Une réaction de Fabien Bazin au discours de Nicolas Sarkozy sur l'avenir des territoires ruraux prononcé hier dans le Loir-et-Cher.


Fabien Bazin
Fabien Bazin
A quelques semaines du 1er tour des élections régionales, comme il l’avait fait juste avant les élections présidentielles, Nicolas Sarkozy est allé faire un tour en campagne.

Ce bref passage a fait l’objet d’annonces, comme en 2008, qui confirment la méconnaissance totale du chef de l’Etat de la ruralité.

Maire d’une commune rurale de 1500 habitants, je me félicite néanmoins que le plus haut personnage de l’Etat reconnaisse que « la France rurale de 2010 commence un nouveau cycle de croissance » et prenne acte implicitement de la fin de l’exode rural au profit du retour des citadins vers les campagnes.

Une fois ce constat posé, l’ancien maire de Neuilly démontre une nouvelle fois son absence de projet pour les zones rurales et son ignorance des initiatives menées par les collectivités locales.

Le catalogue de mesures proposées, pour la plupart déjà mises en œuvre par les Départements et les Régions (Haut débit et accès à internet, maisons médicales, accompagnement de l’économie résidentielle, transport à la demande et covoiturage…) ne constitue en rien « le nouveau modèle pour une nouvelle vie » que les ruraux construisent au quotidien alors que l’Etat, chaque jour, détruit : services publics de proximité, comme les maternités, La Poste, les écoles, le logement, pour lesquels les moyens sont concentrés sur les territoires urbains (plus de 6 milliards d’euros par an pour la politique de la ville, combien pour les zones rurales ?), les agriculteurs oubliés, le commerce et l’artisanat lâchés par les banques et pour lesquels l’Etat ne s’est pas donné les moyens d’un soutien efficace, les élus locaux enfin, véritables animateurs du développement local, et que l’on s’apprête à liquider avec la réforme des collectivités territoriales….

Lors des « assises des territoires ruraux » auxquelles j’ai participé avec quelques collègues, en préfecture bien sur, nous avions pourtant proposées des mesures concrètes pour instaurer en France un véritable « bouclier rural ».

La ruralité : un nouveau modèle de vivre ensemble

C'est au départ un constat: la ruralité est absente du débat public et n’apparaît qu’en période électorale, alors que, peut être plus que jamais avons-nous besoin de la capacité d'inventer, de proposer et d'imaginer de nos campagnes. Aujourd’hui, à force de reportages télévisés sur une vie urbaine présentée comme anonyme et « stressante » et de témoignages de citadins qui viennent « décompresser » chez nous le temps d'un week-end ou des vacances, se forge peu à peu le sentiment que la ruralité construit un modèle de vie alternatif et, au fonds, très moderne, à tout le moins très vivable.

Les nouvelles technologies, l'environnement préservé, la qualité des relations humaines (on se dit bonjour lorsque l'on se croise), les commerces de proximité et même les petits super marchés locaux (où l'on connait sa caissière), les nouveaux emplois qui émergent peu à peu et peut être surtout la nécessité de devoir inventer et imaginer chaque jour des solutions à des questions très concrètes de la vie quotidienne ( Comment se déplacer ? Comment lutter contre l'isolement des plus anciens et « faire compagnie » ? Comment organiser les relations entre parents et enseignants ? Quel nom donner à la nouvelle école maternelle ? Comment participer à la vie de son village ?....) : tout cela rend possible une contribution de la ruralité à un nouveau modèle de vivre ensemble qui promeut « la ré-humanisation des villes et la revitalisation des campagnes », comme le propose Edgar Morin.

Par ailleurs, selon BVA, 8 millions de citadins ont aujourd'hui un projet de vie à la campagne. On parle effectivement aujourd’hui hui d'exode urbain. Même si les jeunes ruraux continuent de rechercher formations et emplois à la ville, l'envie de revenir au pays est une réalité partagée, ne serait-ce que le weekend pour rejoindre son club de foot.

L'Etat a démontré son absence de projet pour la société française. Il abandonne son rôle de stratège et privilégie une approche idéologique, réaffirmée lors de ce déplacement présidentielle, qui nie le vivre ensemble, contrairement à ce que nous dit le président de la république, au profit de l’individualisme, l'excès inverse du collectivisme. L’hyper concentration apparait comme un recul dans l’organisation de notre société.

Mettre en place un bouclier rural

Quand le bouclier fiscal donne plus à ceux qui ont déjà trop, nous proposons de mettre en œuvre un bouclier rural qui garantisse l'égalité des droits et des chances au développement des territoires ruraux. Il serait opposable par les citoyens et les collectivités locales à l'Etat et à toutes les personnes morales chargées de la mise en œuvre d'un service public ou d'une politique de l'emploi et du développement économique.

Le bouclier rural ce sont, ainsi des mesures dérogatoires et concrètes :
- un temps d'accès minimum aux services publics, et d’abord l’école et l’hôpital.
- la création de vraies zones franches rurales à taille humaine (fiscalité adaptée pour le commerce et l'artisanat, rythme de mise aux normes tenant compte du chiffre d'affaires, création de vrais pôles d'excellence ruraux...) fondées sur le contrat et plus imaginatives et positives que les dispositifs à destination des quartiers.
- la suppression dans ces territoires de la règle du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Car les fonctionnaires en zone rurale s’appellent aussi professeurs, infirmiers, gendarmes…
- le soutien aux associations d'intérêt général, comme les centres sociaux.
- la généralisation et le financement pérenne de lieux d'échange et de dialogue comme les comités de territoires

Autrement dit, il s'agit de remettre une vraie « efficacité publique locale » dans les campagnes, a rebours des régressions dramatiques des années récentes.

Comment financer ces mesures ? En abrogeant la part la plus critiquable d'un bouclier fiscal qui donne plus à ceux qui ont déjà trop, et en affectant ces moyens à la ruralité. En créant un fonds de péréquation environnemental, abondé par les départements très « carbonés », et les entreprises dont le bilan carbone est supérieur à la moyenne départementale et bénéficiant aux campagnes les plus vertueuses.

Fabien Bazin
Maire de Lormes

Tags : Bazin Sarkozy
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Mercredi 10 Février 2010 à 13:55 | {0} Commentaires






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