Outil d'analyse
Dans un rapport rendu au mois de septembre 2009, l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux dressent un bilan précis des conditions de vie en milieu rural. Voici ici les principaux éléments de synthèse ainsi que les recommandations du rapport :
[3] Onze millions d’habitants, soit 18 % de la population de France métropolitaine, résident dans« l’espace rural », tel que le définissent les outils statistiques. La quasi-totalité des indicateurs montrent que les territoires concernés, comme leurs habitants, se situent au-dessous des moyennes nationales tant en termes de participation à l’économie nationale, que de revenus, de qualification ou d’emploi.
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
http://agriculture.gouv.fr/sections/publications/rapports/pauvrete-precarite/view
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
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