Proposition
Dans une note de veille politique, Alain Bergounioux, secrétaire national du PS, dresse l'état des lieux de la France rurale de 2010.
Près d’un métropolitain sur cinq vit en milieu rural. Un récent rapport de l’Igas montre pourtant que cette « France des champs » est beaucoup plus pauvre que la « France des villes ». Et beaucoup plus discrète aussi.
Il existe en effet une France des invisibles, une France dont personne ne parle. Ou si peu. Cette France-là, c’est celle des campagnes. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) s’est penchée sur ces « inaudibles » à travers un rapport intitulé : « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural ». Publié fin 2009, il n’a pas fait grand bruit….
Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent les rapporteurs dans leur synthèse, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emplois qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture ».
Résultat : « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).
Plus inattendue, la typologie de «ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories
- D’une part, on trouve de façon classique, « les agriculteurs dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social».
Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés des autorités politiques du pays, Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le notent les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes « taiseuses », de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…
Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement tente de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. Des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville. Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale.
Depuis 2007, la Révision générale des politiques publiques a modifié en profondeur la présence des services publics en milieu rural…
Auparavant, la veine des services publics était profonde, irriguée. Elle irradiait jusque dans les coins les plus reculés de France amenant là le facteur, dessinant le périmètre de soins, celui de l'éducation, des zones de sécurité … Sait-on même qu'en 1907 la Fédération internationale des services publics était fondée ? Un siècle plus tard la Révision générale des politiques publiques (RGPP) a fait table rase du passé. Ses 370 mesures ont tranché dans le vif. Régions, départements et communes de France s'en sont trouvé modifiées en profondeur. Depuis 2007, des dizaines de bureaux de poste, gendarmeries, gares, trésors publics, fret, maternités et blocs opératoires, écoles, tribunaux et greffes ont été rayés de la carte. A l’exemple de Midi-Pyrénées, où la perte est plus lourde selon que l'on se trouve dans le Gers plutôt qu'en Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées plutôt qu'en Ariège.
D'autant qu'il faut désormais compter avec la réforme de la carte judiciaire, qui a gommé 178 tribunaux d'instance, au plan national….
La RGPP aura fait de vrais dégâts. Sa version deux, en instance d'application pourrait encore aggraver la donne. « Soyez fiers d'être fonctionnaires » glissait cyniquement , il y a peu, Nicolas Sarkozy dans un discours sur la fonction publique appelant au calme des troupes déstabilisés depuis la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : une « casse » évaluée par les syndicats à 100 000 emplois, qui fait de l'État l'instigateur du plus gros plan social jamais mis en œuvre. Ce constat sera-t-il évoqué dans le rapport sur la qualité des services publics remis par le député UMP François Cornut-Gentille au ministre Woerth ?
Face à cela, nombre d’élus locaux tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. C’est le cas du conseiller général et maire socialiste de Lormes (Nièvre) Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail.
La droite a abandonné de longue date le monde paysan, désormais seul face à ses difficultés, ce qui s’est ressenti lors des dernières élections régionales. Il reste qu’aujourd’hui, c'est l'État tout entier qui déserte de nos campagnes et le pacte territorial s’en trouve affecté dans sa chair républicaine…. Les réformes qui se succèdent ont le goût amer d’une relégation…. Depuis une vingtaine d’années, malgré l’acharnement à impulser sur les territoires des actions de développement, c’est le cercle vicieux de la baisse démographique entraînant la fermeture des services et des activités qui accélère l’exode. …
Ce mouvement, hier honteux et caché, se manifeste aujourd’hui au grand jour. Externalisation des services territoriaux au nom de la réforme de l’Etat, disparition des services publics , appauvrissement des services à la population au nom de la concurrence, mise sous tutelle des territoires , et bientôt perte du poids politique dans le pays avec la réforme territoriale qui va renforcer les grands ensembles urbains (agglomération ou métropole). Si l’on a une vision et l’annonce de moyens importants pour le « Grand Paris », les campagnes, elles, n’inspirent plus personne depuis longtemps au sommet de l’Etat….
Autre sujet tabou : l’égalité entre les territoires. Qui osera dénoncer les discriminations dont sont victimes les habitants des campagnes par rapport à ceux des villes, au regard de l’accès aux services publics bien sûr, mais aussi de l’accès aux soins (déserts médicaux), à l’information (fracture numérique), à la communication (zones blanches), à l’éducation (fermeture des niveaux et classes uniques), à la sécurité (fermeture et regroupement des brigades de gendarmerie), aux transports (enclavement, pas de transports en commun), à la représentation politique (suppression des circonscriptions rurales peu peuplées et demain des cantons), à l’emploi (taux d’emploi plus faibles et taux de chômage plus élevés)… et même aux concours financiers de l’Etat (dotation par habitant plus réduite) ! Notre modèle républicain condamne les « inégalités de traitement » fondées sur le sexe, l’origine, le handicap... Il ne peut non plus tolérer l’existence de citoyens de seconde zone en fonction de leur lieu d’habitation…
La droite d’aujourd’hui fuit le monde agricole. Après en avoir fait l’une de ses clientèles privilégiées pendant quelques décennies, après avoir fait de plusieurs syndicalistes agricoles des ministres, elle semble s’être totalement coupée d’un monde qu’elle ne connaît plus et qui ne la reconnaît plus….
Le président du Sénat, Gérard Larcher percevait déjà un certain danger… en février, avant les régionales. Un « malaise rural qui se situe au-delà des prix agricoles. On a le sentiment qu’on ne s’intéresse qu’à la France urbaine » soulignait-il à l’époque !
« Le territoire est une des composantes de la construction de la France. C’est ce que notre pays a en plus. » Selon Gérard Larcher, l’agriculture est un atout économique. « Croyez-vous que, si la France se transformait en une gigantesque zone commerciale, elle continuerait d’attirer 80 millions de visiteurs étrangers par an ? Vous n’attirez pas les touristes avec Ikea et Auchan ! » On disait « le salaire du lait : l’éleveur et sa femme travaillaient 70 heures par semaine, mais ils pouvaient vivre de leurs 1 500 euros par mois. Aujourd’hui, le couple ne dégage plus 500 euros ! Comment vous faites avec deux enfants ? » …
Ainsi, il n’y a rien d’étonnant à voir le département de la Manche (deuxième de France pour la production de lait) connaître une vague de suicides comparable à celle de France Télécom…. Il faut entendre un de ses élus, ancien secrétaire général de l’Élysée auprès de Jacques Chirac, raconter les soirs où l’on vient le chercher parce qu’un chef d’exploitation agricole s’est pendu dans sa grange…
En attendant, les deux rapporteurs (agriculteurs UMP de Gironde et de Seine-Maritime) du projet de loi de modernisation agricole, dont l’examen par le Sénat commencera le 17 mai, se penchent sur l’établissement de contrats écrits avec les industriels et la grande distribution….
A la veille des régionales, s’inquiétait le président du Sénat : « les ruraux ne risquent ils pas exprimer leur désespoir dans les urnes ? » Pronostic confirmé : La carte de l’abstention 2010 le révèle : 56,88 % dans la Loire (36,21% en 2004), 58,19 % dans l’Ain (37,09 % en 2004), 61,99 % en Moselle (42,39 % en 2004) ! Et combien d’autres ont voté FN ?
Aujourd’hui, les caisses sont vides et l’État se décharge sur les régions et les départements, privés de taxe professionnelle, du poids croissant des dépenses sociales ! Au delà de l’agitation permanente du pouvoir, à coup de grands discours, là sur l’agriculture, là sur la place des fonctionnaires, y a-t-il une vraie prise de conscience de cette situation ? Quand mesurera-t-on sérieusement au gouvernement l’importance de la France rurale ?
Il existe en effet une France des invisibles, une France dont personne ne parle. Ou si peu. Cette France-là, c’est celle des campagnes. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) s’est penchée sur ces « inaudibles » à travers un rapport intitulé : « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural ». Publié fin 2009, il n’a pas fait grand bruit….
Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent les rapporteurs dans leur synthèse, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emplois qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture ».
Résultat : « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).
Plus inattendue, la typologie de «ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories
- D’une part, on trouve de façon classique, « les agriculteurs dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social».
Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés des autorités politiques du pays, Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le notent les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes « taiseuses », de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…
Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement tente de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. Des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville. Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale.
Depuis 2007, la Révision générale des politiques publiques a modifié en profondeur la présence des services publics en milieu rural…
Auparavant, la veine des services publics était profonde, irriguée. Elle irradiait jusque dans les coins les plus reculés de France amenant là le facteur, dessinant le périmètre de soins, celui de l'éducation, des zones de sécurité … Sait-on même qu'en 1907 la Fédération internationale des services publics était fondée ? Un siècle plus tard la Révision générale des politiques publiques (RGPP) a fait table rase du passé. Ses 370 mesures ont tranché dans le vif. Régions, départements et communes de France s'en sont trouvé modifiées en profondeur. Depuis 2007, des dizaines de bureaux de poste, gendarmeries, gares, trésors publics, fret, maternités et blocs opératoires, écoles, tribunaux et greffes ont été rayés de la carte. A l’exemple de Midi-Pyrénées, où la perte est plus lourde selon que l'on se trouve dans le Gers plutôt qu'en Haute-Garonne, dans les Hautes-Pyrénées plutôt qu'en Ariège.
D'autant qu'il faut désormais compter avec la réforme de la carte judiciaire, qui a gommé 178 tribunaux d'instance, au plan national….
La RGPP aura fait de vrais dégâts. Sa version deux, en instance d'application pourrait encore aggraver la donne. « Soyez fiers d'être fonctionnaires » glissait cyniquement , il y a peu, Nicolas Sarkozy dans un discours sur la fonction publique appelant au calme des troupes déstabilisés depuis la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : une « casse » évaluée par les syndicats à 100 000 emplois, qui fait de l'État l'instigateur du plus gros plan social jamais mis en œuvre. Ce constat sera-t-il évoqué dans le rapport sur la qualité des services publics remis par le député UMP François Cornut-Gentille au ministre Woerth ?
Face à cela, nombre d’élus locaux tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. C’est le cas du conseiller général et maire socialiste de Lormes (Nièvre) Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail.
La droite a abandonné de longue date le monde paysan, désormais seul face à ses difficultés, ce qui s’est ressenti lors des dernières élections régionales. Il reste qu’aujourd’hui, c'est l'État tout entier qui déserte de nos campagnes et le pacte territorial s’en trouve affecté dans sa chair républicaine…. Les réformes qui se succèdent ont le goût amer d’une relégation…. Depuis une vingtaine d’années, malgré l’acharnement à impulser sur les territoires des actions de développement, c’est le cercle vicieux de la baisse démographique entraînant la fermeture des services et des activités qui accélère l’exode. …
Ce mouvement, hier honteux et caché, se manifeste aujourd’hui au grand jour. Externalisation des services territoriaux au nom de la réforme de l’Etat, disparition des services publics , appauvrissement des services à la population au nom de la concurrence, mise sous tutelle des territoires , et bientôt perte du poids politique dans le pays avec la réforme territoriale qui va renforcer les grands ensembles urbains (agglomération ou métropole). Si l’on a une vision et l’annonce de moyens importants pour le « Grand Paris », les campagnes, elles, n’inspirent plus personne depuis longtemps au sommet de l’Etat….
Autre sujet tabou : l’égalité entre les territoires. Qui osera dénoncer les discriminations dont sont victimes les habitants des campagnes par rapport à ceux des villes, au regard de l’accès aux services publics bien sûr, mais aussi de l’accès aux soins (déserts médicaux), à l’information (fracture numérique), à la communication (zones blanches), à l’éducation (fermeture des niveaux et classes uniques), à la sécurité (fermeture et regroupement des brigades de gendarmerie), aux transports (enclavement, pas de transports en commun), à la représentation politique (suppression des circonscriptions rurales peu peuplées et demain des cantons), à l’emploi (taux d’emploi plus faibles et taux de chômage plus élevés)… et même aux concours financiers de l’Etat (dotation par habitant plus réduite) ! Notre modèle républicain condamne les « inégalités de traitement » fondées sur le sexe, l’origine, le handicap... Il ne peut non plus tolérer l’existence de citoyens de seconde zone en fonction de leur lieu d’habitation…
La droite d’aujourd’hui fuit le monde agricole. Après en avoir fait l’une de ses clientèles privilégiées pendant quelques décennies, après avoir fait de plusieurs syndicalistes agricoles des ministres, elle semble s’être totalement coupée d’un monde qu’elle ne connaît plus et qui ne la reconnaît plus….
Le président du Sénat, Gérard Larcher percevait déjà un certain danger… en février, avant les régionales. Un « malaise rural qui se situe au-delà des prix agricoles. On a le sentiment qu’on ne s’intéresse qu’à la France urbaine » soulignait-il à l’époque !
« Le territoire est une des composantes de la construction de la France. C’est ce que notre pays a en plus. » Selon Gérard Larcher, l’agriculture est un atout économique. « Croyez-vous que, si la France se transformait en une gigantesque zone commerciale, elle continuerait d’attirer 80 millions de visiteurs étrangers par an ? Vous n’attirez pas les touristes avec Ikea et Auchan ! » On disait « le salaire du lait : l’éleveur et sa femme travaillaient 70 heures par semaine, mais ils pouvaient vivre de leurs 1 500 euros par mois. Aujourd’hui, le couple ne dégage plus 500 euros ! Comment vous faites avec deux enfants ? » …
Ainsi, il n’y a rien d’étonnant à voir le département de la Manche (deuxième de France pour la production de lait) connaître une vague de suicides comparable à celle de France Télécom…. Il faut entendre un de ses élus, ancien secrétaire général de l’Élysée auprès de Jacques Chirac, raconter les soirs où l’on vient le chercher parce qu’un chef d’exploitation agricole s’est pendu dans sa grange…
En attendant, les deux rapporteurs (agriculteurs UMP de Gironde et de Seine-Maritime) du projet de loi de modernisation agricole, dont l’examen par le Sénat commencera le 17 mai, se penchent sur l’établissement de contrats écrits avec les industriels et la grande distribution….
A la veille des régionales, s’inquiétait le président du Sénat : « les ruraux ne risquent ils pas exprimer leur désespoir dans les urnes ? » Pronostic confirmé : La carte de l’abstention 2010 le révèle : 56,88 % dans la Loire (36,21% en 2004), 58,19 % dans l’Ain (37,09 % en 2004), 61,99 % en Moselle (42,39 % en 2004) ! Et combien d’autres ont voté FN ?
Aujourd’hui, les caisses sont vides et l’État se décharge sur les régions et les départements, privés de taxe professionnelle, du poids croissant des dépenses sociales ! Au delà de l’agitation permanente du pouvoir, à coup de grands discours, là sur l’agriculture, là sur la place des fonctionnaires, y a-t-il une vraie prise de conscience de cette situation ? Quand mesurera-t-on sérieusement au gouvernement l’importance de la France rurale ?
Proposition
Le dernier assaut lancé contre l’école publique illustré par le document ministériel intitulé « schéma d’emplois 2011-2013 » prévoit cyniquement la suppression de 16 000 postes supplémentaires, la liquidation des RASED, la tentation de la vidéo surveillance dans les établissements ou encore l’énième réflexion sur les rythmes scolaires. Cette politique illustre une volonté de déshumaniser le système scolaire au moment où, sur le terrain et singulièrement à la campagne et dans les quartiers, nous pensons que la priorité est à l’invention d’un nouveau modèle pour une nouvelle vie de l’école.
Le travail que nous menons depuis plusieurs mois autour du concept de « bouclier rural » (nouveau droit opposable pour garantir l’égalité des droits entre les territoires en assurant notamment un temps d’accès maximum aux services publics, un soutien pérenne aux lieux d’échanges et de débats pour mieux coproduire les politiques publiques, une reconnaissance de la capacité d’imaginer des campagnes) ne pouvait ignorer la question fondamentale de l’Ecole.
Ainsi, le bouclier rural c'est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire et en particulier l’école maternelle, primaire et le collège.
Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est à dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC).
Il s’agit essentiellement de mettre en acte les liens nécessaires entre parents, enseignants et élus locaux pour permettre de proposer, en accord et avec l’appui de l'Education nationale, de nouvelles orientations en matière de compréhension de la vie de l'école et du collège, et de participation à celle-ci.
D'abord avec des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et en particulier des plus petits et l'encouragement à la scolarisation des deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation et qu'en campagne elle n'est pas pensée et vécue comme une garderie.
Ces aires rurales d'éducation concertée rassembleraient plusieurs cantons (bassins d'éducation) pour construire collectivement un projet concerté de cette zone : activités culturelles et sportives, découverte du collège, soutien au projet spécifique de chaque bassin, expérimentation pédagogique, réflexion permanente sur le soutien scolaire, discussion avec les collectivités concernées...
Ce pourrait être également un point d’appui pour un futur lieu d’éducation populaire, d’école des parents où chacun apporte son savoir, une sorte d’école « peer to peer » : l’agriculteur passionné de karaté ou le boulanger prof de musique. L’idée est que chaque adulte se sente co- responsable de l’environnement éducatif -au sens large- des enfants de son territoire de vie.
Comme les enfants eux-mêmes apportent éducation (les « ecos gallopins » par exemple qui font entrer la bonne pratique du tri dans leurs familles !) et soins à leurs parents. C’est une responsabilité essentielle pour construire ce nouveau modèle de vie.
Chaque bassin serait animé par un enseignant bénéficiant de deux jours de décharge et en charge de la coordination pour lutter contre l'isolement des instituteurs et des familles tout en permettant un échange permanent avec les représentants des collectivités.
Au-delà de cette nouvelle organisation, les AREC pourraient proposer un nouveau protocole d'accueil des parents et des enfants pour réussir enfin le passage de la famille à l'école avec la mise en œuvre de "maisons des petits à l'école"* pour les 2-4 ans, un espace autre que celui de la classe pour découvrir l’autre, les autres, un lieu d'échange et de « présentabilité » de soi-même et de son enfant, un espace d’accueil parents-enfants. **
Beaucoup de familles ne se sentent pas « présentables ». Ces lieux d’accueil s’adresseraient donc à des parents qui rencontreraient des difficultés à faire passer directement leur enfant de l’espace familial à l’espace scolaire. Pour différentes raisons, mais souvent pour des raisons liées à des fractures familiales, (séparations, déménagements, divorces, décès…) ou sociales (perte d’emploi, handicap…), qui engendrent des cassures psychologiques, des défaites de l’image de soi. Quand l’image de soi est dégradée, nul n’a envie d’aller vers l’autre et cela, naturellement, ne favorise pas la relation aux autres, encore moins l’accès au monde de l’école.
Nombre de parents seraient rassurés par ce passage intermédiaire de socialisation ou de resocialisation de la famille et de l’enfant, ce « SAS » qui n’est pas tout à fait l’école mais déjà un ailleurs social, hors de la famille, en lien avec celle-ci, puisqu’un parent, au moins est présent avec l’enfant dans le lieu d’accueil, et en lien avec l’école, puisque ce serait un lieu proche de l’école, tout en n’étant pas encore l’école.
Il existe déjà en France de nombreuses réussites dans ce domaine, la plus convaincante, celle de 1,2,3 Soleil, à Montgeron, (94)
La création d' « ateliers de philosophie, Agsas,* « (séquence d'une dizaine de minutes par semaine) de la moyenne section à la seconde contribuerait à repenser l'école comme outil de formation de la conscience citoyenne parce que, pour être sensible à la parole des adultes, les enfants ont besoin de découvrir qu’ils sont capables, eux aussi, de produire une pensée par eux-mêmes.
Depuis une quinzaine d’années, une association, l’Agsas, sous l’impulsion de Jacques Lévine, son initiateur, a mis au point ces ateliers qui sont d’une grande richesse. Aujourd’hui, l’Agsas a déjà formé plus de 1500 enseignants, rééducateurs, conseillers d’orientation psychologues, psychologues scolaires …à la mise en place de ces ateliers de philosophie pour enfants et continue de proposer des formations, deux fois par an à Paris, et, à la demande, en province.
L’idée centrale des ces ateliers, c’est de considérer l’autre, l’enfant comme un « apportant», un « interlocuteur valable » et de considérer qu’il est capable, si on lui en donne les conditions et les moyens, de réfléchir sur les grands problèmes du monde, les problèmes que les humains se posent depuis la nuit des temps : « le bonheur, la vieillesse, la différence, l’argent, la famille, la colère, le respect, l’autorité, l’honnêteté, la justice, la loi, l’envie d’apprendre, le rêve, la honte, le mépris, l’admiration, la réussite, le travail, etc … » (cf à ce propos le numéro 38 d’avril 2010, de Philosophie Magazine, intitulé « Comment pensent les enfants ? »)
Permettre à des enfants de penser, ensemble, dans un espace « hors-menace », en toute responsabilité, -le maître se tient en retrait du groupe- avec un bâton de parole qui circule et qui régule la transmission de cette parole est un exercice qui fait « grandir » les enfants, en ce sens qu’ils se sentent considérés et capables de pensée, capables de penser par eux-mêmes, avec les autres, capables de s’insérer, demain, dans le monde qui les accueille. En ce sens, il y a là un énorme pas de socialisation et de sensibilisation à la citoyenneté qui se franchit en douceur, de manière intelligente et responsabilisante. « Les adultes me font confiance, pendant ces dix minutes, j’ai été un Citoyen du Monde qui réfléchit sur les problèmes du Monde, je fais partie de cette chaîne des humains et moi aussi, demain, je prendrai ma place dans cette société des Humains »
Enfin, la généralisation de groupes de « soutien au soutien »* (Groupes d’analyse de pratiques professionnelles, encore appelés « Balint-enseignant ») apporterait aux instituteurs, aux enseignants de tous niveaux, mais aussi à des parents, ce lieu d'échange et de lutte contre l'isolement pour partager expériences, doutes et projets. Réfléchir sur ses pratiques professionnelles, là aussi, dans un lieu « hors-menace », en présence d’un animateur formé, à intervalles réguliers, dans un lieu où chacun peut évoquer avec d’autres, des pairs, les problèmes qu’il rencontre dans son rôle d’enseignant, de parent, d’éducateur, échanger pour dire, échanger pour mieux comprendre ce qui se passe dans la relation à l’autre, ( Pourquoi cet enfant refuse t-il d’apprendre à lire alors qu’il en a toutes les capacités ? Pourquoi cet enfant me parle-t-il mal depuis quelque temps ? Pour quoi cet enfant est-il soudainement devenu muet en classe ? Pourquoi cet élève est-il si bagarreur ?…) mais aussi échanger pour mettre à jour des pistes de remédiation, des pistes de progrès, passer du « regard-photo » au « regard-cinéma » *, donner du futur à l’enfant, donner du futur à l’Autre, le considérer là aussi comme un « interlocuteur valable », l’autre qui a une logique qui nous échappe et que nous essaierons, ensemble, de comprendre, ce qui ne veut pas dire, l’approuver.
Cela ne signifie pas non plus que l’on soit dans la permissivité la plus totale. Chacun doit respecter les règles de vie en société, que ce soit à l’école ou ailleurs, d’autant plus que les adultes ont un devoir de rappeler ces règles si nécessaire et appliquer les sanctions appropriées pour un rappel à la loi. Cela n’empêche pas qu’en même temps, des adultes acceptent de réfléchir ensemble sur ce qui se passe pour essayer de comprendre ce qui a pu amener un élève à se comporter de cette manière et à rechercher ensemble pour cet élève des voies de réussite.
Cela ne signifie pas non plus que les enseignants doivent devenir des psychologues ou des psychanalystes. A chacun son travail, son rôle, sa spécificité, sa fonction, dans le respect des uns et des autres. Mais pour autant, le travail que pratique l’Agsas depuis trente ans a montré qu’il y avait là un chemin de progrès pour peu que l’on soit volontaire pour y participer pour peu que la hiérarchie soit « favorisante » dans cette démarche, que des collectivités territoriales voient là, elles aussi, un progrès possible pour le bien de tous et qu’elles acceptent ou proposent de créer des conditions pour que cela devienne possible dès lors qu’il y a une demande dans ce sens.
Ces propositions issues d'expériences locales et du travail de Jacques Lévine existent aujourd’hui dans notre pays.
Leur généralisation serait une réponse innovante et dynamisante à la crise de l'éducation si souvent dénoncée mais rarement traitée sous cet angle.
La ruralité peut être le laboratoire de cette " nouvelle école" simplement parce qu'à la campagne les liens entre les intervenants préexistent, parce que les mobilisations contre les fermetures de classe ont poussé enseignants, parents et élus locaux certes à la protestation mais aussi à l'imagination.
Fabien Bazin, Maire de Lormes, Conseiller général de la Nièvre
Bernard Delattre, Secrétaire général de l’AGSAS
* Concept créé par Jacques Lévine.
** Taper « Lieu d’accueil parents-enfants, » ou « La Maison Verte de Françoise Dolto » sur internet.
***Agsas : Association des Groupes de soutien au soutien. « agsas.free.fr
Le travail que nous menons depuis plusieurs mois autour du concept de « bouclier rural » (nouveau droit opposable pour garantir l’égalité des droits entre les territoires en assurant notamment un temps d’accès maximum aux services publics, un soutien pérenne aux lieux d’échanges et de débats pour mieux coproduire les politiques publiques, une reconnaissance de la capacité d’imaginer des campagnes) ne pouvait ignorer la question fondamentale de l’Ecole.
Ainsi, le bouclier rural c'est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire et en particulier l’école maternelle, primaire et le collège.
Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est à dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC).
Il s’agit essentiellement de mettre en acte les liens nécessaires entre parents, enseignants et élus locaux pour permettre de proposer, en accord et avec l’appui de l'Education nationale, de nouvelles orientations en matière de compréhension de la vie de l'école et du collège, et de participation à celle-ci.
D'abord avec des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et en particulier des plus petits et l'encouragement à la scolarisation des deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation et qu'en campagne elle n'est pas pensée et vécue comme une garderie.
Ces aires rurales d'éducation concertée rassembleraient plusieurs cantons (bassins d'éducation) pour construire collectivement un projet concerté de cette zone : activités culturelles et sportives, découverte du collège, soutien au projet spécifique de chaque bassin, expérimentation pédagogique, réflexion permanente sur le soutien scolaire, discussion avec les collectivités concernées...
Ce pourrait être également un point d’appui pour un futur lieu d’éducation populaire, d’école des parents où chacun apporte son savoir, une sorte d’école « peer to peer » : l’agriculteur passionné de karaté ou le boulanger prof de musique. L’idée est que chaque adulte se sente co- responsable de l’environnement éducatif -au sens large- des enfants de son territoire de vie.
Comme les enfants eux-mêmes apportent éducation (les « ecos gallopins » par exemple qui font entrer la bonne pratique du tri dans leurs familles !) et soins à leurs parents. C’est une responsabilité essentielle pour construire ce nouveau modèle de vie.
Chaque bassin serait animé par un enseignant bénéficiant de deux jours de décharge et en charge de la coordination pour lutter contre l'isolement des instituteurs et des familles tout en permettant un échange permanent avec les représentants des collectivités.
Au-delà de cette nouvelle organisation, les AREC pourraient proposer un nouveau protocole d'accueil des parents et des enfants pour réussir enfin le passage de la famille à l'école avec la mise en œuvre de "maisons des petits à l'école"* pour les 2-4 ans, un espace autre que celui de la classe pour découvrir l’autre, les autres, un lieu d'échange et de « présentabilité » de soi-même et de son enfant, un espace d’accueil parents-enfants. **
Beaucoup de familles ne se sentent pas « présentables ». Ces lieux d’accueil s’adresseraient donc à des parents qui rencontreraient des difficultés à faire passer directement leur enfant de l’espace familial à l’espace scolaire. Pour différentes raisons, mais souvent pour des raisons liées à des fractures familiales, (séparations, déménagements, divorces, décès…) ou sociales (perte d’emploi, handicap…), qui engendrent des cassures psychologiques, des défaites de l’image de soi. Quand l’image de soi est dégradée, nul n’a envie d’aller vers l’autre et cela, naturellement, ne favorise pas la relation aux autres, encore moins l’accès au monde de l’école.
Nombre de parents seraient rassurés par ce passage intermédiaire de socialisation ou de resocialisation de la famille et de l’enfant, ce « SAS » qui n’est pas tout à fait l’école mais déjà un ailleurs social, hors de la famille, en lien avec celle-ci, puisqu’un parent, au moins est présent avec l’enfant dans le lieu d’accueil, et en lien avec l’école, puisque ce serait un lieu proche de l’école, tout en n’étant pas encore l’école.
Il existe déjà en France de nombreuses réussites dans ce domaine, la plus convaincante, celle de 1,2,3 Soleil, à Montgeron, (94)
La création d' « ateliers de philosophie, Agsas,* « (séquence d'une dizaine de minutes par semaine) de la moyenne section à la seconde contribuerait à repenser l'école comme outil de formation de la conscience citoyenne parce que, pour être sensible à la parole des adultes, les enfants ont besoin de découvrir qu’ils sont capables, eux aussi, de produire une pensée par eux-mêmes.
Depuis une quinzaine d’années, une association, l’Agsas, sous l’impulsion de Jacques Lévine, son initiateur, a mis au point ces ateliers qui sont d’une grande richesse. Aujourd’hui, l’Agsas a déjà formé plus de 1500 enseignants, rééducateurs, conseillers d’orientation psychologues, psychologues scolaires …à la mise en place de ces ateliers de philosophie pour enfants et continue de proposer des formations, deux fois par an à Paris, et, à la demande, en province.
L’idée centrale des ces ateliers, c’est de considérer l’autre, l’enfant comme un « apportant», un « interlocuteur valable » et de considérer qu’il est capable, si on lui en donne les conditions et les moyens, de réfléchir sur les grands problèmes du monde, les problèmes que les humains se posent depuis la nuit des temps : « le bonheur, la vieillesse, la différence, l’argent, la famille, la colère, le respect, l’autorité, l’honnêteté, la justice, la loi, l’envie d’apprendre, le rêve, la honte, le mépris, l’admiration, la réussite, le travail, etc … » (cf à ce propos le numéro 38 d’avril 2010, de Philosophie Magazine, intitulé « Comment pensent les enfants ? »)
Permettre à des enfants de penser, ensemble, dans un espace « hors-menace », en toute responsabilité, -le maître se tient en retrait du groupe- avec un bâton de parole qui circule et qui régule la transmission de cette parole est un exercice qui fait « grandir » les enfants, en ce sens qu’ils se sentent considérés et capables de pensée, capables de penser par eux-mêmes, avec les autres, capables de s’insérer, demain, dans le monde qui les accueille. En ce sens, il y a là un énorme pas de socialisation et de sensibilisation à la citoyenneté qui se franchit en douceur, de manière intelligente et responsabilisante. « Les adultes me font confiance, pendant ces dix minutes, j’ai été un Citoyen du Monde qui réfléchit sur les problèmes du Monde, je fais partie de cette chaîne des humains et moi aussi, demain, je prendrai ma place dans cette société des Humains »
Enfin, la généralisation de groupes de « soutien au soutien »* (Groupes d’analyse de pratiques professionnelles, encore appelés « Balint-enseignant ») apporterait aux instituteurs, aux enseignants de tous niveaux, mais aussi à des parents, ce lieu d'échange et de lutte contre l'isolement pour partager expériences, doutes et projets. Réfléchir sur ses pratiques professionnelles, là aussi, dans un lieu « hors-menace », en présence d’un animateur formé, à intervalles réguliers, dans un lieu où chacun peut évoquer avec d’autres, des pairs, les problèmes qu’il rencontre dans son rôle d’enseignant, de parent, d’éducateur, échanger pour dire, échanger pour mieux comprendre ce qui se passe dans la relation à l’autre, ( Pourquoi cet enfant refuse t-il d’apprendre à lire alors qu’il en a toutes les capacités ? Pourquoi cet enfant me parle-t-il mal depuis quelque temps ? Pour quoi cet enfant est-il soudainement devenu muet en classe ? Pourquoi cet élève est-il si bagarreur ?…) mais aussi échanger pour mettre à jour des pistes de remédiation, des pistes de progrès, passer du « regard-photo » au « regard-cinéma » *, donner du futur à l’enfant, donner du futur à l’Autre, le considérer là aussi comme un « interlocuteur valable », l’autre qui a une logique qui nous échappe et que nous essaierons, ensemble, de comprendre, ce qui ne veut pas dire, l’approuver.
Cela ne signifie pas non plus que l’on soit dans la permissivité la plus totale. Chacun doit respecter les règles de vie en société, que ce soit à l’école ou ailleurs, d’autant plus que les adultes ont un devoir de rappeler ces règles si nécessaire et appliquer les sanctions appropriées pour un rappel à la loi. Cela n’empêche pas qu’en même temps, des adultes acceptent de réfléchir ensemble sur ce qui se passe pour essayer de comprendre ce qui a pu amener un élève à se comporter de cette manière et à rechercher ensemble pour cet élève des voies de réussite.
Cela ne signifie pas non plus que les enseignants doivent devenir des psychologues ou des psychanalystes. A chacun son travail, son rôle, sa spécificité, sa fonction, dans le respect des uns et des autres. Mais pour autant, le travail que pratique l’Agsas depuis trente ans a montré qu’il y avait là un chemin de progrès pour peu que l’on soit volontaire pour y participer pour peu que la hiérarchie soit « favorisante » dans cette démarche, que des collectivités territoriales voient là, elles aussi, un progrès possible pour le bien de tous et qu’elles acceptent ou proposent de créer des conditions pour que cela devienne possible dès lors qu’il y a une demande dans ce sens.
Ces propositions issues d'expériences locales et du travail de Jacques Lévine existent aujourd’hui dans notre pays.
Leur généralisation serait une réponse innovante et dynamisante à la crise de l'éducation si souvent dénoncée mais rarement traitée sous cet angle.
La ruralité peut être le laboratoire de cette " nouvelle école" simplement parce qu'à la campagne les liens entre les intervenants préexistent, parce que les mobilisations contre les fermetures de classe ont poussé enseignants, parents et élus locaux certes à la protestation mais aussi à l'imagination.
Fabien Bazin, Maire de Lormes, Conseiller général de la Nièvre
Bernard Delattre, Secrétaire général de l’AGSAS
* Concept créé par Jacques Lévine.
** Taper « Lieu d’accueil parents-enfants, » ou « La Maison Verte de Françoise Dolto » sur internet.
***Agsas : Association des Groupes de soutien au soutien. « agsas.free.fr
René Souchon, président du conseil régional d'Auvergne, fait le bilan du CIADT et soutient le bouclier rural.
La semaine dernière, le gouvernement a annoncé une quarantaine de mesures pour les territoires ruraux, portant notamment sur la couverture numérique des territoires, les transports, le développement économique, l’accès aux soins et les services publics.
Pour les habitants de cette France des campagnes et des petites villes, pour les porteurs de projets (élus, entrepreneurs, associations) animés d’un formidable désir de vie, bouillonnant d’idées et soucieux de faire partager l’enthousiasme que chacun met, quotidiennement, à bâtir l’avenir, les annonces laissent un goût amer et un fort sentiment d’inachevé. Je ne peux m’empêcher de constater encore une fois que la montagne de discours accouche de petites souris en terme d’actes concrets.
5 milliards sont prévus. Encore une fois cela ne coûte rien de le dire, d’autant que la même semaine le Premier Ministre a annoncé 6 milliards en moins de dépenses sociales de l’Etat ! En outre, ces crédits sont tributaires pour moitié du grand emprunt, lequel n’est pas encore lancé, tandis que l’autre moitié sera redéployée à budget constant. D’ores et déjà il y a fort à penser que l’on va déshabiller Pierre pour habiller Paul et ce faisant, en abandonnant certains projets, comme par exemple en Auvergne la délabellisation du pôle de compétitivité « Innoviandes », on va en financer d’autres !
D’autre part, les mesures en faveur du transport ferroviaire ou des maisons de santé par exemple seraient accueillies avec plus d’espoir si l’Etat ne se bornait pas à faire exactement le contraire de ce qu’il dit. Récemment encore, j’alertais la Ministre de la Santé sur les menaces qui pèsent sur les services de chirurgie des petits hôpitaux publics comme celui de Brioude [lettre à Roselyne Bachelot] et dans la même veine alors que la Région s’échine à sauver le réseau ferré depuis 4 ans, de nouvelles menaces pèsent sur la ligne du Cévenol (Clermont –Nîmes) !
Pour répondre aux défis qui se posent à la ruralité du XXIème siècle, et face à la déshérence organisée des territoires menée par un Etat qui érige en dogme intouchable et sacré le « bouclier fiscal » ; la gauche, dans son projet pour l’alternance, et d’ores et déjà dans sa pratique quotidienne des responsabilités au sein des régions et des départements met en oeuvre un véritable « bouclier rural » face au nouveau « désert français » que prépare la droite.
Un bouclier fondé sur une économie locale durable et notamment via une agriculture réorientée, source de revenus pour les exploitants, un bouclier qui accompagne les territoires dans leurs projets de développement, un bouclier appuyé sur un niveau plancher de services à la population notamment en mettant en avant les nouvelles technologies ; un bouclier rural pour une nouvelle politique d’aménagement du territoire, c’est ce que je défends pour l’Auvergne et dans le cadre de mes nouvelles missions au sein de l’Association des Régions de France, pour une politique de la ruralité solidaire et juste.
René Souchon
http://www.renesouchonblog.com/article-avenir-des-territoires-ruraux-encore-un-an-de-perdu-50752197.html
Pour les habitants de cette France des campagnes et des petites villes, pour les porteurs de projets (élus, entrepreneurs, associations) animés d’un formidable désir de vie, bouillonnant d’idées et soucieux de faire partager l’enthousiasme que chacun met, quotidiennement, à bâtir l’avenir, les annonces laissent un goût amer et un fort sentiment d’inachevé. Je ne peux m’empêcher de constater encore une fois que la montagne de discours accouche de petites souris en terme d’actes concrets.
5 milliards sont prévus. Encore une fois cela ne coûte rien de le dire, d’autant que la même semaine le Premier Ministre a annoncé 6 milliards en moins de dépenses sociales de l’Etat ! En outre, ces crédits sont tributaires pour moitié du grand emprunt, lequel n’est pas encore lancé, tandis que l’autre moitié sera redéployée à budget constant. D’ores et déjà il y a fort à penser que l’on va déshabiller Pierre pour habiller Paul et ce faisant, en abandonnant certains projets, comme par exemple en Auvergne la délabellisation du pôle de compétitivité « Innoviandes », on va en financer d’autres !
D’autre part, les mesures en faveur du transport ferroviaire ou des maisons de santé par exemple seraient accueillies avec plus d’espoir si l’Etat ne se bornait pas à faire exactement le contraire de ce qu’il dit. Récemment encore, j’alertais la Ministre de la Santé sur les menaces qui pèsent sur les services de chirurgie des petits hôpitaux publics comme celui de Brioude [lettre à Roselyne Bachelot] et dans la même veine alors que la Région s’échine à sauver le réseau ferré depuis 4 ans, de nouvelles menaces pèsent sur la ligne du Cévenol (Clermont –Nîmes) !
Pour répondre aux défis qui se posent à la ruralité du XXIème siècle, et face à la déshérence organisée des territoires menée par un Etat qui érige en dogme intouchable et sacré le « bouclier fiscal » ; la gauche, dans son projet pour l’alternance, et d’ores et déjà dans sa pratique quotidienne des responsabilités au sein des régions et des départements met en oeuvre un véritable « bouclier rural » face au nouveau « désert français » que prépare la droite.
Un bouclier fondé sur une économie locale durable et notamment via une agriculture réorientée, source de revenus pour les exploitants, un bouclier qui accompagne les territoires dans leurs projets de développement, un bouclier appuyé sur un niveau plancher de services à la population notamment en mettant en avant les nouvelles technologies ; un bouclier rural pour une nouvelle politique d’aménagement du territoire, c’est ce que je défends pour l’Auvergne et dans le cadre de mes nouvelles missions au sein de l’Association des Régions de France, pour une politique de la ruralité solidaire et juste.
René Souchon
http://www.renesouchonblog.com/article-avenir-des-territoires-ruraux-encore-un-an-de-perdu-50752197.html
La ruralité a contribué à façonner une mosaïque de cultures, qui se sont métissées, mais aussi transmises, de générations en générations. Ce concept de cultures plurielles n’est pas sans s’opposer au concept de culture globale, qui évoque une forme d’uniformisation populaire, avec, à la clé, des critères distinctifs comme l’absence de tradition, la rapidité, la satisfaction immédiate des besoins, et une certaine forme de passivité collective et individuelle.
La France est le premier pays rural d’Europe, par le nombre de ses communes, le nombre de ses ruraux, mais aussi un mélange entre tradition de centralisation et de régionalisme culturel, ce qui a sans doute contribué au rayonnement culturel que la France entretien dans le monde. C’est la France qui a créé le concept « d’exception culturelle » en l’excluant des produits purement commerciaux définis par l’OMC
Le milieu rural Français s’est en même temps recomposé. Il a conservé, pour beaucoup, des activités culturelles traditionnelles fortes, voire les a remises en évidence, mais il a aussi bénéficié d’un véritable métissage, de part l’arrivée de nouvelles populations. Enfin, il défend un certain « art de vivre » fondé sur la simplicité des échanges, l’engagement associatif et citoyen, une forme de convivialité et de relation au temps et aux autres.
Dans ce mode de vie, la culture est au service de deux ambitions :
- Le « vivre ensemble »
- La visibilité du monde rural comme porteur de créativité, de talents, donc de richesses
De ce point de vue, et partir au concept de culture globale, la vie culturelle en milieu rural se pose comme une véritable « contre culture », concept qui n’a strictement rien de négatif dans la mesure où celle-ci est alimentée par la créativité locale et peut, d’une certaine manière, et tout en étant populaire, constituer une offre alternative et complémentaire que le « village global » tend à uniformiser, pour le meilleur (l’échange), mais aussi pour le pire (l’appauvrissement de la créativité).
Si l’on considère le milieu rural, à la fois dans ses caractéristiques traditionnelles, mais aussi nouvelles, la vie culturelle forme une véritable mosaïque d’expressions très différentes, qui peuvent se retrouver ainsi :
1) La culture des particularismes, traditionnelle et populaire, mais aussi la culture du « vivre ensemble »
Cette branche de la culture rurale fonde le concept de « bien vivre au pays » et associe en générale toutes les couches de la population, faisant ainsi de ce concept un ciment populaire
- La culture du « pays » d’abord, celle de la Résistance, comme en Morvan ou en Vercors comme celle des comices agricoles
- La culture des écrivains que les salons parisiens affublent souvent de l’adjectif de régionalistes et qui souvent les premiers ont plaidé la cause de la ruralité et ont rafraichi un style littéraire uniformisé
- La culture des villages, cet art de faire la fête, des bals de Pentecôte qui reviennent, des courses de cote, des tournois de belote ou de tarot, des derbys de foot entre deux villages distant de quelques kilomètres, des rendez-vous de la FNACA ou ces fanfares souvent présentes le 11 novembre ou le 8 mai, celle de l’apéro de Panis ou des chtis
2) La culture rurale revendicatrice
Cette branche de la culture des campagnes est une sorte de version rurale d’une des fonctions essentielles de la culture : mettre des mots sur le fonctionnement de la société, critiquer ou dénoncer dans une optique citoyenne et politique
- La culture de ces « fous du roi »( ou du président de conseil général ou encore du député) qui font jouer aux chaises musicales les élus et les préfets de région, ou encore qui font monter sur scène des chômeurs ou des « ptits vieux », qui organisent l’éducation populaire dans des universités des bistrots où sont invités tous les intellectuels de notre pays !
- La culture de diffusion des Festivals proposée souvent par ces maires qui veulent faire toucher du doigt les artistes que l’on ne voit que par petite lucarne interposée.
3) La culture dans sa fonction « éducation populaire et institutionnelle ».
Les territoires ruraux offrent très souvent des outils d’échanges, de formation, de créativité, soit organisée à partir des institutions locales, soit relayée par des centres culturels ou des associations culturelles militantes.
La culture de découverte de ces sociétés savantes qui font découvrir tel écrivain ou tel peintre de vrai talent, mais rayés des cadres de la « culture officielle »
La culture pour tous qu’essaient de promouvoir les nouvelles maisons de la culture que sont les parcs et les pays
La culture de la lecture et de l’écriture, au-delà des écrivains dit régionalistes cités ci dessus, et portés en particulier par les conseils généraux depuis plusieurs années (bibliobus, réseau de bibliothèques voir de médiathèques intercommunales, archives départementales…) ou par nos concitoyens qui organisent « les salons du livre » ou les journées « samedi c’est poésie, dimanche aussi ! ».
Le retard mis par l’Internet à arriver ou l’âge moyen plus élevé dans les territoires ruraux en sont peut être l’une des explications.
4) La culture rurale « néo mondialisée »
Il serait particulièrement réducteur de ne pas relier la « production culturelle rurale », la circulation des idées, les initiatives culturelles locales, sans aborder les relations qu’elle tisse avec le monde urbain et le « village global ».
La culture des « cités » que nos jeunes des campagnes maîtrisent parfaitement, Internet et face book obligent.
La culture des neos ruraux qui bien souvent intègrent la culturel locale traditionnelle pour la revisiter à la lumière d’une forme de modernité technologique.
La culture de la diversité, car les nationalités les plus diverses voire les plus improbables sont aussi à la campagne, le temps de l’échange, la connaissance de l’autre permettant, peut être ici plus qu’ailleurs, permettant d’effacer les a priori.
La culture de tous ces citadins, artistes, intellectuels, journalistes ou encore stars des médias qui s’investissent dans la commune de leurs résidences secondaires et qui inventent des « Jazz à Marciac » ou le « festival de chansons de Lormes ».
La culture de ces artistes qui vont se mettre au vert à Belle Ile en Mer, ou dans des petits villages corses pour créer et parfois partager avec les locaux un soir d’été à la terrasse d’un café
Ces cultures, en mouvement, constituent un des ciments du « vivre ensemble », tout comme un vivier extraordinaire de l’exception culturelle Française.
De notre point de vue, c’est à la République de s’engager pour garantir cette proposition de « vivre ensemble » et « de créativité plurielle ».
5) Quels éléments de réponse pour la ruralité ?
La première réponse, sur le fond, est de considérer l’apport culturel de la ruralité comme une expression enrichissante, respectable, et utile à la société française.
Trop souvent, la vie culturelle en milieu rural a été reléguée au deuxième plan des politiques d’actions culturelles, où la notion d’élitisme, sous couvert de qualité, et de structuration, sous couvert de centralisme, ont marginalisé ces formes d’actions culturelles.
La seconde réponse, sur la forme, nécessite des outils adaptés :
• Pour un volet culturel rural dans les politiques contractuelles :
Les politiques contractuelles –contrat de plan Etat/Région, contrats de pays, contrats de parc- ont souvent « oublié » la culture, sauf à considérer quelques actions très structurées portant principalement sur le patrimoine.
Même les pôles d’excellence ruraux ont superbement ignoré la culture rurale.
Il faut, au contraire, mettre au cœur des politiques contractuelles les politiques culturelles locales.
On peut ainsi penser à :
- Des contrats pluriannuels de cofinancement des manifestations culturelles rurales (d’une durée de 3 ans au moins) qui ont un impact sur le vivre ensemble et des retombées économiques locales
- Des contrats pluriannuels avec des compagnies professionnelles qui apportent, par leur savoir-faire et leur immersion locale, une valeur ajoutée culturelle et un dynamisme pour la population locale
- L’aide au fonctionnement et au développement de centres culturels ruraux, comme supports et accompagnateurs de la vie culturelle locale, centres culturels entendus comme des pôles de décentralisation de la culture et d’appuis aux initiatives locales.
• Pour l’aide au développement de la culture auprès de l’éducation nationale et du monde associatif
Le développement de la culture en milieu rural passe par une approche démocratique et intéressant le plus d’habitants possibles.
De ce point de vue, la présence d’actions culturelles en milieu scolaire est un véritable atout, mis en évidence par les classes APAC au début des années 2000, mais qui, malheureusement, ont été vidées de leur contenu par le désengagement financier de l’Etat.
Il faut donc reconstruire un programme avec des engagements financiers suffisant pour faire « redécoller » les classes APAC en milieu rural.
Le développement de la culture en milieu rural passe par des modalités de soutien à l’éducation populaire, ce qui peut passer par les centres sociaux, les foyers ruraux, ou même les professionnels de la culture directement : ateliers de création artistique en lien avec l’histoire et la vie du territoire, lien entre générations, universités du savoir et de la culture. Là encore, le soutien financier de l’Etat est primordial.
Certains Pays ont accompagné les compagnies professionnelles dans le développement « d’ateliers de pratiques artistiques ouverts à tous ». L’objectif est de donner plus de sens, et de faciliter les échanges entre les habitants, les territoires, dans une démarche culturelle.
• La contre culture rurale, comme outil de différenciation et de développement économique
La contre culture rurale a beaucoup à investir dans le « village global ». Cette forme de culture, qui revendique des particularismes tout en cherchant à les intégrer au concept de culture global, peut réussir à émerger, y compris comme porteuse de développement économique.
La culture bretonne, par exemple, a beaucoup servi l’image touristique et le développement économique régional.
En effet, le développement local, désormais, doit compter avec le concept de visibilité que la culture de l’image impose dans la bataille pour le développement économique.
Les liens que peuvent entretenir les savoir-faire culturels locaux avec la valorisation d’une marque territoriale doivent être amplifiés et soutenus dans la durée.
Valorisation des savoir-faire locaux, liens entre monde agricole ou même artisanal et la création artistique, des pistes de travail doivent être explorées pour faire émerger des produits nouveaux : la notion d’ « appellation culturelle contrôlée » pourrait définir ce concept à la fois comme porteuse de développement économique et de valorisation des talents.
• Le droit à la création en milieu rural pour une diffusion adaptée.
Dans les chefs lieux régionaux voir départementaux, les artistes créent et diffusent dans les « maisons de la culture ».
Le tissu rural doit pouvoir bénéficier de ces outils tout en les adaptant aux particularités rurales. Il s’agit d’accompagner la création de « centres culturels en réseau ». Se sont des lieux d’implantation différents, qui maillent le territoire, réunis autour d’une seule structure de coopération pour une animation en réseau. Ce réseau doit permettre de développer :
- un pôle de création artistique et de diffusion de la culture patrimoniale et contemporaine, porté par plusieurs structures (partenariat public/privée), implantée sur un même territoire.
- une plate-forme de rencontre et de création culturelle, qui tout en donnant valorisant les formes de culture locales, suscite l’émergence de pratiques nouvelles.
- un pôle de rayonnement et d’échanges culturels nationaux et internationaux.
• Les écoles d’enseignements artistiques
Les écoles d’enseignement artistique aident les territoires et les compagnies professionnelles à construire des projets qui mettent en jeu une pratique musicale, chorégraphique ou théâtrale d’amateurs.
Leur intervention durable dans le milieu scolaire (primaires, collèges et lycées) doit devenir systématique et doit être soutenue par l’Etat.
L’accès au cours de musique, de théâtre, de chant,…. s’il n’est pas organisé avec l’éducation nationale reste inaccessible financièrement et géographiquement pour les jeunes habitants des campagnes. Là encore, l’égalité républicaine n’est pas respectée.
Le milieu rural Français s’est en même temps recomposé. Il a conservé, pour beaucoup, des activités culturelles traditionnelles fortes, voire les a remises en évidence, mais il a aussi bénéficié d’un véritable métissage, de part l’arrivée de nouvelles populations. Enfin, il défend un certain « art de vivre » fondé sur la simplicité des échanges, l’engagement associatif et citoyen, une forme de convivialité et de relation au temps et aux autres.
Dans ce mode de vie, la culture est au service de deux ambitions :
- Le « vivre ensemble »
- La visibilité du monde rural comme porteur de créativité, de talents, donc de richesses
De ce point de vue, et partir au concept de culture globale, la vie culturelle en milieu rural se pose comme une véritable « contre culture », concept qui n’a strictement rien de négatif dans la mesure où celle-ci est alimentée par la créativité locale et peut, d’une certaine manière, et tout en étant populaire, constituer une offre alternative et complémentaire que le « village global » tend à uniformiser, pour le meilleur (l’échange), mais aussi pour le pire (l’appauvrissement de la créativité).
Si l’on considère le milieu rural, à la fois dans ses caractéristiques traditionnelles, mais aussi nouvelles, la vie culturelle forme une véritable mosaïque d’expressions très différentes, qui peuvent se retrouver ainsi :
1) La culture des particularismes, traditionnelle et populaire, mais aussi la culture du « vivre ensemble »
Cette branche de la culture rurale fonde le concept de « bien vivre au pays » et associe en générale toutes les couches de la population, faisant ainsi de ce concept un ciment populaire
- La culture du « pays » d’abord, celle de la Résistance, comme en Morvan ou en Vercors comme celle des comices agricoles
- La culture des écrivains que les salons parisiens affublent souvent de l’adjectif de régionalistes et qui souvent les premiers ont plaidé la cause de la ruralité et ont rafraichi un style littéraire uniformisé
- La culture des villages, cet art de faire la fête, des bals de Pentecôte qui reviennent, des courses de cote, des tournois de belote ou de tarot, des derbys de foot entre deux villages distant de quelques kilomètres, des rendez-vous de la FNACA ou ces fanfares souvent présentes le 11 novembre ou le 8 mai, celle de l’apéro de Panis ou des chtis
2) La culture rurale revendicatrice
Cette branche de la culture des campagnes est une sorte de version rurale d’une des fonctions essentielles de la culture : mettre des mots sur le fonctionnement de la société, critiquer ou dénoncer dans une optique citoyenne et politique
- La culture de ces « fous du roi »( ou du président de conseil général ou encore du député) qui font jouer aux chaises musicales les élus et les préfets de région, ou encore qui font monter sur scène des chômeurs ou des « ptits vieux », qui organisent l’éducation populaire dans des universités des bistrots où sont invités tous les intellectuels de notre pays !
- La culture de diffusion des Festivals proposée souvent par ces maires qui veulent faire toucher du doigt les artistes que l’on ne voit que par petite lucarne interposée.
3) La culture dans sa fonction « éducation populaire et institutionnelle ».
Les territoires ruraux offrent très souvent des outils d’échanges, de formation, de créativité, soit organisée à partir des institutions locales, soit relayée par des centres culturels ou des associations culturelles militantes.
La culture de découverte de ces sociétés savantes qui font découvrir tel écrivain ou tel peintre de vrai talent, mais rayés des cadres de la « culture officielle »
La culture pour tous qu’essaient de promouvoir les nouvelles maisons de la culture que sont les parcs et les pays
La culture de la lecture et de l’écriture, au-delà des écrivains dit régionalistes cités ci dessus, et portés en particulier par les conseils généraux depuis plusieurs années (bibliobus, réseau de bibliothèques voir de médiathèques intercommunales, archives départementales…) ou par nos concitoyens qui organisent « les salons du livre » ou les journées « samedi c’est poésie, dimanche aussi ! ».
Le retard mis par l’Internet à arriver ou l’âge moyen plus élevé dans les territoires ruraux en sont peut être l’une des explications.
4) La culture rurale « néo mondialisée »
Il serait particulièrement réducteur de ne pas relier la « production culturelle rurale », la circulation des idées, les initiatives culturelles locales, sans aborder les relations qu’elle tisse avec le monde urbain et le « village global ».
La culture des « cités » que nos jeunes des campagnes maîtrisent parfaitement, Internet et face book obligent.
La culture des neos ruraux qui bien souvent intègrent la culturel locale traditionnelle pour la revisiter à la lumière d’une forme de modernité technologique.
La culture de la diversité, car les nationalités les plus diverses voire les plus improbables sont aussi à la campagne, le temps de l’échange, la connaissance de l’autre permettant, peut être ici plus qu’ailleurs, permettant d’effacer les a priori.
La culture de tous ces citadins, artistes, intellectuels, journalistes ou encore stars des médias qui s’investissent dans la commune de leurs résidences secondaires et qui inventent des « Jazz à Marciac » ou le « festival de chansons de Lormes ».
La culture de ces artistes qui vont se mettre au vert à Belle Ile en Mer, ou dans des petits villages corses pour créer et parfois partager avec les locaux un soir d’été à la terrasse d’un café
Ces cultures, en mouvement, constituent un des ciments du « vivre ensemble », tout comme un vivier extraordinaire de l’exception culturelle Française.
De notre point de vue, c’est à la République de s’engager pour garantir cette proposition de « vivre ensemble » et « de créativité plurielle ».
5) Quels éléments de réponse pour la ruralité ?
La première réponse, sur le fond, est de considérer l’apport culturel de la ruralité comme une expression enrichissante, respectable, et utile à la société française.
Trop souvent, la vie culturelle en milieu rural a été reléguée au deuxième plan des politiques d’actions culturelles, où la notion d’élitisme, sous couvert de qualité, et de structuration, sous couvert de centralisme, ont marginalisé ces formes d’actions culturelles.
La seconde réponse, sur la forme, nécessite des outils adaptés :
• Pour un volet culturel rural dans les politiques contractuelles :
Les politiques contractuelles –contrat de plan Etat/Région, contrats de pays, contrats de parc- ont souvent « oublié » la culture, sauf à considérer quelques actions très structurées portant principalement sur le patrimoine.
Même les pôles d’excellence ruraux ont superbement ignoré la culture rurale.
Il faut, au contraire, mettre au cœur des politiques contractuelles les politiques culturelles locales.
On peut ainsi penser à :
- Des contrats pluriannuels de cofinancement des manifestations culturelles rurales (d’une durée de 3 ans au moins) qui ont un impact sur le vivre ensemble et des retombées économiques locales
- Des contrats pluriannuels avec des compagnies professionnelles qui apportent, par leur savoir-faire et leur immersion locale, une valeur ajoutée culturelle et un dynamisme pour la population locale
- L’aide au fonctionnement et au développement de centres culturels ruraux, comme supports et accompagnateurs de la vie culturelle locale, centres culturels entendus comme des pôles de décentralisation de la culture et d’appuis aux initiatives locales.
• Pour l’aide au développement de la culture auprès de l’éducation nationale et du monde associatif
Le développement de la culture en milieu rural passe par une approche démocratique et intéressant le plus d’habitants possibles.
De ce point de vue, la présence d’actions culturelles en milieu scolaire est un véritable atout, mis en évidence par les classes APAC au début des années 2000, mais qui, malheureusement, ont été vidées de leur contenu par le désengagement financier de l’Etat.
Il faut donc reconstruire un programme avec des engagements financiers suffisant pour faire « redécoller » les classes APAC en milieu rural.
Le développement de la culture en milieu rural passe par des modalités de soutien à l’éducation populaire, ce qui peut passer par les centres sociaux, les foyers ruraux, ou même les professionnels de la culture directement : ateliers de création artistique en lien avec l’histoire et la vie du territoire, lien entre générations, universités du savoir et de la culture. Là encore, le soutien financier de l’Etat est primordial.
Certains Pays ont accompagné les compagnies professionnelles dans le développement « d’ateliers de pratiques artistiques ouverts à tous ». L’objectif est de donner plus de sens, et de faciliter les échanges entre les habitants, les territoires, dans une démarche culturelle.
• La contre culture rurale, comme outil de différenciation et de développement économique
La contre culture rurale a beaucoup à investir dans le « village global ». Cette forme de culture, qui revendique des particularismes tout en cherchant à les intégrer au concept de culture global, peut réussir à émerger, y compris comme porteuse de développement économique.
La culture bretonne, par exemple, a beaucoup servi l’image touristique et le développement économique régional.
En effet, le développement local, désormais, doit compter avec le concept de visibilité que la culture de l’image impose dans la bataille pour le développement économique.
Les liens que peuvent entretenir les savoir-faire culturels locaux avec la valorisation d’une marque territoriale doivent être amplifiés et soutenus dans la durée.
Valorisation des savoir-faire locaux, liens entre monde agricole ou même artisanal et la création artistique, des pistes de travail doivent être explorées pour faire émerger des produits nouveaux : la notion d’ « appellation culturelle contrôlée » pourrait définir ce concept à la fois comme porteuse de développement économique et de valorisation des talents.
• Le droit à la création en milieu rural pour une diffusion adaptée.
Dans les chefs lieux régionaux voir départementaux, les artistes créent et diffusent dans les « maisons de la culture ».
Le tissu rural doit pouvoir bénéficier de ces outils tout en les adaptant aux particularités rurales. Il s’agit d’accompagner la création de « centres culturels en réseau ». Se sont des lieux d’implantation différents, qui maillent le territoire, réunis autour d’une seule structure de coopération pour une animation en réseau. Ce réseau doit permettre de développer :
- un pôle de création artistique et de diffusion de la culture patrimoniale et contemporaine, porté par plusieurs structures (partenariat public/privée), implantée sur un même territoire.
- une plate-forme de rencontre et de création culturelle, qui tout en donnant valorisant les formes de culture locales, suscite l’émergence de pratiques nouvelles.
- un pôle de rayonnement et d’échanges culturels nationaux et internationaux.
• Les écoles d’enseignements artistiques
Les écoles d’enseignement artistique aident les territoires et les compagnies professionnelles à construire des projets qui mettent en jeu une pratique musicale, chorégraphique ou théâtrale d’amateurs.
Leur intervention durable dans le milieu scolaire (primaires, collèges et lycées) doit devenir systématique et doit être soutenue par l’Etat.
L’accès au cours de musique, de théâtre, de chant,…. s’il n’est pas organisé avec l’éducation nationale reste inaccessible financièrement et géographiquement pour les jeunes habitants des campagnes. Là encore, l’égalité républicaine n’est pas respectée.
Proposition
L'émission de Philippe Bertrand de ce 7 avril 2010 :
Depuis l'été 2009 l'idée d'un bouclier rural défendue par Fabien Bazin, élu du Morvan, de la Nièvre et de Bourgogne, fait son chemin. Les dernières élections régionales ont révélé un fossé entre les élites parisiennes et les aspirations d'une majorité de concitoyens qui ne vivent pas dans les grandes villes. Fabien Bazin livre ses réflexions.
La ruralité, laboratoire d'une nouvelle école
Le bouclier rural c'est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire et en particulier l’école maternelle, primaire et le collège.
Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est à dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC). Il s’agit essentiellement de mettre en acte les liens nécessaires entre parents, enseignants et élus locaux tout en permettant, avec l'accord et la participation de l'Education nationale, de proposer de nouvelles orientations en matière de compréhension et de participation à la vie de l'école et du collège. D'abord avec des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et en particulier des plus petits et l'encouragement à la scolarisation des deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation et qu'en campagne elle n'est pas pensé et vécue comme une garderie.
Ces aires rurales d'éducation concertée rassembleraient plusieurs cantons (bassins d'éducation) pour construire collectivement un projet concerté de cette zone : activités culturelles et sportives, découverte du collège, soutien au projet spécifique de chaque bassin, expérimentation pédagogique, réflexion permanente sur le soutien scolaire, discussion avec les collectivités concernées... Chaque bassin serait animé par un enseignant bénéficiant de deux jours de décharge et en charge de la coordination pour lutter contre l'isolement des instituteurs et des familles tout en permettant un échange permanent avec les représentants des collectivités.
Au delà de cette nouvelle organisation, les AREC pourraient proposer un nouveau protocole d'accueil des parents et des enfants pour réussir enfin le passage de la famille à l'école avec la mise en œuvre de "maisons des petits à l'école" pour les 2-4 ans (espace autre que celui de la classe pour découvrir et lieu d'échange et de co-réflexion pour les parents et les enseignants. La création d' « ateliers de philosophie » (séquence d'une dizaine de minutes par semaine) de la moyenne section à la seconde parce que pour être sensible à la parole des adultes les enfants ont besoin de découvrir qu’ils sont capables, eux aussi, de produire une pensée par eux mêmes, contribuerait à repenser l'école comme outils de formation de la conscience citoyenne. Enfin, la généralisation de groupes de « soutien au soutien » apporterait aux instituteurs ce lieu d'échange et de lutte contre l'isolement pour partager expériences, doutes et projets.
Ces propositions issues d'expériences locales et du travail de Jacques Levine existent aujourd’hui dans notre pays. Leur généralisation serait une réponse innovante à la crise de l'éducation si souvent dénoncée mais rarement traitée sous cet angle. La ruralité peut être le laboratoire de cette " nouvelle école" simplement parce qu'à la campagne les liens entre les intervenants préexistent, parce que les mobilisations contre les fermetures de classe ont poussé enseignants, parents et élus locaux certes à la protestation mais aussi à l'imagination.
Agriculteurs, acteurs majeurs de la ruralité
Les agriculteurs sont emblématiques de la campagne. Là encore il faut rompre l'image caricaturale du modèle unique du paysan. Si certains d'entre eux vivent bien, l'immense majorité connait une crise sans précédent : crise des revenus bien sur mais aussi crise morale grave et douloureuse.
Lâchée par l'Etat, la profession s'est pourtant considérablement modifiée au cours de ces 50 dernières années. Formés sur les nouvelles énergies (la plupart des agriculteurs sont aujourd’hui des techniciens supérieurs), ouverts à l'innovation, les circuits courts, la diversification, l'importance de l'entretien des paysages, l'adaptation sans cesse aux nouveaux dispositifs administratifs et aux nouvelles techniques (mécanisation et informatisation en particulier) ils souhaitent légitiment apporter leur pierre à la construction d'une ruralité moderne, respectueuse des hommes et des femmes qui y vivent et des territoires qu'ils font vivre.
Il est donc indispensable de faire reconnaitre par l'Union européenne et l'Etat, la spécificité des territoires ruraux qui pratiquent une agriculture extensive et de plus en plus orientée vers les "produits fermiers" ou le bio. À ce titre, le retour à une politique de "contrats" inscrite dans la durée, à rebours des dispositifs de soutien mis en œuvre ces dernières années et qui ont largement démontré leurs limites, apparait indispensable.
Agir pour généraliser, avec les collectivités locales et le soutien de l'Etat (ministères de l'agriculture, de la santé et l'espace rural), des plateformes de restauration collective, alimentées par des circuits courts (du pré à l'assiette) et pour servir les lycées, collèges, écoles et maisons de retraite.
Des outils de gestion des territoires à transformer en outils d'animation et de participation
Le débat sur la réforme des collectivités locales n'a pas permis de dégager un consensus républicain, a fortiori dans les départements les plus ruraux, parce que la réforme n'a été pensé que du simple point de vue comptable (transfert de charges non compensés, financements croisés, démission de la puissance publique locale et même « coût » des élus locaux !). Pour nous, représentants des territoires ruraux, l'enjeu est tout autre : il nous faut collectivement inventer l'animation des territoires du 21e siècle.
Certes le financement des projets, en particulier en période de crise, est aujourd’hui problématique et réclame des efforts d'imagination, mais notre priorité, parce que nous avons le devoir de promouvoir et de développer ce nouveau modèle de "vivre ensemble", est de répondre à l'attente forte de nos concitoyens en terme de coproduction des choix et de codécision sur les sujets quotidiens.
La généralisation et le financement pérenne de lieux d'échanges et de débats à l'échelle des cantons notamment et animés par des professionnels du développement local qui viendraient en appui d'associations de citoyens apparait indispensable. La capacité des territoires à dialoguer entre eux s'en trouverait renforcée; les citoyens, formés peu à peu, disposeraient d'outils pertinents de compréhension des contraintes et des propositions comme d'évaluation des politiques publiques de proximité.
Dans le champ du « vivre ensemble » et du soutien à la citoyenneté et à l'éducation populaire, les centres sociaux, entendus comme participants de l'innovation sociale, du "faire compagnie" méritent une attention particulière. Dépositaires de l'animation sociale et de la construction de la part social du projet de territoire (feuille de route partagée pour 3 ou 5 ans par les habitants), ils devraient aussi bénéficier de moyens spécifiques pour gérer les réseaux d'aides ménagères (souvent nouvelles "factrices" de la ruralité et en première ligne pour lutter contre l'isolement) et pour contribuer à la professionnalisation et à la revalorisation du rôle de ces faiseuses de lien social, essentielles pour construire une société plus respectueuse de ses Anciens. Ils sont aussi organisateurs et inventeurs de l'offre de loisirs, d'accès aux cultures et aux sports pour les jeunes et premiers acteurs de la prévention contre l'incivilité. La professionnalisation des centres sociaux (fonctionnement, statut juridique, pilotage) apparait à ces différents titres totalement indispensables.
L'intercommunalité quant à elle doit bien évidemment évoluer, dans le mode de désignation (suffrage universel direct) et sur ses périmètres sans toutefois se transformer en « agglomération rurale ». Là encore ce sont les collaborations concrètes entre les territoires, les effets positifs de la mutualisation (comme pour les ordures ménagères, la gestion commune des appels d'offres pour la voierie, le contrôle de l'assainissement non collectif, le bassin réel d'emplois...) qui doivent fonder le socle de la discussion autour de ces nouveaux périmètres. Un effet induit de cette modification de la carte communale en ruralité, pourrait être paradoxalement la revalorisation du rôle et de la fonction des communes et en particulier des chefs lieux de canton.
Tout aussi indispensable en zone rurale, les parcs naturels régionaux et les pays, parce qu’ils sont fondés sur la délibération collective et le contrat sont des outils de la ruralité moderne. Les pays, en gérant au plus prés des besoins une enveloppe contractualisée avec l'Etat, la Région et le Département sont un laboratoire d'expérimentation des choix collectifs et un lieu d'imagination pour mieux dupliquer les innovations des territoires et ainsi contribuer à "spécialiser" à différencier les campagnes des zones plus urbaines. Ce sont aussi de forts leviers de modernité (les pays 2.0) et un bouclier face au déménagement de l'Etat (contrats de services publics ou même soutien pour l'acquisition de mallette RASED!) Les parcs régionaux, quant à eux représentent une ressource formidable en termes de conseils, d'animation et d'organisation du débat public sur les grands sujets de société (environnement, eau, forêt, culture...). Les équipes techniques disposent en effet d'une formation et d'une expertise qui font des parcs un exemple concret de services publics modernes.
Ils sont, par ailleurs, contributeurs à la réflexion sur la création d'un fonds de péréquation environnemental abondé par les territoires les plus "carbonés" et bénéficiant aux espaces ruraux les plus vertueux. Ils appellent à la vigilance de tous, citoyens comme représentants locaux sur les enjeux de la préservation de la bio diversité et d'un développement éco-responsable.
Fabien Bazin
Maire de Lormes
Conseiller général de la Nièvre
http://www.creusot-infos.com/article.php?sid=18506&thold=0
Le bouclier rural c'est aussi une contribution pour repenser notre système scolaire et en particulier l’école maternelle, primaire et le collège.
Nous proposons de généraliser les « ZEP rurales » c'est à dire les « aires rurales d'éducation concertée » (AREC). Il s’agit essentiellement de mettre en acte les liens nécessaires entre parents, enseignants et élus locaux tout en permettant, avec l'accord et la participation de l'Education nationale, de proposer de nouvelles orientations en matière de compréhension et de participation à la vie de l'école et du collège. D'abord avec des classes à taille humaine (25 élèves maximum), des temps de transports scolaires compatibles avec le rythme de vie des enfants et en particulier des plus petits et l'encouragement à la scolarisation des deux ans parce que la très petite section de maternelle est le premier lieu de socialisation et qu'en campagne elle n'est pas pensé et vécue comme une garderie.
Ces aires rurales d'éducation concertée rassembleraient plusieurs cantons (bassins d'éducation) pour construire collectivement un projet concerté de cette zone : activités culturelles et sportives, découverte du collège, soutien au projet spécifique de chaque bassin, expérimentation pédagogique, réflexion permanente sur le soutien scolaire, discussion avec les collectivités concernées... Chaque bassin serait animé par un enseignant bénéficiant de deux jours de décharge et en charge de la coordination pour lutter contre l'isolement des instituteurs et des familles tout en permettant un échange permanent avec les représentants des collectivités.
Au delà de cette nouvelle organisation, les AREC pourraient proposer un nouveau protocole d'accueil des parents et des enfants pour réussir enfin le passage de la famille à l'école avec la mise en œuvre de "maisons des petits à l'école" pour les 2-4 ans (espace autre que celui de la classe pour découvrir et lieu d'échange et de co-réflexion pour les parents et les enseignants. La création d' « ateliers de philosophie » (séquence d'une dizaine de minutes par semaine) de la moyenne section à la seconde parce que pour être sensible à la parole des adultes les enfants ont besoin de découvrir qu’ils sont capables, eux aussi, de produire une pensée par eux mêmes, contribuerait à repenser l'école comme outils de formation de la conscience citoyenne. Enfin, la généralisation de groupes de « soutien au soutien » apporterait aux instituteurs ce lieu d'échange et de lutte contre l'isolement pour partager expériences, doutes et projets.
Ces propositions issues d'expériences locales et du travail de Jacques Levine existent aujourd’hui dans notre pays. Leur généralisation serait une réponse innovante à la crise de l'éducation si souvent dénoncée mais rarement traitée sous cet angle. La ruralité peut être le laboratoire de cette " nouvelle école" simplement parce qu'à la campagne les liens entre les intervenants préexistent, parce que les mobilisations contre les fermetures de classe ont poussé enseignants, parents et élus locaux certes à la protestation mais aussi à l'imagination.
Agriculteurs, acteurs majeurs de la ruralité
Les agriculteurs sont emblématiques de la campagne. Là encore il faut rompre l'image caricaturale du modèle unique du paysan. Si certains d'entre eux vivent bien, l'immense majorité connait une crise sans précédent : crise des revenus bien sur mais aussi crise morale grave et douloureuse.
Lâchée par l'Etat, la profession s'est pourtant considérablement modifiée au cours de ces 50 dernières années. Formés sur les nouvelles énergies (la plupart des agriculteurs sont aujourd’hui des techniciens supérieurs), ouverts à l'innovation, les circuits courts, la diversification, l'importance de l'entretien des paysages, l'adaptation sans cesse aux nouveaux dispositifs administratifs et aux nouvelles techniques (mécanisation et informatisation en particulier) ils souhaitent légitiment apporter leur pierre à la construction d'une ruralité moderne, respectueuse des hommes et des femmes qui y vivent et des territoires qu'ils font vivre.
Il est donc indispensable de faire reconnaitre par l'Union européenne et l'Etat, la spécificité des territoires ruraux qui pratiquent une agriculture extensive et de plus en plus orientée vers les "produits fermiers" ou le bio. À ce titre, le retour à une politique de "contrats" inscrite dans la durée, à rebours des dispositifs de soutien mis en œuvre ces dernières années et qui ont largement démontré leurs limites, apparait indispensable.
Agir pour généraliser, avec les collectivités locales et le soutien de l'Etat (ministères de l'agriculture, de la santé et l'espace rural), des plateformes de restauration collective, alimentées par des circuits courts (du pré à l'assiette) et pour servir les lycées, collèges, écoles et maisons de retraite.
Des outils de gestion des territoires à transformer en outils d'animation et de participation
Le débat sur la réforme des collectivités locales n'a pas permis de dégager un consensus républicain, a fortiori dans les départements les plus ruraux, parce que la réforme n'a été pensé que du simple point de vue comptable (transfert de charges non compensés, financements croisés, démission de la puissance publique locale et même « coût » des élus locaux !). Pour nous, représentants des territoires ruraux, l'enjeu est tout autre : il nous faut collectivement inventer l'animation des territoires du 21e siècle.
Certes le financement des projets, en particulier en période de crise, est aujourd’hui problématique et réclame des efforts d'imagination, mais notre priorité, parce que nous avons le devoir de promouvoir et de développer ce nouveau modèle de "vivre ensemble", est de répondre à l'attente forte de nos concitoyens en terme de coproduction des choix et de codécision sur les sujets quotidiens.
La généralisation et le financement pérenne de lieux d'échanges et de débats à l'échelle des cantons notamment et animés par des professionnels du développement local qui viendraient en appui d'associations de citoyens apparait indispensable. La capacité des territoires à dialoguer entre eux s'en trouverait renforcée; les citoyens, formés peu à peu, disposeraient d'outils pertinents de compréhension des contraintes et des propositions comme d'évaluation des politiques publiques de proximité.
Dans le champ du « vivre ensemble » et du soutien à la citoyenneté et à l'éducation populaire, les centres sociaux, entendus comme participants de l'innovation sociale, du "faire compagnie" méritent une attention particulière. Dépositaires de l'animation sociale et de la construction de la part social du projet de territoire (feuille de route partagée pour 3 ou 5 ans par les habitants), ils devraient aussi bénéficier de moyens spécifiques pour gérer les réseaux d'aides ménagères (souvent nouvelles "factrices" de la ruralité et en première ligne pour lutter contre l'isolement) et pour contribuer à la professionnalisation et à la revalorisation du rôle de ces faiseuses de lien social, essentielles pour construire une société plus respectueuse de ses Anciens. Ils sont aussi organisateurs et inventeurs de l'offre de loisirs, d'accès aux cultures et aux sports pour les jeunes et premiers acteurs de la prévention contre l'incivilité. La professionnalisation des centres sociaux (fonctionnement, statut juridique, pilotage) apparait à ces différents titres totalement indispensables.
L'intercommunalité quant à elle doit bien évidemment évoluer, dans le mode de désignation (suffrage universel direct) et sur ses périmètres sans toutefois se transformer en « agglomération rurale ». Là encore ce sont les collaborations concrètes entre les territoires, les effets positifs de la mutualisation (comme pour les ordures ménagères, la gestion commune des appels d'offres pour la voierie, le contrôle de l'assainissement non collectif, le bassin réel d'emplois...) qui doivent fonder le socle de la discussion autour de ces nouveaux périmètres. Un effet induit de cette modification de la carte communale en ruralité, pourrait être paradoxalement la revalorisation du rôle et de la fonction des communes et en particulier des chefs lieux de canton.
Tout aussi indispensable en zone rurale, les parcs naturels régionaux et les pays, parce qu’ils sont fondés sur la délibération collective et le contrat sont des outils de la ruralité moderne. Les pays, en gérant au plus prés des besoins une enveloppe contractualisée avec l'Etat, la Région et le Département sont un laboratoire d'expérimentation des choix collectifs et un lieu d'imagination pour mieux dupliquer les innovations des territoires et ainsi contribuer à "spécialiser" à différencier les campagnes des zones plus urbaines. Ce sont aussi de forts leviers de modernité (les pays 2.0) et un bouclier face au déménagement de l'Etat (contrats de services publics ou même soutien pour l'acquisition de mallette RASED!) Les parcs régionaux, quant à eux représentent une ressource formidable en termes de conseils, d'animation et d'organisation du débat public sur les grands sujets de société (environnement, eau, forêt, culture...). Les équipes techniques disposent en effet d'une formation et d'une expertise qui font des parcs un exemple concret de services publics modernes.
Ils sont, par ailleurs, contributeurs à la réflexion sur la création d'un fonds de péréquation environnemental abondé par les territoires les plus "carbonés" et bénéficiant aux espaces ruraux les plus vertueux. Ils appellent à la vigilance de tous, citoyens comme représentants locaux sur les enjeux de la préservation de la bio diversité et d'un développement éco-responsable.
Fabien Bazin
Maire de Lormes
Conseiller général de la Nièvre
http://www.creusot-infos.com/article.php?sid=18506&thold=0
Proposition
Hier, la première secrétaire réunissait les présidents de région à Solferino. Elle entendait définir une ligne politique commune. Et rapprocher les élus locaux de la direction.
Une réunion éminemment politique. En invitant les présidents de région victorieux au siège du Parti socialiste, rue de Solferino, Martine Aubry envoyait d’abord un message. Notamment à ceux qui, comme le sénateur-maire, Gérard Collomb, savonnaient la planche de la première secrétaire : « Si grand chelem il y a, on le devra surtout aux candidats dans les régions, plutôt qu’à Martine Aubry ! Ce ne sera pas sa victoire. Beaucoup portent un programme assez différent de la ligne politique plutôt frileuse et conservatrice incarnée par la direction du PS. » Seule Ségolène Royal a pourtant décliné l’invitation à cette réunion. Hier, Martine Aubry avait le souci de montrer qu’elle jouait collectif en rendant officiellement « hommage au travail des présidents de région » et de « discuter avec eux de la façon de continuer à travailler pour les Français », indiquait-on du côté de Solferino.
Derrière ces mots, l’idée également de rassembler des élus locaux, dont certains restent coupés de la direction nationale, plus occupés à conforter leur assise territoriale qu’à la reconstruction du parti. En juillet 2009, Alain Rousset, le président de la région Aquitaine, estimait que la « stratégie de fond de cour » de Martine Aubry était la bonne. « Aujourd’hui, nos concitoyens ont confiance dans la façon dont nous gérons, avec conviction et pragmatisme, les collectivités locales. Ce n’est pas un dialogue idéologique, une mise en cause permanente. » S’inspirer des expériences régionales donc, pour construire. Ainsi aura-t-il été question de la mise en place d’un calendrier précis sur la mutation industrielle, le bouclier rural, le contrat de continuité professionnelle ou l’allocation d’autonomie pour la jeunesse. François Patriat, président de la Bourgogne, souhaite que les élus soient mieux entendus. « Je rappellerai également que les régions ne sont pas des contre-pouvoirs mais que l’État doit nous laisser travailler sans pomper nos ressources. Il faut que nous mettions en œuvre les moyens de nous opposer à la réforme des collectivités », disait-il hier.
La réunion d’hier avait donc pour but de donner une ligne politique commune. Tout le monde au diapason quand le Parti socialiste prend parfois des allures d’un conglomérat de baronnies où chacun mène la politique qu’il entend. Quitte à laisser libre cours à une certaine confusion. Martine Aubry avait certainement en tête de se rapprocher de présidents de région qu’elle avait laissé libres de ne pas se soumettre aux équilibres des courants définis par le dernier congrès. Libres également de ménager des espaces politiques à des dissidents du Modem, par exemple, sans tenir compte de la position nationale. Enfin, la première secrétaire sait qu’elle compte parmi les présidents de région de solides soutiens. À l’issue d’un congrès où elle fut mal élue, François Bonneau, Jean-Paul Huchon, René Souchon et Martin Malvy entre autres l’avaient poussée en ce sens en demandant une « direction centrée sur les problèmes du pays et de nos concitoyens ». Signe de cette volonté de coordonner le travail entre l’échelon local et la direction : après la photo de famille, les présidents de région étaient invités à rester au bureau national.
Lina Sankari
http://www.humanite.fr/2010-03-24_Politique-_-Social-Economie_Martine-Aubry-veut-mettre-le-PS-en-ordre-de
Derrière ces mots, l’idée également de rassembler des élus locaux, dont certains restent coupés de la direction nationale, plus occupés à conforter leur assise territoriale qu’à la reconstruction du parti. En juillet 2009, Alain Rousset, le président de la région Aquitaine, estimait que la « stratégie de fond de cour » de Martine Aubry était la bonne. « Aujourd’hui, nos concitoyens ont confiance dans la façon dont nous gérons, avec conviction et pragmatisme, les collectivités locales. Ce n’est pas un dialogue idéologique, une mise en cause permanente. » S’inspirer des expériences régionales donc, pour construire. Ainsi aura-t-il été question de la mise en place d’un calendrier précis sur la mutation industrielle, le bouclier rural, le contrat de continuité professionnelle ou l’allocation d’autonomie pour la jeunesse. François Patriat, président de la Bourgogne, souhaite que les élus soient mieux entendus. « Je rappellerai également que les régions ne sont pas des contre-pouvoirs mais que l’État doit nous laisser travailler sans pomper nos ressources. Il faut que nous mettions en œuvre les moyens de nous opposer à la réforme des collectivités », disait-il hier.
La réunion d’hier avait donc pour but de donner une ligne politique commune. Tout le monde au diapason quand le Parti socialiste prend parfois des allures d’un conglomérat de baronnies où chacun mène la politique qu’il entend. Quitte à laisser libre cours à une certaine confusion. Martine Aubry avait certainement en tête de se rapprocher de présidents de région qu’elle avait laissé libres de ne pas se soumettre aux équilibres des courants définis par le dernier congrès. Libres également de ménager des espaces politiques à des dissidents du Modem, par exemple, sans tenir compte de la position nationale. Enfin, la première secrétaire sait qu’elle compte parmi les présidents de région de solides soutiens. À l’issue d’un congrès où elle fut mal élue, François Bonneau, Jean-Paul Huchon, René Souchon et Martin Malvy entre autres l’avaient poussée en ce sens en demandant une « direction centrée sur les problèmes du pays et de nos concitoyens ». Signe de cette volonté de coordonner le travail entre l’échelon local et la direction : après la photo de famille, les présidents de région étaient invités à rester au bureau national.
Lina Sankari
http://www.humanite.fr/2010-03-24_Politique-_-Social-Economie_Martine-Aubry-veut-mettre-le-PS-en-ordre-de
Proposition
Le maire de Lormes, dans la Nièvre, propose un plan pour revitaliser les campagnes, en relançant notamment les services publics.
L’idée lui est venue en voiture en allant à Nevers, dans la Nièvre, en février 2009. «J’allais causer budget au conseil général, raconte Fabien Bazin, maire PS de Lormes, 1 500 habitants, dans le Morvan. J’étais en train d’écouter un débat sur le bouclier fiscal. Et je me suis dit : "Pourquoi pas un bouclier rural qui garantirait l’égalité des droits et des chances aux territoires ruraux ?"» Dans cette haute Bourgogne où les routes sont sinueuses et où on mesure les déplacements en temps plutôt qu’en kilomètres, Fabien Bazin a eu tout le loisir de peaufiner au volant son projet d’«exception rurale à la française» et de «droit opposable à l’Etat par les collectivités rurales».
Parmi les principales dispositions figurent la création de zones franches rurales, inspirées de celles des banlieues, avec une fiscalité adaptée au petit commerce et à l’artisanat, et un soutien aux associations d’intérêt général comme les centres sociaux. Le maire de Lormes préconise également l’instauration d’un «temps d’accès minimum aux services publics» qui permettraient aux habitants des territoires ruraux d’être à moins de quarante-cinq minutes d’une maternité, de vingt minutes d’un accueil de médecine générale, de quinze minutes d’une école élémentaire ou d’un bureau de poste. Et pour ce faire, le «bouclier rural» prévoit la suppression dans les campagnes de la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. «Un gendarme en moins dans ma commune, c’est une famille qui s’en va, explique le maire de Lormes. Les enfants de gendarmes représentent 10% des effectifs de l’école maternelle.»
Pour financer le bouclier rural, Fabien Bazin compte sur «l’abrogation de la part la plus critiquable» du bouclier fiscal, «qui donne plus à ceux qui ont déjà trop, et en affectant ces moyens à la ruralité». Il propose également la création d’«un fonds de péréquation environnemental» en faveur des campagnes, qui «serait alimenté par les départements très "carbonés" et les entreprises dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne départementale».
«Maternité». Ce matin-là, à Nevers, Fabien Bazin est venu présenter son bouclier rural devant l’amicale des maires de la Nièvre, où le projet a été approuvé à l’unanimité par le conseil général en juin. Sous les hauts plafonds du palais ducal, il y a beaucoup de cheveux blancs, on écoute posément ce jeune conférencier qui fait d’emblée dans la proximité et le concret pour exposer son projet : «Quand vous recevez dans vos communes vos résidents secondaires, ils disent : "A Paris, à Lyon, on ne se parle plus." Chez nous, quand il y a la queue au supermarché, c’est qu’un client prend des nouvelles de la caissière. Quand on fait un mariage ici, on prend le temps, on n’est pas à la chaîne. Moi, mon fils est né à la maternité de Clamecy. Sa mère a été accompagnée par des gens qui venaient prendre des nouvelles à la maison. Nous, on n’est peut-être pas très nombreux, mais on se parle. C’est une richesse.»
Partout où il emporte son projet de bouclier rural - actuellement dans une vingtaine de départements, Fabien Bazin répète deux chiffres : les 20% des habitants des campagnes françaises occupent plus de 80% du territoire et huit millions de citadins ont un projet de vie à la campagne (1). «C’est la fin de l’exode rural ! s’emporte l’élu. Aujourd’hui, c’est l’exode urbain. A part les ghettos de riches comme Paris, l’essentiel des habitants des villes connaissent des problèmes financiers. Le système est à bout. Il faut se préparer à l’arrivée des citadins.» C’est à Lormes que Fabien Bazin voit l’avenir, pas à Neuilly-sur-Seine dont, dit-il, l’ancien maire et actuel président de la République «n’a pas de projet pour les zones rurales».
«Proximité». Un bouclier rural, donc, pour revitaliser des campagnes et faciliter l’installation de nouveaux habitants, la démonstration est plaisante mais pour l’heure, dans la salle du palais ducal, on navigue entre doléances et inquiétudes : «Il faut qu’on arrête de dépouiller nos territoires, lance un élu. La chirurgie de l’hôpital de Clamecy est pratiquement fermée ; ils ont prévu un bus pour emmener les patients à Auxerre. Il faut qu’on fasse confiance aux élus ruraux. On a l’impression que plus on s’éloigne de la ville, plus on considère que l’on perd en intelligence. On est en train de glisser d’un principe d’égalité entre territoires vers un principe d’équité. Il faut le refuser.»
A Urzy (1 800 habitants), raconte la maire, «on a supprimé l’année dernière trois classes. Ils veulent mettre en place des jardins d’éveil. Mais qui va intervenir dans ces jardins ?» René-Pierre Signé, qui fut maire de Château-Chinon à la suite de François Mitterrand de 1981 à 2008, rapporte comment il a interpellé la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, au Sénat sur l’avenir des hôpitaux de proximité. «Si on les supprime au profit de grands pôles de médecine, que va-t-on faire avec le patient qui a saigné du nez durant la nuit ? s’interroge le sénateur socialiste, médecin généraliste à la retraite. Il ne faut pas oublier que la majorité des actes chirurgicaux ne sont pas des actes de haut niveau et que, dans huit cas sur dix, ils peuvent se régler dans des hôpitaux de proximité. En revanche, il y a des actes médicaux qui n’attendent pas. Comment aller jusqu’à Dijon quand on a la rate perforée ?»
Il y a trois semaines, Fabien Bazin s’est rendu rue de Solferino présenter le bouclier rural devant le laboratoire d’idées du PS. Le projet doit déboucher sur une proposition de loi défendue par le député socialiste de la Nièvre Christian Paul : «On est en train de vivre les derniers temps du maillage cantonal des services publics, estime le parlementaire. Dans la Nièvre, le signal a été donné quand nous nous sommes retrouvés avec un canton sans médecin. La question aujourd’hui, c’est de se demander ce que l’on va imaginer pour l’avenir. Il faut partir des besoins et non d’une logique budgétaire centralisée. Il ne faut pas forcément être crispé sur le canton, mais penser coproduction locale. Il faut réinventer un modèle de vie et de présence publique dans les campagnes.»
Par JACKY DURAND envoyé spécial à Nevers
http://www.liberation.fr/societe/0101624499-un-bouclier-rural-pour-parer-l-exode
Parmi les principales dispositions figurent la création de zones franches rurales, inspirées de celles des banlieues, avec une fiscalité adaptée au petit commerce et à l’artisanat, et un soutien aux associations d’intérêt général comme les centres sociaux. Le maire de Lormes préconise également l’instauration d’un «temps d’accès minimum aux services publics» qui permettraient aux habitants des territoires ruraux d’être à moins de quarante-cinq minutes d’une maternité, de vingt minutes d’un accueil de médecine générale, de quinze minutes d’une école élémentaire ou d’un bureau de poste. Et pour ce faire, le «bouclier rural» prévoit la suppression dans les campagnes de la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. «Un gendarme en moins dans ma commune, c’est une famille qui s’en va, explique le maire de Lormes. Les enfants de gendarmes représentent 10% des effectifs de l’école maternelle.»
Pour financer le bouclier rural, Fabien Bazin compte sur «l’abrogation de la part la plus critiquable» du bouclier fiscal, «qui donne plus à ceux qui ont déjà trop, et en affectant ces moyens à la ruralité». Il propose également la création d’«un fonds de péréquation environnemental» en faveur des campagnes, qui «serait alimenté par les départements très "carbonés" et les entreprises dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne départementale».
«Maternité». Ce matin-là, à Nevers, Fabien Bazin est venu présenter son bouclier rural devant l’amicale des maires de la Nièvre, où le projet a été approuvé à l’unanimité par le conseil général en juin. Sous les hauts plafonds du palais ducal, il y a beaucoup de cheveux blancs, on écoute posément ce jeune conférencier qui fait d’emblée dans la proximité et le concret pour exposer son projet : «Quand vous recevez dans vos communes vos résidents secondaires, ils disent : "A Paris, à Lyon, on ne se parle plus." Chez nous, quand il y a la queue au supermarché, c’est qu’un client prend des nouvelles de la caissière. Quand on fait un mariage ici, on prend le temps, on n’est pas à la chaîne. Moi, mon fils est né à la maternité de Clamecy. Sa mère a été accompagnée par des gens qui venaient prendre des nouvelles à la maison. Nous, on n’est peut-être pas très nombreux, mais on se parle. C’est une richesse.»
Partout où il emporte son projet de bouclier rural - actuellement dans une vingtaine de départements, Fabien Bazin répète deux chiffres : les 20% des habitants des campagnes françaises occupent plus de 80% du territoire et huit millions de citadins ont un projet de vie à la campagne (1). «C’est la fin de l’exode rural ! s’emporte l’élu. Aujourd’hui, c’est l’exode urbain. A part les ghettos de riches comme Paris, l’essentiel des habitants des villes connaissent des problèmes financiers. Le système est à bout. Il faut se préparer à l’arrivée des citadins.» C’est à Lormes que Fabien Bazin voit l’avenir, pas à Neuilly-sur-Seine dont, dit-il, l’ancien maire et actuel président de la République «n’a pas de projet pour les zones rurales».
«Proximité». Un bouclier rural, donc, pour revitaliser des campagnes et faciliter l’installation de nouveaux habitants, la démonstration est plaisante mais pour l’heure, dans la salle du palais ducal, on navigue entre doléances et inquiétudes : «Il faut qu’on arrête de dépouiller nos territoires, lance un élu. La chirurgie de l’hôpital de Clamecy est pratiquement fermée ; ils ont prévu un bus pour emmener les patients à Auxerre. Il faut qu’on fasse confiance aux élus ruraux. On a l’impression que plus on s’éloigne de la ville, plus on considère que l’on perd en intelligence. On est en train de glisser d’un principe d’égalité entre territoires vers un principe d’équité. Il faut le refuser.»
A Urzy (1 800 habitants), raconte la maire, «on a supprimé l’année dernière trois classes. Ils veulent mettre en place des jardins d’éveil. Mais qui va intervenir dans ces jardins ?» René-Pierre Signé, qui fut maire de Château-Chinon à la suite de François Mitterrand de 1981 à 2008, rapporte comment il a interpellé la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, au Sénat sur l’avenir des hôpitaux de proximité. «Si on les supprime au profit de grands pôles de médecine, que va-t-on faire avec le patient qui a saigné du nez durant la nuit ? s’interroge le sénateur socialiste, médecin généraliste à la retraite. Il ne faut pas oublier que la majorité des actes chirurgicaux ne sont pas des actes de haut niveau et que, dans huit cas sur dix, ils peuvent se régler dans des hôpitaux de proximité. En revanche, il y a des actes médicaux qui n’attendent pas. Comment aller jusqu’à Dijon quand on a la rate perforée ?»
Il y a trois semaines, Fabien Bazin s’est rendu rue de Solferino présenter le bouclier rural devant le laboratoire d’idées du PS. Le projet doit déboucher sur une proposition de loi défendue par le député socialiste de la Nièvre Christian Paul : «On est en train de vivre les derniers temps du maillage cantonal des services publics, estime le parlementaire. Dans la Nièvre, le signal a été donné quand nous nous sommes retrouvés avec un canton sans médecin. La question aujourd’hui, c’est de se demander ce que l’on va imaginer pour l’avenir. Il faut partir des besoins et non d’une logique budgétaire centralisée. Il ne faut pas forcément être crispé sur le canton, mais penser coproduction locale. Il faut réinventer un modèle de vie et de présence publique dans les campagnes.»
Par JACKY DURAND envoyé spécial à Nevers
http://www.liberation.fr/societe/0101624499-un-bouclier-rural-pour-parer-l-exode
Proposition
Une réaction de Fabien Bazin au discours de Nicolas Sarkozy sur l'avenir des territoires ruraux prononcé hier dans le Loir-et-Cher.
Fabien Bazin
A quelques semaines du 1er tour des élections régionales, comme il l’avait fait juste avant les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy est allé faire un tour en campagne.
Ce bref passage a fait l’objet d’annonces, comme en 2008, qui confirment la méconnaissance totale du chef de l’Etat de la ruralité.
Maire d’une commune rurale de 1500 habitants, je me félicite néanmoins que le plus haut personnage de l’Etat reconnaisse que « la France rurale de 2010 commence un nouveau cycle de croissance » et prenne acte implicitement de la fin de l’exode rural au profit du retour des citadins vers les campagnes.
Une fois ce constat posé, l’ancien maire de Neuilly démontre une nouvelle fois son absence de projet pour les zones rurales et son ignorance des initiatives menées par les collectivités locales.
Le catalogue de mesures proposées, pour la plupart déjà mises en œuvre par les Départements et les Régions (Haut débit et accès à internet, maisons médicales, accompagnement de l’économie résidentielle, transport à la demande et covoiturage…) ne constitue en rien « le nouveau modèle pour une nouvelle vie » que les ruraux construisent au quotidien alors que l’Etat, chaque jour, détruit : services publics de proximité, comme les maternités, La Poste, les écoles, le logement, pour lesquels les moyens sont concentrés sur les territoires urbains (plus de 6 milliards d’euros par an pour la politique de la ville, combien pour les zones rurales ?), les agriculteurs oubliés, le commerce et l’artisanat lâchés par les banques et pour lesquels l’Etat ne s’est pas donné les moyens d’un soutien efficace, les élus locaux enfin, véritables animateurs du développement local, et que l’on s’apprête à liquider avec la réforme des collectivités territoriales….
Lors des « assises des territoires ruraux » auxquelles j’ai participé avec quelques collègues, en préfecture bien sur, nous avions pourtant proposées des mesures concrètes pour instaurer en France un véritable « bouclier rural ».
La ruralité : un nouveau modèle de vivre ensemble
C'est au départ un constat: la ruralité est absente du débat public et n’apparaît qu’en période électorale, alors que, peut être plus que jamais avons-nous besoin de la capacité d'inventer, de proposer et d'imaginer de nos campagnes. Aujourd’hui, à force de reportages télévisés sur une vie urbaine présentée comme anonyme et « stressante » et de témoignages de citadins qui viennent « décompresser » chez nous le temps d'un week-end ou des vacances, se forge peu à peu le sentiment que la ruralité construit un modèle de vie alternatif et, au fonds, très moderne, à tout le moins très vivable.
Les nouvelles technologies, l'environnement préservé, la qualité des relations humaines (on se dit bonjour lorsque l'on se croise), les commerces de proximité et même les petits super marchés locaux (où l'on connait sa caissière), les nouveaux emplois qui émergent peu à peu et peut être surtout la nécessité de devoir inventer et imaginer chaque jour des solutions à des questions très concrètes de la vie quotidienne ( Comment se déplacer ? Comment lutter contre l'isolement des plus anciens et « faire compagnie » ? Comment organiser les relations entre parents et enseignants ? Quel nom donner à la nouvelle école maternelle ? Comment participer à la vie de son village ?....) : tout cela rend possible une contribution de la ruralité à un nouveau modèle de vivre ensemble qui promeut « la ré-humanisation des villes et la revitalisation des campagnes », comme le propose Edgar Morin.
Par ailleurs, selon BVA, 8 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne. On parle effectivement aujourd’hui hui d'exode urbain. Même si les jeunes ruraux continuent de rechercher formations et emplois à la ville, l'envie de revenir au pays est une réalité partagée, ne serait-ce que le weekend pour rejoindre son club de foot.
L'Etat a démontré son absence de projet pour la société française. Il abandonne son rôle de stratège et privilégie une approche idéologique, réaffirmée lors de ce déplacement présidentielle, qui nie le vivre ensemble, contrairement à ce que nous dit le président de la république, au profit de l’individualisme, l'excès inverse du collectivisme. L’hyper concentration apparait comme un recul dans l’organisation de notre société.
Mettre en place un bouclier rural
Quand le bouclier fiscal donne plus à ceux qui ont déjà trop, nous proposons de mettre en œuvre un bouclier rural qui garantisse l'égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux. Il serait opposable par les citoyens et les collectivités locales à l'Etat et à toutes les personnes morales chargées de la mise en œuvre d'un service public ou d'une politique de l'emploi et du développement économique.
Le bouclier rural ce sont, ainsi des mesures dérogatoires et concrètes :
- un temps d'accès minimum aux services publics, et d’abord l’école et l’hôpital.
- la création de vraies zones franches rurales à taille humaine (fiscalité adaptée pour le commerce et l'artisanat, rythme de mise aux normes tenant compte du chiffre d'affaires, création de vrais pôles d'excellence ruraux...) fondées sur le contrat et plus imaginatives et positives que les dispositifs à destination des quartiers.
- la suppression dans ces territoires de la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Car les fonctionnaires en zone rurale s’appellent aussi professeurs, infirmiers, gendarmes…
- le soutien aux associations d'intérêt général, comme les centres sociaux.
- la généralisation et le financement pérenne de lieux d'échange et de dialogue comme les comités de territoires
Autrement dit, il s'agit de remettre une vraie « efficacité publique locale » dans les campagnes, a rebours des régressions dramatiques des années récentes.
Comment financer ces mesures ? En abrogeant la part la plus critiquable d'un bouclier fiscal qui donne plus à ceux qui ont déjà trop, et en affectant ces moyens à la ruralité. En créant un fonds de péréquation environnemental, abondé par les départements très « carbonés », et les entreprises dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne départementale et bénéficiant aux campagnes les plus vertueuses.
Fabien Bazin
Maire de Lormes
Ce bref passage a fait l’objet d’annonces, comme en 2008, qui confirment la méconnaissance totale du chef de l’Etat de la ruralité.
Maire d’une commune rurale de 1500 habitants, je me félicite néanmoins que le plus haut personnage de l’Etat reconnaisse que « la France rurale de 2010 commence un nouveau cycle de croissance » et prenne acte implicitement de la fin de l’exode rural au profit du retour des citadins vers les campagnes.
Une fois ce constat posé, l’ancien maire de Neuilly démontre une nouvelle fois son absence de projet pour les zones rurales et son ignorance des initiatives menées par les collectivités locales.
Le catalogue de mesures proposées, pour la plupart déjà mises en œuvre par les Départements et les Régions (Haut débit et accès à internet, maisons médicales, accompagnement de l’économie résidentielle, transport à la demande et covoiturage…) ne constitue en rien « le nouveau modèle pour une nouvelle vie » que les ruraux construisent au quotidien alors que l’Etat, chaque jour, détruit : services publics de proximité, comme les maternités, La Poste, les écoles, le logement, pour lesquels les moyens sont concentrés sur les territoires urbains (plus de 6 milliards d’euros par an pour la politique de la ville, combien pour les zones rurales ?), les agriculteurs oubliés, le commerce et l’artisanat lâchés par les banques et pour lesquels l’Etat ne s’est pas donné les moyens d’un soutien efficace, les élus locaux enfin, véritables animateurs du développement local, et que l’on s’apprête à liquider avec la réforme des collectivités territoriales….
Lors des « assises des territoires ruraux » auxquelles j’ai participé avec quelques collègues, en préfecture bien sur, nous avions pourtant proposées des mesures concrètes pour instaurer en France un véritable « bouclier rural ».
La ruralité : un nouveau modèle de vivre ensemble
C'est au départ un constat: la ruralité est absente du débat public et n’apparaît qu’en période électorale, alors que, peut être plus que jamais avons-nous besoin de la capacité d'inventer, de proposer et d'imaginer de nos campagnes. Aujourd’hui, à force de reportages télévisés sur une vie urbaine présentée comme anonyme et « stressante » et de témoignages de citadins qui viennent « décompresser » chez nous le temps d'un week-end ou des vacances, se forge peu à peu le sentiment que la ruralité construit un modèle de vie alternatif et, au fonds, très moderne, à tout le moins très vivable.
Les nouvelles technologies, l'environnement préservé, la qualité des relations humaines (on se dit bonjour lorsque l'on se croise), les commerces de proximité et même les petits super marchés locaux (où l'on connait sa caissière), les nouveaux emplois qui émergent peu à peu et peut être surtout la nécessité de devoir inventer et imaginer chaque jour des solutions à des questions très concrètes de la vie quotidienne ( Comment se déplacer ? Comment lutter contre l'isolement des plus anciens et « faire compagnie » ? Comment organiser les relations entre parents et enseignants ? Quel nom donner à la nouvelle école maternelle ? Comment participer à la vie de son village ?....) : tout cela rend possible une contribution de la ruralité à un nouveau modèle de vivre ensemble qui promeut « la ré-humanisation des villes et la revitalisation des campagnes », comme le propose Edgar Morin.
Par ailleurs, selon BVA, 8 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne. On parle effectivement aujourd’hui hui d'exode urbain. Même si les jeunes ruraux continuent de rechercher formations et emplois à la ville, l'envie de revenir au pays est une réalité partagée, ne serait-ce que le weekend pour rejoindre son club de foot.
L'Etat a démontré son absence de projet pour la société française. Il abandonne son rôle de stratège et privilégie une approche idéologique, réaffirmée lors de ce déplacement présidentielle, qui nie le vivre ensemble, contrairement à ce que nous dit le président de la république, au profit de l’individualisme, l'excès inverse du collectivisme. L’hyper concentration apparait comme un recul dans l’organisation de notre société.
Mettre en place un bouclier rural
Quand le bouclier fiscal donne plus à ceux qui ont déjà trop, nous proposons de mettre en œuvre un bouclier rural qui garantisse l'égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux. Il serait opposable par les citoyens et les collectivités locales à l'Etat et à toutes les personnes morales chargées de la mise en œuvre d'un service public ou d'une politique de l'emploi et du développement économique.
Le bouclier rural ce sont, ainsi des mesures dérogatoires et concrètes :
- un temps d'accès minimum aux services publics, et d’abord l’école et l’hôpital.
- la création de vraies zones franches rurales à taille humaine (fiscalité adaptée pour le commerce et l'artisanat, rythme de mise aux normes tenant compte du chiffre d'affaires, création de vrais pôles d'excellence ruraux...) fondées sur le contrat et plus imaginatives et positives que les dispositifs à destination des quartiers.
- la suppression dans ces territoires de la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Car les fonctionnaires en zone rurale s’appellent aussi professeurs, infirmiers, gendarmes…
- le soutien aux associations d'intérêt général, comme les centres sociaux.
- la généralisation et le financement pérenne de lieux d'échange et de dialogue comme les comités de territoires
Autrement dit, il s'agit de remettre une vraie « efficacité publique locale » dans les campagnes, a rebours des régressions dramatiques des années récentes.
Comment financer ces mesures ? En abrogeant la part la plus critiquable d'un bouclier fiscal qui donne plus à ceux qui ont déjà trop, et en affectant ces moyens à la ruralité. En créant un fonds de péréquation environnemental, abondé par les départements très « carbonés », et les entreprises dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne départementale et bénéficiant aux campagnes les plus vertueuses.
Fabien Bazin
Maire de Lormes
Proposition
Contribution aux assises de la ruralité
Avec 32.000 communes de moins de 2000 habitants, l’Association des Maires de France a toujours été attachée à la défense de la ruralité et des territoires ruraux. C’est pourquoi, elle se félicite de l’initiative prise par Michel Mercier, Ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, d’organiser les Assises des territoires ruraux.
Pour apporter sa contribution à cette réflexion nationale menée sur les territoires ruraux, l’AMF s’est fortement mobilisée en sollicitant les associations départementales et en mettant en place, au sein de la commission des communes et territoires ruraux, un groupe de travail dédié à cette opération.
Sur la base de ces travaux, l’AMF apporte sa contribution à la réflexion nationale avec les propositions suivantes :
http://www.amf.asso.fr/_gabarit/fichier.asp?FTP=AMF_20100108_Contribution_AMF_assises_territoires_ruraux.pdf&ID_DOC=9835&DOT_N_ID=7
Pour apporter sa contribution à cette réflexion nationale menée sur les territoires ruraux, l’AMF s’est fortement mobilisée en sollicitant les associations départementales et en mettant en place, au sein de la commission des communes et territoires ruraux, un groupe de travail dédié à cette opération.
Sur la base de ces travaux, l’AMF apporte sa contribution à la réflexion nationale avec les propositions suivantes :
http://www.amf.asso.fr/_gabarit/fichier.asp?FTP=AMF_20100108_Contribution_AMF_assises_territoires_ruraux.pdf&ID_DOC=9835&DOT_N_ID=7
Proposition
Contribution aux assises de la ruralité
En préambule, l’AMRF fait part de son regret de ne pas avoir été entendue lorsque, par la voix de son président Vanik Berberian lors de la rencontre des maires avec le chef de l’Etat à l’Elysée, elle a demandé qu’un délai supplémentaire soit accordé pour la bonne tenue des Assises de la ruralité.
Des délais trop courts et une organisation précipitée ne permettent sans doute pas d’aller au fond de la réflexion et laissent craindre, à l’image des Assises des libertés locales de 2002, un résultat qui ne serait pas à la hauteur des enjeux.
Toutefois, malgré des conditions de concertation très inégales selon les départements, la forte mobilisation des maires ruraux témoigne de leur motivation pour prendre en main, au côté de tous les acteurs du monde rural, l’avenir de nos territoires.
L’avenir de la ruralité dépend avant tout de la capacité de l’ensemble des forces vives de nos territoires à mieux travailler ensemble et à faire émerger des solutions nouvelles, à la condition toutefois que des marges de manœuvre tant réglementaires que financières leur soient données. Pour autant, toutes les réponses ne sont pas du seul ressort « ruralo-rural ». Ainsi la présence des services publics relève-t-elle de la conception même que se fait l’Etat de notre aménagement du territoire, le maintien d’une agriculture économiquement viable dépend en partie des rapports entre producteurs, industries agroalimentaires et grande distribution, le développement du commerce et des PME en milieu rural repose aussi sur le contexte économique national.
En déposant cette contribution, l’AMRF souhaite que la réunion de synthèse des Assises de la ruralité prévue en janvier 2010 ne marque pas la fin de ce qui ne serait alors qu’une concertation bâclée voire prétexte, mais bien le point de départ de la réflexion sereine et approfondie que méritent la ruralité et son avenir.
Pour lire la contribution :
Des délais trop courts et une organisation précipitée ne permettent sans doute pas d’aller au fond de la réflexion et laissent craindre, à l’image des Assises des libertés locales de 2002, un résultat qui ne serait pas à la hauteur des enjeux.
Toutefois, malgré des conditions de concertation très inégales selon les départements, la forte mobilisation des maires ruraux témoigne de leur motivation pour prendre en main, au côté de tous les acteurs du monde rural, l’avenir de nos territoires.
L’avenir de la ruralité dépend avant tout de la capacité de l’ensemble des forces vives de nos territoires à mieux travailler ensemble et à faire émerger des solutions nouvelles, à la condition toutefois que des marges de manœuvre tant réglementaires que financières leur soient données. Pour autant, toutes les réponses ne sont pas du seul ressort « ruralo-rural ». Ainsi la présence des services publics relève-t-elle de la conception même que se fait l’Etat de notre aménagement du territoire, le maintien d’une agriculture économiquement viable dépend en partie des rapports entre producteurs, industries agroalimentaires et grande distribution, le développement du commerce et des PME en milieu rural repose aussi sur le contexte économique national.
En déposant cette contribution, l’AMRF souhaite que la réunion de synthèse des Assises de la ruralité prévue en janvier 2010 ne marque pas la fin de ce qui ne serait alors qu’une concertation bâclée voire prétexte, mais bien le point de départ de la réflexion sereine et approfondie que méritent la ruralité et son avenir.
Pour lire la contribution :
Contribution AMRF Assises Ruralité.doc
(508.5 Ko)
Proposition
Intervention à la commission des Finances, de l’économie générale et du Plan, le mercredi 1er avril 2009
Afin de promouvoir la discrimination positive, nous demandons que les entreprises situées dans les zones rurales et défavorisées bénéficient d'un troisième étage de défiscalisation : l'abattement serait porté à 100 % dans la limite de 450 000 euros.
L'élargissement du nombre de secteurs bénéficiant du taux majoré d'abattement a, en effet, réduit l'intérêt que peut représenter, pour les entreprises, l'installation dans les zones initialement prévues. Or, il y va non seulement de la création de nouveaux emplois, mais aussi de la préservation des activités actuelles.
À l'image du bouclier fiscal que Nicolas Sarkozy a souhaité instaurer à l'intention de ceux qui seraient tentés de quitter le territoire national, nous demandons un « bouclier rural » pour empêcher un exode hors des zones rurales. Il faut éviter que les zones enclavées ne soient amputées de leurs activités, notamment dans des domaines aussi créateurs d'emploi que le tourisme, l'agro-nutrition ou l'environnement.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cfiab/08-09/c0809077.asp
L'élargissement du nombre de secteurs bénéficiant du taux majoré d'abattement a, en effet, réduit l'intérêt que peut représenter, pour les entreprises, l'installation dans les zones initialement prévues. Or, il y va non seulement de la création de nouveaux emplois, mais aussi de la préservation des activités actuelles.
À l'image du bouclier fiscal que Nicolas Sarkozy a souhaité instaurer à l'intention de ceux qui seraient tentés de quitter le territoire national, nous demandons un « bouclier rural » pour empêcher un exode hors des zones rurales. Il faut éviter que les zones enclavées ne soient amputées de leurs activités, notamment dans des domaines aussi créateurs d'emploi que le tourisme, l'agro-nutrition ou l'environnement.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cfiab/08-09/c0809077.asp
Proposition
Michel Mercier, ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire, propose au Premier ministre de consacrer 1 milliard d’euros minimum dans le cadre du grand emprunt pour le déploiement du très haut débit fixe et mobile dans les territoires. Ce montant permettrait d’alimenter un fonds national de péréquation. C’est le seul dossier présenté par Michel Mercier dans le cadre du grand emprunt au titre de l’aménagement du territoire
Michel Mercier a proposé à la Commission de réflexion sur le grand emprunt et au Premier ministre de retenir pour seul dossier au titre de l’aménagement du territoire le déploiement du très haut débit fixe et mobile pour tous, faisant ainsi de l’aménagement numérique du territoire un dossier prioritaire.
Selon Michel mercier, le déploiement des infrastructures numériques est un enjeu majeur d’aménagement du territoire, au même titre que le développement des chemins de fer au XIXème siècle et que les réseaux électriques au XXème siècle. Le seul marché ne permettra pas d’équiper de façon identique l’ensemble de nos concitoyens selon les territoires où ils habitent.
Le projet qu’il défend depuis sa nomination le 23 juin dernier est le déploiement concomitant du très haut débit fixe et mobile sur les territoires urbains et ruraux, car tous les français, quel que soit leur lieu de résidence, auront besoin d’accéder aux mêmes services avec le même niveau de qualité : télémédecine, télétravail, formation en ligne, services à la personne, services publics, etc. Il en va de même pour les entreprises et les acteurs publics pour qui les exigences de qualité de service sont les mêmes sur tout le territoire.
Michel Mercier a donc sollicité un milliard du Grand Emprunt pour amorcer la constitution d’un fonds national d’aménagement numérique du territoire. Ce fonds permettrait de venir en appui de projets locaux insuffisamment rentables pour les opérateurs.
Pour Michel Mercier, « les besoins en services sont partout les mêmes car avec 80% de la population vivant en ville, les standards de vie urbains sont désormais la référence pour tous les français ».
Il y a donc un triple enjeu à déployer le très haut débit pour tous : pour la vie quotidienne des français, pour le déploiement et l’attractivité durable des territoires et pour l’innovation économique et administrative.
Pour Michel Mercier, l’objectif est de créer une rupture avec 15 ans de politiques d’aménagement numérique du territoire consistant à corriger a posteriori des déséquilibres d’infrastructures et de services et d’éviter une nouvelle fracture numérique.
La question de la fracture numérique est l’une des premières préoccupations évoquées par les acteurs territoriaux dans le cadre des Assises des territoires ruraux lancées par Michel Mercier le 30 octobre dernier.
C’est pourquoi Michel Mercier vient de lancer un appel à projet doté de 30 millions d’euros de fonds européens (FEADER) pour accélérer la résorption des zones blanches haut débit en milieu rural. De même, Michel Mercier réunira les opérateurs mobiles et l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) à la mi-décembre pour faire le point sur le programme de résorption des zones blanches et des zones grises de la téléphonie mobile.
Paris, le 3 novembre 2009
http://www.diact.gouv.fr/IMG/Fichiers/ACTUALITES/COMMUNIQUE%20PRESSE/20091103_CP_MERCIER_haut%20_debit.pdf
Selon Michel mercier, le déploiement des infrastructures numériques est un enjeu majeur d’aménagement du territoire, au même titre que le développement des chemins de fer au XIXème siècle et que les réseaux électriques au XXème siècle. Le seul marché ne permettra pas d’équiper de façon identique l’ensemble de nos concitoyens selon les territoires où ils habitent.
Le projet qu’il défend depuis sa nomination le 23 juin dernier est le déploiement concomitant du très haut débit fixe et mobile sur les territoires urbains et ruraux, car tous les français, quel que soit leur lieu de résidence, auront besoin d’accéder aux mêmes services avec le même niveau de qualité : télémédecine, télétravail, formation en ligne, services à la personne, services publics, etc. Il en va de même pour les entreprises et les acteurs publics pour qui les exigences de qualité de service sont les mêmes sur tout le territoire.
Michel Mercier a donc sollicité un milliard du Grand Emprunt pour amorcer la constitution d’un fonds national d’aménagement numérique du territoire. Ce fonds permettrait de venir en appui de projets locaux insuffisamment rentables pour les opérateurs.
Pour Michel Mercier, « les besoins en services sont partout les mêmes car avec 80% de la population vivant en ville, les standards de vie urbains sont désormais la référence pour tous les français ».
Il y a donc un triple enjeu à déployer le très haut débit pour tous : pour la vie quotidienne des français, pour le déploiement et l’attractivité durable des territoires et pour l’innovation économique et administrative.
Pour Michel Mercier, l’objectif est de créer une rupture avec 15 ans de politiques d’aménagement numérique du territoire consistant à corriger a posteriori des déséquilibres d’infrastructures et de services et d’éviter une nouvelle fracture numérique.
La question de la fracture numérique est l’une des premières préoccupations évoquées par les acteurs territoriaux dans le cadre des Assises des territoires ruraux lancées par Michel Mercier le 30 octobre dernier.
C’est pourquoi Michel Mercier vient de lancer un appel à projet doté de 30 millions d’euros de fonds européens (FEADER) pour accélérer la résorption des zones blanches haut débit en milieu rural. De même, Michel Mercier réunira les opérateurs mobiles et l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) à la mi-décembre pour faire le point sur le programme de résorption des zones blanches et des zones grises de la téléphonie mobile.
Paris, le 3 novembre 2009
http://www.diact.gouv.fr/IMG/Fichiers/ACTUALITES/COMMUNIQUE%20PRESSE/20091103_CP_MERCIER_haut%20_debit.pdf
Proposition
Pour une égalité des citoyens et des territoires face au désengagement de l’Etat, un texte de Fabien Bazin, conseiller général de la Nièvre, qui développe des propositions précises d'un "bouclier rural" pour combler la "fracture géographique française".
Premières propositions d’un nouveau modèle pour une nouvelle vie
Nous constatons tous que la ruralité est absente du débat public ces dernières années, à tel point que l’on en vient à se demander si les territoires ruraux sont encore reconnus. A cet égard, la proposition récente des parlementaires Lassalle et Chassagne qui souhaitent faire des campagnes une « grande cause nationale » ou l’initiative de pétition nationale de Michel Vauzelles pour inscrire les services publics dans la constitution témoignent d’une véritable prise de conscience : celle qui conduit à refuser la relégation des espaces ruraux dans les politiques publiques.
En effet, des Français de plus en plus nombreux (8 millions selon un récent sondage (BVA), désirent s’installer pour construire leur vie à la campagne. Ce n’est pas un hasard. C’est sans doute un des aspects de la crise, où l’espace rural, comme un refuge, amortit les chocs. C’est aussi paradoxalement la reconnaissance d’un autre mode de vie, à taille humaine, où l’insécurité est plus à la télévision que dans la vie de tous les jours et où, depuis longtemps l’écologie est une réalité quotidienne.
L’iniquité des choix qui provoquent le retrait des services publics, comme l’absence de soutien aux initiatives économiques témoignent de cet état de fait que nous ne pouvons accepter.
Quand le bouclier fiscal « donne plus à ceux qui ont déjà trop », nous souhaitons proposer un bouclier rural qui garantisse l’égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux.
Ce nouveau droit serait opposable par les collectivités et les citoyens à l’Etat et aux personnes morales chargées de la mise en œuvre d’un service public ou d’une politique de l’emploi et de développement économique.
Nous formulons donc des propositions qui ont vocation à être partagées et portées par les départementaux ruraux et relayée à l’Assemblée Nationale et au Sénat par les parlementaires nivernais.
Quelles propositions pour construire un bouclier rural ?
1° Création de zones franches rurales :
Sur le modèle des zones franches urbaines, nous proposons de créer des zones franches rurales, dans les territoires ruraux les plus isolés, par exemple pour les bassins situés à plus de 40 mn d’une agglomération de plus de 20 000 habitants.
-Pour développer l’économie et l’emploi
Les entreprises qui se créent auraient accès à l’exonération de l’impôt sur les sociétés, l’exonération des charges sociales, l’exonération de taxe professionnelle.
Ces zones franches permettront aussi d’adapter le rythme des mises aux normes dans des établissements, par exemple l’hôtellerie, à taille humaine, et menacées par des fermetures.
Des pôles de compétitivité ruraux pourraient être créés, par exemple sur les filières courtes de l’agro alimentaire, sur le télé travail et l’environnement numérique de travail, sur le tourisme et le développement de galeries numériques (le canal numérique ou la route de musées du Morvan par exemple).
L’économie agricole pourrait être soutenue par la modernisation de l’outil de travail (comme par exemple la généralisation des GPS de traitement des sols, la mise en place d’une indemnité compensatrice de frais de transport pour les zones intermédiaires (transport de paille), l’incitation à des partenariats gagnants/gagnants entre céréaliers et éleveurs par exemple sur la valorisation de la paille.
La fibre otique partout et pour tous soutiendrait tous ceux qui innovent au quotidien et constituerait un outil pertinent de lutte contre l’isolement.
Le logement en ne limitant plus dans le temps les OPAH et en permettant l’éclosion d’un eco village par canton serait un levier puissant pour accueillir et vivre mieux en ruralité.
Les transports enfin, pour lesquels les idées ne manquent pas (chèque transport, co voiturage, transport à la demande, lignes virtuelles…) seront essentiels à ce nouveau modèle.
Ainsi, nous pourrons donner une chance aux territoires les plus défavorisés d’avoir accès au développement économique.
- Pour l’accès des usagers aux services publics :
Nous proposons de rétablir l’égalité d’accès aux services publics des usagers des zones rurales, par exemple, en garantissant dans les domaines suivants :
-Santé : accès à moins de 45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, mise en place d’une prime individuelle pour les médecins isolés.
-Justice : accès à moins de 45 mn d’un tribunal d’instance, à moins d’1 h 30 d’un tribunal de Grande Instance
-Education : accès à moins de 15 mn d’une école élémentaire et primaire (30 mn par transport scolaire), à moins de 25 mn d’un collège (45 mn par transport scolaire)
-Services du Trésor : accès à moins de 20 mn d’une trésorerie, de 45 mn d’un centre des impôts
-Service postal : accès à moins de 15 mn d’un bureau de poste ouvert au moins 26 heures par semaine
-Relais de service public : accès à moins de 20 mn d’un relais accueil/relais de service public, co-financé durablement par l’Etat, relié en visio guichet aux administrations
-Missions d’appui aux collectivités pour remettre une vraie « puissance publique locale »: maison de services publics et poursuite de missions de conseils et d’appui technique aux communes de moins de 5 000 habitants (équipement, permis de construire, agriculture et forêt…), aides substantielles aux communes concernées par la dégradation des chemins et des routes dues au débardage
-Accès au haut débit : tout habitant, entreprise ou collectivité doit avoir accès aux voies nouvelles de communication
-Missions d’accompagnement d’accès à l’emploi et à la formation (initiale et professionnelle) : accès à moins de 30 mn d’un lieu d’accueil et d’information.
-Pour l’arrêt de la règle du non remplacement des fonctionnaires (écoles, la santé…) dans ces territoires :
S’il est toujours possible de réorganiser l’Etat au sommet, la présence de fonctionnaires en milieu rural est vitale : elle contribue à une égalité d’accès au service public, mais aussi à l’économie locale.
Aujourd’hui, la RGPP, c’est la réduction générale des politiques publiques, alors que les agents de l’Etat, comme les enseignants, fonctionnaires de l’équipement, de la justice, mais aussi les agents de service hospitaliers sont autant essentiels à la qualité du service public qu’à la vie même des territoires ruraux.
-Pour l’aide aux associations d’intérêt général qui apportent des services au public :
Nous proposons que soit maintenue l’exonération des charges sociales patronales pour les associations d’intérêt général (exonération dite ZRR ou Loi Fillon) qui apportent des services au public, comme c’est le cas par exemple des centres sociaux. L’abandon de cette mesure signifierait rapidement la remise en cause des services de proximité, comme les centres de loisirs, halte garderies, relais de service public etc… et ce n’est pas acceptable.
Je propose que soit mis en place d’un plan éducatif local pour résoudre la question de la petite délinquance rurale, la coordination des moyens de prévention.
2° Abrogation du bouclier fiscal et mise en œuvre d’un fond péréquation environnemental :
La part la plus critiquable du bouclier fiscal coûte 450 M € par an aux contribuables français (chiffres 2008)
Nous proposons qu’il soit abrogé.
Les financements seront mis à disposition pour garantir la mise en œuvre de droits fondamentaux, retenus au titre du bouclier rural.
D’autre part, nous proposons de créer un fond de péréquation environnemental, abondé par les départements dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne nationale : ceux-ci cotiseront au fond de péréquation environnementale.
Fabien Bazin
Maire de Lormes
Conseiller général de la Nièvre
Nous constatons tous que la ruralité est absente du débat public ces dernières années, à tel point que l’on en vient à se demander si les territoires ruraux sont encore reconnus. A cet égard, la proposition récente des parlementaires Lassalle et Chassagne qui souhaitent faire des campagnes une « grande cause nationale » ou l’initiative de pétition nationale de Michel Vauzelles pour inscrire les services publics dans la constitution témoignent d’une véritable prise de conscience : celle qui conduit à refuser la relégation des espaces ruraux dans les politiques publiques.
En effet, des Français de plus en plus nombreux (8 millions selon un récent sondage (BVA), désirent s’installer pour construire leur vie à la campagne. Ce n’est pas un hasard. C’est sans doute un des aspects de la crise, où l’espace rural, comme un refuge, amortit les chocs. C’est aussi paradoxalement la reconnaissance d’un autre mode de vie, à taille humaine, où l’insécurité est plus à la télévision que dans la vie de tous les jours et où, depuis longtemps l’écologie est une réalité quotidienne.
L’iniquité des choix qui provoquent le retrait des services publics, comme l’absence de soutien aux initiatives économiques témoignent de cet état de fait que nous ne pouvons accepter.
Quand le bouclier fiscal « donne plus à ceux qui ont déjà trop », nous souhaitons proposer un bouclier rural qui garantisse l’égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux.
Ce nouveau droit serait opposable par les collectivités et les citoyens à l’Etat et aux personnes morales chargées de la mise en œuvre d’un service public ou d’une politique de l’emploi et de développement économique.
Nous formulons donc des propositions qui ont vocation à être partagées et portées par les départementaux ruraux et relayée à l’Assemblée Nationale et au Sénat par les parlementaires nivernais.
Quelles propositions pour construire un bouclier rural ?
1° Création de zones franches rurales :
Sur le modèle des zones franches urbaines, nous proposons de créer des zones franches rurales, dans les territoires ruraux les plus isolés, par exemple pour les bassins situés à plus de 40 mn d’une agglomération de plus de 20 000 habitants.
-Pour développer l’économie et l’emploi
Les entreprises qui se créent auraient accès à l’exonération de l’impôt sur les sociétés, l’exonération des charges sociales, l’exonération de taxe professionnelle.
Ces zones franches permettront aussi d’adapter le rythme des mises aux normes dans des établissements, par exemple l’hôtellerie, à taille humaine, et menacées par des fermetures.
Des pôles de compétitivité ruraux pourraient être créés, par exemple sur les filières courtes de l’agro alimentaire, sur le télé travail et l’environnement numérique de travail, sur le tourisme et le développement de galeries numériques (le canal numérique ou la route de musées du Morvan par exemple).
L’économie agricole pourrait être soutenue par la modernisation de l’outil de travail (comme par exemple la généralisation des GPS de traitement des sols, la mise en place d’une indemnité compensatrice de frais de transport pour les zones intermédiaires (transport de paille), l’incitation à des partenariats gagnants/gagnants entre céréaliers et éleveurs par exemple sur la valorisation de la paille.
La fibre otique partout et pour tous soutiendrait tous ceux qui innovent au quotidien et constituerait un outil pertinent de lutte contre l’isolement.
Le logement en ne limitant plus dans le temps les OPAH et en permettant l’éclosion d’un eco village par canton serait un levier puissant pour accueillir et vivre mieux en ruralité.
Les transports enfin, pour lesquels les idées ne manquent pas (chèque transport, co voiturage, transport à la demande, lignes virtuelles…) seront essentiels à ce nouveau modèle.
Ainsi, nous pourrons donner une chance aux territoires les plus défavorisés d’avoir accès au développement économique.
- Pour l’accès des usagers aux services publics :
Nous proposons de rétablir l’égalité d’accès aux services publics des usagers des zones rurales, par exemple, en garantissant dans les domaines suivants :
-Santé : accès à moins de 45 mn d’une maternité, de 20 mn d’un accueil de médecine générale, mise en place d’une prime individuelle pour les médecins isolés.
-Justice : accès à moins de 45 mn d’un tribunal d’instance, à moins d’1 h 30 d’un tribunal de Grande Instance
-Education : accès à moins de 15 mn d’une école élémentaire et primaire (30 mn par transport scolaire), à moins de 25 mn d’un collège (45 mn par transport scolaire)
-Services du Trésor : accès à moins de 20 mn d’une trésorerie, de 45 mn d’un centre des impôts
-Service postal : accès à moins de 15 mn d’un bureau de poste ouvert au moins 26 heures par semaine
-Relais de service public : accès à moins de 20 mn d’un relais accueil/relais de service public, co-financé durablement par l’Etat, relié en visio guichet aux administrations
-Missions d’appui aux collectivités pour remettre une vraie « puissance publique locale »: maison de services publics et poursuite de missions de conseils et d’appui technique aux communes de moins de 5 000 habitants (équipement, permis de construire, agriculture et forêt…), aides substantielles aux communes concernées par la dégradation des chemins et des routes dues au débardage
-Accès au haut débit : tout habitant, entreprise ou collectivité doit avoir accès aux voies nouvelles de communication
-Missions d’accompagnement d’accès à l’emploi et à la formation (initiale et professionnelle) : accès à moins de 30 mn d’un lieu d’accueil et d’information.
-Pour l’arrêt de la règle du non remplacement des fonctionnaires (écoles, la santé…) dans ces territoires :
S’il est toujours possible de réorganiser l’Etat au sommet, la présence de fonctionnaires en milieu rural est vitale : elle contribue à une égalité d’accès au service public, mais aussi à l’économie locale.
Aujourd’hui, la RGPP, c’est la réduction générale des politiques publiques, alors que les agents de l’Etat, comme les enseignants, fonctionnaires de l’équipement, de la justice, mais aussi les agents de service hospitaliers sont autant essentiels à la qualité du service public qu’à la vie même des territoires ruraux.
-Pour l’aide aux associations d’intérêt général qui apportent des services au public :
Nous proposons que soit maintenue l’exonération des charges sociales patronales pour les associations d’intérêt général (exonération dite ZRR ou Loi Fillon) qui apportent des services au public, comme c’est le cas par exemple des centres sociaux. L’abandon de cette mesure signifierait rapidement la remise en cause des services de proximité, comme les centres de loisirs, halte garderies, relais de service public etc… et ce n’est pas acceptable.
Je propose que soit mis en place d’un plan éducatif local pour résoudre la question de la petite délinquance rurale, la coordination des moyens de prévention.
2° Abrogation du bouclier fiscal et mise en œuvre d’un fond péréquation environnemental :
La part la plus critiquable du bouclier fiscal coûte 450 M € par an aux contribuables français (chiffres 2008)
Nous proposons qu’il soit abrogé.
Les financements seront mis à disposition pour garantir la mise en œuvre de droits fondamentaux, retenus au titre du bouclier rural.
D’autre part, nous proposons de créer un fond de péréquation environnemental, abondé par les départements dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne nationale : ceux-ci cotiseront au fond de péréquation environnementale.
Fabien Bazin
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Directeur de la publication : Jean-Philippe HUELIN
Contact : jphuelin@voila.fr
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