Outil d'analyse
Quel citadin n’a jamais rêvé d’aller vivre à la campagne ? De fuir les rythmes oppressants pour retrouver la nature ? Ce fantasme champêtre néglige le fait que la vie en ville devient un luxe. Certains ménages modestes n’ont pas d’autre choix que de s’exiler en milieu rural, où la rareté des emplois et des services publics aggrave la précarité à laquelle ils croyaient échapper
De Montpellier, il faut trois quarts d’heure pour arriver à Ganges, gros bourg de quatre mille habitants situé aux confins de l’Hérault. En direction du nord, après s’être frayé un chemin entre Euromédecine et Agropolis, les deux technopôles symboles du dynamisme de « la ville qui réalise ses rêves », la route tourne définitivement le dos à la métropole, traverse en droite ligne les plaines viticoles, les coteaux du Languedoc, avant de prendre un cours plus sinueux aux premières marches des Cévennes. Loin de Montpellier, de ses emplois et de ses services, la commune attire pourtant de nouveaux habitants : depuis 1992, ils sont près d’un millier à s’y être installés.
Originaires de la banlieue montpelliéraine, Bernard et Christine (1), jeunes retraités, sont arrivés en 2008. Lui travaillait chez Nicollin, l’entreprise de nettoyage urbain. Elle faisait des ménages dans les collèges de la région. Le passage à la retraite a entraîné une diminution brutale des revenus du couple. Ils tentent alors de solder les crédits à la consommation contractés pendant leur vie active, mais n’y parviennent pas. Surendettés, ils ne peuvent plus faire face à l’augmentation de leurs dépenses. La hausse des impôts locaux les contraint finalement au départ. Le reste, diront-ils, « s’est fait par hasard : une maison pas chère à la campagne, des impôts locaux supportables, à pas plus de cinquante kilomètres de Montpellier ». Mais, pour ce couple, le hasard fut l’enfant caché de la nécessité. D’une nécessité faite vertu.
Lire la suite sur le site du Monde diplomatique
Par Gatien Elie, Allan Popelard et Paul Vannier
Le Monde diplomatique, août 2010
Originaires de la banlieue montpelliéraine, Bernard et Christine (1), jeunes retraités, sont arrivés en 2008. Lui travaillait chez Nicollin, l’entreprise de nettoyage urbain. Elle faisait des ménages dans les collèges de la région. Le passage à la retraite a entraîné une diminution brutale des revenus du couple. Ils tentent alors de solder les crédits à la consommation contractés pendant leur vie active, mais n’y parviennent pas. Surendettés, ils ne peuvent plus faire face à l’augmentation de leurs dépenses. La hausse des impôts locaux les contraint finalement au départ. Le reste, diront-ils, « s’est fait par hasard : une maison pas chère à la campagne, des impôts locaux supportables, à pas plus de cinquante kilomètres de Montpellier ». Mais, pour ce couple, le hasard fut l’enfant caché de la nécessité. D’une nécessité faite vertu.
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Par Gatien Elie, Allan Popelard et Paul Vannier
Le Monde diplomatique, août 2010
Rédigé par Jean-Philippe HUELIN le Mardi 28 Décembre 2010 à 14:57
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Outil d'analyse
Les géographes Allan Popelard, Paul Vannier et Gatien Elie ont enquêté sur une nouvelle facette de précarité à la campagne : les néo-ruraux pauvres, forcés de « s’exiler » à la campagne face à un coût de la vie trop élevé en ville (1). Persuadés que la pauvreté est moins dure à la campagne, ils se retrouvent piégés et éloignés des bassins d’emploi.
La Terre : La pauvreté est plus présente en campagne qu’en ville. Pourquoi ?
Gatien Elie : Plusieurs facteurs font que la pauvreté est proportionnellement plus importante en milieu rural. Il y a d’abord la crise du monde agricole, qui a été occultée pendant longtemps. Ensuite, l’organisation de l’espace dans l’économie libérale fait que l’emploi est concentré en ville. Les ruraux sont confrontés à l’absence d’emplois, en termes qualitatif et quantitatif. Enfin on observe depuis peu des « néo-ruraux pauvres » qui se sont installés à la campagne par manque de revenus et se retrouvent « piégés ». Paul Vannier : De plus en plus de gens vont à la campagne, mais les emplois ne suivent pas.
Comment décrire cette nouvelle forme de précarité ?
G.E. : Elle recouvre des catégories de personnes très hétérogènes : des retraités qui ont vu leurs revenus chuter brutalement, des jeunes installés avec un projet agricole qui se rendent compte que celui-ci n’est pas viable ou encore des salariés qui arrivent à la fin d’un contrat. Allan Popelard : Tous partent à la campagne en espérant trouver des logements moins chers. G.E. : Quand on les écoute, ils revendiquent leur choix. Mais, bien souvent, ils sous-estiment leurs frais, notamment de chauffage et de transport. P.V. : Puis leur situation empire. Ils se retrouvent dans une sorte de piège. Loin des bassins d’emploi, ils ne trouvent pas de travail, enchaînent les petits boulots, souvent à temps partiel...
Pourquoi parlez-vous de piège ?
G.E. : Quand on se rend compte que le choix de « s’exiler » à la campagne n’était pas le bon, il est déjà trop tard. P.V. : C’est un peu comme une centrifugeuse : une fois qu’ils sont expulsés à la campagne, ils ne peuvent pas revenir en arrière. Il y a notamment une carence importante en transports publics. A Ganges, il n’y a qu’un bus par jour pour aller à Montpellier, cela devient très compliqué pour aller travailler, dès que la voiture tombe en panne... A.P. : Plus qu’un piège, ils tombent dans une trappe : ces gens tombent dans l’oubli, car depuis longtemps, la politique sociale a été réduite à la politique de la ville.
Il ne faut donc pas grand-chose pour basculer dans la précarité...
P.V. : Le plus souvent, il s’agit de ménages qui étaient déjà pauvres avant d’arriver à la campagne. Par exemple, pour les retraités, une hausse des impôts locaux d’une cinquantaine d’euros peut suffire à les faire quitter la ville. Mais le trait commun à toutes ces personnes, c’est une très grande précarité. Nous avons rencontré des gens qui n’ont que quelques dizaines d’euros en début de mois. A Ganges, où nous sommes allés enquêter, les travailleurs sociaux ont comptabilisé 15 sans-domicile-fixe pour ce bourg de 4 000 habitants. Il y a des nouveaux pauvres et ils sont de plus en plus pauvres.
Pourtant, d’après l’Insee, les revenus augmentent plus vite dans les zones rurales qu’en ville. Faut-il y voir un recul de la pauvreté ?
G.E. : Une progression du revenu moyen ne signifie pas forcément qu’il y moins de pauvres. Cela peut aussi montrer que les écarts de richesses se creusent. P.V. : D’un côté, il y a des cadres qui ont un certain niveau de vie et qui choisissent de s’installer à la campagne. De l’autre, il y a ce phénomène diffus, caché, de tous ces néo-ruraux précaires. Des inégalités importantes sont en train de se creuser. A Ganges, nous avons vu apparaître des « gated communities », c’est-à-dire des lotissements à l’américaine, fermés et réservés aux personnes aisées. Certains élus font tout pour empêcher l’installation des populations à revenus modestes. A.P. : Le milieu rural est aussi un lieu de ségrégation, de lutte des classes.
Quand cela a-t-il a commencé ?
G.E. : Historiquement, les premiers ont été les « échoués » de la modernisation agricole dans les années 70-80. A.P. : Puis l’apparition des néo-ruraux pauvres a commencé dans les années 90, avec l’embourgeoisement des villes et les premières politiques de « gentryfication ». Il s’agit d’un exode urbain.
Ce rejet des pauvres hors des villes est-il dû aux politiques d’urbanisme ou au système économique ?
A.P. : Clairement, c’est le système capitaliste qui conduit à la concentration des emplois sur le territoire. Ce phénomène est lié à des économies d’échelle : il s’agit de rendre l’espace le plus rentable possible, ce qui fait monter les prix des zones les plus attractives.
Dans l’imaginaire collectif, la pauvreté est moins dure à la campagne...
A.P. : Un certain nombre de discours prétendent que la pauvreté est plus facile à la campagne, mais c’est faux. On a l’habitude d’opposer la ville individualiste et la campagne solidaire, collectiviste. Ces choses-là ne sont pas tout à fait exactes, surtout pour les néo-ruraux qui ne sont pas issus du milieu rural. Il y a des inégalités sociales très importantes et la lutte des classes existe aussi à la campagne. G.E. : Historiquement, la solidarité était plus développée en milieu rural. Mais aujourd’hui elle ne l’est ni plus ni moins qu’ailleurs, elle est juste plus visible. Des solidarités se mettent en place, mais, comme ailleurs, elles sont familiales, amicales, professionnelles... A.P. : On a l’impression que la solidarité villageoise peut pallier cette pauvreté. Mais cette solidarité rurale est surtout présente dans l’imaginaire des citadins. D’ailleurs, beaucoup d’urbains se comportent comme des villageois en ville. C’est une projection dans la ville de leur imaginaire rural.
(1) Exode urbain, exil rural, paru dans Le Monde diplomatique d’août 2010.
par Propos recueillis par Yannick Groult
La Terre, 28 décembre 2010
Gatien Elie : Plusieurs facteurs font que la pauvreté est proportionnellement plus importante en milieu rural. Il y a d’abord la crise du monde agricole, qui a été occultée pendant longtemps. Ensuite, l’organisation de l’espace dans l’économie libérale fait que l’emploi est concentré en ville. Les ruraux sont confrontés à l’absence d’emplois, en termes qualitatif et quantitatif. Enfin on observe depuis peu des « néo-ruraux pauvres » qui se sont installés à la campagne par manque de revenus et se retrouvent « piégés ». Paul Vannier : De plus en plus de gens vont à la campagne, mais les emplois ne suivent pas.
Comment décrire cette nouvelle forme de précarité ?
G.E. : Elle recouvre des catégories de personnes très hétérogènes : des retraités qui ont vu leurs revenus chuter brutalement, des jeunes installés avec un projet agricole qui se rendent compte que celui-ci n’est pas viable ou encore des salariés qui arrivent à la fin d’un contrat. Allan Popelard : Tous partent à la campagne en espérant trouver des logements moins chers. G.E. : Quand on les écoute, ils revendiquent leur choix. Mais, bien souvent, ils sous-estiment leurs frais, notamment de chauffage et de transport. P.V. : Puis leur situation empire. Ils se retrouvent dans une sorte de piège. Loin des bassins d’emploi, ils ne trouvent pas de travail, enchaînent les petits boulots, souvent à temps partiel...
Pourquoi parlez-vous de piège ?
G.E. : Quand on se rend compte que le choix de « s’exiler » à la campagne n’était pas le bon, il est déjà trop tard. P.V. : C’est un peu comme une centrifugeuse : une fois qu’ils sont expulsés à la campagne, ils ne peuvent pas revenir en arrière. Il y a notamment une carence importante en transports publics. A Ganges, il n’y a qu’un bus par jour pour aller à Montpellier, cela devient très compliqué pour aller travailler, dès que la voiture tombe en panne... A.P. : Plus qu’un piège, ils tombent dans une trappe : ces gens tombent dans l’oubli, car depuis longtemps, la politique sociale a été réduite à la politique de la ville.
Il ne faut donc pas grand-chose pour basculer dans la précarité...
P.V. : Le plus souvent, il s’agit de ménages qui étaient déjà pauvres avant d’arriver à la campagne. Par exemple, pour les retraités, une hausse des impôts locaux d’une cinquantaine d’euros peut suffire à les faire quitter la ville. Mais le trait commun à toutes ces personnes, c’est une très grande précarité. Nous avons rencontré des gens qui n’ont que quelques dizaines d’euros en début de mois. A Ganges, où nous sommes allés enquêter, les travailleurs sociaux ont comptabilisé 15 sans-domicile-fixe pour ce bourg de 4 000 habitants. Il y a des nouveaux pauvres et ils sont de plus en plus pauvres.
Pourtant, d’après l’Insee, les revenus augmentent plus vite dans les zones rurales qu’en ville. Faut-il y voir un recul de la pauvreté ?
G.E. : Une progression du revenu moyen ne signifie pas forcément qu’il y moins de pauvres. Cela peut aussi montrer que les écarts de richesses se creusent. P.V. : D’un côté, il y a des cadres qui ont un certain niveau de vie et qui choisissent de s’installer à la campagne. De l’autre, il y a ce phénomène diffus, caché, de tous ces néo-ruraux précaires. Des inégalités importantes sont en train de se creuser. A Ganges, nous avons vu apparaître des « gated communities », c’est-à-dire des lotissements à l’américaine, fermés et réservés aux personnes aisées. Certains élus font tout pour empêcher l’installation des populations à revenus modestes. A.P. : Le milieu rural est aussi un lieu de ségrégation, de lutte des classes.
Quand cela a-t-il a commencé ?
G.E. : Historiquement, les premiers ont été les « échoués » de la modernisation agricole dans les années 70-80. A.P. : Puis l’apparition des néo-ruraux pauvres a commencé dans les années 90, avec l’embourgeoisement des villes et les premières politiques de « gentryfication ». Il s’agit d’un exode urbain.
Ce rejet des pauvres hors des villes est-il dû aux politiques d’urbanisme ou au système économique ?
A.P. : Clairement, c’est le système capitaliste qui conduit à la concentration des emplois sur le territoire. Ce phénomène est lié à des économies d’échelle : il s’agit de rendre l’espace le plus rentable possible, ce qui fait monter les prix des zones les plus attractives.
Dans l’imaginaire collectif, la pauvreté est moins dure à la campagne...
A.P. : Un certain nombre de discours prétendent que la pauvreté est plus facile à la campagne, mais c’est faux. On a l’habitude d’opposer la ville individualiste et la campagne solidaire, collectiviste. Ces choses-là ne sont pas tout à fait exactes, surtout pour les néo-ruraux qui ne sont pas issus du milieu rural. Il y a des inégalités sociales très importantes et la lutte des classes existe aussi à la campagne. G.E. : Historiquement, la solidarité était plus développée en milieu rural. Mais aujourd’hui elle ne l’est ni plus ni moins qu’ailleurs, elle est juste plus visible. Des solidarités se mettent en place, mais, comme ailleurs, elles sont familiales, amicales, professionnelles... A.P. : On a l’impression que la solidarité villageoise peut pallier cette pauvreté. Mais cette solidarité rurale est surtout présente dans l’imaginaire des citadins. D’ailleurs, beaucoup d’urbains se comportent comme des villageois en ville. C’est une projection dans la ville de leur imaginaire rural.
(1) Exode urbain, exil rural, paru dans Le Monde diplomatique d’août 2010.
par Propos recueillis par Yannick Groult
La Terre, 28 décembre 2010
"Bouclier rural face au bouclier fiscal: Ils sont gonflés les députés UMP...", c'est le titre d'un article de la revue de presse d'Henri Nayrou pour AriègeNews
Ils n'ont pas peur du ridicule, ces 40 députés UMP qui ont déposé mardi 21 décembre une proposition de loi pour les territoires ruraux.
Tenez-vous bien, leur argumentaire demande textuellement l’instauration d’un «bouclier rural», plagiant sans vergogne cette formulation trouvée par les députés PS par opposition au tristement célèbre Bouclier Fiscal qui est la honte de notre démocratie.
Parmi ces vilains copieurs de fin de trimestre, figure un certain Jean Auclair de la Creuse qui avait raillé notre bouclier rural sur son blog le 10 novembre 2010. Pas trop gêné, le monsieur..
Et parmi les propositions UMP, figurent des exigences de la convention "égalité réelle" du Parti Socialiste, en premier lieu la défense des services publics.
Voilà donc des gens sans complexes sur le sujet, quand on constate que la droite, manifestement à court d’idées devant son bilan désastreux, a le culot de prétendre défendre cette idée de solidarité territoriale généreuse alors qu'elle ne cesse de vanter la politique gouvernementale en matière de suppressions de dizaines de milliers de fonctionnaires.
Vous en avez déjà vu, vous, des services publics fonctionner sans fonctionnaires ? Moi, non.
C'est précisément avec un tel double langage que les citoyens des zones rurales et de montagne comme les Ariégeoises et les Ariégeois se sentent bel et bien abandonnés par le clan Sarkozy-Fillon.
Un abandon d'ailleurs programmé et assumé comme en témoignent les diverses réformes touchant à l'asphyxie fiscale, au grand n'importe quoi concernant les collectivités (dixit le président Accoyer...), à la casse hospitalière, etc etc...
Les députés UMP n'ont donc pas peur du ridicule.
En fait, ils ont surtout peur des élections cantonales de mars prochain et ils tentent de se mettre le plus tôt possible aux abris. Je pense que, sur ce point, ils ont tout à fait raison et ce n'est surtout pas leur misérable bouclier qui va les protéger.
AriègeNews, 27 décembre 2010
Tenez-vous bien, leur argumentaire demande textuellement l’instauration d’un «bouclier rural», plagiant sans vergogne cette formulation trouvée par les députés PS par opposition au tristement célèbre Bouclier Fiscal qui est la honte de notre démocratie.
Parmi ces vilains copieurs de fin de trimestre, figure un certain Jean Auclair de la Creuse qui avait raillé notre bouclier rural sur son blog le 10 novembre 2010. Pas trop gêné, le monsieur..
Et parmi les propositions UMP, figurent des exigences de la convention "égalité réelle" du Parti Socialiste, en premier lieu la défense des services publics.
Voilà donc des gens sans complexes sur le sujet, quand on constate que la droite, manifestement à court d’idées devant son bilan désastreux, a le culot de prétendre défendre cette idée de solidarité territoriale généreuse alors qu'elle ne cesse de vanter la politique gouvernementale en matière de suppressions de dizaines de milliers de fonctionnaires.
Vous en avez déjà vu, vous, des services publics fonctionner sans fonctionnaires ? Moi, non.
C'est précisément avec un tel double langage que les citoyens des zones rurales et de montagne comme les Ariégeoises et les Ariégeois se sentent bel et bien abandonnés par le clan Sarkozy-Fillon.
Un abandon d'ailleurs programmé et assumé comme en témoignent les diverses réformes touchant à l'asphyxie fiscale, au grand n'importe quoi concernant les collectivités (dixit le président Accoyer...), à la casse hospitalière, etc etc...
Les députés UMP n'ont donc pas peur du ridicule.
En fait, ils ont surtout peur des élections cantonales de mars prochain et ils tentent de se mettre le plus tôt possible aux abris. Je pense que, sur ce point, ils ont tout à fait raison et ce n'est surtout pas leur misérable bouclier qui va les protéger.
AriègeNews, 27 décembre 2010
Outil d'analyse
L'auteur, Léonard Naraych, est agriculteur exploitant dans la région Rhône-Alpes. Partant du principe que «le monde rural subit aujourd'hui une crise structurelle», il propose une analyse du phénomène. «Parallèlement à la crise économique du monde agricole, on observe un certain nombre de problèmes culturels entrainés par la péri-urbanisation.»
«L'homme aime tant l'homme que quand il fuit la ville, c'est pour chercher la foule, c'est à dire pour refaire la ville à la campagne.» Charles Baudelaire, Journaux intimes
«Vous aimez la liberté ? Elle habite la campagne.» Andrès Bello
23 juin 2009, la nomination est confirmée. Le sénateur du Rhône, Michel Mercier, ancien trésorier du Modem entre dans le gouvernement Fillon II en tant que ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire. Par-delà l'ouverture au parti de François Bayrou, ce nouveau portefeuille gouvernemental entérine un fait de société balbutiant, dont le politique tente de se saisir : la ruralité est un enjeu d'action publique et par là même de réflexion. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le président de Chasse, pêche, nature et traditions, Frédéric Nihous se félicite de la création d'un «secrétariat d'Etat à l'Espace rural». Pour le dirigeant du parti tendant à représenter les campagnes françaises, «la ruralité devient une priorité nationale, tant mieux, (...)». L'espace rural fait donc l'objet d'une attention toute particulière des pouvoirs publics depuis quelques années. Mu par un objectif d'aménagement du territoire, le gouvernement lance à l'issue du CIACT du 14 octobre 2005 les pôles d'excellence rurale. Sous la houlette de Christian Estrosi, alors ministre délégué à l'aménagement du territoire, cette initiative vise à dynamiser l'activité économique des campagnes françaises tout en y développant les actions en faveur du développement durable et la promotion des innovations technologiques.
La ruralité est ainsi souvent évoquée par les pouvoirs publics et par les médias. Cependant, on observe que cette notion est relativement floue. Dans le dictionnaire de la géographie, «la géographie rurale étudie la campagne et non pas seulement l'agriculture». «La campagne, quant à elle, s'oppose à la ville, les faits de la campagne sont les faits ruraux[1]» L'INSEE estime que «toute agglomération de plus de 2000 personnes est rangée dans la catégorie urbaine ; la campagne se définit à nouveau négativement : c'est le reste [2]». Afin de sortir de cette définition par la négative, nous dirons que la ruralité désigne à la fois le territoire des agglomérations de moins de 2000 personnes et l'identité sociale vécue de ses habitants. Au sein de cet espace, on distingue un ensemble de sociabilités villageoises caractérisées par une relation de proximité interne à chaque agglomération. L'espace rural vit sur l'héritage de l'agriculture qui constitue encore parfois l'activité professionnelle d'une partie de la population. Nous pouvons détacher des degrés de ruralité en fonction de la proximité d'une ville ou d'une agglomération de plus de 2000 habitants[3]. Au cours du XXe siècle, nous pouvons observer une diminution des populations rurales : 19,7 millions en 1936, 14,9 millions en 1968, 14,7 millions en 1990 et 14,3 millions en 1999. À l'inverse, la population urbaine a doublé entre 1936 et 1999, passant de 22,1 à 44,2 millions. Cependant, il faut observer que le phénomène de rurbanisation modifie légèrement la donne. Des populations citadines s'implantent dans les campagnes avoisinant les grands centres urbains. Les espaces périurbains ont en effet subi la plus forte augmentation - 3 millions de personnes - entre 1990 et 1999[4]. Les campagnes françaises ont tendance à être repeuplées par d'anciens citadins. Ces migrations inversent l'exode rural entamé au XXe siècle.
Lire la suite sur Médiapart
«Vous aimez la liberté ? Elle habite la campagne.» Andrès Bello
23 juin 2009, la nomination est confirmée. Le sénateur du Rhône, Michel Mercier, ancien trésorier du Modem entre dans le gouvernement Fillon II en tant que ministre de l'Espace rural et de l'aménagement du territoire. Par-delà l'ouverture au parti de François Bayrou, ce nouveau portefeuille gouvernemental entérine un fait de société balbutiant, dont le politique tente de se saisir : la ruralité est un enjeu d'action publique et par là même de réflexion. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le président de Chasse, pêche, nature et traditions, Frédéric Nihous se félicite de la création d'un «secrétariat d'Etat à l'Espace rural». Pour le dirigeant du parti tendant à représenter les campagnes françaises, «la ruralité devient une priorité nationale, tant mieux, (...)». L'espace rural fait donc l'objet d'une attention toute particulière des pouvoirs publics depuis quelques années. Mu par un objectif d'aménagement du territoire, le gouvernement lance à l'issue du CIACT du 14 octobre 2005 les pôles d'excellence rurale. Sous la houlette de Christian Estrosi, alors ministre délégué à l'aménagement du territoire, cette initiative vise à dynamiser l'activité économique des campagnes françaises tout en y développant les actions en faveur du développement durable et la promotion des innovations technologiques.
La ruralité est ainsi souvent évoquée par les pouvoirs publics et par les médias. Cependant, on observe que cette notion est relativement floue. Dans le dictionnaire de la géographie, «la géographie rurale étudie la campagne et non pas seulement l'agriculture». «La campagne, quant à elle, s'oppose à la ville, les faits de la campagne sont les faits ruraux[1]» L'INSEE estime que «toute agglomération de plus de 2000 personnes est rangée dans la catégorie urbaine ; la campagne se définit à nouveau négativement : c'est le reste [2]». Afin de sortir de cette définition par la négative, nous dirons que la ruralité désigne à la fois le territoire des agglomérations de moins de 2000 personnes et l'identité sociale vécue de ses habitants. Au sein de cet espace, on distingue un ensemble de sociabilités villageoises caractérisées par une relation de proximité interne à chaque agglomération. L'espace rural vit sur l'héritage de l'agriculture qui constitue encore parfois l'activité professionnelle d'une partie de la population. Nous pouvons détacher des degrés de ruralité en fonction de la proximité d'une ville ou d'une agglomération de plus de 2000 habitants[3]. Au cours du XXe siècle, nous pouvons observer une diminution des populations rurales : 19,7 millions en 1936, 14,9 millions en 1968, 14,7 millions en 1990 et 14,3 millions en 1999. À l'inverse, la population urbaine a doublé entre 1936 et 1999, passant de 22,1 à 44,2 millions. Cependant, il faut observer que le phénomène de rurbanisation modifie légèrement la donne. Des populations citadines s'implantent dans les campagnes avoisinant les grands centres urbains. Les espaces périurbains ont en effet subi la plus forte augmentation - 3 millions de personnes - entre 1990 et 1999[4]. Les campagnes françaises ont tendance à être repeuplées par d'anciens citadins. Ces migrations inversent l'exode rural entamé au XXe siècle.
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Revue de presse
Le séminaire national du Réseau rural français, qui s’est tenu il y a quelques jours à Agen, a été l’occasion de présenter de nombreux projets qui font bouger des terres parfois «oubliées»
« Aujourd’hui, les campagnes ne sont plus ces terres d’exode dont on prédisait la fin il y a trente ans. Ce sont des terres vivantes où l’on vient chercher de l’espace, du calme, de l’air, un autre mode de vie », se réjouissait il y a quelques jours Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, lors de sa venue au colloque du Réseau rural français, qui s’est tenu à Agen (Lot-et-Garonne).
En effet, depuis une dizaine d’années, les espaces ruraux se repeuplent. Mais « les exigences des néoruraux sont les mêmes qu’en ville. Ils veulent des services à proximité, des écoles, des médecins… », souligne Patrick Falcone, sous-directeur du développement rural au ministère.
Ces territoires rivalisent donc d’ingéniosité pour séduire jeunes, familles et entreprises. Ainsi, dans le Cantal, la communauté de communes du Pays de Murat a créé en 2005 une maison des services avec salle multimédia, visio-accueil, borne Internet, billetterie, espace lecture, en accès gratuit.
Le Gers a réussi à attirer au moins 270 familles souhaitant s’installer à la campagne
Tous les jours, sur place, des permanences sociales, juridiques et agricoles, et des rencontres emploi-formation sont également organisées pour faciliter les démarches administratives, des habitants comme des entreprises.
Chaque mois, cette maison reçoit 1500 visites, alors que le territoire ne compte que 6000 habitants. Les raisons de ce succès ? « C’est l’accompagnement, sinon les gens n’osent pas franchir le pas », explique Corinne Ibarra, directrice de cette communauté de communes.
De son côté, le Gers a réussi à attirer au moins 270 familles souhaitant s’installer à la campagne, tout en continuant leur activité à distance avec Internet, grâce à son programme Soho Solo et ses 52 villages d’accueil des télétravailleurs. Un programme, porté par la chambre de commerce et d’industrie du Gers, qui a reçu le prix de l’innovation territoriale lors de la cinquième édition du forum national RuraliTIC cette année.
«La Creuse a de l’avance»
Mieux dotées en services, les campagnes deviennent aussi porteuses de nouveaux emplois. La Creuse, par exemple, a su faire de sa moyenne d’âge élevée (30% de la population a plus de 60 ans) un atout, en développant la domotique (mise en réseau des différents appareils électriques de la maison contrôlés par une « intelligence » centralisée) auprès des personnes âgées.
En 2009, le conseil général a ainsi mis en place des « packs » permettant aux personnes dépendantes d’avertir en cas d’incident ou de chute, avec des systèmes d’alarme visuelle et sonore. Dotés aussi d’indicateurs de température ambiante pour écarter les risques d’hypo ou d’hyperthermie, ou encore d’un chemin lumineux éclairant dans l’obscurité la personne sur le trajet de la chambre à coucher, des toilettes, ces appareils se révèlent précieux. Couplés à un système de télégestion des intervenants professionnels à domicile (aides-ménagères, infirmières), ces dispositifs ont permis la création de dizaines d’emplois.
« La Creuse a de l’avance, car toutes les autres régions françaises seront dans cette situation dans vingt ans », fait remarquer Philippe Ponsard, directeur de l’association du groupe d’action locale (GAL) Pays de Guéret. Un concept unique en France, qui va être étendu ici aux personnes handicapées.
Les « bonnes » idées foisonnent
Les ressources naturelles de ces territoires ruraux sont de mieux en mieux exploitées, à l’image de la « couveuse agricole », fondée à Pau, il y a trois ans. « La mairie met quelques hectares de ses réserves foncières à la disposition des personnes qui ont un projet agricole, mais qui n’ont pas les moyens de racheter une exploitation », explique Aurélie Hocheux, chargée de mission aux Pays et quartiers d’Aquitaine. Les « couvés » sont aidés par des parrains agriculteurs du Civam Béarn (centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), afin de s’insérer au mieux dans le milieu.
Pour développer et mettre en commun tous ces projets, un Réseau rural français, piloté par le ministère de l’agriculture, a été créé il y a deux ans avec, à la clé, 20 millions d’euros de fonds Feader (fonds européen agricole pour le développement rural) et des crédits français jusqu’en 2013.
Depuis, les « bonnes » idées foisonnent. Maisons de santé pluridisciplinaires, espaces multiservices, Internet haut débit… les campagnes ne veulent rien à avoir à envier aux villes et « la ruralité, c’est la modernité », peut affirmer Bruno Le Maire.
Les prévisions de l’Insee montrent que les territoires ruraux sont sur la bonne voie. D’ici à 2040, les régions Limousin et Auvergne devraient voir leur population augmenter respectivement de 10,2% et de 8,1%, et progresser au même rythme que l’Île-de-France dans les prochaines années. Doucement, mais sûrement, c’est une véritable révolution qui est en marche dans les campagnes.
Nicolas CÉSAR, à Bordeaux
La Croix, 26 décembre 2010
En effet, depuis une dizaine d’années, les espaces ruraux se repeuplent. Mais « les exigences des néoruraux sont les mêmes qu’en ville. Ils veulent des services à proximité, des écoles, des médecins… », souligne Patrick Falcone, sous-directeur du développement rural au ministère.
Ces territoires rivalisent donc d’ingéniosité pour séduire jeunes, familles et entreprises. Ainsi, dans le Cantal, la communauté de communes du Pays de Murat a créé en 2005 une maison des services avec salle multimédia, visio-accueil, borne Internet, billetterie, espace lecture, en accès gratuit.
Le Gers a réussi à attirer au moins 270 familles souhaitant s’installer à la campagne
Tous les jours, sur place, des permanences sociales, juridiques et agricoles, et des rencontres emploi-formation sont également organisées pour faciliter les démarches administratives, des habitants comme des entreprises.
Chaque mois, cette maison reçoit 1500 visites, alors que le territoire ne compte que 6000 habitants. Les raisons de ce succès ? « C’est l’accompagnement, sinon les gens n’osent pas franchir le pas », explique Corinne Ibarra, directrice de cette communauté de communes.
De son côté, le Gers a réussi à attirer au moins 270 familles souhaitant s’installer à la campagne, tout en continuant leur activité à distance avec Internet, grâce à son programme Soho Solo et ses 52 villages d’accueil des télétravailleurs. Un programme, porté par la chambre de commerce et d’industrie du Gers, qui a reçu le prix de l’innovation territoriale lors de la cinquième édition du forum national RuraliTIC cette année.
«La Creuse a de l’avance»
Mieux dotées en services, les campagnes deviennent aussi porteuses de nouveaux emplois. La Creuse, par exemple, a su faire de sa moyenne d’âge élevée (30% de la population a plus de 60 ans) un atout, en développant la domotique (mise en réseau des différents appareils électriques de la maison contrôlés par une « intelligence » centralisée) auprès des personnes âgées.
En 2009, le conseil général a ainsi mis en place des « packs » permettant aux personnes dépendantes d’avertir en cas d’incident ou de chute, avec des systèmes d’alarme visuelle et sonore. Dotés aussi d’indicateurs de température ambiante pour écarter les risques d’hypo ou d’hyperthermie, ou encore d’un chemin lumineux éclairant dans l’obscurité la personne sur le trajet de la chambre à coucher, des toilettes, ces appareils se révèlent précieux. Couplés à un système de télégestion des intervenants professionnels à domicile (aides-ménagères, infirmières), ces dispositifs ont permis la création de dizaines d’emplois.
« La Creuse a de l’avance, car toutes les autres régions françaises seront dans cette situation dans vingt ans », fait remarquer Philippe Ponsard, directeur de l’association du groupe d’action locale (GAL) Pays de Guéret. Un concept unique en France, qui va être étendu ici aux personnes handicapées.
Les « bonnes » idées foisonnent
Les ressources naturelles de ces territoires ruraux sont de mieux en mieux exploitées, à l’image de la « couveuse agricole », fondée à Pau, il y a trois ans. « La mairie met quelques hectares de ses réserves foncières à la disposition des personnes qui ont un projet agricole, mais qui n’ont pas les moyens de racheter une exploitation », explique Aurélie Hocheux, chargée de mission aux Pays et quartiers d’Aquitaine. Les « couvés » sont aidés par des parrains agriculteurs du Civam Béarn (centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), afin de s’insérer au mieux dans le milieu.
Pour développer et mettre en commun tous ces projets, un Réseau rural français, piloté par le ministère de l’agriculture, a été créé il y a deux ans avec, à la clé, 20 millions d’euros de fonds Feader (fonds européen agricole pour le développement rural) et des crédits français jusqu’en 2013.
Depuis, les « bonnes » idées foisonnent. Maisons de santé pluridisciplinaires, espaces multiservices, Internet haut débit… les campagnes ne veulent rien à avoir à envier aux villes et « la ruralité, c’est la modernité », peut affirmer Bruno Le Maire.
Les prévisions de l’Insee montrent que les territoires ruraux sont sur la bonne voie. D’ici à 2040, les régions Limousin et Auvergne devraient voir leur population augmenter respectivement de 10,2% et de 8,1%, et progresser au même rythme que l’Île-de-France dans les prochaines années. Doucement, mais sûrement, c’est une véritable révolution qui est en marche dans les campagnes.
Nicolas CÉSAR, à Bordeaux
La Croix, 26 décembre 2010
Le bouclier rural, c'est le grand projet du député PS Michel Vergnier visant à développer les territoires ruraux par des mesures spécifiques... reprises pour la plupart dans la proposition de loi que 40 députés UMP ont déposée, lundi. Parmi eux, J.Auclair.
Pour que les hommes politiques soient heureux, il faudrait que la politique n'ait pas de mémoire.
Mais elle en a. Elle se souvient que, dans La Montagne du 13 novembre dernier, Jean Auclair, interrogé sur le bouclier rural de son confrère Michel Vergnier, avait été sans détour : « Comme d'habitude, ils (les socialistes) n'ont rien compris. Un bouclier c'est pour se défendre, et se défendre de quoi ? Pour faire de la Creuse une réserve d'Indiens pleine de fonctionnaires ».
C'est donc avec une certaine surprise qu'on découvre le nom du député creusois parmi la quarantaine de parlementaires UMP qui ont cosigné une proposition de loi, deposée lundi, portant sur « l'orientation sur les investissements et les services dans les territoires ruraux ». Surprenant car, dans la première phrase de l'exposé des motifs on peut lire : « L'instauration d'un "bouclier rural" grâce à une loi [...] paraît aujourd'hui nécessaire ».
Rappelons que le "bouclier rural" est une idée née dans la Nièvre autour du député PS Christian Paul et à laquelle s'est jointe Michel Vergnier puis tous les parlementaires PS de la Creuse. Ce bouclier envisage des mesures spécifiques à la ruralité comme de garantir un délai minimum pour accéder aux services publics essentiels : être à moins de 20 minutes d'un médecin généraliste et 45 minutes d'une maternité ou d'un collège... Il prévoit aussi des zones franches, des aménagements fiscaux ou sociaux pour les artisans et un vaste plan public "fibre optique" afin que la ruralité ait accès au haut débit.
Dans la proposition UMP on trouve, ainsi, la promesse d'un plan de couverture des territoires ruraux en fibre optique, un délai minimum (30 mn) pour accéder aux services publics essentiels et la volonté d'adapter une nouvelle fiscalité à la ruralité... Bref, à peu près les mêmes choses contre lesquelles s'emportaient, il y a trois 3 semaines encore le député Auclair. Alors, pourquoi a-t-il signé ?
« Ce que j'ai signé ne parle pas du bouclier rural ! »
- Si, dès la première phrase du premier paragraphe.
« Ah bon... Faut dire que je ne l'ai pas lu ce truc. Je l'ai signé car je suis membre, avec tous les autres, du groupe de la "Droite rurale" à l'assemblée ».
- Mais, vous savez que ce texte est très inspiré de celui du PS.
« Mais non, ça n'a rien à voir »
- Ben si, un peu...
« Mais ça, c'est la faute à Pierre Morel-à-l'Huissier (un des cosignataires UMP), il est dans l'Association des maires de France avec Vergnier... Ils ont dû cogiter ça ensemble »
- Êtes-vous alors prêt, désormais, à cosigner une proposition de loi avec le PS sur le bouclier rural ?
« Pas question ! Moi je ne fais pas dans la cogitation mais dans la realpolitik. Mieux, même, dans la ruralpolitik »...
Éric Donzé, La Montagne, 22 décembre 2010
Mais elle en a. Elle se souvient que, dans La Montagne du 13 novembre dernier, Jean Auclair, interrogé sur le bouclier rural de son confrère Michel Vergnier, avait été sans détour : « Comme d'habitude, ils (les socialistes) n'ont rien compris. Un bouclier c'est pour se défendre, et se défendre de quoi ? Pour faire de la Creuse une réserve d'Indiens pleine de fonctionnaires ».
C'est donc avec une certaine surprise qu'on découvre le nom du député creusois parmi la quarantaine de parlementaires UMP qui ont cosigné une proposition de loi, deposée lundi, portant sur « l'orientation sur les investissements et les services dans les territoires ruraux ». Surprenant car, dans la première phrase de l'exposé des motifs on peut lire : « L'instauration d'un "bouclier rural" grâce à une loi [...] paraît aujourd'hui nécessaire ».
Rappelons que le "bouclier rural" est une idée née dans la Nièvre autour du député PS Christian Paul et à laquelle s'est jointe Michel Vergnier puis tous les parlementaires PS de la Creuse. Ce bouclier envisage des mesures spécifiques à la ruralité comme de garantir un délai minimum pour accéder aux services publics essentiels : être à moins de 20 minutes d'un médecin généraliste et 45 minutes d'une maternité ou d'un collège... Il prévoit aussi des zones franches, des aménagements fiscaux ou sociaux pour les artisans et un vaste plan public "fibre optique" afin que la ruralité ait accès au haut débit.
Dans la proposition UMP on trouve, ainsi, la promesse d'un plan de couverture des territoires ruraux en fibre optique, un délai minimum (30 mn) pour accéder aux services publics essentiels et la volonté d'adapter une nouvelle fiscalité à la ruralité... Bref, à peu près les mêmes choses contre lesquelles s'emportaient, il y a trois 3 semaines encore le député Auclair. Alors, pourquoi a-t-il signé ?
« Ce que j'ai signé ne parle pas du bouclier rural ! »
- Si, dès la première phrase du premier paragraphe.
« Ah bon... Faut dire que je ne l'ai pas lu ce truc. Je l'ai signé car je suis membre, avec tous les autres, du groupe de la "Droite rurale" à l'assemblée ».
- Mais, vous savez que ce texte est très inspiré de celui du PS.
« Mais non, ça n'a rien à voir »
- Ben si, un peu...
« Mais ça, c'est la faute à Pierre Morel-à-l'Huissier (un des cosignataires UMP), il est dans l'Association des maires de France avec Vergnier... Ils ont dû cogiter ça ensemble »
- Êtes-vous alors prêt, désormais, à cosigner une proposition de loi avec le PS sur le bouclier rural ?
« Pas question ! Moi je ne fais pas dans la cogitation mais dans la realpolitik. Mieux, même, dans la ruralpolitik »...
Éric Donzé, La Montagne, 22 décembre 2010
Les députés UMP s'adonneraient-il impunément au plagiat ? Selon Jean-Philippe Huelin, militant socialiste, la majorité en manque d'inspiration, se serait permise de piocher dans le projet du PS pour reprendre à son compte l'idée du «bouclier rural». Mais, les élus locaux de gauche eux ne se laisseront pas plumer de la sorte.
L’idée du « bouclier rural » est née dans l’esprit d’élus nivernais en 2009. Face aux provocations du Président Sarkozy et de son enfant chéri, le « bouclier fiscal », qui donnent toujours plus à ceux qui n’en ont déjà que trop, ces élus locaux ont soumis un texte au Conseil Général de la Nièvre (qui l’a approuvé à l’unanimité). Puis, cette proposition s’est enrichie d’un travail collectif intense et créatif au cours de l’année 2010 qui a donné naissance à une note publiée par le Laboratoire des idées du PS. Finalement, les principales propositions du « bouclier rural » ont été reprises par la convention nationale du PS sur l’égalité réelle qui a été approuvée par les militants début décembre.
Que la gauche se passionne pour les campagnes, voilà qui en était trop pour certains députés UMP ! On ne doit pas piquer le joujou de ces messieurs, même s’ils desservent en permanence les intérêts du monde rural en suivant aveuglement la politique inégalitaire de Nicolas Sarkozy. Les plus malins ont essayé de récupérer a posteriori le concept (Yannick Favennec, Mayenne) ou de monter à la va-vite un groupe « Droite rurale » à l’Assemblée nationale (Pierre Morel A l’Huissier, Lozère), les plus bégueules ont crié à la supercherie (Jean Auclair, Creuse). Face à la panique de ses partisans ne sachant plus comment aller défendre leur cher président en 2012, l’UMP ne peut plus pratiquer son bonneteau traditionnel à l’égard des campagnes. Elle passe donc au plagiat en bande organisée. Quand on ne sait plus quoi dire, on vole les idées des concurrents. Preuve que les idées nouvelles naissent aujourd’hui à gauche !
C’est ainsi que l’on retrouve sur le site de l’Assemblée nationale une proposition de loi déposée sans pudeur ce 20 décembre par une armada d’élus ruraux UMP sur les « investissements et les services dans les territoires ruraux ». L’exposé des motifs est hallucinant : « L’instauration d’un « bouclier rural », grâce à une loi d’orientation sur les investissements et les services dans les territoires ruraux, dans laquelle plusieurs mesures concrètes seraient inscrites, afin de faire de la ruralité un atout pour la France paraît aujourd’hui nécessaire ». A 180° des choix faits depuis 2002 ! Bref, par un tour de passe-passe qui risque fort de faire un flop, ces élus tentent de masquer leur propre bilan bien maigre pour les campagnes françaises : du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite (véritable saignée pour les services publics ruraux), aux annonces jamais transformées pour un plan d’aménagement de la fibre optique sur l’ensemble du territoire, en passant par les cartes scolaire, hospitalière, judiciaire, militaire… sans oublier la « réforme » des collectivités territoriales. Nous en oublions nécessairement. Certes, personne n’a le monopole du monde rural qui a besoin d’avocats ardents et de bâtisseurs sincères venus de tous les horizons, mais la cause est entendue : les pyromanes ne seront jamais les meilleurs architectes !
Face à la malhonnêteté intellectuelle érigée en doctrine de gouvernement, le PS n’entend pas reculer. Le monde rural a besoin d’investissements (concrets ou symboliques) de la part de la gauche, tant la droite a rompu l’égalité territoriale pourtant au fondement de notre République. La nouvelle société urbaine défendue par le PS va de pair avec le développement de la ruralité moderne. Poursuivant cette offensive pour revitaliser les campagnes, nous présenterons à l’Assemblée Nationale dans les prochaines semaines une proposition ambitieuse et innovante, tenant réellement compte de la situation des territoires ruraux.
D’ores et déjà, nous donnons rendez-vous à tous les promoteurs de la ruralité moderne le 5 février prochain à Guéret, dans la Creuse, pour débattre du bouclier rural ! Nous préférons l’original à la copie. Si un coucou UMP ne fera pas le printemps, l’alouette socialiste ne se laissera pas plumer !
Christian PAUL, député de la Nièvre, président du Laboratoire des idées
Michel VERGNIER, député de la Creuse
Olivier DUSSOPT, député de l’Ardèche
Fabien BAZIN, conseiller général de la Nièvre
Philippe BAUMEL, vice-président du conseil régional de Bourgogne
Nicolas SORET, président de la communauté de communes de Joigny
Jean-Philippe HUELIN, militant socialiste dans le Jura et animateur du site « Vers un bouclier rural »
Marianne2, Mercredi 22 Décembre 2010
Que la gauche se passionne pour les campagnes, voilà qui en était trop pour certains députés UMP ! On ne doit pas piquer le joujou de ces messieurs, même s’ils desservent en permanence les intérêts du monde rural en suivant aveuglement la politique inégalitaire de Nicolas Sarkozy. Les plus malins ont essayé de récupérer a posteriori le concept (Yannick Favennec, Mayenne) ou de monter à la va-vite un groupe « Droite rurale » à l’Assemblée nationale (Pierre Morel A l’Huissier, Lozère), les plus bégueules ont crié à la supercherie (Jean Auclair, Creuse). Face à la panique de ses partisans ne sachant plus comment aller défendre leur cher président en 2012, l’UMP ne peut plus pratiquer son bonneteau traditionnel à l’égard des campagnes. Elle passe donc au plagiat en bande organisée. Quand on ne sait plus quoi dire, on vole les idées des concurrents. Preuve que les idées nouvelles naissent aujourd’hui à gauche !
C’est ainsi que l’on retrouve sur le site de l’Assemblée nationale une proposition de loi déposée sans pudeur ce 20 décembre par une armada d’élus ruraux UMP sur les « investissements et les services dans les territoires ruraux ». L’exposé des motifs est hallucinant : « L’instauration d’un « bouclier rural », grâce à une loi d’orientation sur les investissements et les services dans les territoires ruraux, dans laquelle plusieurs mesures concrètes seraient inscrites, afin de faire de la ruralité un atout pour la France paraît aujourd’hui nécessaire ». A 180° des choix faits depuis 2002 ! Bref, par un tour de passe-passe qui risque fort de faire un flop, ces élus tentent de masquer leur propre bilan bien maigre pour les campagnes françaises : du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite (véritable saignée pour les services publics ruraux), aux annonces jamais transformées pour un plan d’aménagement de la fibre optique sur l’ensemble du territoire, en passant par les cartes scolaire, hospitalière, judiciaire, militaire… sans oublier la « réforme » des collectivités territoriales. Nous en oublions nécessairement. Certes, personne n’a le monopole du monde rural qui a besoin d’avocats ardents et de bâtisseurs sincères venus de tous les horizons, mais la cause est entendue : les pyromanes ne seront jamais les meilleurs architectes !
Face à la malhonnêteté intellectuelle érigée en doctrine de gouvernement, le PS n’entend pas reculer. Le monde rural a besoin d’investissements (concrets ou symboliques) de la part de la gauche, tant la droite a rompu l’égalité territoriale pourtant au fondement de notre République. La nouvelle société urbaine défendue par le PS va de pair avec le développement de la ruralité moderne. Poursuivant cette offensive pour revitaliser les campagnes, nous présenterons à l’Assemblée Nationale dans les prochaines semaines une proposition ambitieuse et innovante, tenant réellement compte de la situation des territoires ruraux.
D’ores et déjà, nous donnons rendez-vous à tous les promoteurs de la ruralité moderne le 5 février prochain à Guéret, dans la Creuse, pour débattre du bouclier rural ! Nous préférons l’original à la copie. Si un coucou UMP ne fera pas le printemps, l’alouette socialiste ne se laissera pas plumer !
Christian PAUL, député de la Nièvre, président du Laboratoire des idées
Michel VERGNIER, député de la Creuse
Olivier DUSSOPT, député de l’Ardèche
Fabien BAZIN, conseiller général de la Nièvre
Philippe BAUMEL, vice-président du conseil régional de Bourgogne
Nicolas SORET, président de la communauté de communes de Joigny
Jean-Philippe HUELIN, militant socialiste dans le Jura et animateur du site « Vers un bouclier rural »
Marianne2, Mercredi 22 Décembre 2010
Une quarantaine de députés UMP ont déposé mardi 21 décembre une proposition de loi d’orientation sur les investissements et les services dans les territoires ruraux, proposant textuellement l’instauration d’un « bouclier rural », plagiant une proposition du Parti socialiste. Les signataires de cette proposition de loi – dont le député Jean Auclair qui avait sévèrement raillé le bouclier rural sur son blog le 10 novembre 2010 - ont copié sans complexe les propositions figurant dans la convention égalité réelle du Parti Socialiste : le développement des infrastructures numériques et routières, la défense des services publics et des critères d’accès aux services publics.
Le Parti Socialiste se félicite tout naturellement que la droite, manifestement à court d’idées devant son bilan désastreux, reprenne ses propositions.
Le problème, en l’espèce, c’est que la droite est seule responsable de la fragilisation sans précédent des territoires, de la fermeture en cascade de services publics, de l’abandon volontaire et assumé du monde rural. Le problème, c’est que la droite a choisi de sacrifier les territoires et les services publics locaux sur l’autel de l’austérité. Le problème, c’est que la droite a voté une réforme territoriale qui ne fera qu’accentuer les difficultés du monde rural en asphyxiant financièrement les collectivités territoriales.
Totalement incohérent avec la politique du gouvernement, ce plagiat est ridicule. Le monde rural mérite mieux que cette manifestation de malhonnêteté intellectuelle.
Le Parti Socialiste appelle les citoyens ruraux à se mobiliser massivement contre le mépris, l’arrogance et l’incompétence de la droite lors des élections cantonales des 20 et 27 mars prochains.
Germinal Peiro, Secrétaire national à la ruralité et à la mer
Le Parti Socialiste se félicite tout naturellement que la droite, manifestement à court d’idées devant son bilan désastreux, reprenne ses propositions.
Le problème, en l’espèce, c’est que la droite est seule responsable de la fragilisation sans précédent des territoires, de la fermeture en cascade de services publics, de l’abandon volontaire et assumé du monde rural. Le problème, c’est que la droite a choisi de sacrifier les territoires et les services publics locaux sur l’autel de l’austérité. Le problème, c’est que la droite a voté une réforme territoriale qui ne fera qu’accentuer les difficultés du monde rural en asphyxiant financièrement les collectivités territoriales.
Totalement incohérent avec la politique du gouvernement, ce plagiat est ridicule. Le monde rural mérite mieux que cette manifestation de malhonnêteté intellectuelle.
Le Parti Socialiste appelle les citoyens ruraux à se mobiliser massivement contre le mépris, l’arrogance et l’incompétence de la droite lors des élections cantonales des 20 et 27 mars prochains.
Germinal Peiro, Secrétaire national à la ruralité et à la mer
Le point de vue de l'Assemblée des départements de France
"Avec les recettes du passé, est-il possible de construire aujourd'hui les infrastructures porteuses de l'attractivité et de l'innovation pour les territoires de demain ?", s'interroge Jean-Pierre Quignaux, chargé de mission sur les questions numériques à l'Assemblée des départements de France (ADF). Dans une motion adoptée par son bureau le 9 décembre, l'ADF se prononce en faveur d'une "nouvelle politique d'aménagement numérique du territoire ambitieuse et solidaire".
"En subordonnant l'initiative et l'investissement publics aux perspectives de rentabilité espérée par les opérateurs privés dans les zones rentables, et en permettant de superposer plusieurs réseaux nouveaux sur un même territoire, [le plan très haut débit du gouvernement] va induire un gaspillage des capacités d'investissement publiques et privées. Ce plan remet de plus en cause les politiques de réseau d'initiative publique des collectivités territoriales en n'accordant qu'un soutien limité à leurs projets dès lors qu'ils intégreraient des zones rentables. La rentabilité future de ces réseaux est préemptée aux profits des opérateurs privés sur la seule base de leur déclaration d'intention et sans même prévoir à l'avenir de dispositif d'évaluation de l'effectivité des engagements et de sanctions du non-respect de ces déclarations", motivent en préambule les élus départementaux. "Il faut donc changer de paradigme économique", explique Jean-Pierre Quignaux à Localtis. La motion de l'ADF propose sept mesures à mettre en oeuvre d'urgence pour permettre aux territoires de maintenir et renforcer leur attractivité en matière d'infrastructures à haut et très haut débit fixe et mobile.
Mission parlementaire d'évaluation
Il s'agit d'abord de créer une mission parlementaire pour redéfinir le rôle de France télécom. Outre une évaluation sur l'utilisation des 800 millions d'euros annuels dont l'opérateur historique bénéficie pour le renouvellement de sa boucle locale de cuivre, il faudrait "déterminer, dans le cadre d'un débat public, les avantages, les inconvénients et la faisabilité de la séparation fonctionnelle des activités d'opérateur et de la propriété du réseau".
Il s'agit ensuite de mettre en oeuvre une politique d'investissement plus volontariste. Les élus demandent au moins un milliard d'euros par an sur les quinze prochaines années "en élargissant à l'ensemble de l'économie le principe d'une contribution de solidarité numérique" et pas seulement en taxant les abonnements internet et mobile, les téléviseurs et les consoles de jeux, comme le préconise le rapport du sénateur Hervé Maurey. Ils demandent, en outre, que la gouvernance du financement public des investissements soit pour partie décentralisée dans un nouveau cadre de coopération entre les collectivités et l'Etat. Ils attendent par ailleurs une meilleure définition des notions de haut et très haut débit (THD), en s'alignant sur les objectifs de l'agenda numérique européen et en réintroduisant la notion de diffusion par voie hertzienne et donc d'attribution du dividende numérique. Pour eux, il faut même "positionner en 2020 tous les territoires français comme leaders mondiaux pour l'accès mobile à l'internet grâce aux technologies 4G/LTE [réseau mobile de quatrième génération, ndlr]".
Déploiement universel et rapide des réseaux numériques
Il s'agit aussi d'insister sur la mutualisation des infrastructures. Pour Yves Krattinger, sénateur de la Haute-Saône et président de la commission aménagement du territoire et NTIC de l'ADF, "c'est la constitution de très grandes plaques territoriales et l'attribution de concessions de très longue durée qui a permis la construction des autoroutes". Pour le THD, il faut donc trouver un modèle d'infrastructure neutre, ouverte et mutualisée sur une échelle géographique qui garantisse la couverture du territoire, la possibilité d'un investissement public et privé dans la durée, ainsi que la concurrence sur les services. "La mutualisation tarifaire entre zones denses et peu denses doit être recherchée dans le cadre d'une modification du code réglementaire et des notions de service d'intérêt économique général", souligne de surcroît la motion. Il s'agit enfin "que la problématique d'un service universel haut débit soit portée au niveau national et européen".
"Cette prise de position est d'abord à vocation politique mais elle propose des solutions juridiques et relève de questions techniques. De ce point de vue, elle rejoint logiquement celle de l'Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel (Avicca), qui était d'abord technique mais qui aboutit à des solutions juridiques et des motivations politiques", conclut le chargé de mission de l'ADF. Ajoutée à la voix de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) et en écho aux débats du dernier Congrès des maires, un consensus politique semble se dessiner sur un aménagement numérique des territoires allant davantage dans le sens de l'intérêt général et plus uniquement dans celui du seul intérêt économique. Le gouvernement pourra-t-il rester sourd aux propositions des élus locaux de tous bords sur un sujet stratégique porteur de croissance et de compétitivité ?
Luc Derriano / EVS
"En subordonnant l'initiative et l'investissement publics aux perspectives de rentabilité espérée par les opérateurs privés dans les zones rentables, et en permettant de superposer plusieurs réseaux nouveaux sur un même territoire, [le plan très haut débit du gouvernement] va induire un gaspillage des capacités d'investissement publiques et privées. Ce plan remet de plus en cause les politiques de réseau d'initiative publique des collectivités territoriales en n'accordant qu'un soutien limité à leurs projets dès lors qu'ils intégreraient des zones rentables. La rentabilité future de ces réseaux est préemptée aux profits des opérateurs privés sur la seule base de leur déclaration d'intention et sans même prévoir à l'avenir de dispositif d'évaluation de l'effectivité des engagements et de sanctions du non-respect de ces déclarations", motivent en préambule les élus départementaux. "Il faut donc changer de paradigme économique", explique Jean-Pierre Quignaux à Localtis. La motion de l'ADF propose sept mesures à mettre en oeuvre d'urgence pour permettre aux territoires de maintenir et renforcer leur attractivité en matière d'infrastructures à haut et très haut débit fixe et mobile.
Mission parlementaire d'évaluation
Il s'agit d'abord de créer une mission parlementaire pour redéfinir le rôle de France télécom. Outre une évaluation sur l'utilisation des 800 millions d'euros annuels dont l'opérateur historique bénéficie pour le renouvellement de sa boucle locale de cuivre, il faudrait "déterminer, dans le cadre d'un débat public, les avantages, les inconvénients et la faisabilité de la séparation fonctionnelle des activités d'opérateur et de la propriété du réseau".
Il s'agit ensuite de mettre en oeuvre une politique d'investissement plus volontariste. Les élus demandent au moins un milliard d'euros par an sur les quinze prochaines années "en élargissant à l'ensemble de l'économie le principe d'une contribution de solidarité numérique" et pas seulement en taxant les abonnements internet et mobile, les téléviseurs et les consoles de jeux, comme le préconise le rapport du sénateur Hervé Maurey. Ils demandent, en outre, que la gouvernance du financement public des investissements soit pour partie décentralisée dans un nouveau cadre de coopération entre les collectivités et l'Etat. Ils attendent par ailleurs une meilleure définition des notions de haut et très haut débit (THD), en s'alignant sur les objectifs de l'agenda numérique européen et en réintroduisant la notion de diffusion par voie hertzienne et donc d'attribution du dividende numérique. Pour eux, il faut même "positionner en 2020 tous les territoires français comme leaders mondiaux pour l'accès mobile à l'internet grâce aux technologies 4G/LTE [réseau mobile de quatrième génération, ndlr]".
Déploiement universel et rapide des réseaux numériques
Il s'agit aussi d'insister sur la mutualisation des infrastructures. Pour Yves Krattinger, sénateur de la Haute-Saône et président de la commission aménagement du territoire et NTIC de l'ADF, "c'est la constitution de très grandes plaques territoriales et l'attribution de concessions de très longue durée qui a permis la construction des autoroutes". Pour le THD, il faut donc trouver un modèle d'infrastructure neutre, ouverte et mutualisée sur une échelle géographique qui garantisse la couverture du territoire, la possibilité d'un investissement public et privé dans la durée, ainsi que la concurrence sur les services. "La mutualisation tarifaire entre zones denses et peu denses doit être recherchée dans le cadre d'une modification du code réglementaire et des notions de service d'intérêt économique général", souligne de surcroît la motion. Il s'agit enfin "que la problématique d'un service universel haut débit soit portée au niveau national et européen".
"Cette prise de position est d'abord à vocation politique mais elle propose des solutions juridiques et relève de questions techniques. De ce point de vue, elle rejoint logiquement celle de l'Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l'audiovisuel (Avicca), qui était d'abord technique mais qui aboutit à des solutions juridiques et des motivations politiques", conclut le chargé de mission de l'ADF. Ajoutée à la voix de l'Association des maires ruraux de France (AMRF) et en écho aux débats du dernier Congrès des maires, un consensus politique semble se dessiner sur un aménagement numérique des territoires allant davantage dans le sens de l'intérêt général et plus uniquement dans celui du seul intérêt économique. Le gouvernement pourra-t-il rester sourd aux propositions des élus locaux de tous bords sur un sujet stratégique porteur de croissance et de compétitivité ?
Luc Derriano / EVS
Revue de presse
Dans une ambiance apaisée, donnant l'image « d'un parti où on ne s'engueule plus » selon le mot de Martine Aubry, le PS a adopté hier son texte sur l'égalité réelle, prémices de son futur programme.
Il comprend des mesures sur l'éducation : congé parental à partager à égalité entre les parents ; imposer un taux minimum de places en crèche aux communes de plus de 15 000 habitants ; une carte scolaire plus juste et plus efficace avec la création d'un indice de mixité sociale.
Dans le domaine de l'emploi, le PS préconise une négociation annuelle sur les salaires et un bonus/malus aux entreprises en fonction de l'accord salarial. Pour la fiscalité , fusion impôt sur le revenu-CSG ; modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction du réinvestissement des bénéfices et élargissement
de la base d'imposition de la fiscalité du patrimoine.
La lutte contre la pauvreté passerait notamment par un coup de pouce à la politique d'insertion avec un milliard par an et l'interdiction du crédit revolving .
Au chapitre logement, le PS propose la construction de 150 000 logements sociaux par an et de remonter le taux de 20 % à 25 % avec un quintuplement des pénalités.
Pour la santé : paiement au forfait ; demander aux jeunes médecins d'exercer dans une zone de santé prioritaire pendant 2 ou 3 ans. Le PS franchit aussi le pas du droit de vote et d'éligibilité aux étrangers non communautaires aux élections locales . Enfin, le monde des campagnes n'est pas oublié avec, en forme de clin d'œil, la création d'un « bouclier rural » pour assurer les services de médecine, d'école, de postes, etc.
Édition du dimanche 12 décembre 2010
Il comprend des mesures sur l'éducation : congé parental à partager à égalité entre les parents ; imposer un taux minimum de places en crèche aux communes de plus de 15 000 habitants ; une carte scolaire plus juste et plus efficace avec la création d'un indice de mixité sociale.
Dans le domaine de l'emploi, le PS préconise une négociation annuelle sur les salaires et un bonus/malus aux entreprises en fonction de l'accord salarial. Pour la fiscalité , fusion impôt sur le revenu-CSG ; modulation de l'impôt sur les sociétés en fonction du réinvestissement des bénéfices et élargissement
de la base d'imposition de la fiscalité du patrimoine.
La lutte contre la pauvreté passerait notamment par un coup de pouce à la politique d'insertion avec un milliard par an et l'interdiction du crédit revolving .
Au chapitre logement, le PS propose la construction de 150 000 logements sociaux par an et de remonter le taux de 20 % à 25 % avec un quintuplement des pénalités.
Pour la santé : paiement au forfait ; demander aux jeunes médecins d'exercer dans une zone de santé prioritaire pendant 2 ou 3 ans. Le PS franchit aussi le pas du droit de vote et d'éligibilité aux étrangers non communautaires aux élections locales . Enfin, le monde des campagnes n'est pas oublié avec, en forme de clin d'œil, la création d'un « bouclier rural » pour assurer les services de médecine, d'école, de postes, etc.
Édition du dimanche 12 décembre 2010
Une tribune de la Fondation Res Publica (auteurs: Gaël Brustier, docteur en science politique et Julien Landfried, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica), parue dans les pages Rebonds de Libération ("Les enjeux de 2012"), lundi 13 décembre 2010.
L’évidente rupture entre les classes populaires et la politique découle directement d’une vision erronée de la société française. La compréhension géographique et sociale de la France doit s’émanciper du sens commun et de trop fréquentes représentations imposées pour retrouver le chemin d’une représentation réaliste et lucide de la France populaire. Il faut « chasser les mythes » comme aurait dit le sociologue Norbert Elias.
D’abord concentrons-nous sur les faits. Il n’existe pas de jeunesse qu’en ville et, à fortiori, les « quartiers populaires » sont loin d’être tous concentrés dans les métropoles. Une nouvelle réalité sociale est née de la mondialisation néolibérale et s’incarne dans une géographie sociale nouvelle. La mutation de l’économie liée à la globalisation financière a engagé la mutation du territoire : la France ne ressemble plus à l’image que l’on se fait d’elle. Un puissant effet de persistance rétinienne a en effet empêché de comprendre les mutations à l’oeuvre. Cette nouvelle géographie sociale a entraîné un profond changement des représentations collectives. Globalisation financière, changement de géographie sociale et modification des représentations collectives sont liés.
Il faut d’abord préciser le vocabulaire employé. Parler des « quartiers populaires » c’est avant tout parler des milieux populaires, dont la présence ne peut plus être réduite – loin s’en faut – au fait urbain dense. La vision déformée (et médiatique) de la géographie française qui résume les « quartiers populaires » aux banlieues à forte concentration de populations immigrées est réductrice et ne correspond pas à la réalité. En outre, le fait urbain dense est aujourd’hui minoritaire, ainsi que l’a démontré le géographe Christophe Guilluy (« Fractures françaises », Bourin Editeur, 2010). La France populaire, celle des ateliers et des usines n’est plus celle des grandes métropoles mais une France périphérique, soit périurbaine, soit rurale. Depuis le début des années 1980, la France subit un double effet d’étalement urbain et d’expulsion des ouvriers et des employés de ses villes centres. Ce phénomène concerne le halo périurbain qui entoure les grandes métropoles urbaines françaises. Mais une partie de l’espace rural aussi est en pleine croissance démographique.
Un exode urbain se produit en direction des zones périurbaines d’une part et des zones rurales de l’autre. Ainsi les communes péri-urbaines, peuplées de 820 habitants en moyenne, accueillent-elles un nombre croissant d’ouvriers et d’employés. Les grandes métropoles se nourrissent par exemple d’un salariat d’exécution dans le domaine des services qui a élu domicile dans l’espace périurbain. Ce dernier rassemble 12% des emplois mais 22% des salariés. Ces mêmes salariés sont soumis aux plus longs temps de transport et bien souvent subissent les effets de la rigueur salariale. En effet, les employés sont ceux qui ont le plus perdu, d’un point de vue salarial, dans les deux dernières décennies. Cette réalité périurbaine est aussi liée à l’importance de la petite propriété. Le dédain pour la France des pavillons fait l’impasse sur le fait qu’une grand partie du salariat d’exécution français a opté pour l’habitat individuel et le pavillon loin des centre-villes où on peut encore trouver des prix de terrain accessibles, loin aussi des quartiers gangrènés par la délinquance. Etalement urbain et précarisation des classes dites « moyennes » mais appartenant en réalité au salariat d’exécution sont deux phénomène corrélés l’un à l’autre.
Plusieurs rapports – celui de l’IGAS ou de la direction du Trésor – pointent pour l’un les difficultés liées aux mondes ruraux et pour l’autre à la désindustrialisation, qui sont étroitement liés. Pourtant, la vision médiatique de la société nous masque ces enjeux. 35% des actifs des mondes ruraux sont des ouvriers, fait constamment ignoré ou mésestimé. Les premières victimes de la crise et des délocalisations depuis 2008 sont en effet les ouvriers ruraux ainsi que les précaires, de plus en plus nombreux dans un rural tout à la fois délaissé et refuge des plus modestes.
Dans un bassin comme le Charolais, connu pour son agriculture d’embouche, 38% des actifs sont concernés par l’industrie et le secteur de la construction. Les zones rurales ne comptent plus, dans leur ensemble, que 7 à 8% d’actifs concernés par l’agriculture. Il faut donc relativiser l’idée d’une « ruralité agricole » et comprendre qu’il existe désormais des mondes ouvriers ruraux. Un chercheur comme Nicolas Renahy a très bien démontré la réalité de la jeunesse rurale ouvrière ou précaire (« Les gars du coin, Enquête sur une jeunesse rurale », La Découverte, 2005). A l’ère de la mise en avant des « victimes », il est frappant de constater que la discrimination la plus meurtrière concerne les accidents de la route. La jeunesse ouvrière rurale (plus d’un Français sur trois de 15 à 24 ans est un rural) en est la première victime. Dans l’indifférence quasi-générale pourtant, alors qu’il s’agit d’une véritable « hécatombe sociale », ce fait majeur continue de marquer les milieux populaires ruraux.
L’IGAS a démontré, dans son rapport daté de septembre 2009, que la situation des 11 millions de ruraux était, plus généralement, loin d’être enviable : « les catégories les moins qualifiées sont sur-représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27% d’employés, contre 7% de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture ». Le rapport ajoute que le « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain ». Les ruraux sont donc en moyenne “plus souvent pauvres”. Toutefois, cette réalité là est aussi masquée par une construction sociale de la réalité qui estompe grandement les traits saillants de cette évidence sociologique.
Il s’agit aussi de s’interroger sur les représentations collectives nées de la mutation de cette géographie sociale. Une dimension fondamentale de la globalisation financière est l’œuvre de sape qu’elle a accomplie au regard de l’identité des mondes ouvriers. Le sociologue Norbert Elias avait défini dans « Les logiques de l’exclusion » le fonctionnement des ressources d’autochtonie qui était consubstantiel à la définition de l’identité des mondes ouvriers de l’Europe d’après la Révolution Industrielle. Le capital d’autochtonie – conceptualisé par Jean-Noël Retière - est définissable comme l’ensemble des ressources mobilisables par celui qui est né là où il vit et qui lui donnent un avantage social par rapport à celui qui vient d’ailleurs. Ce capital, adossé au sentiment de l’enracinement local, a longtemps permis une participation à la vie publique et une insertion dans l’économie locale plus aisées pour les couches populaires. La globalisation financière, et son impact en termes de délocalisations, est coupable d’avoir fait voler en éclats le « capital d’autochtonie » et d’avoir entraîné une désaffiliation massive des citoyens. Il s’ensuit que le besoin de « sécurisation morale » s’est développé et que, l’exercice de la citoyenneté se trouvant malmené par la crise, les revendications sociales ont pu, parfois, se muer en revendications « morales ».
La question du lien entre les territoires et les entreprises doit être posée. La France souffre, dans la compétition mondiale, d’une désindustrialisation massive, dans un contexte de monnaie surévaluée, d’absence de protections commerciales et de refus de politique industrielle cohérente. Mettre un terme à l’appauvrissement des classes populaires et redonner un avenir à la jeunesse du monde du travail passe par une réindustrialisation de la France. Où l’on voit qu’à l’heure de la globalisation financière, tout est lié.
Enfin, comment ne pas voir que, face à cette réalité sociale, l’offre politique peine à répondre ? Les questions de l’industrie, du libre-échange, de l’Ecole, de la sécurité ne sont pas traitées dans le champ politique. La crise de la représentation puise ses sources dans cette non prise en compte des enjeux qui déterminent pourtant l’avenir des classes populaires… autant que de notre pays.
D’abord concentrons-nous sur les faits. Il n’existe pas de jeunesse qu’en ville et, à fortiori, les « quartiers populaires » sont loin d’être tous concentrés dans les métropoles. Une nouvelle réalité sociale est née de la mondialisation néolibérale et s’incarne dans une géographie sociale nouvelle. La mutation de l’économie liée à la globalisation financière a engagé la mutation du territoire : la France ne ressemble plus à l’image que l’on se fait d’elle. Un puissant effet de persistance rétinienne a en effet empêché de comprendre les mutations à l’oeuvre. Cette nouvelle géographie sociale a entraîné un profond changement des représentations collectives. Globalisation financière, changement de géographie sociale et modification des représentations collectives sont liés.
Il faut d’abord préciser le vocabulaire employé. Parler des « quartiers populaires » c’est avant tout parler des milieux populaires, dont la présence ne peut plus être réduite – loin s’en faut – au fait urbain dense. La vision déformée (et médiatique) de la géographie française qui résume les « quartiers populaires » aux banlieues à forte concentration de populations immigrées est réductrice et ne correspond pas à la réalité. En outre, le fait urbain dense est aujourd’hui minoritaire, ainsi que l’a démontré le géographe Christophe Guilluy (« Fractures françaises », Bourin Editeur, 2010). La France populaire, celle des ateliers et des usines n’est plus celle des grandes métropoles mais une France périphérique, soit périurbaine, soit rurale. Depuis le début des années 1980, la France subit un double effet d’étalement urbain et d’expulsion des ouvriers et des employés de ses villes centres. Ce phénomène concerne le halo périurbain qui entoure les grandes métropoles urbaines françaises. Mais une partie de l’espace rural aussi est en pleine croissance démographique.
Un exode urbain se produit en direction des zones périurbaines d’une part et des zones rurales de l’autre. Ainsi les communes péri-urbaines, peuplées de 820 habitants en moyenne, accueillent-elles un nombre croissant d’ouvriers et d’employés. Les grandes métropoles se nourrissent par exemple d’un salariat d’exécution dans le domaine des services qui a élu domicile dans l’espace périurbain. Ce dernier rassemble 12% des emplois mais 22% des salariés. Ces mêmes salariés sont soumis aux plus longs temps de transport et bien souvent subissent les effets de la rigueur salariale. En effet, les employés sont ceux qui ont le plus perdu, d’un point de vue salarial, dans les deux dernières décennies. Cette réalité périurbaine est aussi liée à l’importance de la petite propriété. Le dédain pour la France des pavillons fait l’impasse sur le fait qu’une grand partie du salariat d’exécution français a opté pour l’habitat individuel et le pavillon loin des centre-villes où on peut encore trouver des prix de terrain accessibles, loin aussi des quartiers gangrènés par la délinquance. Etalement urbain et précarisation des classes dites « moyennes » mais appartenant en réalité au salariat d’exécution sont deux phénomène corrélés l’un à l’autre.
Plusieurs rapports – celui de l’IGAS ou de la direction du Trésor – pointent pour l’un les difficultés liées aux mondes ruraux et pour l’autre à la désindustrialisation, qui sont étroitement liés. Pourtant, la vision médiatique de la société nous masque ces enjeux. 35% des actifs des mondes ruraux sont des ouvriers, fait constamment ignoré ou mésestimé. Les premières victimes de la crise et des délocalisations depuis 2008 sont en effet les ouvriers ruraux ainsi que les précaires, de plus en plus nombreux dans un rural tout à la fois délaissé et refuge des plus modestes.
Dans un bassin comme le Charolais, connu pour son agriculture d’embouche, 38% des actifs sont concernés par l’industrie et le secteur de la construction. Les zones rurales ne comptent plus, dans leur ensemble, que 7 à 8% d’actifs concernés par l’agriculture. Il faut donc relativiser l’idée d’une « ruralité agricole » et comprendre qu’il existe désormais des mondes ouvriers ruraux. Un chercheur comme Nicolas Renahy a très bien démontré la réalité de la jeunesse rurale ouvrière ou précaire (« Les gars du coin, Enquête sur une jeunesse rurale », La Découverte, 2005). A l’ère de la mise en avant des « victimes », il est frappant de constater que la discrimination la plus meurtrière concerne les accidents de la route. La jeunesse ouvrière rurale (plus d’un Français sur trois de 15 à 24 ans est un rural) en est la première victime. Dans l’indifférence quasi-générale pourtant, alors qu’il s’agit d’une véritable « hécatombe sociale », ce fait majeur continue de marquer les milieux populaires ruraux.
L’IGAS a démontré, dans son rapport daté de septembre 2009, que la situation des 11 millions de ruraux était, plus généralement, loin d’être enviable : « les catégories les moins qualifiées sont sur-représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27% d’employés, contre 7% de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture ». Le rapport ajoute que le « le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7%, contre 11,3% dans l’espace urbain ». Les ruraux sont donc en moyenne “plus souvent pauvres”. Toutefois, cette réalité là est aussi masquée par une construction sociale de la réalité qui estompe grandement les traits saillants de cette évidence sociologique.
Il s’agit aussi de s’interroger sur les représentations collectives nées de la mutation de cette géographie sociale. Une dimension fondamentale de la globalisation financière est l’œuvre de sape qu’elle a accomplie au regard de l’identité des mondes ouvriers. Le sociologue Norbert Elias avait défini dans « Les logiques de l’exclusion » le fonctionnement des ressources d’autochtonie qui était consubstantiel à la définition de l’identité des mondes ouvriers de l’Europe d’après la Révolution Industrielle. Le capital d’autochtonie – conceptualisé par Jean-Noël Retière - est définissable comme l’ensemble des ressources mobilisables par celui qui est né là où il vit et qui lui donnent un avantage social par rapport à celui qui vient d’ailleurs. Ce capital, adossé au sentiment de l’enracinement local, a longtemps permis une participation à la vie publique et une insertion dans l’économie locale plus aisées pour les couches populaires. La globalisation financière, et son impact en termes de délocalisations, est coupable d’avoir fait voler en éclats le « capital d’autochtonie » et d’avoir entraîné une désaffiliation massive des citoyens. Il s’ensuit que le besoin de « sécurisation morale » s’est développé et que, l’exercice de la citoyenneté se trouvant malmené par la crise, les revendications sociales ont pu, parfois, se muer en revendications « morales ».
La question du lien entre les territoires et les entreprises doit être posée. La France souffre, dans la compétition mondiale, d’une désindustrialisation massive, dans un contexte de monnaie surévaluée, d’absence de protections commerciales et de refus de politique industrielle cohérente. Mettre un terme à l’appauvrissement des classes populaires et redonner un avenir à la jeunesse du monde du travail passe par une réindustrialisation de la France. Où l’on voit qu’à l’heure de la globalisation financière, tout est lié.
Enfin, comment ne pas voir que, face à cette réalité sociale, l’offre politique peine à répondre ? Les questions de l’industrie, du libre-échange, de l’Ecole, de la sécurité ne sont pas traitées dans le champ politique. La crise de la représentation puise ses sources dans cette non prise en compte des enjeux qui déterminent pourtant l’avenir des classes populaires… autant que de notre pays.
"La couverture numérique du territoire par le déploiement de la fibre constitue l’urgence des urgences", affirme l'Association des maires ruraux de France (AMRF) dans un communiqué du 1er décembre. Le fonds d'aménagement numérique des territoires (Fant), mis en place par la loi Pintat (lire nos articles ci-contre), est aujourd’hui doté de 2 milliards d'euros. "On est encore loin des 20 à 25 milliards nécessaires pour la mise en place d’un réseau très haut débit en fibre optique couvrant au minimum 98% de la population", précise le communiqué. L'AMRF soutient donc l'idée "de réserver à l'aménagement numérique des territoires une part des recettes de TVA sur les offres internet tripe play". L'augmentation de la TVA sur ces offres (mesure déjà décidée par le gouvernement) devrait "générer une recette de 1,1 milliard d'euros par an", estime l'association, qui trouve "logique que 500 millions d'euros soient réservés au Fant". Dans son rapport remis au Premier ministre le 26 octobre, le sénateur Hervé Maurey estimait qu'il fallait 660 millions d'euros par an sur quinze ans pour déployer la fibre optique dans les territoires hors zones denses. Cette nouvelle prise de position de l'AMRF fait suite au rejet de l'amendement au projet de loi de finances pour 2011 présenté par sept sénateurs (messieurs Maurey, Dubois, Détraigne, Biwer, Jarlier, Amoudry et Zochetto).
Catherine Ficat, mercredi 1 décembre 2010
Catherine Ficat, mercredi 1 décembre 2010
Chères amies, chers amis,
Où en sont nos territoires ruraux, ces petits bouts de France que le pouvoir central a laissé choir ? Sous le poids d’une politique injuste, les départements ruraux courent à leur chute.
Nous voyons bien comment l’Etat fabrique des déserts médicaux et hospitaliers, des déserts judiciaires et postaux, des déserts industriels et agricoles. Pendant ce temps, nous, territoires ruraux, traversons des turbulences : vieillissement de la population, pauvreté, difficultés financières des Départements devenus quai de déchargement d’un Etat qui n’assure plus l’égalité entre tous. Nous avions besoin de la main tendue de la solidarité nationale et nous n’avons reçu que le poing fermé du pouvoir central. Mais nous résistons et nous battons pied à pied.
D’autant que notre pays est traversé par de nouvelles fractures sociales et spatiales. N’allons pas croire que les banlieues de nos villes ont le monopole des difficultés. Nos populations connaissent des difficultés sociales et économiques similaires : Nos anciens subissent des hausses de tarifs, de prix et de dépenses quotidiennes (dans le secteur de la santé avec les restes à charges, en matière de prise en charge de l’autonomie, sur les loyers, les énergies…) sans que leurs pensions n’évoluent dans les mêmes proportions. Nos jeunes, nos salariés sont dans la même situation, quand ils ne subissent pas des licenciements d’autant plus injustes qu’ils sont infligés par des considérations financières internationales !
Nos agriculteurs sont également saignés par les politiques libérales sur lesquelles plus personne n’a de prise : des prix de denrées décidés sur des marchés internationaux, sans aucun égard quant aux conditions environnementales, sanitaires et sociales de leur production. Pourtant, les consommateurs européens sont attachés, de manière très légitime, à ces questions et il est urgent de rapprocher consommateurs et producteurs dont les préoccupations sont finalement communes.
La crise agricole que nous vivons est inquiétante à plusieurs titres : d’abord parce qu’elle touche à notre capacité à nourrir nos populations, à leur offrir des produits écologiquement acceptables et socialement responsables grâce à un prix rémunérateur pour le producteur. Ensuite parce qu’elle a trait à l’aménagement de nos territoires, où l’activité agricole et forestière représente un véritable enjeu économique et de valorisation paysagère. A quoi ressembleraient nos territoires sans agriculteurs ?
Malheureusement, sur ces questions stratégiques des conditions d’aménagement de nos territoires, l’Etat est aux abonnés absents. Il ne reste que nous, les collectivités locales, tout étranglées que nous sommes par des dépenses contraintes en hausse (les allocations universelles APA, RMI-RSA, PCG) et des recettes qui chutent.
Les défis sont immenses, mais c’est bien à nous qu’il appartient de réinventer la ruralité. Il nous faut dès à présent reconquérir cette parcelle de nous-mêmes que nous avons négligée. Prenons l’initiative, comme cette journée entend le faire, et prenons en main notre destin. A nous le soin de la terre et des territoires, le soin des hommes et le sursaut de vie. Car la ruralité et la proximité sont les lieux de la réinvention. N’est-ce pas dans nos campagnes qu’est née l’économie coopérative appelée à prendre le relai d’un capitalisme qui a perdu la tête ? N’est-ce pas là que prend racine la mutation écologique ?
En Saône-et-Loire, nous poussons la filière bois, nous soutenons les installations de panneaux solaires, nous avançons concrètement dans le sens de l’habitat durable, nous contrôlons les installations commerciales en imposant que les produits locaux figurent en bonne place des rayons des grandes surfaces. « Manger mieux, manger court » c’est le dispositif lancé par le Conseil général de Saône-et-Loire pour faciliter l’accès aux consommateurs de ce qui est produit sur place.
N’est-ce pas non plus dans nos campagnes que l’on met au point une autre forme d’intervention publique fondée sur la mutualisation des moyens. Des bibliothèques départementales de prêt à l’Agence technique départementale récemment créée pour coordonner tous les besoins techniques des communes en passant par l’Assmeau, association de syndicats des eaux ayant pour objectif de définir le juste prix de l’eau, nous mettons en place une ingénierie publique moderne et efficace, au service des hommes et des femmes qui vivent dans nos campagnes.
Oui, les collectivités territoriales ne doivent plus être un simple guichet où l’on vient réclamer et obtenir, mais bien les porteurs et soutiens des projets qui feront la vitalité de nos territoires. Economie, écologie, service public… Tout est à réinventer, guidés que nous sommes par la certitude que l’absence de proximité nuit gravement à la République.
Je vous souhaite de bons et fructueux travaux.
Fidèlement,
Arnaud Montebourg
Député de Saône-et-Loire
Président du Conseil général
Où en sont nos territoires ruraux, ces petits bouts de France que le pouvoir central a laissé choir ? Sous le poids d’une politique injuste, les départements ruraux courent à leur chute.
Nous voyons bien comment l’Etat fabrique des déserts médicaux et hospitaliers, des déserts judiciaires et postaux, des déserts industriels et agricoles. Pendant ce temps, nous, territoires ruraux, traversons des turbulences : vieillissement de la population, pauvreté, difficultés financières des Départements devenus quai de déchargement d’un Etat qui n’assure plus l’égalité entre tous. Nous avions besoin de la main tendue de la solidarité nationale et nous n’avons reçu que le poing fermé du pouvoir central. Mais nous résistons et nous battons pied à pied.
D’autant que notre pays est traversé par de nouvelles fractures sociales et spatiales. N’allons pas croire que les banlieues de nos villes ont le monopole des difficultés. Nos populations connaissent des difficultés sociales et économiques similaires : Nos anciens subissent des hausses de tarifs, de prix et de dépenses quotidiennes (dans le secteur de la santé avec les restes à charges, en matière de prise en charge de l’autonomie, sur les loyers, les énergies…) sans que leurs pensions n’évoluent dans les mêmes proportions. Nos jeunes, nos salariés sont dans la même situation, quand ils ne subissent pas des licenciements d’autant plus injustes qu’ils sont infligés par des considérations financières internationales !
Nos agriculteurs sont également saignés par les politiques libérales sur lesquelles plus personne n’a de prise : des prix de denrées décidés sur des marchés internationaux, sans aucun égard quant aux conditions environnementales, sanitaires et sociales de leur production. Pourtant, les consommateurs européens sont attachés, de manière très légitime, à ces questions et il est urgent de rapprocher consommateurs et producteurs dont les préoccupations sont finalement communes.
La crise agricole que nous vivons est inquiétante à plusieurs titres : d’abord parce qu’elle touche à notre capacité à nourrir nos populations, à leur offrir des produits écologiquement acceptables et socialement responsables grâce à un prix rémunérateur pour le producteur. Ensuite parce qu’elle a trait à l’aménagement de nos territoires, où l’activité agricole et forestière représente un véritable enjeu économique et de valorisation paysagère. A quoi ressembleraient nos territoires sans agriculteurs ?
Malheureusement, sur ces questions stratégiques des conditions d’aménagement de nos territoires, l’Etat est aux abonnés absents. Il ne reste que nous, les collectivités locales, tout étranglées que nous sommes par des dépenses contraintes en hausse (les allocations universelles APA, RMI-RSA, PCG) et des recettes qui chutent.
Les défis sont immenses, mais c’est bien à nous qu’il appartient de réinventer la ruralité. Il nous faut dès à présent reconquérir cette parcelle de nous-mêmes que nous avons négligée. Prenons l’initiative, comme cette journée entend le faire, et prenons en main notre destin. A nous le soin de la terre et des territoires, le soin des hommes et le sursaut de vie. Car la ruralité et la proximité sont les lieux de la réinvention. N’est-ce pas dans nos campagnes qu’est née l’économie coopérative appelée à prendre le relai d’un capitalisme qui a perdu la tête ? N’est-ce pas là que prend racine la mutation écologique ?
En Saône-et-Loire, nous poussons la filière bois, nous soutenons les installations de panneaux solaires, nous avançons concrètement dans le sens de l’habitat durable, nous contrôlons les installations commerciales en imposant que les produits locaux figurent en bonne place des rayons des grandes surfaces. « Manger mieux, manger court » c’est le dispositif lancé par le Conseil général de Saône-et-Loire pour faciliter l’accès aux consommateurs de ce qui est produit sur place.
N’est-ce pas non plus dans nos campagnes que l’on met au point une autre forme d’intervention publique fondée sur la mutualisation des moyens. Des bibliothèques départementales de prêt à l’Agence technique départementale récemment créée pour coordonner tous les besoins techniques des communes en passant par l’Assmeau, association de syndicats des eaux ayant pour objectif de définir le juste prix de l’eau, nous mettons en place une ingénierie publique moderne et efficace, au service des hommes et des femmes qui vivent dans nos campagnes.
Oui, les collectivités territoriales ne doivent plus être un simple guichet où l’on vient réclamer et obtenir, mais bien les porteurs et soutiens des projets qui feront la vitalité de nos territoires. Economie, écologie, service public… Tout est à réinventer, guidés que nous sommes par la certitude que l’absence de proximité nuit gravement à la République.
Je vous souhaite de bons et fructueux travaux.
Fidèlement,
Arnaud Montebourg
Député de Saône-et-Loire
Président du Conseil général
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