Tribune
Dans quelques jours, Michel Mercier, ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire, va conclure les Assises des territoires ruraux.
Ce grand débat sur la ruralité en France s’est déroulé depuis le mois d’octobre dernier dans l’ombre du débat sur l’Identité nationale. Avec ici moins de tapage médiatique, le résultat risque d’être le même : beaucoup de bruit pour rien. Plein de bonnes intentions, Michel Mercier n’a cependant pas les moyens de sa politique. Ces assises de la ruralité n’auront été qu’un supplément d’âme pour un gouvernement qui n’en a plus depuis qu’il a décidé de maintenir, en pleine crise économique, son « bouclier fiscal ».
Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement essaie de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire ensemble un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. La gauche doit se saisir de cette question et comprendre que des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville. Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale. On devrait y toucher, par exemple, plus le RSA qu’ailleurs mais le manque d’information ou le réflexe taiseux de ses habitants fait que beaucoup de bénéficiaires n’en profitent pas. Cette situation a été très justement évaluée par un récent rapport de l’IGAS… qui n’a pas été repris, sauf exception, dans la presse nationale.
Heureusement, notre pays dispose encore d’élus locaux qui tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. Parmi les nombreuses initiatives locales, on peut citer les députés Lassalle et Chassaigne qui ont lancé un appel pour des états généraux des campagnes françaises ou le conseiller général de la Nièvre Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. Ces initiatives méritent d’être plus largement rendues publiques et coordonnées afin de construire un grand projet national pour le monde rural. La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail. Parmi les mesures à prendre, la plus symbolique et une des plus utiles serait la couverture totale de notre pays en fibre optique qui puisse apporter partout, dans chaque foyer et dans chaque entreprise, grande ou petite, le haut débit. Pourquoi ce qui a été réalisé pour l’électricité après la deuxième guerre mondiale ne serait plus possible dans le France du XXIe siècle ?
Face à la crise, la nouvelle droite révèle son véritable visage. Loin de la droite d’hier qui savait s’appuyer sur la campagne, la droite néolibérale d’aujourd’hui est au service des « gagnants », ces catégories supérieures qui vivent entre les centres urbains, les aéroports et les grands hôtels du monde entier, une catégorie totalement coupée du territoire et presque déracinée. Méprisée par des élites qui agitent en toute bonne conscience une taxe carbone qui serait surtout une taxe anti-rurale, délaissée par cet archipel métropolitain et ultra-riche, la France rurale ne peut se tourner que vers la gauche qui l’a trop longtemps oubliée. Il est encore temps d’apporter des réponses politiques à cette fracture territoriale et sociale qui se creuse continuellement entre ces deux Frances.
Pour orienter le débat public vers cette question fondamentale, un site internet vient d’être lancé qui s’intitule « Vers un bouclier rural ». Il vise à rassembler tous les outils d’analyse sociologiques, démographiques et économiques qui permettent de mieux comprendre le monde rural. Il recensera également les actions locales et les propositions qui émergeront pour renforcer la protection des habitants de la campagne. Nous avons besoin de rassembler toutes les bonnes volontés, le monde rural en a besoin !
Jean-Philippe HUELIN, coauteur du livre « Recherche le peuple désespérément » (Bourin éditeur) et animateur du site « Vers un bouclier rural ».
Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement essaie de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire ensemble un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. La gauche doit se saisir de cette question et comprendre que des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville. Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale. On devrait y toucher, par exemple, plus le RSA qu’ailleurs mais le manque d’information ou le réflexe taiseux de ses habitants fait que beaucoup de bénéficiaires n’en profitent pas. Cette situation a été très justement évaluée par un récent rapport de l’IGAS… qui n’a pas été repris, sauf exception, dans la presse nationale.
Heureusement, notre pays dispose encore d’élus locaux qui tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. Parmi les nombreuses initiatives locales, on peut citer les députés Lassalle et Chassaigne qui ont lancé un appel pour des états généraux des campagnes françaises ou le conseiller général de la Nièvre Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. Ces initiatives méritent d’être plus largement rendues publiques et coordonnées afin de construire un grand projet national pour le monde rural. La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail. Parmi les mesures à prendre, la plus symbolique et une des plus utiles serait la couverture totale de notre pays en fibre optique qui puisse apporter partout, dans chaque foyer et dans chaque entreprise, grande ou petite, le haut débit. Pourquoi ce qui a été réalisé pour l’électricité après la deuxième guerre mondiale ne serait plus possible dans le France du XXIe siècle ?
Face à la crise, la nouvelle droite révèle son véritable visage. Loin de la droite d’hier qui savait s’appuyer sur la campagne, la droite néolibérale d’aujourd’hui est au service des « gagnants », ces catégories supérieures qui vivent entre les centres urbains, les aéroports et les grands hôtels du monde entier, une catégorie totalement coupée du territoire et presque déracinée. Méprisée par des élites qui agitent en toute bonne conscience une taxe carbone qui serait surtout une taxe anti-rurale, délaissée par cet archipel métropolitain et ultra-riche, la France rurale ne peut se tourner que vers la gauche qui l’a trop longtemps oubliée. Il est encore temps d’apporter des réponses politiques à cette fracture territoriale et sociale qui se creuse continuellement entre ces deux Frances.
Pour orienter le débat public vers cette question fondamentale, un site internet vient d’être lancé qui s’intitule « Vers un bouclier rural ». Il vise à rassembler tous les outils d’analyse sociologiques, démographiques et économiques qui permettent de mieux comprendre le monde rural. Il recensera également les actions locales et les propositions qui émergeront pour renforcer la protection des habitants de la campagne. Nous avons besoin de rassembler toutes les bonnes volontés, le monde rural en a besoin !
Jean-Philippe HUELIN, coauteur du livre « Recherche le peuple désespérément » (Bourin éditeur) et animateur du site « Vers un bouclier rural ».
Revue de presse
Près d’un métropolitain sur cinq vit en milieu rural. Mais politiques et médias ignorent cette population des campagnes et des zones périurbaines. Un récent rapport de l’Igas montre pourtant que cette «France des champs» est beaucoup plus pauvre que la « France des villes ». Et beaucoup plus discrète aussi.
Il existe une France des invisibles, une France dont personne — politiques et médias réunis — ne parle. Ou si peu. Cette France-là, c’est celle des campagnes. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) s’est penchée sur ces inaudibles au travers d’un rapport intitulé « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural ». Publié fin 2009, il n’a évidemment pas fait grand bruit.
Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable que ce que peuvent penser les « Français des villes » abreuvés au mythe de la vie au grand air et du retour à la terre : « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent dans leur synthèse les rapporteurs, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur-représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture. »
Résultat des courses, « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne “plus souvent pauvres”. » Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).
Plus inattendue, la typologie de « ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories :
- D’une part, on trouve de façon classique « les agriculteurs (…) dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installées à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en “errance”. Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social. »
Ces « prolos » des campagnes et ces néo-ruraux, ces « oubliés des champs » par les « puissants des villes », ce sont justement ceux-là sur qui Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin se sont penchés dans leur essai Recherche le peuple désespérément. Un ouvrage « conçu » dixit les auteurs « comme un grand manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire » et dont Marianne2 s’était fait le relais en fin d’année dernière. Et pour cause : avec ce livre, les deux auteurs (l’un est docteur en sciences politiques et l’autre professeur d'histoire-géographie), mettaient très justement en évidence une mutation géographique, sociale et politique passée inaperçue. Une mutation qu’on pourrait résumer de la sorte : le peuple a déserté peu à peu les centres urbains pour s’installer dans les zones dites périurbaines et rurales et pourtant la gauche s’obstine à s’adresser aux habitants des villes. Ce qui explique sans doute que le PS ait opté pour le « oui » au TCE en 2005 quand cette population des petites communes s’est, elle, d’après les auteurs, prononcée majoritairement pour le « non »…
Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés par la gauche. Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le note les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes “taiseuses”, de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…
Gérald Andrieu - Marianne | Mercredi 20 Janvier 2010
http://www.marianne2.fr/Les-Francais-des-champs-,-onze-millions-d-invisibles_a183544.html
Pourtant, ces « Français des champs » sont au nombre de 11 millions, « soit 18% de la population de France métropolitaine ». Et leur situation n’est pas aussi enviable que ce que peuvent penser les « Français des villes » abreuvés au mythe de la vie au grand air et du retour à la terre : « Les personnes âgées en milieu rural, écrivent dans leur synthèse les rapporteurs, sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont sur-représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture. »
Résultat des courses, « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne “plus souvent pauvres”. » Ce chiffre dépasse même les 19%, dans « plus d’un tiers des départements de France métropolitaine » (notamment dans le Nord de la France, en Paca, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin…).
Plus inattendue, la typologie de « ces populations en difficulté ». Les auteurs du rapport de l’Igas distinguent deux catégories :
- D’une part, on trouve de façon classique « les agriculteurs (…) dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu, isolées et mal-logées, ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits. »
- Dans la seconde catégorie, on trouve ceux qui après le fameux « exode rural » ont fait le choix de l’« exode urbain », « les néo-ruraux installées à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en “errance”. Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de gardes d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social. »
Ces « prolos » des campagnes et ces néo-ruraux, ces « oubliés des champs » par les « puissants des villes », ce sont justement ceux-là sur qui Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin se sont penchés dans leur essai Recherche le peuple désespérément. Un ouvrage « conçu » dixit les auteurs « comme un grand manuel de survie pour une gauche en péril ou pour les républicains soucieux de voir leur pays renouer avec son histoire » et dont Marianne2 s’était fait le relais en fin d’année dernière. Et pour cause : avec ce livre, les deux auteurs (l’un est docteur en sciences politiques et l’autre professeur d'histoire-géographie), mettaient très justement en évidence une mutation géographique, sociale et politique passée inaperçue. Une mutation qu’on pourrait résumer de la sorte : le peuple a déserté peu à peu les centres urbains pour s’installer dans les zones dites périurbaines et rurales et pourtant la gauche s’obstine à s’adresser aux habitants des villes. Ce qui explique sans doute que le PS ait opté pour le « oui » au TCE en 2005 quand cette population des petites communes s’est, elle, d’après les auteurs, prononcée majoritairement pour le « non »…
Mais les habitants des zones rurales ne sont pas seulement oubliés par la gauche. Ils le sont aussi des politiques sociales. Ou plutôt, ils ont tendance à « se faire oublier » des structures d’aide sociale. Car comme le note les rapporteurs de l’Igas, « une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes “taiseuses”, de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on. » Ou comment les invisibles se font si petits que personne ne finira bientôt plus par les voir…
Gérald Andrieu - Marianne | Mercredi 20 Janvier 2010
http://www.marianne2.fr/Les-Francais-des-champs-,-onze-millions-d-invisibles_a183544.html
Outil d'analyse
L'INRA livre ici la première étape de son étude prospective sur « les Nouvelles ruralités en France à l’horizon 2030 ». Il s'agit de 4 scénarios que voici :
Scénario 1 : Les campagnes de la diffusion métropolitaine.
En 2030, les grandes villes s’étalent et la périurbanisation triomphe. Les zones urbanisées se diffusent dans les espaces ruraux, les aires d’influence des métropoles atteignant parfois la taille de régions entières. Elles sont marquées par d’intenses mobilités quotidiennes des résidents périurbains, qui travaillent pour la plupart dans les métropoles. Ces mobilités se sont maintenues grâce à des innovations dans les transports. Face à une forte polarisation des activités par les métropoles, l’économie des territoires ruraux périurbains est essentiellement résidentielle et peu qualifiée, même si elle bénéficie du desserrement des activités métropolitaines, et se concentre sur des pôles périphériques et le long des axes de transport. L’augmentation et la diffusion des résidences et des zones d’activités a conduit à la formation d’un vaste tissu discontinu de champs, de bois, de pavillons, de zones d’activités et de routes. Les paysages ruraux périurbains se fragmentent et se banalisent. L’agriculture, localisée dans les espaces ouverts de ce tissu métropolitain, s’organise de manière assez concentrique à partir des pôles urbains, répondant à de fortes concurrences sur les usages du sol. Loin de ces enjeux fonciers, hors des aires métropolitaines, des espaces intermédiaires, peu peuplés, sont dévolus à divers types d’agriculture sous faible contrainte environnementale. Des espaces de nature sanctuarisés, gérés selon une logique descendante par la Région, se sont développés ça et là pour répondre aux demandes de nature des urbains.
Scénario 2 : Les campagnes intermittentes des systèmes métropolitains.
En 2030, les individus (qui en ont les moyens) sont très mobiles et alternent des séjours en ville et à la campagne. Par le jeu de cette multi-appartenance, les territoires ruraux qui disposent d’atouts particuliers se sont singularisés et ont développé un patrimoine attractif. Ces territoires sont connectés aux systèmes métropolitains par des réseaux de transports collectifs. Ils forment des archipels capables d’attirer des flux d’urbains, notamment grâce à des équipements et services en technologies de l’information et de la communication. Les économies rurales valorisent les revenus dépensés par les résidents présents sur le territoire, à travers les services aux populations, les commerces, l’agriculture, les secteurs du tourisme et de la construction. La recomposition des territoires ruraux s’accompagne d’une intensification des usages de l’espace rural, parfois génératrice de conflits, qui valorise la nature et la culture. Leur gouvernance est hybride.
Intégrant des acteurs publics et privés, elle peut soit privatiser l’usage des espaces ruraux au bénéfice de certains, soit stimuler l’attractivité du territoire en concertation avec les pouvoirs métropolitains. L’agriculture assure un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes, et répond à un fort appel en produits de terroirs (AOC, Bio etc.) et de marchés de proximité. En dehors des territoires valorisés pour leur singularité, subsistent des espaces ruraux non connectés aux systèmes métropolitains qui sont désormais partagés principalement entre activités agroindustrielles, forêts et espaces de « nature sauvage ».
Scénario 3 : Les campagnes au service de la densification urbaine.
En 2030, les rapports villes-campagnes ont été bouleversés par la forte augmentation du coût de l’énergie fossile et la mise en place de politiques restrictives en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ces bouleversements en l’absence d’innovation technique ont remis en cause le modèle de déplacement individuel basé sur l’automobile et limité drastiquement les mobilités des personnes.
Les villes se sont verticalisées, le développement résidentiel des espaces ruraux observé au début du XXIe siècle a pris fin et les populations se sont concentrées dans les villes. Anticipant ces évolutions, les grandes villes ont inventé de nouvelles relations fonctionnelles avec leurs espaces ruraux environnant en les mettant au service de la métropole (production de matières premières agricoles, d’énergie, de services écologiques et réserves de biodiversité). Les grandes villes ont dans le même temps intégré en leur sein des formes de « microcampagnes » intra-urbaines, sous la forme de parcs, de bois et d’espaces agricoles. De fortes interventions publiques et la mise en place de politiques volontaristes dans les domaines de l’habitat, du transport et des infrastructures écologiques ont été nécessaires à de telles adaptations.
Scénario 4 : Les campagnes dans les mailles des réseaux de villes.
En 2030, les rapports villes-campagnes se sont recomposés autour de réseaux de villes. En effet, la tendance précédente à la périurbanisation des grandes agglomérations s’est infléchie, au bénéfice des villes, petites ou moyennes, et des bourgs ruraux, vers lesquels se sont portées les mobilités résidentielles. Ces territoires attirent de nouveaux résidents pour leur qualité de vie et la variété des paysages. Les équilibres territoriaux reposent sur une répartition équilibrée des populations, des activités et des services, assurant une complémentarité villecampagne. Ils s’appuient sur une gouvernance territoriale par projet, soutenue par des politiques publiques nationales, dont l’enjeu principal est de garantir une coexistence durable entre les différents usages du territoire. L’économie territoriale se fonde sur une diversité d’activités productives et résidentielles. Les technologies de l’information et de la communication ont à ce titre un effet important sur le désenclavement de certains territoires. Diverses agricultures coexistent, associées à différentes formes productives (intensives, conventionnelles, bio etc.) et à diverses organisations de filières ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés. Ces paysages complexes et diversifiés fournissent aux résidents un cadre de vie agréable et favorisent les fonctions écologiques des milieux.
http://www.paris.inra.fr/prospective/projets/nouvelles_ruralites
En 2030, les grandes villes s’étalent et la périurbanisation triomphe. Les zones urbanisées se diffusent dans les espaces ruraux, les aires d’influence des métropoles atteignant parfois la taille de régions entières. Elles sont marquées par d’intenses mobilités quotidiennes des résidents périurbains, qui travaillent pour la plupart dans les métropoles. Ces mobilités se sont maintenues grâce à des innovations dans les transports. Face à une forte polarisation des activités par les métropoles, l’économie des territoires ruraux périurbains est essentiellement résidentielle et peu qualifiée, même si elle bénéficie du desserrement des activités métropolitaines, et se concentre sur des pôles périphériques et le long des axes de transport. L’augmentation et la diffusion des résidences et des zones d’activités a conduit à la formation d’un vaste tissu discontinu de champs, de bois, de pavillons, de zones d’activités et de routes. Les paysages ruraux périurbains se fragmentent et se banalisent. L’agriculture, localisée dans les espaces ouverts de ce tissu métropolitain, s’organise de manière assez concentrique à partir des pôles urbains, répondant à de fortes concurrences sur les usages du sol. Loin de ces enjeux fonciers, hors des aires métropolitaines, des espaces intermédiaires, peu peuplés, sont dévolus à divers types d’agriculture sous faible contrainte environnementale. Des espaces de nature sanctuarisés, gérés selon une logique descendante par la Région, se sont développés ça et là pour répondre aux demandes de nature des urbains.
Scénario 2 : Les campagnes intermittentes des systèmes métropolitains.
En 2030, les individus (qui en ont les moyens) sont très mobiles et alternent des séjours en ville et à la campagne. Par le jeu de cette multi-appartenance, les territoires ruraux qui disposent d’atouts particuliers se sont singularisés et ont développé un patrimoine attractif. Ces territoires sont connectés aux systèmes métropolitains par des réseaux de transports collectifs. Ils forment des archipels capables d’attirer des flux d’urbains, notamment grâce à des équipements et services en technologies de l’information et de la communication. Les économies rurales valorisent les revenus dépensés par les résidents présents sur le territoire, à travers les services aux populations, les commerces, l’agriculture, les secteurs du tourisme et de la construction. La recomposition des territoires ruraux s’accompagne d’une intensification des usages de l’espace rural, parfois génératrice de conflits, qui valorise la nature et la culture. Leur gouvernance est hybride.
Intégrant des acteurs publics et privés, elle peut soit privatiser l’usage des espaces ruraux au bénéfice de certains, soit stimuler l’attractivité du territoire en concertation avec les pouvoirs métropolitains. L’agriculture assure un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes, et répond à un fort appel en produits de terroirs (AOC, Bio etc.) et de marchés de proximité. En dehors des territoires valorisés pour leur singularité, subsistent des espaces ruraux non connectés aux systèmes métropolitains qui sont désormais partagés principalement entre activités agroindustrielles, forêts et espaces de « nature sauvage ».
Scénario 3 : Les campagnes au service de la densification urbaine.
En 2030, les rapports villes-campagnes ont été bouleversés par la forte augmentation du coût de l’énergie fossile et la mise en place de politiques restrictives en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Ces bouleversements en l’absence d’innovation technique ont remis en cause le modèle de déplacement individuel basé sur l’automobile et limité drastiquement les mobilités des personnes.
Les villes se sont verticalisées, le développement résidentiel des espaces ruraux observé au début du XXIe siècle a pris fin et les populations se sont concentrées dans les villes. Anticipant ces évolutions, les grandes villes ont inventé de nouvelles relations fonctionnelles avec leurs espaces ruraux environnant en les mettant au service de la métropole (production de matières premières agricoles, d’énergie, de services écologiques et réserves de biodiversité). Les grandes villes ont dans le même temps intégré en leur sein des formes de « microcampagnes » intra-urbaines, sous la forme de parcs, de bois et d’espaces agricoles. De fortes interventions publiques et la mise en place de politiques volontaristes dans les domaines de l’habitat, du transport et des infrastructures écologiques ont été nécessaires à de telles adaptations.
Scénario 4 : Les campagnes dans les mailles des réseaux de villes.
En 2030, les rapports villes-campagnes se sont recomposés autour de réseaux de villes. En effet, la tendance précédente à la périurbanisation des grandes agglomérations s’est infléchie, au bénéfice des villes, petites ou moyennes, et des bourgs ruraux, vers lesquels se sont portées les mobilités résidentielles. Ces territoires attirent de nouveaux résidents pour leur qualité de vie et la variété des paysages. Les équilibres territoriaux reposent sur une répartition équilibrée des populations, des activités et des services, assurant une complémentarité villecampagne. Ils s’appuient sur une gouvernance territoriale par projet, soutenue par des politiques publiques nationales, dont l’enjeu principal est de garantir une coexistence durable entre les différents usages du territoire. L’économie territoriale se fonde sur une diversité d’activités productives et résidentielles. Les technologies de l’information et de la communication ont à ce titre un effet important sur le désenclavement de certains territoires. Diverses agricultures coexistent, associées à différentes formes productives (intensives, conventionnelles, bio etc.) et à diverses organisations de filières ; elles s’enchevêtrent avec des espaces naturels protégés. Ces paysages complexes et diversifiés fournissent aux résidents un cadre de vie agréable et favorisent les fonctions écologiques des milieux.
http://www.paris.inra.fr/prospective/projets/nouvelles_ruralites
Un an après l'alerte des élus de l'Albret, la sauvegarde des services publics reste une priorité
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Il y a un an très exactement, une nuée d'écharpes tricolores battait le pavé sur le territoire de l'Albret, au son de « Service public en danger ». Parcourant la Communauté de communes à bord d'un bus, le désir de ces élus était d'attirer l'attention sur une question fondamentale en zone rurale : la fermeture progressive des bureaux de postes, gendarmeries ou encore écoles.
Détermination intacte
Une année s'est écoulée, mais la détermination reste intacte. Pilier de la contestation, Bernadette Jayles, maire de Barbaste mais aussi à la tête de la commission finances à la CCVA, ne désarme pas. « Cette manifestation fut un moment fort, très important localement, et qui en a surpris plus d'un. Nous avons réussi par ce biais, à sauver la permanence du bureau de poste. »
Mais si quelques victoires ont été remportées, les élus ne perdent pas de vue que le combat risque d'être long. « À Lavardac ou à Barbaste, les effectifs dans les écoles sont à la limite. L'inspection de l'Académie nous a prévenus. Mais peut-être que si on ne s'était pas mobilisés, on déplorerait déjà des fermetures. C'est pourquoi nous restons extrêmement vigilants. »
Au delà des clivages
Le poids de cette grogne tient sans doute à la nature du territoire. Passant outre les clivages politiques, les élus se sont rassemblés autour d'une même problématique : comment éviter la désertification des communes rurales ?
Et pour faire porter leur voix en haut lieu, Guy Clua, maire de Saint-Laurent (500 habitants) a été à l'initiative de la création de l'AMR47, l'Association des maires ruraux du Lot-et-Garonne. Bernadette Jayles qui a rejoint cette association en temps que vice-présidente déléguée à l'Albret, dit en attendre beaucoup. « A présent, les élus du territoire se connaissent très bien pour travailler souvent de concert. Nous sommes résolus à peser tous ensemble. »
Même ambition du côté de la CCVA, où Bernard Faucon-Lambert reste convaincu que « si les communautés de communes ont été créées, c'est bien dans une perspective d'aménagement du territoire. Alors, cela ne sert à rien que l'on amène des moyens pour faire vivre nos territoires, et que tout cela finisse en privatisation. Il faut bien se rendre compte que la sauvegarde des services publics est une préoccupation majeure des Français ».
Un combat qui reste d'autant plus d'actualité que la Communauté du Val d'Albret est en liaison continue avec le Conseil général pour programmer des actions au niveau départemental. Des dispositions que ces élus jugent nécessaires pour éviter la « métropolisation » des grandes agglomérations et laisser de côté, le reste des communes rurales.
Sud Ouest, Mercredi 06 Janvier 2010
http://www.sudouest.com/lot-et-garonne/actualite/neracais/article/827021/mil/5557535.html
Il y a un an très exactement, une nuée d'écharpes tricolores battait le pavé sur le territoire de l'Albret, au son de « Service public en danger ». Parcourant la Communauté de communes à bord d'un bus, le désir de ces élus était d'attirer l'attention sur une question fondamentale en zone rurale : la fermeture progressive des bureaux de postes, gendarmeries ou encore écoles.
Détermination intacte
Une année s'est écoulée, mais la détermination reste intacte. Pilier de la contestation, Bernadette Jayles, maire de Barbaste mais aussi à la tête de la commission finances à la CCVA, ne désarme pas. « Cette manifestation fut un moment fort, très important localement, et qui en a surpris plus d'un. Nous avons réussi par ce biais, à sauver la permanence du bureau de poste. »
Mais si quelques victoires ont été remportées, les élus ne perdent pas de vue que le combat risque d'être long. « À Lavardac ou à Barbaste, les effectifs dans les écoles sont à la limite. L'inspection de l'Académie nous a prévenus. Mais peut-être que si on ne s'était pas mobilisés, on déplorerait déjà des fermetures. C'est pourquoi nous restons extrêmement vigilants. »
Au delà des clivages
Le poids de cette grogne tient sans doute à la nature du territoire. Passant outre les clivages politiques, les élus se sont rassemblés autour d'une même problématique : comment éviter la désertification des communes rurales ?
Et pour faire porter leur voix en haut lieu, Guy Clua, maire de Saint-Laurent (500 habitants) a été à l'initiative de la création de l'AMR47, l'Association des maires ruraux du Lot-et-Garonne. Bernadette Jayles qui a rejoint cette association en temps que vice-présidente déléguée à l'Albret, dit en attendre beaucoup. « A présent, les élus du territoire se connaissent très bien pour travailler souvent de concert. Nous sommes résolus à peser tous ensemble. »
Même ambition du côté de la CCVA, où Bernard Faucon-Lambert reste convaincu que « si les communautés de communes ont été créées, c'est bien dans une perspective d'aménagement du territoire. Alors, cela ne sert à rien que l'on amène des moyens pour faire vivre nos territoires, et que tout cela finisse en privatisation. Il faut bien se rendre compte que la sauvegarde des services publics est une préoccupation majeure des Français ».
Un combat qui reste d'autant plus d'actualité que la Communauté du Val d'Albret est en liaison continue avec le Conseil général pour programmer des actions au niveau départemental. Des dispositions que ces élus jugent nécessaires pour éviter la « métropolisation » des grandes agglomérations et laisser de côté, le reste des communes rurales.
Sud Ouest, Mercredi 06 Janvier 2010
http://www.sudouest.com/lot-et-garonne/actualite/neracais/article/827021/mil/5557535.html
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services publics
Outil d'analyse
Dans un rapport rendu au mois de septembre 2009, l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux dressent un bilan précis des conditions de vie en milieu rural. Voici ici les principaux éléments de synthèse ainsi que les recommandations du rapport :
[3] Onze millions d’habitants, soit 18 % de la population de France métropolitaine, résident dans« l’espace rural », tel que le définissent les outils statistiques. La quasi-totalité des indicateurs montrent que les territoires concernés, comme leurs habitants, se situent au-dessous des moyennes nationales tant en termes de participation à l’économie nationale, que de revenus, de qualification ou d’emploi.
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
La totalité du rapport sur le lien suivant :
http://agriculture.gouv.fr/sections/publications/rapports/pauvrete-precarite/view
[4] Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date, absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
[5] Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
[6] La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
[7] Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur Poitou-Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
[9] Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien des ruraux d’origine que de « nouveaux » arrivants.
[10] Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
[11] Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en « errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
[13] Une partie des territoires ruraux cumule différents handicaps qui se cristallisent au fil du temps. Il est possible de parler à leur endroit de véritables territoires de relégation ainsi que le fait la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS). En effet, une partie de la population est isolée, que cet isolement soit physique ou qu’il relève de blocages à la mobilité d’ordre culturel et social.
[21] Une approche transversale est en effet nécessaire au niveau national : les espaces ruraux souffrent de l’attention limitée portée aux effets sociaux, sur ces territoires, des politiques des transports, du logement, de la santé, de l’emploi. Il est significatif que les données statistiques sur ces domaines, pourtant existantes, fassent rarement l’objet d’une présentation selon la variable spatiale. Cette attention insuffisante prêtée aux difficultés rurales, en s’accumulant et en se combinant avec des crises affectant l’économie de ces espaces, finit par cristalliser des problèmes graves sur des « territoires de relégation » dans certains cantons.
Principales recommandations de la mission
1) Développer au plan national l’analyse de données territoriales sur la pauvreté et la précarité en milieu rural, dans un cadre interministériel.
2) Mettre des outils d’observation de la situation sociale et du développement des territoires ruraux à la disposition des partenaires régionaux
3) Apporter le soutien de l’Etat à la tenue d’assises régionales du développement local économique et social en milieu rural.
4) Inscrire des actions de soutien au développement économique et social rural dans un cadre partenarial avec les collectivités territoriales.
5) Dans cette perspective, soutenir les initiatives portées par des intercommunalités de projet.
6) Favoriser le déploiement d’une ingénierie locale de développement dans les territoires ruraux.
7) Prendre en ligne de compte les surcoûts avérés des divers modes d’intervention sociale en milieu rural dans les financements d’Etat, et inciter les organismes de protection sociale à tenir compte des spécificités du milieu rural pour l’attribution de moyens à leurs services d’action sociale.
8) Suivre la situation des jeunes ruraux, particulièrement concernés par des phénomènes de précarité spécifiques et renforcer les moyens qui sont consacrés notamment à leur formation.
9) Procéder à une évaluation spécifique du RSA en milieu rural.
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