agit également de retrouver leur dignité sociale, de se prouver qu’ils sont capables de faire front face à la « vulnérabilité ouvrière et familiale (9) » que leur groupe d’origine rencontre depuis que leurs parents ont connu le chômage.
En quête de virilité
Rapprochant son propre cas de celui d’Hervé, Sylvain montre aussi qu’il a conscience de partager avec ses pairs une même précarité. « Ça aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous », dira-t-il. Et, effectivement, la voiture de Sylvain finira quelques mois plus tard dans le fossé d’une petite route qui devait le conduire chez son frère afin de « finir la soirée ». Il en est sorti indemne ; mais l’accident mortel d’Hervé ne lui a servi en rien d’« exemple ». Le sort de son véhicule, bon à être vendu à la casse, le préoccupe beaucoup plus que ses quelques égratignures, et même que la « sous-estimation du risque » encouru en conduisant en état d’ivresse.
Alors miné par le décès de son ami, pris dans des conflits conjugaux, dans des relations difficiles avec ses proches et son voisinage, hanté par son incapacité à trouver une voie pour « monter » professionnellement, Sylvain était en effet bien incapable de raisonner sa conduite. Fragilisé, il puisait dans les ressources que son milieu d’origine lui a appris dès l’enfance à mobiliser : la force physique, la résistance à la fatigue, la virilité qui fait qu’à certains moments de la socialisation juvénile « boire beaucoup » doit rimer avec « tenir le coup ». Dans les moments de crise, cette quête de virilité ne peut que prendre des formes exacerbées : elle constitue un réflexe ultime.
Le véritable problème de l’insécurité routière contemporaine est qu’elle ne constitue, sous ses formes les plus persistantes, que l’une des conséquences du développement de l’insécurité sociale.
(1) Journées de sélection auxquelles devaient participer – dans le cadre du service militaire obligatoire, définitivement disparu en 2002 – tous les jeunes conscrits afin d’y subir divers tests psychologiques et médicaux, pour déterminer leur aptitude à effectuer leur service.
(2) Chiffres disponibles sur le site de la Sécurité routière.
(3) Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, Pocket Agora, Paris, 1973 (première édition : 1969).
(4) Pour reprendre l’expression de Laurent Mucchielli, « Misère du débat sur “l’insécurité” », Journal du droit des jeunes, Paris, no 217, 2002, p. 16-19. Voir aussi « Obsessions sécuritaires », Manière de voir, no 71, 2003.
(5) Enquête réalisée entre 1993 et 2004, dont nous rendons compte dans le livre Les Gars du coin.
(6) Voir Christophe Guilly et Christophe Noyé, Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Autrement, Paris, 2004.
(7) Voir Gérard Mauger et Kamel Ikachamene, Le Monde des bandes et ses transformations. Une enquête ethnographique dans une cité HLM, rapport DIV - Mission « Droit et justice », Centre de sociologie européenne, Paris, février 2004 (disponible en ligne).
(8) Voir Olivier Masclet, « Passer le permis de conduire : la fin de l’adolescence », Agora-Débats jeunesse, no 28, Marly-le-Roi, 2002, p. 46-57.
(9) Voir Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Violences urbaines, violence sociale, Fayard, Paris, 2003 : notamment tout ce qui traite des conséquences du développement de la sous-traitance automobile sur une population ouvrière de jeunes femmes aux emplois précaires et aux conditions de travail éreintantes.
Nicolas Renahy, le Monde diplomatique, septembre 2005
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/09/RENAHY/12775
Publié en 2005 aux éditions La découverte, c'est un livre essentiel d'un des rares sociologues français à s'intéresser à la croisée des chemins entre monde rural et monde ouvrier.
Quand on parle de la « jeunesse » aujourd’hui, on pense plus souvent aux jeunes « des quartiers » qu’à ceux de la campagne. Ces derniers, quand ils sont ouvriers, sont alors doublement invisibles, comme « ruraux » et comme « ouvriers » (car la classe ouvrière demeure associée, dans les esprits, aux régions industrielles). Les sociologues eux-mêmes se sont peu intéressés à cette catégorie de population, pourtant nombreuse. Ce sont ces jeunes « gars du coin » que nous propose de découvrir Nicolas Renahy dans cet ouvrage, fruit d’une enquête menée pendant dix ans dans un village de Bourgogne. Tandis que leurs pères et grands-pères avaient bénéficié de la période faste du paternalisme industriel (travail fixe à l’usine, facilités de logement, fierté d’appartenir à une génération ouvrière), ces jeunes gens peinent à trouver leur place dans un contexte de plus en plus incertain et précaire. Restés au village, voués au chômage ou à une succession de petits boulots, hantés par la crainte du célibat, ils doivent renoncer à l’accession au modèle familial dans lequel ils avaient été socialisés – reconnaissance professionnelle, accès à la propriété, famille nombreuse… – et tentent de survivre socialement en se repliant sur les ressources que leur offre le seul fait d’être « du coin » (leur « capital d’autochtonie »). En nous faisant pénétrer dans le monde des « gars du coin », en retraçant leurs parcours familiaux et scolaires, en s’intéressant à leurs espaces quotidiens (l’usine, le domicile, le foot, les cafés…) et à leurs expériences intimes, l’auteur éclaire les tentatives individuelles et collectives pour maintenir une honorabilité populaire menacée et offre un portrait inédit d’une jeunesse rurale méconnue.
http://www.yodawork.com/webcc/sog_dec/notice_reference.html?F_ean13=9782707146700
http://www.yodawork.com/webcc/sog_dec/notice_reference.html?F_ean13=9782707146700
Un extrait du livre de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin intitulé "Recherche le peuple désespérément" (Bourin éditeur). Dans ce chapitre, sont rassemblées les travaux essentiels sur les évolutions socio-politiques récentes du monde rural.
Confortablement calé dans ses certitudes, le commentateur dispense son analyse des victoires de la droite dans les zones rurales comme une reproduction du vieux schéma électoral du XIXème siècle, celui qui voyait les paysans français porter Louis-Napoléon Bonaparte à la Présidence de la République, élire l’Assemblée de Versailles en 1871 puis la Chambre introuvable de 1919… Il y eut certes des paysanneries progressistes, essentiellement dans le centre de la France, du Bourbonnais au Limousin, mais il est vrai que, pour l’essentiel, la paysannerie était conservatrice. Depuis, le monde rural s’est profondément recomposé. La France rurale d’aujourd’hui est beaucoup moins une France paysanne qu’une France des oubliés, une France d’ouvriers et d’employés plus qu’une France d’agriculteurs. Dans « l’espace à dominante rurale », les ouvriers forment 34,7% des actifs en 1998 alors que les agriculteurs n’en rassemblent quant à eux que 8,6% . De jeunes couples sont venus s’installer dans des zones rurales qui en ont changé le visage.
A quelques exceptions près, les sciences sociales ont délaissé l’étude des mondes ruraux. « Reliquats d’un avant » , ces espaces sociaux, pourtant riches d’enseignements, sont ignorés tant par les médias que par le monde politique. Un étrange cocktail fait de stigmatisation et de bien-pensance renvoie invariablement ces espaces aux clichés les plus éculés : arriération, racisme, alcoolisme, rejet de la modernité, conservatisme et conformisme. Il y a derrière ces clichés une forme de prolophobie de la part d’une partie des élites françaises. La montée du vote FN dans les campagnes sous dépendance des villes ou le vote proprement rural sous la bannière de Chasse, Pêche, Nature et Tradition (CPNT), n’ont fait qu’aviver ce mépris des médias et des politiques qui n’en sont pas issus.
Ce sont des zones qui connaissent aussi la violence, mais c’est une forme de violence sociale très souvent ignorée, qui peut s’observer dans les conditions de travail ou par la précarité de l’emploi. Un exemple flagrant traduit toute la complexité de ce que subissent les ruraux, les avis de décès de la presse régionale en témoignent : il s’agit des accidents de la route. Entre les jeunes citadins et les jeunes ruraux, l’inégalité face à la violence routière est patente. Si « plus d’un Français de 15 à 24 ans sur trois vit à la campagne », on ignore délibérément ce gros tiers de la jeunesse française, on ignore ses angoisses et ce qu’il subit. Cette catégorie de population a résisté à la « mutation spectaculaire des pratiques routières » : la baisse du nombre de tués sur les routes. Ainsi, quand en 2004 on assiste à une nouvelle baisse du nombre de décès liés aux accidents automobiles, les « 18-24 ans, et eux seuls, ont vu leur nombre de tués augmenter ». Les chiffres sont éloquents : 93% des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins, 73% des cas sont des accidents s’étant déroulés en rase campagne, 30% des accidents mortels sont dus à l’alcool, 70% la nuit et 46% le week-end. Si les statistiques sont encore imprécises, on peut sans peine établir que les accidents concernent, d’un point de vue empirique, davantage les jeunes ouvriers ruraux. Pourquoi ? Très certainement parce qu’ils sont soumis à des cadences de travail harassantes et à de longs trajets domicile/travail avec des véhicules moins bien équipés que ceux des gens plus riches. Les jeunes ruraux expulseraient par leur comportement routier une violence subie au travail ; la voiture serait le biais par lequel les « valeurs masculines » consoleraient ces jeunes soumis à la dureté du système économique.
Il y a, en France, un prolétariat rural, des ouvriers ruraux. Le statut d’ouvrier concerne plus de 60% des hommes ruraux actifs (contre 44% des citadins) et 18% des femmes rurales actives (contre 9% des urbaines). Le monde ouvrier tend à devenir de plus en plus rural consécutivement à la mutation des villes et au phénomène de délocalisation industrielle qui a frappé les pôles urbains bien avant que l’on ne parle des délocalisations vers l’Asie… En effet, au cours des années 1990, le mouvement d’exode rural issu de la Révolution industrielle s’est inversé : 75% des cantons ruraux ont un solde migratoire positif, on peut donc parler d’exode urbain qui concerne des ménages modestes et souvent exclus du monde du travail. On perçoit par exemple cette évolution dans l’explosion des bénéficiaires du RMI dans les départements ruraux .
Il faut aussi faire un sort définitif au mythe des néo-ruraux qui ne sont qu’une version « bobo des champs » pour journalistes côtoyant les « bobos des villes » et croyant tenir un sujet tendance. Cette thématique montée en épingle par les médias fit en effet la une de plusieurs newsmagazines au tournant des années 1990-2000. Fantasme réapparu par le film d’Etienne Chatiliez, Le bonheur est dans le pré, les promesses de qualité de vie, de bien-être et d’authenticité sont certes des valeurs refuges pour urbains stressés mais cela ne constitue pas une tendance sociologique. Ces néo-ruraux ne furent qu’un arbre cachant la forêt de ceux qui quittaient la ville non par choix mais par nécessité financière. Le mythe tend d’ailleurs à s’essouffler puisque le retour à la terre ne s’improvise pas et le retour en ville des faux-ruraux est plus silencieux que leur départ .
Contre l’image d’un monde assoupi, le monde rural est néanmoins en pleine transformation et recèle encore des mobilisations sociales et politiques sporadiques. Les dégâts causés par la fermeture d’une usine dans une campagne mono-industrielle est une catastrophe pour la main-d’œuvre locale qui perd d’un seul coup un capital d’autochtonie bâti pendant des dizaines d’années. Les répercussions sont lourdes surtout pour cette jeunesse rurale qui comptait sur son réseau de connaissances dans l’usine et son « savoir local » pour intégrer le monde du travail, gage de structuration pour tout groupe social. Or la dissociation des scènes professionnelles et résidentielles ainsi que le manque de reconnaissance pour leur savoir professionnel ont démobilisé toute une classe d’âge. Si l’isolement géographique n’était pas un handicap quand les jeunes ruraux possédaient encore ce capital d’autochtonie, l’isolement devient social avec sa disparition.
Par ailleurs, l’idée que le monde rural est dépolitisé est contredite par la simple observation des faits. A bien des égards, les mobilisations autour de la chasse , activité ludique par essence, a débouché sur la percée d’un mouvement politique comme CPNT (culminant à près de 7% aux élections européennes de 1999). Ainsi, la marginalisation de ces populations ne va pas de soi et elle n’est en rien inéluctable. Ce vote CPNT, aujourd’hui moins proprement rural puisque noyé dans un conglomérat droitier, se concentre dans les communes de moins de 2 000 habitants, celles de la France des montagnes, des forêts, des marais et bien sûr de la chasse. C’est la manifestation électorale d’une société rurale sur la défensive face à l’hégémonie des villes . De plus, alors que la carte de ce vote est le négatif du vote pour les Verts, on peut y voir l’expression d’un clivage profond urbain/rural. Il faut dire que les stéréotypes ont la vie dure : le chasseur, vu par le discours dominant, c’est Dupont-Lajoie, par opposition il devient l’idéal-type dans le monde du prolétariat rural. On peut ainsi voir ces mobilisations comme l’expression d’une réaction du « peuple » contre les « élites » ; la chasse serait alors à analyser comme un refuge et l’expression d’une forme de liberté pour ce monde rural. Se traduit dans le domaine des loisirs et du temps libre une forme de lutte sociale calquée sur celles menées dans le cadre de l’usine, une sorte d’insoumission des milieux ruraux.
Mobilisation « culturelle » autour de la chasse ici, démobilisation sociale d’une jeunesse rurale exploitée là, l’espace rural est une terre d’ambivalence mais il faudra nécessairement, à l’avenir, compter sur les jeunes couples urbains, relégués loin des villes, pour changer cette situation et peut-être remobiliser le monde rural.
http://www.bourin-editeur.fr/livre/recherche-le-peuple-desesperement.html
A quelques exceptions près, les sciences sociales ont délaissé l’étude des mondes ruraux. « Reliquats d’un avant » , ces espaces sociaux, pourtant riches d’enseignements, sont ignorés tant par les médias que par le monde politique. Un étrange cocktail fait de stigmatisation et de bien-pensance renvoie invariablement ces espaces aux clichés les plus éculés : arriération, racisme, alcoolisme, rejet de la modernité, conservatisme et conformisme. Il y a derrière ces clichés une forme de prolophobie de la part d’une partie des élites françaises. La montée du vote FN dans les campagnes sous dépendance des villes ou le vote proprement rural sous la bannière de Chasse, Pêche, Nature et Tradition (CPNT), n’ont fait qu’aviver ce mépris des médias et des politiques qui n’en sont pas issus.
Ce sont des zones qui connaissent aussi la violence, mais c’est une forme de violence sociale très souvent ignorée, qui peut s’observer dans les conditions de travail ou par la précarité de l’emploi. Un exemple flagrant traduit toute la complexité de ce que subissent les ruraux, les avis de décès de la presse régionale en témoignent : il s’agit des accidents de la route. Entre les jeunes citadins et les jeunes ruraux, l’inégalité face à la violence routière est patente. Si « plus d’un Français de 15 à 24 ans sur trois vit à la campagne », on ignore délibérément ce gros tiers de la jeunesse française, on ignore ses angoisses et ce qu’il subit. Cette catégorie de population a résisté à la « mutation spectaculaire des pratiques routières » : la baisse du nombre de tués sur les routes. Ainsi, quand en 2004 on assiste à une nouvelle baisse du nombre de décès liés aux accidents automobiles, les « 18-24 ans, et eux seuls, ont vu leur nombre de tués augmenter ». Les chiffres sont éloquents : 93% des accidents mortels ont été le fait de conducteurs masculins, 73% des cas sont des accidents s’étant déroulés en rase campagne, 30% des accidents mortels sont dus à l’alcool, 70% la nuit et 46% le week-end. Si les statistiques sont encore imprécises, on peut sans peine établir que les accidents concernent, d’un point de vue empirique, davantage les jeunes ouvriers ruraux. Pourquoi ? Très certainement parce qu’ils sont soumis à des cadences de travail harassantes et à de longs trajets domicile/travail avec des véhicules moins bien équipés que ceux des gens plus riches. Les jeunes ruraux expulseraient par leur comportement routier une violence subie au travail ; la voiture serait le biais par lequel les « valeurs masculines » consoleraient ces jeunes soumis à la dureté du système économique.
Il y a, en France, un prolétariat rural, des ouvriers ruraux. Le statut d’ouvrier concerne plus de 60% des hommes ruraux actifs (contre 44% des citadins) et 18% des femmes rurales actives (contre 9% des urbaines). Le monde ouvrier tend à devenir de plus en plus rural consécutivement à la mutation des villes et au phénomène de délocalisation industrielle qui a frappé les pôles urbains bien avant que l’on ne parle des délocalisations vers l’Asie… En effet, au cours des années 1990, le mouvement d’exode rural issu de la Révolution industrielle s’est inversé : 75% des cantons ruraux ont un solde migratoire positif, on peut donc parler d’exode urbain qui concerne des ménages modestes et souvent exclus du monde du travail. On perçoit par exemple cette évolution dans l’explosion des bénéficiaires du RMI dans les départements ruraux .
Il faut aussi faire un sort définitif au mythe des néo-ruraux qui ne sont qu’une version « bobo des champs » pour journalistes côtoyant les « bobos des villes » et croyant tenir un sujet tendance. Cette thématique montée en épingle par les médias fit en effet la une de plusieurs newsmagazines au tournant des années 1990-2000. Fantasme réapparu par le film d’Etienne Chatiliez, Le bonheur est dans le pré, les promesses de qualité de vie, de bien-être et d’authenticité sont certes des valeurs refuges pour urbains stressés mais cela ne constitue pas une tendance sociologique. Ces néo-ruraux ne furent qu’un arbre cachant la forêt de ceux qui quittaient la ville non par choix mais par nécessité financière. Le mythe tend d’ailleurs à s’essouffler puisque le retour à la terre ne s’improvise pas et le retour en ville des faux-ruraux est plus silencieux que leur départ .
Contre l’image d’un monde assoupi, le monde rural est néanmoins en pleine transformation et recèle encore des mobilisations sociales et politiques sporadiques. Les dégâts causés par la fermeture d’une usine dans une campagne mono-industrielle est une catastrophe pour la main-d’œuvre locale qui perd d’un seul coup un capital d’autochtonie bâti pendant des dizaines d’années. Les répercussions sont lourdes surtout pour cette jeunesse rurale qui comptait sur son réseau de connaissances dans l’usine et son « savoir local » pour intégrer le monde du travail, gage de structuration pour tout groupe social. Or la dissociation des scènes professionnelles et résidentielles ainsi que le manque de reconnaissance pour leur savoir professionnel ont démobilisé toute une classe d’âge. Si l’isolement géographique n’était pas un handicap quand les jeunes ruraux possédaient encore ce capital d’autochtonie, l’isolement devient social avec sa disparition.
Par ailleurs, l’idée que le monde rural est dépolitisé est contredite par la simple observation des faits. A bien des égards, les mobilisations autour de la chasse , activité ludique par essence, a débouché sur la percée d’un mouvement politique comme CPNT (culminant à près de 7% aux élections européennes de 1999). Ainsi, la marginalisation de ces populations ne va pas de soi et elle n’est en rien inéluctable. Ce vote CPNT, aujourd’hui moins proprement rural puisque noyé dans un conglomérat droitier, se concentre dans les communes de moins de 2 000 habitants, celles de la France des montagnes, des forêts, des marais et bien sûr de la chasse. C’est la manifestation électorale d’une société rurale sur la défensive face à l’hégémonie des villes . De plus, alors que la carte de ce vote est le négatif du vote pour les Verts, on peut y voir l’expression d’un clivage profond urbain/rural. Il faut dire que les stéréotypes ont la vie dure : le chasseur, vu par le discours dominant, c’est Dupont-Lajoie, par opposition il devient l’idéal-type dans le monde du prolétariat rural. On peut ainsi voir ces mobilisations comme l’expression d’une réaction du « peuple » contre les « élites » ; la chasse serait alors à analyser comme un refuge et l’expression d’une forme de liberté pour ce monde rural. Se traduit dans le domaine des loisirs et du temps libre une forme de lutte sociale calquée sur celles menées dans le cadre de l’usine, une sorte d’insoumission des milieux ruraux.
Mobilisation « culturelle » autour de la chasse ici, démobilisation sociale d’une jeunesse rurale exploitée là, l’espace rural est une terre d’ambivalence mais il faudra nécessairement, à l’avenir, compter sur les jeunes couples urbains, relégués loin des villes, pour changer cette situation et peut-être remobiliser le monde rural.
http://www.bourin-editeur.fr/livre/recherche-le-peuple-desesperement.html
accident route
administration
agriculture
AMF
AMRF
assises
attraction
Aubry
Bazin
Bougogne
Brustier
Chassaigne
Christian Paul
CIADT
collectif Ville Campagne
collectivités
commerce
culture
Delattre
DIACT
décentralisation
FSU
Groison
haut-débit
Huelin
hôpital
IGAS
INRA
INSEE
jeunesse
Jura
justice
Lassalle
LODEOM
maires
Mercier
mobilité
Nièvre
Patrick Lebreton
pauvreté
politiques publiques
prospective
précarité
PS
rapport
Renahy
RGPP
réformes
régionales
régions
Réunion
santé
Sarkozy
services
services publics
Souchon
sénior
territoire
TIC
tribunaux
typologie
école
électricité
Liste de liens
Dernières notes
Au PS, l'idée d'un "bouclier rural" avance
28/08/2010
Le bouclier rural dans Centre presse
02/07/2010
Fabien Bazin dans le journal "La Montagne"
29/06/2010
Vers un bouclier rural
Directeur de la publication : Jean-Philippe HUELIN
Contact : jphuelin@voila.fr
Directeur de la publication : Jean-Philippe HUELIN
Contact : jphuelin@voila.fr





